A partir du 15 juin, le Wegovy (sémaglutide) et le Mounjaro (tirzépatide), commercialisés respectivement par le danois Novo Nordisk et l’américain Eli Lilly, seront remboursés en France à hauteur de 65 %

Obésité : le remboursement sous condition des médicaments Wegovy et Mounjaro, dès la mi-juin, salué par patients et soignants

A partir du 15 juin, ces deux médicaments qui coûtent environ 300 euros par mois seront remboursés en France à hauteur de 65 % par l’Assurance-maladie. Un million de personnes devraient être concernées, selon la ministre de la santé, Stéphanie Rist. 

Par  et  Publié hier à 21h13, modifié à 08h17

https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/29/obesite-le-remboursement-sous-conditions-des-medicaments-wegovy-et-mounjaro-des-la-mi-juin-saluee-par-patients-et-soignants_6694818_3224.html?lmd_medium=email&lmd_campaign&%23x3D;trf_newsletters_lmfr&lmd_creation&%23x3D;a_la_une&lmd_send_date&%23x3D;20260530&lmd_link&&M_BT=53496897516380%23x3D;autrestitres-title-_titre_4

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C’est une avancée saluée dans les rangs des patients comme de nombreux soignants. A partir du 15 juin, le Wegovy (sémaglutide) et le Mounjaro (tirzépatide), commercialisés respectivement par le danois Novo Nordisk et l’américain Eli Lilly, seront remboursés en France à hauteur de 65 % par l’Assurance-maladie. Remboursement partiel, certes, mais pas moins significatif, alors que ces traitements, qui avaient fait leur entrée dans les pharmacies tricolores à la fin de l’année 2024 mais n’étaient jusqu’à présent pas pris en charge, coûtent environ 300 euros par mois (selon le dosage).

La décision, officialisée par la ministre de la santé, Stéphanie Rist, lors d’un déplacement à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), à Paris, jeudi 28 mai, intervient après plusieurs mois de discussions entre les laboratoires et l’Etat. Cela coûtera au système de santé « une centaine de millions d’euros en année pleine, c’est-à-dire une fois qu’on aura la montée des prescriptions », a indiqué la ministre, en amont de sa visite de l’hôpital parisien, sur le plateau de TF1.

Ces derniers mois, ces médicaments, jugés révolutionnaires, ont fait parler d’eux bien au-delà des cercles médicaux. D’autant plus qu’ils peuvent être prescrits, depuis un an, par des médecins généralistes. Administrés par voie sous-cutanée, ils entraînent une perte de poids significative, entre 15 % et 25 % selon les patients.

Leur utilisation doit toutefois être accompagnée d’une modification du mode de vie, notamment concernant l’alimentation et l’activité physique, rappellent les médecins prescripteurs. Utilisées depuis plusieurs années comme antidiabétiques, ces molécules imitent une hormone intestinale naturelle impliquée dans la régulation de la glycémie (d’où leur appellation d’« analogues du GLP-1 »). Elles stimulent la sécrétion d’insuline, ralentissent la vidange gastrique et augmentent la sensation de satiété.

« Excellente nouvelle »

Alors que l’obésité touche, en France, environ 10 millions de personnes, le remboursement ne sera réservé qu’à une partie d’entre elles : celles atteintes d’obésité massive, avec un indice de masse corporelle (IMC, le poids divisé par la taille au carré) d’au moins 40, et celles souffrant d’obésité sévère, avec un IMC d’au moins 35 associé à une comorbidité, précise un arrêté publié au Journal officiel le 28 mai. Et ce, uniquement en deuxième intention, après une prise en charge nutritionnelle qui a échoué. Ces molécules devront être prescrites uniquement par des médecins exerçant dans des structures spécialisées – comme des centres spécialisés dans l’obésité ou en centre hospitalier universitaire.

Le nombre de patients éligibles oscillerait ainsi entre 1 et 2,1 millions de malades, estimait la Haute Autorité de santé dans un avis rendu le 18 décembre 2025. Stéphanie Rist a, elle, évoqué une « population cible de 1 million de personnes ».

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Les réactions sont unanimes du côté des patients, qui saluent une « excellente nouvelle », tant pour Anne-Sophie Joly, présidente fondatrice du Collectif national des associations d’obèses, que pour Jean-François Thébaut, vice-président de la Fédération française des diabétiques. « Le Mounjaro apporte des preuves tangibles de supériorité en termes de réduction pondérale, d’amélioration de l’équilibre glycémique, et de prévention rénale et cardiovasculaire », ajoute ce médecin, reprenant à son compte les résultats de comparaison dans certaines études.

Jean-Michel Oppert, professeur de nutrition à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, salue une « avancée importante en termes d’équité ». Equité entre patients, d’abord : « L’obésité est caractérisée par un gradient social marqué, la maladie est plus fréquente dans les catégories sociales défavorisées, et l’on sait que ce gradient social s’est renforcé au fil des années, rappelle-t-il. Faire le choix du remboursement, c’est nécessairement donner plus de chances aux patients qui n’avaient pas les moyens d’accéder au traitement. »

Equité entre traitements, ensuite : « Les catégories de patients auxquelles ces médicaments seront remboursés rejoignent celles qui peuvent aujourd’hui bénéficier d’une chirurgie bariatrique, soit les cas les plus graves et les plus sévères,relève le médecin nutritionniste. Or cette chirurgie, quand elle respecte les indications, est remboursée. En cela aussi, cette décision va dans le bon sens. »

Le professeur souligne toutefois la question, « non tranchée », de la durée des traitements. En effet, la plupart des patients reprennent du poids lorsqu’ils arrêtent les injections.

Marché très lucratif

Certaines réserves portent aussi sur les capacités de prise en charge. « Avec la surcharge de travail qui pèse déjà sur les centres spécialisés, en nombre limité, seuls habilités à prescrire ces traitements remboursés, je ne vois pas comment on pourrait atteindre la cible du million de patients traités et remboursés », note Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines. Selon ses estimations, ce sont plutôt quelques dizaines de milliers de personnes qui pourraient bénéficier de ce remboursement.

Dans sa patientèle, Aurore Baudoin-Haloche, médecin généraliste à Marseille, compte une vingtaine de personnes auxquelles elle prescrit, depuis un an qu’elle en a l’autorisation, des GLP-1. « Certaines d’entre elles, qui font des efforts financiers énormes pour payer leur traitement, ne seront certes pas concernées par l’indication de remboursement, relève la généraliste. Mais il y aura quand même un effet bénéfique dont tous les patients pourront profiter par ricochet, avec le plafonnement des prix décidé par les autorités. »

Les textes officiels l’ont précisé : ces prix seront inférieurs aux prix libres jusqu’à présent fixés par les laboratoires. Alors qu’un malade devait débourser environ 300 euros par mois, en moyenne, pour son traitement, les nouveaux tarifs du Wegovy s’établiront à partir de la mi-juin, selon les dosages, entre 146,91 euros et 195,10 euros. Dans le cas du Mounjaro, ils s’échelonneront de 176,10 euros à 433,80 euros.

L’annonce d’une prise en charge par la France marque aussi un cap pour Novo Nordisk et Eli Lilly, car elle devrait accélérer les ventes des deux laboratoires sur le territoire. Cette évolution prépare aussi le terrain pour les prochains lancements commerciaux, sur ce marché très lucratif de l’obésité. Aux Etats-Unis, Novo Nordisk et Eli Lilly ont récemment lancé des versions orales, sous forme de comprimés, de leurs médicaments injectables, qui rencontrent un vif succès auprès des patients réticents aux piqûres, et dont ils escomptent bien étendre les ventes à l’Europe. L’agence européenne du médicament a notamment rendu un avis favorable, le 22 mai, à la commercialisation sur le Vieux Continent de la version orale du Wegovy.

En attendant, médecins et patients le soulignent : le volet médicamenteux n’est qu’une partie de la prise en charge, et l’accent doit être mis sur la prévention de l’obésité« On n’avancera pas sans une volonté politique forte se concrétisant dans un plan interministériel qui intègre, notamment, la réduction de l’alimentation ultratransformée et la baisse de la sédentarité », plaide Anne-Sophie Joly.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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