Le déclin des macroalgues s’accélère dans toutes les régions du monde.

Les algues, victimes du dérèglement climatique : « Il faut restaurer les écosystèmes qu’on a dégradés »

Le déclin des macroalgues s’accélère dans toutes les régions du monde. Pour pallier la disparition de ces forêts sous-marines, utiles à la biodiversité et aux industriels, des espèces ont été réimplantées en Loire-Atlantique, par exemple. 

Par Rafaële Brillaud

Publié le 27 avril 2026 à 17h30 https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/04/27/les-algues-victimes-du-dereglement-climatique-il-faut-restaurer-les-ecosystemes-qu-on-a-degrades_6683660_1650684.html

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Daniel Glidic, pêcheurs d’algues, dans la cale de son goémonier, « l’Eliani », à Roscoff (Finistère), le 16 avril 2026.
Daniel Glidic, pêcheurs d’algues, dans la cale de son goémonier, « l’Eliani », à Roscoff (Finistère), le 16 avril 2026.  FLORENCE JOUBERT POUR « LE MONDE »

Au large de la Bretagne, entre l’île de Sein et l’archipel de Molène, la mer d’Iroise est la plus grande forêt de laminaires d’Europe. C’est là que se concentre l’activité des goémoniers, qui s’étalent sur le littoral du Finistère et des Côtes-d’Armor. A partir du début du XIXe siècle, on récoltait les algues brunes pour en extraire de l’iode, utilisé comme antiseptique. Depuis les années 1950, on les exploite principalement pour l’alginate, biopolymère largement employé en agroalimentaire pour ses propriétés gélifiantes ou épaississantes.

Deux espèces sauvages sont pêchées chaque année : 15 000 tonnes de Laminaria hyperborea, ratissées avec un large peigne métallique, et 40 000 à 45 000 tonnes de Laminaria digitata, arrachées par un scoubidou, grand crochet qui tourne sur lui-même et autour duquel s’enroulent les végétaux. « Ces deux algues ne sont récoltées qu’en Europe : en Bretagne, parfois en Islande et en Norvège, qui puise environ chaque année 100 000 tonnes de L. hyperborea sur ses côtes », précise Martial Laurans, chargé de recherche à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer. Au niveau mondial, on produit de l’alginate à partir d’algues sauvages d’Europe et d’Amérique du Sud, mais aussi d’algues cultivées en Chine et au Japon.

La pêche des laminaires est particulièrement réglementée pour préserver la ressource : 35 licences au maximum (mais seulement 30 bateaux actuellement), des dates d’ouverture et de fermeture, des mesures de gestion en fonction des espèces… « Pour L. hyperborea, on respecte des zones de jachère, où l’on ne pêche qu’une fois tous les trois ans », souligne Jehane Prudhomme, référente algues au comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Bretagne. « Tous les bateaux sont équipés de géolocalisation depuis 2019. Les pêcheurs doivent déclarer leur récolte, et les usines, leurs achats », ajoute Martial Laurans.

« Urgent de préparer l’avenir »

La mer d’Iroise est relativement protégée. Le front thermique d’Ouessant empêche les eaux du large, plus chaudes en été, de se mélanger avec les eaux côtières. La température ne dépasse pas les 17 °C, au-delà desquels Laminaria digitata ne se reproduit plus. Mais les algues brunes sont en net recul sur le pourtour du littoral breton. « On observe le déclin des macroalgues dans beaucoup de régions du monde et il s’accélère ces cinq dernières années. En Californie, déjà plus de 90 % des forêts de kelp ont disparu sous l’effet du changement climatique », assène Philippe Potin, directeur de recherche CNRS à la Station biologique de Roscoff (Finistère). La disparition de ces forêts sous-marines, qui peuvent atteindre plusieurs mètres de hauteur, n’est pas sans conséquences, car elles abritent une grande diversité d’espèces animales et végétales.

« Il est urgent de préparer l’avenir, reprend Philippe Potin. Il faut restaurer les écosystèmes qu’on a dégradés. On pourrait réensemencer les roches récupérées par les industriels dans les crampons des algues avec les semences de la même origine, puis les remettre en mer. » Depuis novembre 2023, le scientifique épaule Jean-Claude Menard, de l’association Estuaires Loire Vilaine, qui mène une première expérimentation en France, dans la baie du Pouliguen, en Loire-Atlantique. Ici, la quasi-totalité des laminaires a disparu avec la hausse des températures et les activités humaines.

Pour tenter d’y remédier, des Laminaria hyperborea sont cultivées en bassin à Roscoff, fixées sur des galets et des cordes, puis ont été réimplantées en mer, près de l’îlot des Evens, au large du Pouliguen, en août 2024. Une technique baptisée « green gravel », ou gravier vert, déjà testée en Norvège et en Australie« Nous sommes passés de deux à trois pieds au mètre carré à 15 pieds au mètre carré, se réjouit Philippe Potin. Les laminaires font déjà plus de 50 centimètres pour la plupart, quand on attend, dans ce type d’environnement, qu’elles atteignent 1,50 mètre maximum. » Encore fragile, la forêt naissante reste sous surveillance pendant deux ans.

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Rafaële Brillaud

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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