Quand nous créons une hiérarchie des corps humiliés

Vidéo de Ben Gvir : quand les prisonniers sont palestiniens, l’Occident regarde ailleurs

Les images montrant le ministre israélien d’extrême droite humilier des militants européens de la flottille pour Gaza, qui ont suscité un tollé international, n’ont rien révélé de nouveau sur les prisons de l’État hébreu. Mais elles mettent en lumière quelque chose sur la hiérarchie des corps. 

Rachida El Azzouzi

21 mai 2026 à 20h21 https://www.mediapart.fr/journal/international/210526/video-de-ben-gvir-quand-les-prisonniers-sont-palestiniens-l-occident-regarde-ailleurs?utm_source=quotidienne-20260521-182942&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260521-182942&M_BT=115359655566

EnEn diffusant sur ses réseaux sociaux, sans honte, comme un trophée, une vidéo humiliante de militants de la flottille pour Gaza – agenouillés, mains liées dans le dos, la tête basse, l’hymne national en fond sonore –, le ministre de la sécurité nationale israélien, Itamar Ben Gvir, a mis en lumière, mercredi 22 mai, les mécanismes de l’indignation sélective avec une clarté aveuglante.

Il a contraint l’Occident à regarder en face sa politique de mauvais traitements des détenus, révélant en direct la hiérarchie raciale de la souffrance qui structure l’univers médiatico-politique : les prisonniers filmés ne sont pas palestiniens. Ils sont, pour une grande partie d’entre eux, blancs, occidentaux. Ils ont des passeports français, belges, italiens, espagnols, irlandais.

C’est ce qui rend soudain visible ce qui est rendu structurellement invisible depuis des décennies, bien avant le 7-Octobre et le durcissement sans précédent des conditions de détention dans les prisons israéliennes, ordonné par Itamar Ben Gvir, figure centrale du gouvernement israélien et du suprémacisme juif.

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Un soldat israélien supervise le transfert de prisonniers palestiniens à la frontière de la Cisjordanie occupée, le 22 janvier 2025.  © Photo Gil Cohen-Magen / AFP

La réaction occidentale a été immédiate, sans ménagement, sans guillemets. Les médias ont diffusé l’information en boucle. Personne n’a dit : « c’est la guerre », « c’est compliqué », « c’est la sécurité d’Israël ». Des ambassadeurs ont été convoqués en urgence. Paris a fustigé « l’inadmissible », Rome une « atteinte à la dignité humaine », Madrid un « traitement monstrueux ».

Même les plus grands alliés d’Israël ont réagi. L’ambassadeur états-unien Mike Huckabee a dénoncé des « actes méprisables » sur X : « La flottille était une manœuvre stupide, mais Ben Gvir a trahi la dignité de sa nation. » Le tollé a atteint jusqu’au gouvernement israélien : le premier ministre Benyamin Nétanyahou a dénoncé un traitement « non conforme aux valeurs et aux normes d’Israël », tandis que Gideon Saar, chef de la diplomatie, qualifiait la vidéo de« honteuse ».

« C’est bien de condamner Ben Gvir pour l’humiliation infligée aux membres de la flottille mais c’est un traitement de luxe comparé à ce qui est infligé aux Palestiniens dans les prisons israéliennes », a souligné sur X Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, dont les sanctions imposées par l’administration Trump ont été levées le jour même sur décision d’un juge fédéral.

Conditions de détention cruelles et inhumaines

Les conditions de détention dans les prisons israéliennes, officielles ou secrètes, sont documentées depuis des décennies par des organisations palestiniennes, israéliennes et internationales : Addameer, Al-Haq, B’Tselem, l’Association pour les droits civils en Israël, Physicians for Human Rights, Amnesty International, le Comité des Nations unies contre la torture, etc. Des milliers de Palestiniens, y compris des mineurs, ont décrit des violences et des abus relevant pour beaucoup de la torture ou des traitements dégradants.

Ce n’est pas nouveau. Ce n’est pas inconnu. Mais cela ne provoque jamais d’onde de choc dans les médias ni dans les chancelleries occidentales. En décembre 2023, des dizaines d’hommes palestiniens avaient été filmés agenouillés, en sous-vêtements, les yeux bandés, dans les rues de Beit Lahia, à Gaza. Les réactions gouvernementales avaient été inexistantes ou marginales en Occident.

Ce n’est pas un biais inconscient qui décide quels corps comptent et lesquels peuvent être sacrifiés en silence, déshumanisés. La souffrance palestinienne n’est perceptible à l’Occident que lorsqu’elle se reflète dans des corps qui lui ressemblent.

Les images du centre de détention d’Ashdod publiées par un Itamar Ben Gvir jubilant (comme toutes celles que nous avons déjà vues ou refusé de voir depuis le 7-Octobre, à l’instar de ces files de Palestiniens déshabillés dans le froid, les yeux bandés, dans Gaza anéantie ou sur les collines rocailleuses de Cisjordanie) ne sont rien à côté de toutes les images qui ne sortiront jamais des prisons israéliennes.

J’ai été blessé huit fois sur le terrain, mais rien n’est comparable à ce que j’ai vécu et vu à l’intérieur des prisons israéliennes.

Ali Samoudi, journaliste palestinien

Celles qu’on ne peut qu’imaginer à la lecture des rapports des ONG, à l’écoute des fragments de témoignages de détenus libérés, de leurs familles, de leurs avocats, quand ils parviennent à les contacter. L’ordinaire carcéral. Les violences physiques, psychologiques, sexuelles. Les privations de sommeil, de nourriture, de médicaments. L’absence de soins, d’hygiène. Jusqu’à la mort.

Depuis le 7-Octobre, le nombre de prisonniers a doublé, selon les ONG : ils sont près de dix mille. Certains ont été jugés ; des milliers ne l’ont jamais été et ne le seront jamais, maintenus sous le régime de la détention administrative, renouvelable indéfiniment, sans inculpation, sans procès.

Mediapart ne cesse de le documenter. En juin 2024, le journaliste gazaoui Diaa Al-Kahlout, aujourd’hui exilé en Égypte, nous racontait ses trente-trois jours dans l’enfer de Sde-Teiman, le « Guantánamo israélien », sous le matricule 059889. Plus de nom, plus d’identité : il était réduit à un chiffre. Il en est revenu« à la fois vivant et mort », ne tenant plus sur ses jambes, revivant chaque nuit les coups, la couche-culotte, le bandeau sur les yeux, les mains attachées dans le dos, suspendu par les poignets.

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Mi-mai, Mediapart retrouvait à Jénine, en Cisjordanie, Ali Samoudi, méconnaissable après un an de prison, amaigri de 60 kilos. Ce journaliste, collègue de la journaliste palestino-états-unienne d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh (il était à ses côtés lorsqu’elle a été tuée par l’armée israélienne en mai 2022, et avait lui-même été blessé à l’épaule), a été arrêté à son domicile le 29 avril 2025, jeté en détention administrative et libéré le 30 avril 2026. 

Lui qui a consacré les quarante ans de sa carrière à documenter la souffrance des autres, notamment dans les prisons, avoue avoir été dépassé par sa propre expérience carcérale : « J’ai été blessé huit fois sur le terrain, mais rien n’est comparable à ce que j’ai vécu et vu à l’intérieur. »

Un autre ancien prisonnier, libéré après trente ans dans les geôles israéliennes en février 2025, dans le cadre du cessez-le-feu à Gaza, a confié à Mediapart : « Les prisons israéliennes sont la pire chose que l’être humain ait jamais inventée. »

Ben Gvir n’est pas un dérapage

Ce qui se joue dans cette séquence ne se limite cependant pas à l’indignation sélective. Il y a peut-être quelque chose de plus indigne encore : la stratégie adoptée pour ne pas réellement ouvrir les yeux. Celle qui fait d’Itamar Ben Gvir l’extrémiste, le bouc émissaire commode, pour mieux préserver le système qui l’a produit et maintenu au pouvoir.

La mécanique est rodée. Elle permet de ne pas nommer le reste : ni Benyamin Nétanyahou, qui maintient Itamar Ben Gvir au gouvernement parce qu’il en a besoin pour sa majorité vacillante, pour continuer la guerre, se maintenir au pouvoir, échapper à la justice. Ni les décennies de pratique carcérale documentée avant Itamar Ben Gvir. Et surtout, elle installe un narratif rassurant : le ministre serait une exception, menaçant la démocratie israélienne, qui peut se corriger.

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Mais Itamar Ben Gvir n’est pas un dérapage. Il est un rouage central de la mécanique génocidaire à l’œuvre dans les territoires palestiniens occupés. Chargé de la sécurité nationale et de l’administration pénitentiaire, il contrôle les corps, les prisons, la répression.

Son mot d’ordre après les attaques du Hamas en octobre 2023 a toujours été clair : durcir au maximum les conditions de vie des Palestiniens derrière les barreaux. Il s’est d’ailleurs vanté de les affamer au point que la Cour suprême israélienne a ordonné en septembre 2025 l’amélioration de l’alimentation des détenus palestiniens.

Il a célébré l’une de ses plus grandes victoires fin mars : l’adoption de la loi instaurant la peine de mort, son cheval de bataille depuis des années. Une loi emblématique de l’apartheid documenté par des ONG comme B’Tselem, pensée pour ne s’appliquer qu’aux Palestiniens reconnus coupables de meurtre « terroriste », entrée en vigueur le 17 mai. Elle exclut explicitement les auteurs juifs, tels les colons qui bénéficient d’une impunité quasi totale. 

La vidéo de Ben Gvir intervient à l’heure où la violence coloniale s’intensifie chaque jour davantage.

Depuis le début de l’année, au moins dix Palestiniens, contre huit pour toute l’année 2025, ont été tués par des suprémacistes juifs à travers la Cisjordanie. L’écrasante majorité des enquêtes qui visent ces derniers sont classées sans suite et aucune poursuite n’a été engagée depuis 2020, alors que plus de mille cent Palestiniens dont au moins un quart de mineurs ont été tués.

Avec ses nœuds coulants autour du cou ou imprimés sur son gâteau d’anniversaire pour ses 50 ans, son champagne sabré en plein Parlement pour célébrer les morts palestiniens à venir, Itamar Ben Gvir ne fait pas le spectacle. Il mène une politique cohérente, délibérée, validée au sommet, par un chef d’orchestre : Benyamin Nétanyahou.

À leurs côtés, Bezalel Smotrich, l’autre visage de l’extrême droite israélienne : ministre des finances et des colonies, il appelle à la multiplication de ces dernières, à la réouverture de celles évacuées en 2005 dans le cadre du plan de désengagement israélien, en Cisjordanie comme à Gaza, pour « enterrer l’idée d’un État palestinien »

La vidéo d’Itamar Ben Gvir intervient à l’heure où la violence coloniale s’intensifie chaque jour davantage. Moins d’une semaine après la « marche des drapeaux » du 14 mai, parade nationaliste et violente, chaque année plus suivie, commémorant l’annexion de la partie palestinienne de Jérusalem.

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Ce n’est pas une série de coïncidences. C’est le rythme normal d’un régime colonial qui tourne à plein régime. Quand l’indignation sera retombée, le monde détournera-t-il le regard, encore une fois ? 

Rachida El Azzouzi

Flottille pour Gaza : « Nos gouvernements détournent le regard lorsqu’il s’agit des Palestiniens. Mais quand c’est nous, ils ouvrent les yeux… »

Lors d’un rassemblement en soutient à la flottille pour Gaza et aux militants détenus place de la République à Paris, le 23 mai 2026 .

Par Raphaëlle BacquéAllan Kaval (Rome, correspondant) et Isabelle Piquer (Madrid, correspondance)Publié aujourd’hui à 01h46, modifié à 16h17 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/24/flottille-pour-gaza-nos-gouvernements-detournent-le-regard-lorsqu-il-s-agit-des-palestiniens-mais-quand-c-est-nous-ils-ouvrent-les-yeux_6692887_3210.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260524&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;tempsforts-title-_titre_4

Temps de Lecture 5 min. 

Récit

Coups, humiliations, agressions sexuelles, privations : les membres de l’organisation propalestinienne « Flottille pour Gaza » racontent une escalade de la violence lors de l’interception de leurs navires par les forces israéliennes.

Trois grands conteneurs posés sur le pont d’un navire militaire israélien transformé en prison, d’où s’échappent des cris. Des soldats en armes, cagoulés, qui distribuent des coups. Et puis, cette voix assurant cyniquement en anglais « I’m the medic » (« je suis le médecin ») avant d’infliger une décharge électrique avec son taser.

Jusque-là, personne n’avait entendu en détail le récit cru d’une violence habituellement réservée aux seuls Palestiniens. Mercredi 20 mai, le ministre de la sécurité nationale israélien, Itamar Ben Gvir, avait bien provoqué un tollé international en diffusant une vidéo montrant pour la première fois des dizaines de militants européens de l’organisation propalestinienne « Flottille pour Gaza », agenouillés, face contre terre et mains entravées, après avoir vu leurs bateaux arraisonnés en Méditerrannée par l’armée israélienne.

Encore n’entendait-on que les proclamations du ministre d’extrême droite « Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous ! », au-dessus de ce parterre muet d’hommes et de femmes immobilisés. A mesure que les militants ayant embarqué sur les petits bateaux de la Flotille pour Gaza rentrent en France, en Italie, en Espagne, voici cependant les mots racontant ce qu’ils ont subi.

A Rome, Martina Comparelli, rentrée jeudi en Italie, a été, comme 12 autres membres de la flottille, agressée sexuellement, pratique devenue monnaie courante contre les prisonniers palestiniens. En plus des coups, des tortures qu’on lui a infligées ou dont elle a été témoin, elle raconte son entrée dans un espace d’exception, sans règles, où l’arbitraire règne. « Les gardes qui ont frappé, agressé, humilié sont convaincus et zélés. Ils semblent vivre dans une réalité parallèle, nous accusant d’être venus pour l’argent ou pour le sexe. »

Lors d’un rassemblement en soutien à la « Flottille pour Gaza », place de la République, à Paris, le 23 mai 2026.  LUCAS BARIOULET POUR « LE MONDE »

Lors d’un rassemblement en soutien à la « Flottille pour Gaza », à Paris, le 23 mai 2026.  LUCAS BARIOULET POUR « LE MONDE »

L’un d’entre eux l’a menacée de mort plusieurs fois, armé d’un fusil d’assaut, d’après son témoignage. Selon d’autres membres de la flottille, la violence va crescendo par rapport aux épisodes antérieurs d’interception et de détention. Mais, rappelle Martina Comparelli : « A la différence des Palestiniens, qui peuvent être détenus indéfiniment et qui meurent en prison, je savais que j’allais sortir. Nos gouvernements détournent le regard lorsqu’il s’agit des Palestiniens. C’est le résultat du racisme. Mais quand c’est nous, ils ouvrent les yeux… »

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A Paris, où plusieurs militants français sont rentrés vendredi, quelques-uns se sont retrouvés samedi, place de la République, au milieu d’un petit millier de manifestants brandissant des drapeaux palestiniens. Deux d’entre eux sont encore hospitalisés, une jeune femme blessée à la cuisse par un tir de Flash-Ball, un garçon qui a eu le sternum brisé. Ceux qui sont là, cependant, racontent comment l’armée israélienne les a malmenés, dans une mise en scène destinée à les effrayer.

« Très vite après avoir arraisonné notre bateau, l’armée israélienne nous a emmenés en Zodiac vers une sorte de grosse barge où nous nous sommes retrouvés à quelque 180 prisonniers, explique Adrien Berthel, un webmaster de 33 ans, qui a rejoint les mouvements propalestiniens après avoir vu, sur Instagram, les images crues des enfants palestiniens touchés par le conflit. Là, de gros conteneurs avaient été placés pour former une sorte de carré fermé. Nous devions passer un par un dans l’un d’eux, dans l’obscurité absolue, où nous attendaient trois soldats pour nous gifler, donner des coups de pied et de crosse. L’un d’eux était en caleçon et j’ai eu soudain peur de subir un viol. Puis, on a attendu quatre jours dans ces conteneurs trop petits pour pouvoir tous y dormir. Sans assez d’eau ni de toilettes pour tous. Régulièrement, ils tiraient des grenades assourdissantes pour nous faire reculer dans un coin. »

Adrien Berthel, 33 ans, lors d’un rassemblement en soutien à la « Flottille pour Gaza », à Paris, le 23 mai 2026.  LUCAS BARIOULET POUR « LE MONDE »

A quelques mètres, Manon, éducatrice spécialisée, et Léo, un jeune chômeur, fils d’avocat (ils ne souhaitent pas que leurs noms soient cités), racontent leur petite embarcation contenant sept personnes, dont, hormis eux venus de France, un Marocain, un Espagnol, des Sud-Américains, soudain encerclée. Puis, l’arrivée sous escorte israélienne sur le navire prison où on les a fait s’allonger sur le pont inondé avant de séparer hommes et femmes. Et « la soif, deux toilettes pour près de 200 personnes, l’absence totale de soins pour les blessés ». Et encore, « les coups, raconte Manon, les cheveux tirés violemment et les marques rondes du canon qui restent sur la peau du dos ».

Les témoignages sont quasiment semblables parmi les 44 militants espagnols rentrés samedi, répartis sur trois vols à destination de Barcelone, Bilbao et Madrid. A Barcelone, environ 200 personnes les attendaient avec des drapeaux palestiniens et des pancartes, sous l’œil des caméras. Quatre militants espagnols de la flottille ont dû recevoir des soins médicaux en Turquie, a fait savoir le ministère des affaires étrangères.

Mi Hoa Lee, l’une des militantes, explique : « Nous avons été interceptées, abordées, torturées, séquestrées, humiliées et déportées. L’escalade de la violence a été abyssale. On m’a emmenée sur un navire prison militaire, totalement équipé pour nous torturer. » Son passeport lui a été confisqué avant de la faire entrer dans ce qu’elle appelle « le tunnel de la terreur et de la torture » : « Quatre soldats des forces d’occupation israéliennes m’ont frappée. Ils m’ont aussi électrocutée avec un taser. Ils nous disaient qu’ils allaient nous tuer. Une camarade a été enfermée dans une pièce avec un chien qui la mordait. Il y a eu des violences sexuelles. Des grenades sonores ont déchiré des pieds. »

Manon et Léo, lors d’un rassemblement en soutien à la « Flottille pour Gaza », à Paris, le 23 mai 2026. LUCAS BARIOULET POUR « LE MONDE »

La réaction des autorités espagnoles a été particulièrement virulente. Le ministre des affaires étrangères, José Manuel Albares, a qualifié les images diffusées de « monstrueuses, inhumaines et indignes », exigeant des excuses publiques d’Israël et convoquant la chargée d’affaires israélienne – Israël n’a plus d’ambassadeur à Madrid depuis mai 2024, date à laquelle l’Espagne a reconnu l’Etat palestinien – pour lui communiquer « le rejet » du gouvernement espagnol.

« Agissements inqualifiables »

Sur son compte X, le 20 mai, le premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, a annoncé vouloir porter le dossier à Bruxelles, pour tenter d’obtenir l’interdiction d’entrée sur le territoire européen de Ben Gvir, déjà persona non grata en Espagne depuis septembre 2025. « Les images du ministre israélien Ben Gvir humiliant les membres de la flottille sont inacceptables. Nous ne tolérerons pas que quiconque maltraite nos citoyens », a écrit M. Sanchez.

La réaction de l’exécutif italien à la détention et aux mauvais traitements infligés aux membres de la flottille a, elle aussi, été résolue. Jusque-là, la politique étrangère de Giorgia Meloni avait été alignée sur celle de Washington et mue par la volonté d’éviter une critique frontale d’Israël. Mais l’hostilité envers Donald Trump et, dans une certaine mesure, la solidarité avec les Palestiniens éprouvées au sein de l’opinion publique ont contribué à sa défaite au référendum constitutionnel de mars, tournant de son mandat. Et alors que Giorgia Meloni avait jusque-là qualifié les membres de la flottille Global Sumud d’irresponsables, le ton a changé.

Lors d’un rassemblement en soutien à la « Flottille pour Gaza », à Paris, le 23 mai 2026.  LUCAS BARIOULET POUR « LE MONDE »

Lors d’un rassemblement en soutien à la « Flottille pour Gaza », à Paris, le 23 mai 2026.  LUCAS BARIOULET POUR « LE MONDE »

Mercredi 20 mai, l’ambassadeur israélien auprès de la République italienne avait été convoqué par le ministère des affaires étrangères pour demander la libération des ressortissants italiens. Les communiqués durs se sont succédé, dénonçant une action « inacceptable » qui allait avoir des conséquences, selon la présidente d’extrême droite du conseil italien, Giorgia Meloni, tandis que le président de la République condamnait une arrestation illégale. Rome a annoncé qu’elle demanderait des sanctions au niveau européen contre Itamar Ben Gvir.

Enfin, la France, par la voix de son ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé samedi : « A compter de ce jour, Itamar Ben Gvir est interdit d’accès au territoire français. Cette décision fait suite à ses agissements inqualifiables à l’égard de citoyens français et européens passagers de la flottille Global Sumud. » Ajoutant cependant,« désapprouver » la flottille « qui ne produit aucun effet utile et surcharge les services diplomatiques et consulaires », le ministre a assuré ne pouvoir « tolérer que des ressortissants français puissent être ainsi menacés, intimidés ou brutalisés, qui plus est par un responsable public ». Le chef de la diplomatie française a, par ailleurs, rejoint son homologue italien en annonçant que la France « demande à l’Union européenne de prendre également des sanctions à l’égard d’Itamar Ben Gvir ».

Raphaëlle BacquéAllan Kaval Rome, correspondantIsabelle Piquer Madrid, correspondance

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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