« Les gens s’épuisent » : urgences fermées, patients renvoyés à 30 km… l’hôpital de Moissac, symbole des déserts médicaux

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Les urgences de l’hôpital intercommunal de Castelsarrasin-Moissac (Tarn-et-Garonne) ne seront ouvertes qu’un seul jour cette semaine, le jeudi 21 mai 2026. Une situation de plus en plus courante dans les régions faiblement dotées en médecins, déplorée par les professionnels.
C’est une situation qui se répète dans les déserts médicaux. Au centre hospitalier intercommunal (CHI) de Castelsarrasin-Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, le service d’urgence a fermé ce lundi 18 mai 2026, et n’ouvrira qu’une fois d’ici samedi.
« Nous apprenons avec inquiétude, la fermeture totale des urgences à l’hôpital de Moissac […] les 18,19, 20 et 22 mai. Sachant que le vendredi 22, début des fêtes de Pentecôte, draine une population importante, avec ses risques inhérents », indique le Comité de Défense de l’Hôpital Castelsarrasin-Moissac dans une lettre ouverte adressée à l’Agence Régionale de Santé (ARS).
Un sous-effectif et des congés maternité
« On a une insuffisance d’effectifs médicaux auxquels sont venus se greffer des congés maternités qui font que cette semaine, nous n’avons pas suffisamment d’effectifs pour couvrir les deux sites hospitaliers, mais c’est exceptionnel », explique Jacques Cabrières, directeur de l’hôpital.
Conséquence, les patients doivent se rendre à l’hôpital de Montauban, situé à plus d’une demi-heure de route, et qui gère déjà un nombre important de personnes. « Ce n’est pas la première fois que ça arrive. Sur autant de jours peut-être, mais il arrive fréquemment que sur une journée par exemple, ce soit Montauban qui prenne le relais« , constate Yannick Petitou, président du comité de défense de l’hôpital.
En effet, le CHI de Castelsarrasin-Moissac dépend de la fédération des urgences du Tarn et Garonne, qui s’occupe également de celui de Montauban, l’autre hôpital public du département. Concrètement, c’est la même équipe médicale qui doit gérer les deux hôpitaux : une trentaine de postes sont répartis sur les deux établissements.
La moitié des postes vacants
Mais seulement la moitié sont effectifs d’après Yannick Petitou. Un manque de personnel qui n’est pas nouveau. « Ça s’est dégradé petit à petit depuis plusieurs années, jusqu’à il y a 7-8 ans, où on est arrivé à la moitié des postes. La trentaine de postes occupés, moi je ne l’ai jamais connue.«
À Moissac, un seul médecin urgentiste assure le service en journée : l’établissement est ouvert uniquement entre 8h et 20h depuis décembre 2021. « Depuis des années, la fédération des urgences du Tarn & Garonne souffre d’un manque criant de médecins urgentistes et nous craignons que ce genre de situation perdure », déplore le comité de défense dans sa lettre ouverte.
La direction essaie tant bien que mal de trouver des solutions d’organisation, et fait parfois appel à des intérimaires. Le fonctionnement en fédération permet notamment d’ajuster les effectifs en fonction des besoins d’un ou de l’autre établissement.
Mais dans ce cas, dont Jacques Cabrières tient à rappeler l’exceptionnalité, ce n’est pas suffisant. « On est en lien avec l’agence régionale de santé de manière permanente pour essayer de faire en sorte que ce soit amélioré, que l’on ait des effectifs suffisants pour pouvoir tourner« , explique le directeur de l’hôpital.
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Un problème structurel
En novembre dernier, l’ARS Occitanie a organisé un conseil territorial de santé : une réunion de tous les acteurs du domaine pour émettre des avis sur les politiques de santé publique. Il a voté à l’unanimité contre le plan de formation pour les cinq ans à venir.
« On a parlé du nombre de médecins que l’on allait former. Et le conseil a jugé que c’était très nettement insuffisant pour la région Occitanie. Le plan ne prévoyait que le remplacement des départs à la retraite, ainsi qu’une petite marge pour accompagner l’augmentation de la démographie de la population. Donc ce qui veut dire qu’on allait reproduire l’existant. Et l’existant, il est ce qu’on vit aujourd’hui« , lâche Yannick Petitou.
Dans sa lettre ouverte, le comité de défense de l’hôpital dénonce « depuis des années le manque de formation de nouveaux médecins » et déplore « qu’il n’y soit pas remédié pour l’avenir. La population a le droit d’être protégée et secourue. »
Nous demandons aux autorités de prendre les dispositions nécessaires, pouvant aller jusqu’à la réquisition, pour assurer la sécurité de la population.Comité de Défense de l’Hôpital Castelsarrasin-Moissac
« Les gens qui sont là, ils s’épuisent »
Les professionnels réclament donc une formation plus importante de médecins, mais aussi des réquisitions lorsque la situation le nécessite, notamment dans les déserts médicaux. « Aller chercher des médecins sur Toulouse ou aller demander à des médecins libéraux de venir prêter main-forte« , réclame le directeur du comité de défense de l’hôpital. Dans les zones faiblement dotées, l’État peut obliger un médecin à exercer pour garantir la sécurité sanitaire de la population.
« C’est un cercle infernal. Si on vous propose aujourd’hui un poste d’urgentiste ici, vous savez que c’est un service qui est en sous-effectif. Avec un de plus, ça va faire un peu moins de sous-effectif. Mais vous êtes certain de trouver la galère. Malheureusement, les gens qui sont là, ils s’épuisent« , conclut Yannick Petitou.
Le cas de Castelsarrasin-Moissac est loin d’être isolé. À titre d’exemple, dans l’Aveyron, le centre hospitalier de Decazeville est également touché par une crise. Suite à l’absence d’un médecin depuis le début du mois de mai, l’établissement a dû passer deux nuits sans urgentistes, et seules les infirmières ont assuré l’accueil lors d’une nuit la semaine suivante.
Dans cet hôpital de l’Aveyron, la situation aux urgences inquiète toujours autant
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Opération de tractage lors du marché de Decazeville. DDM
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Publié le 18/05/2026 à 06:31 https://www.ladepeche.fr/2026/05/18/dans-cet-hopital-de-laveyron-la-situation-aux-urgences-inquiete-toujours-autant-13372833.php
Article rédigé par Thomas Guihar
l’essentiel
La situation des urgences de l’hôpital de Decazeville continue d’inquiéter l’intersyndicale. À la suite des deux nuits sans urgentistes début mai, la situation s’est reproduite la semaine dernière.
L’unité de l’intersyndicale de l’hôpital de Decazeville ne faiblit pas. Après deux nuits, les 3 et 5 mai 2026, où les urgences ont fonctionné sans médecin urgentiste sur place, la situation s’est reproduite la semaine dernière.
Dans un premier temps, la nuit du 11 au 12 mai 2026, où seules les infirmières ont assuré l’accueil des urgences de Decazeville, « avec tout de même un accueil coordonné avec les équipes médicales de l’hôpital de Rodez », précise toutefois Fabrice Diot, directeur délégué de l’hôpital decazevillois. Puis dans la nuit du 13 au 14 mai, avec « un médecin urgentiste présent pour assurer les missions du Smur », indique Stéphanie Ruiz, secrétaire générale du syndicat CGT de l’hôpital.
De l’entraide
Pour rappel, l’hôpital est confronté à cette situation depuis début mai « suite à l’absence inopinée d’un médecin », souligne le directeur délégué. L’hôpital s’efforce alors de mettre en place des solutions pour assurer un accueil décent aux urgences pour les patients, avec un médecin urgentiste pour répondre à leurs besoins. « Pour cela, je souhaite remercier l’hôpital de Rodez pour leur coopération. Depuis début mai, les médecins urgentistes de Rodez sont venus quatre fois, sur place, aux urgences de Decazeville afin d’exercer leur mission et apporter une aide à la population lors de leur passage », souligne Fabrice Diot. Et d’ajouter « nous travaillons de concert avec l’intersyndicale pour acter des solutions à plus long terme. »
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Il assure que la venue des urgentistes de Rodez à Decazeville se répétera encore dans le courant de la deuxième quinzaine de mai.

Éviter que cette situation perdure
Les syndicats, de leur côté, se mobilisent. La première fois, début mai, en communiquant auprès de la population pour les informer de la situation des urgences de l’hôpital de Decazeville. Depuis, l’intersyndicale est allée à leur rencontre, en organisant des opérations de tractage lors des deux marchés hebdomadaires de la ville. Avec le message : « Des urgences sans urgentistes, ce n’est pas acceptable. »
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Un message manifestement entendu par la population présente aux abords du marché, ce vendredi 15 mai 2026. « Je les soutiens car il ne faut pas que les urgences ferment. Sinon il faudra aller à Rodez, Villefranche ou Figeac. C’est un service important à destination de la population », abonde Patrick.
Même avis de la part de Mireille Joffre : « Nous avons dû aller aux urgences avec mon mari et nous sommes très contents de l’accueil qu’ils nous ont réservé. Nous avons bientôt 80 ans, nos enfants ne sont pas sur place, où irons-nous si les urgences ferment ? » se questionne-t-elle.
Manifestation demain 19 mai à 17 h 30
C’est ce qu’affirme Annick Audiffred, infirmière urgentiste à l’hôpital decazevillois : « Il faut comprendre que si l’accueil 24 h/24 et 7 j/7 n’est plus garanti aux urgences, les patients devront se reporter sur les services de Villefranche, Figeac ou Rodez. Inévitablement, cela sera du temps de trajet et des risques supplémentaires. »
Aussi, l’intersyndicale le martèle dans ses messages : « Rejoignez-nous lors de la mobilisation devant l’hôpital, prévue mardi 19 mai à 17 h 30. »