« À quoi ressemblera le système de santé français en 2050 ? »
Date de publication : 18 mai 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=139cd4a469975e12705af74feacb0db4&id_newsletter=23794&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=23794&from=newsletter&slnk=6
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Quentin Benoist explique en effet dans Le Figaro qu’« un programme piloté par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), l’Agence de l’innovation en santé et les Hospices civils de Lyon ambitionne de construire des scénarios d’anticipation consacrés aux impacts du numérique sur l’offre de soins ».
Le journaliste précise que le but est de « confronter les différents points de vue et éclairer les politiques publiques à venir ». Il ajoute que « ce projet, unique en son genre, n’est pas seulement élaboré par des experts. Chacun d’entre nous peut y participer grâce à un formulaire disponible en ligne ».
« Les réponses sont ensuite rassemblées et transposées dans un scénario par des auteurs de science-fiction. Ce récit sera ensuite relu par des experts de différentes disciplines pour en garantir la plausibilité », continue Quentin Benoist.
Il indique ainsi que « le projet, lancé en mars, est baptisé OSE 2050. Pour cette première édition, les organisateurs ont choisi la sous-thématique de l’hyper-personnalisation des soins, «c’est-à-dire la personnalisation de la prévention, du diagnostic et des traitements pour chaque patient», explique Yann-Mael Le Douarin, chef du département santé et transformation numérique de la DGOS. La première consultation a déjà rassemblé plus de 1000 participants en mars et permis de connaître leurs attentes ».
Camille Oms, chargée de mission Numérique en santé à la DGOS, fait savoir : « Maintenant que nous avons beaucoup de matière, nous posons des questions plus précises pour fermer des portes aux scénarios ».
Quentin Benoist note que « les 8000 verbatims déjà recueillis donnent des informations importantes sur les perceptions autour de l’hyper-personnalisation des soins. […] Les participants font globalement confiance à la France pour encadrer ces enjeux éthiques. Mais des inquiétudes persistent ».
Yann-Mael Le Douarin remarque que « les craintes autour de la technologie et des inégalités qui peuvent en découler sont bien là. Les gens veulent un cadre rigoureux pour que personne ne soit laissé pour compte ».
Ketty Steward, écrivain et doctoresse en psychologie clinicienne, « l’auteur en charge d’écrire le scénario avec les réponses du formulaire », précise en outre que « les femmes sont davantage prêtes à renoncer à des progrès fulgurants pourvu que tout le monde puisse en profiter, tandis que les hommes sont plus techno-solutionistes ».
Quentin Benoist ajoute que « pour affiner ces récits, une seconde consultation, ouverte du 27 avril au 13 mai, adopte un format immersif original. Voilà les participants projetés dans le futur grâce à une capsule temporelle. «Bienvenue en 2050», et le formulaire débute. Les participants répondent à des questions avec des choix concrets sur l’usage de leurs données de santé, la place de l’intelligence artificielle dans leurs soins ou le niveau de prévention qu’ils sont prêts à accepter ».
Le journaliste observe que « le scénario [est] soumis à une relecture d’experts interdisciplinaires pour en tester la plausibilité scientifique ».
Le Dr Pierre de Bremond d’Ars, médecin généraliste, indique : « Il y a des gens qui viennent de différents mondes, des médecins, des sociologues, des économistes, qui ne se seraient jamais croisés en dehors de cet événement. […] À ce stade, l’initiative représente déjà un enrichissement intellectuel et humain phénoménal. Il sera désormais intéressant d’observer d’éventuels écarts entre les projections des experts et ce qui va émerger de la consultation citoyenne ».
Quentin Benoist conclut que « la restitution du scénario grand public est prévue pour le 15 octobre à Lyon, lors d’un événement public. […] Cette première édition pourrait ouvrir la voie à plusieurs saisons consacrées à d’autres grands défis du système de santé en 2050 – vieillissement de la population, déserts médicaux, inégalités d’accès aux soins ».
Des auteurs de science-fiction et des experts imaginent le système de santé français en 2050
Par Quentin Benoist
Le 9 mai 2026 à 19h43 https://sante.lefigaro.fr/social/sante-publique/des-auteurs-de-science-fiction-et-des-experts-imaginent-le-systeme-de-sante-francais-en-2050-20260508
Le programme OSE 2050 est piloté par le ministère de la Santé. Pour sa première «saison», il explore l’impact du numérique sur le système de soin à l’horizon 2050.
À quoi ressemblera le futur de la santé en 2050 ? Se rapprochera-t-il du scénario du film de science-fiction «Bienvenue à Gattaca» ou d’un épisode de la série d’anticipation «Black Mirror» ? À moins que l’on ne s’autorise à être un peu plus optimiste. Afin d’y voir un peu plus clair, un programme piloté par la Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS), l’Agence de l’Innovation en Santé et les Hospices Civils de Lyon ambitionne de construire des scénarios d’anticipation consacrés aux impacts du numérique sur l’offre de soins.
Objectif : confronter les différents points de vue et éclairer les politiques publiques à venir. Ce projet, unique en son genre, n’est pas seulement élaboré par des experts. Chacun d’entre nous peut y participer grâce à un formulaire disponible en ligne. Les réponses sont ensuite rassemblées et transposées dans un scénario par une des auteurs de science-fiction. Ce récit sera ensuite relu par des experts de différentes disciplines pour en garantir…
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Système de santé français : quels défis à horizon 2050 ?
4,8 millions de Français auront plus de 85 ans en 2050*. Le système de santé actuel, conçu il y a 70 ans, peine à répondre pleinement à cette nouvelle réalité. Entre réorganisation de l’offre de soins, innovations numériques et enjeux de démographie des professionnels de santé, quelles évolutions se dessinent pour répondre aux besoins d’une population vieillissante ?
Les défis structurels du système de santé en 2025
En 2000, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qualifiait le système de santé français de « meilleur au monde ». Au cours des 25 dernières années, le contexte a évolué vers une situation dégradée, le système n’ayant pas toujours su s’adapter pour répondre aux changements sociétaux, économiques et démographiques intervenus.
La France consacre actuellement près de 11,8 % de son PIB aux dépenses de santé. Son système de santé se caractérise par une offre de soins héritée de l’immédiat après-guerre :
- égalitaire, sa force réside dans sa capacité à offrir un accès aux soins au plus grand nombre, notamment en urgence,
- son fonctionnement repose sur la présence de médecins issus d’un parcours de formation d’excellence, parmi les plus sélectifs.
Cette offre de soins s’articule autour de deux piliers complémentaires : d’une part, l’hôpital qui concentre les soins complexes et l’urgence ; d’autre part, la médecine de ville qui assure une part importante des soins primaires, avec 10,8 milliards d’euros de consommation de soins courants de médecins généralistes et 14,2 milliards pour les spécialistes (en 2022).
Plusieurs défis émergent néanmoins :
- allongement de la durée de vie qui nécessite la prise en charge de maladies chroniques et des suivis longs,
- tension sur la démographie des professionnels de santé, médicaux et paramédicaux,
- déficit financier.
Ce constat appelle à repenser le système pour lui permettre de rester performant et de répondre aux besoins de la population en 2050.
La démographie des professionnels de santé : un enjeu central
La question de la démographie des professionnels de santé constitue un enjeu majeur pour l’avenir du système de santé français. Elle concerne l’ensemble des professions médicales et paramédicales.
Selon le Ministère de la Santé, au 1er janvier 2025, la France compte 237 200 médecins en activité, soit une hausse de +1,6 % en un an. Le nombre de médecins généralistes (100 000) repart à la hausse après plusieurs années de diminution, tandis que celui des spécialistes (137 200) poursuit une progression dynamique.
Les projections de la DREES concernant les effectifs de médecins pour les années à venir dessinent plusieurs tendances structurantes :
- une stagnation des effectifs jusqu’en 2027, suivie d’une hausse assez importante jusqu’en 2050 (+1,7 % de croissance annuelle moyenne des effectifs entre 2030 et 2050),
- une féminisation croissante de la profession médicale, qui représente désormais la moitié des effectifs,
- une aspiration à un meilleur équilibre entre vie personnelle et professionnelle, susceptible de modifier le temps médical disponible et les modes d’exercice,
- une concurrence internationale accrue, certains pays cherchant à attirer les professionnels de santé formés en France.
Plusieurs facteurs influencent l’attractivité des professions de santé : les conditions d’exercice (charge de travail, disponibilité des équipements), la qualité de vie au travail, les perspectives d’évolution de carrière, la rémunération, et la reconnaissance de la profession.
Des disparités importantes existent également selon les territoires et les spécialités. L’enjeu pour les années à venir sera de renforcer cette attractivité pour assurer un nombre de professionnels adapté aux besoins de la population en 2050.
Repenser l’offre de soins : quelles perspectives pour demain ?
Plusieurs pistes, émergeant de différents acteurs institutionnels et professionnels, dessinent des évolutions possibles de restructuration de l’offre de soins, sans constituer toutefois des prédictions.
RÉORGANISER L’OFFRE DE SOINS : UNE ARCHITECTURE À DEUX VITESSES
Parmi les pistes de réflexion actuelles, figure le développement de deux types d’offres complémentaires :
- un réseau de centres de soins de proximité pour les soins courants, maladies chroniques et urgences de moindre gravité, dotés de plateaux techniques adaptés et ouverts sur de grandes amplitudes horaires. Le dispositif France Santé, lancé par les pouvoirs publics, s’inscrit dans cette logique en visant à renforcer l’offre de soins de proximité sur l’ensemble du territoire ;
- un réseau d’hôpitaux de pointe, techniquement avancés, pour les cas complexes nécessitant des équipements et expertises spécialisés. Cette évolution interroge sur le nombre optimal d’établissements, alors que le maillage hospitalier a déjà connu d’importantes transformations ces dernières décennies.
Cette architecture devra s’adapter au vieillissement marqué de la population. Si en 2021, un quart des Français étaient âgés de plus de 60 ans et 1,5 million de plus de 85 ans, en 2050 plus d’un tiers des Français serait âgé de plus de 60 ans et 4,8 millions de plus de 85 ans,nécessitant un suivi régulier de pathologies chroniques.
NUMÉRISER LE SYSTÈME DE SOINS : ENTRE PROMESSES ET FREINS À L’ADOPTION
Les innovations technologiques offrent des perspectives en termes d’organisation des soins, mais leur appropriation reste un défi majeur. Entre 60 et 80 % des projets numériques échouent au moment du déploiement hospitalier,non pas en raison de défaillances techniques, mais par manque d’adoption par les professionnels de santé.
Plusieurs facteurs expliquent cette difficulté d’appropriation : 65 % des professionnels de santé craignent que l’intelligence artificielle ne mette leur emploi en danger, tandis que les cursus médicaux intègrent encore peu de formation au numérique. L’interopérabilité constitue également un frein majeur, chaque établissement disposant de ses propres systèmes et normes, rendant complexe l’intégration de nouvelles solutions.
Néanmoins, du côté des usagers, l’adhésion progresse : 90 % des Français ont déjà eu recours à au moins un outil ou service numérique en santé(prise de rendez-vous en ligne, récupération de documents médicaux, téléconsultation). Une enquête de 2024 révèle que les bénéfices perçus sont significatifs : 74 % des Français y voient une meilleure coordination du parcours médical et 72 % une plus grande fluidité administrative.
Mon Espace Santé, espace santé numérique de chaque assuré social, illustre cette dynamique : 97 % des assurés sociaux disposent d’un carnet de santé numérique et plus de 17 millions l’ont déjà utilisé.. Cet outil permet de consulter son historique de soins, d’archiver ses données et de les partager avec les soignants de son choix. Parmi les non-utilisateurs, 57 % se disent prêts à y recourir sur recommandation de leur médecin.
L’extension de ces outils pourrait améliorer le partage d’informations médicales entre les soignants. Toutefois, certaines professions paramédicales ne sont pas encore éligibles au dispositif, et des inquiétudes persistent : plus de trois quarts des Français craignent des usages commerciaux de leurs données ou des piratages. Ces réserves invitent à nuancer les perspectives de généralisation rapide.
La télésurveillance et la téléconsultation, déjà pratiquées dans certains établissements, pourraient poursuivre leur développement. Leurs bénéfices potentiels en termes d’accès aux soins, de prévention et de suivi médical pourraient se concrétiser davantage d’ici à 2050, sous réserve d’une co-construction avec les professionnels de terrain et d’une meilleure formation au numérique.
L’INNOVATION MÉDICALE : DES AVANCÉES THÉRAPEUTIQUES À CONFIRMER
La recherche médicale et en biotechnologies ouvre des perspectives encourageantes dans le domaine thérapeutique, avec des traitements toujours plus innovants.
L’intelligence artificielle progresse dans de nombreuses spécialités médicales, notamment en imagerie médicale. En radiologie, des algorithmes d’IA assistent déjà les praticiens pour la détection précoce de pathologies, l’amélioration de la précision des diagnostics et l’aide à la décision. Des applications concrètes se développent en cardiologie (analyse d’échocardiogrammes, détection d’arythmie) et en oncologie (détection précoce de cancers, planification des traitements). Selon les projections du marché, le secteur de l’IA en imagerie médicale pourrait connaître une croissance significative dans la prochaine décennie.
Les thérapies géniques et cellulaires constituent un autre axe d’innovation majeur, offrant de nouvelles options thérapeutiques pour des maladies jusqu’alors difficiles à traiter. Ces avancées pourraient, si elles continuent de progresser, offrir à l’échéance 2050 de meilleures perspectives de traitements et potentiellement contribuer à réduire la durée des séjours en établissements de soins.
Toutefois, l’adoption à grande échelle de ces technologies dépendra de nombreux facteurs : appropriation par les patients et les soignants, cadre réglementaire, modèle économique, capacité d’investissement du système de santé, et démonstration de leur efficacité clinique réelle.
Les pistes évoquées pour adapter le modèle de santé français – réorganisation de l’offre de soins, adoption des innovations numériques et thérapeutiques, adaptation de la démographie des professionnels de santé – ne constituent pas des prédictions, mais des directions possibles de transformation identifiées par différents acteurs.
Au niveau gouvernemental comme au sein des organismes professionnels, les réflexions sont en cours, bien que les visions et les priorités de ces différents acteurs ne convergent pas toujours. Les débats portent notamment sur l’équilibre entre concentration des moyens dans des centres spécialisés et maintien d’une offre de proximité, sur le financement des innovations technologiques, sur l’attractivité des métiers de la santé, et sur les modalités de régulation du système.
L’implication des professionnels de santé dans ces réflexions et la prise en compte des réalités économiques constituent des enjeux essentiels pour construire des solutions durables.