Le retour annoncé du phénomène naturel El Niño va aggraver une crise climatique déjà en accélération. 

Climat : alors que 2026 s’annonce extrême, des scientifiques s’alarment de voir le réchauffement « relégué au second plan »

Plusieurs experts et agences internationales lancent un nouvel avertissement, mardi 12 mai, d’autant que le retour annoncé du phénomène naturel El Niño va aggraver une crise climatique déjà en accélération. 

Par Audrey GarricPublié aujourd’hui à 06h00, modifié à 10h43 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/05/12/climat-alors-que-2026-s-annonce-extreme-des-scientifiques-s-alarment-de-voir-le-rechauffement-relegue-au-second-plan_6688187_3244.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260512&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;tempsforts-title-_titre_2

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Des brumisateurs, lors d’un épisode caniculaire à Varanasi (Inde), le 27 avril 2026.
Des brumisateurs, lors d’un épisode caniculaire à Varanasi (Inde), le 27 avril 2026.  NIHARIKA KULKARNI/AFP

Jour après jour, catastrophe après catastrophe, un constat dramatique se dessine avec toujours plus de précision : 2026 pourrait entrer dans l’histoire climatique comme l’une des années les plus extrêmes jamais observées. Les premiers mois ont déjà vu s’accumuler records de chaleur océanique, canicules précoces, incendies géants et pluies diluviennes. Mardi 12 mai, plusieurs scientifiques et agences internationales lancent un nouvel avertissement, alors que le retour annoncé du phénomène naturel El Niño va aggraver une crise climatique déjà en accélération.

Ces chercheurs se disent « très préoccupés » par une lutte contre le réchauffement « reléguée au second plan ». Plusieurs gouvernements et entreprises ont revu à la baisse leur ambition climatique, tandis que le président américain, Donald Trump, multiplie les attaques contre la transition écologique. « Nous subissons des impacts déjà dévastateurs, alors que nous n’avons pas encore tout à fait atteint le seuil d’alerte de 1,5 °C de réchauffement [la limite la plus ambitieuse de l’accord de Paris], rappelle Friederike Otto, climatologue à l’Imperial College de Londres, qui se joint à cet appel à l’action. Il faut agir, car la situation va empirer et les populations les plus vulnérables seront les plus touchées. »

Partout sur le globe, les indicateurs virent toujours plus au rouge. Les températures de surface des océans atteignent des niveaux proches des records absolus, tandis que la banquise arctique a connu l’un de ses pires hivers.

Les canicules se multiplient dans les deux hémisphères. En Inde, les températures ont atteint 46 °C dès le printemps ; en Australie, elles ont dépassé les 40 °C. Aux Etats-Unis, une vague de chaleur exceptionnelle a frappé une large partie du territoire en mars, dans des proportions que les scientifiques estiment impossibles sans l’influence du changement climatique. Le Groenland a connu son mois de janvier le plus chaud jamais mesuré.

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La France connaît aussi des anomalies. Des records de chaleur ont été battus dès février, avec des températures évoquant une fin de printemps, juste après un hiver marqué par une succession de tempêtes, de crues et de précipitations majeures. Avril s’est ensuite avéré exceptionnellement chaud et sec. « Nous vivons désormais de manière très concrète la perturbation du cycle de l’eau, entre sécheresses et fortes précipitations, exacerbée par le réchauffement », observe le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS.

L’année 2026 marque également une aggravation spectaculaire des feux de forêt. Entre janvier et avril, plus de 150 millions d’hectares ont brûlé dans le monde, soit 50 % de plus que la moyenne récente pour cette période, explique Theodore Keeping, chercheur à l’Imperial College de Londres. L’Afrique paye le plus lourd tribut, avec des records en Gambie, au Sénégal ou en Mauritanie. L’Asie (Japon, Chine, Inde, Birmanie, etc.), les Etats-Unis, le Canada et l’Australie, ainsi que l’Amérique du Sud (Chili, Argentine) connaissent aussi de graves incendies.

Dans ce contexte déjà alarmant, le retour d’El Niño devrait encore accentuer ces dérèglements. Ce réchauffement du Pacifique équatorial, qui survient tous les trois à sept ans, tire en effet vers le haut la température moyenne mondiale et favorise les événements extrêmes – sécheresses et incendies en Australie ou Indonésie, pluies diluviennes et inondations dans certaines régions d’Amérique du Sud et dans la Corne de l’Afrique.

Cocktail redoutable

Les prévisions jugent toutes très probable le retour de l’« enfant terrible du Pacifique » dès cet été. L’agence européenne Copernicus le considère même comme certain à partir de juin. Une majorité de modèles anticipent désormais un El Niño fort, voire très fort. Il devrait culminer entre décembre et janvier, avant un reflux probable au printemps 2027.

Combiné au réchauffement dû aux émissions humaines de gaz à effet de serre, il forme un cocktail redoutable. Le précédent épisode avait contribué à faire de 2024 l’année la plus chaude jamais enregistrée et la première à franchir ponctuellement le seuil de 1,5 °C. De nombreux scientifiques anticipent désormais que 2027 détrône 2024 et dépasse de nouveau cette limite de réchauffement. L’année 2026, quant à elle, pourrait s’établir comme la deuxième la plus chaude jamais enregistrée.

Pour les climatologues, toutefois, El Niño ne doit pas masquer l’essentiel. « Même s’il pourrait entraîner des conditions extrêmes, voire sans précédent, plus tard dans l’année, ce n’est pas une raison pour paniquer. El Niño est un phénomène naturel, qui va et vient, rappelle Friederike Otto. Le changement climatique, en revanche, ne fait qu’empirer tant que nous continuons à brûler des combustibles fossiles. C’est lui qui justifie de paniquer. » Les émissions liées à la combustion d’énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) et à la déforestation continuent, en effet, d’augmenter à l’échelle mondiale, plaçant la planète sur une trajectoire proche de 3 °C à la fin du siècle.

La climatologue allemande dirige le World Weather Attribution, un réseau scientifique international chargé d’évaluer la responsabilité du réchauffement climatique dans la probabilité et l’intensité des événements extrêmes. Depuis sa création, en 2014, ce consortium a étudié 124 canicules, sécheresses, inondations ou incendies. « Dans la grande majorité des cas, l’influence du changement climatique d’origine humaine apparaît bien plus déterminante que les cycles El Niño/La Niña », poursuit Friederike Otto.

Sociétés affectées durablement

Ces catastrophes affectent durablement les sociétés et les économies. Elles aggravent les pertes de production agricole, l’insécurité alimentaire, les déplacements de populations, la mortalité et les maladies. Elles ont engendré 224 milliards de dollars (190 milliards d’euros) de pertes économiques en 2025 dans le monde, selon le réassureur Munich Re.

Comment, dès lors, éviter le pire ? « Les solutions sont claires : passer plus rapidement à une énergie propre et moderniser les réseaux électriques. Chaque dollar investi dans l’adaptation au changement climatique rapporte plus de 10 dollars », répond Simon Stiell, le secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

« L’action climatique n’est pas un coût mais un investissement », complète sa prédécesseure Patricia Espinosa. Elle appelle les pays à accroître et à respecter leurs engagements climatiques, à augmenter les financements et à sortir des énergies fossiles. Si la guerre au Moyen-Orient a rappelé la vulnérabilité des économies aux hydrocarbures, la communauté internationale ne parvient toujours pas à franchir ce cap.

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Audrey Garric

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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