Questions politiques de France Inter et enquête de mediapart sur Dominique de Villepin

Présidentielle 2027 : « Je me vois un rôle » pour « rassembler », et « redresser un pays qui est dans le malheur » déclare Dominique de Villepin 

Par La rédaction numérique de France Inter  • Publié le dimanche 10 mai 2026 à 12:04

54 mn

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/questions-politiques/questions-politiques-du-dimanche-10-mai-2026-8925304?at_medium=newsletter&at_campaign=inter_quoti_edito&at_chaine=france_inter&at_date=2026-05-11&at_position=5

  • Questions politiques 

L’ancien premier ministre et ex-ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin est-il candidat à la présidentielle ? Il botte en touche. Mais selon lui, « la fonction présidentielle a été mal exercée depuis quatre mandats ». 

Avec

« Je me vois un rôle parce que je ne vois pas d’autres responsables politiques dont la première préoccupation est de rassembler », assure Dominique de Villepin, ancien Premier ministre et candidat potentiel à l’élection présidentielle de 2027, invité de Questions politiques sur France Inter, franceinfo TV et Le Monde ce dimanche.

Cependant, selon l’ancien Premier ministre, « nous ne sommes pas dans ce temps présidentiel » pour officialiser sa candidature. Interrogé sur ce sujet, Dominique de Villepin botte en touche : « Ma détermination est entière et tous ceux qui nous écoutent ont bien compris que je n’étais pas en ce dimanche de long week-end avec vous, pour le simple plaisir de me faire plaisir. »

« Mon obsession n’est pas d’être en haut de l’affiche. A 72 ans, on a peut-être mieux à faire que de se regarder dans une glace ou sur une affiche », nuance Dominique de Villepin, assurant que « l’objectif est de redresser un pays qui est aujourd’hui dans le malheur ».

Il est par ailleurs d’accord avec Jean-Luc Mélenchon qui souhaite être un candidat avec « de l’expérience », estimant aussi dans un entretien à La Tribune Dimanche que « c’est l’heure des caractères ». « C’est peut-être un atout pour éviter la sixième extinction planétaire, l’expérience n’est pas inutile dans les périodes de crise », où abonde Dominique de Villepin.

Si l’ex-premier ministre cache de moins en moins ses ambitions pour 2027, les questions autour de ses liens d’intérêts se posent de plus en plus. Épinglé pour avoir accepté deux cadeaux d’un lobbyiste de la Françafrique, il a fini par reconnaître « une erreur ». Ses liens avec l’intermédiaire Alexandre Djouhri interrogent également.

Argent, cadeaux et contrats : la part d’ombre de Villepin en plein jour

11 mai 2026 | https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=k48L0imSoLjSZDqZbiEaH49pNnEVT_atwaIBlHiBwXQlVi7jF8_F7krahimf1KmplIIxk8kFPNsDKDyhTSc

Par Fabrice Arfi et David Perrotin

« Je n’aurais pas dû accepter ces statuettes. C’était une erreur. » Dix jours après les révélations de « Complément d’enquête », Dominique de Villepin a reconnu sur France Inter une faute, celle d’avoir accepté des cadeaux de Robert Bourgi. 

Dans l’émission de France 2 diffusée le 30 avril, cette figure historique de la Françafrique avait dépeint un homme aimant « le confort »« la bonne vie » et « les cadeaux », puis avait raconté lui avoir fait parvenir, lorsqu’il était ministre des affaires étrangères, deux statuettes de Napoléon.

L’une offerte en 2002 par Blaise Compaoré, alors président du Burkina Faso, d’un montant de 75 000 euros, et l’autre par un industriel italien, Gian Angelo Perrucci, d’un montant de 50 000 euros. Facture à l’appui, les deux œuvres ont été achetées à la galerie de Souzy, spécialisée dans l’art napoléonien. 

Robert Bourgi et Dominique de Villepin. © Photos Ludovic Marin / AFP et Stéphane Le Tellec / Abaca

Mais si Dominique de Villepin reconnaît donc l’erreur d’avoir accepté ces deux cadeaux, qu’il a rendus au Quai d’Orsay depuis, le possible candidat à l’élection présidentielle dément tout le reste et dénonce « une volonté de nuire ». Il affirme qu’il ignorait tout des acheteurs et qu’il pensait recevoir des cadeaux d’anniversaire de Robert Bourgi et non d’un dictateur ou d’un industriel. « Je n’aurais jamais accepté ces objets si j’avais su leur provenance », a-t-il déclaré, tout en contestant la réalité des deux factures présentées par l’ancien avocat. 

Pour se défendre, Dominique de Villepin a aussi fait réaliser une expertise le 4 mai, consultée par Mediapart, qui établit le montant de ces deux statues à un prix trois à quatre fois inférieur. Entre 18 000 et 20 000 euros pour la première, et entre 10 000 et 12 000 euros pour la seconde. « La facture du buste de Napoléon interpelle, pointe aussi l’entourage de Dominique de Villepin, interrogé par MediapartElle n’est pas numérotée et n’est pas détaillée. »

Contrairement aux usages, en effet, la facture ne mentionne ni les caractéristiques précises de la statue ni le nom du sculpteur, Charles-Louis Corbet, pourtant connu. « Une sculpture napoléonienne d’époque XIX», peut-on simplement lire sur le document. Sollicitée par Mediapart, la galerie de Souzy, réputée proche de Robert Bourgi, n’a pas donné suite à nos questions. 

D’anciennes accusations

Comme pour François Fillon en 2017, épinglé pour avoir accepté deux costumes à 15 000 euros, Robert Bourgi dit agir pour défendre son ami Nicolas Sarkozy. Il vise en particulier des propos tenus par Dominique de Villepin en novembre 2025 sur BFMTV, lorsque l’ex-président était incarcéré à la prison de la Santé. « Quand il a dit que Nicolas Sarkozy était un justiciable comme un autre, je ne l’ai pas apprécié. Je ferai tout pour l’empêcher d’aller à l’Élysée », assume l’ancien avocat.

En réalité, Robert Bourgi avait déjà confié la même histoire dans son livre Ils savent que je sais tout (Max Milo, 2024), dans lequel il évoquait ce cadeau offert par Blaise Compaoré. À l’époque, toutefois, il datait les faits de 2004 et expliquait que le président du Burkina Faso avait réglé la facture par chèque. Aujourd’hui, la remise de ce buste de Napoléon remonte à 2002 et aurait été payée, selon la facture affichée, par virement bancaire. 

Agenda à l’appui aussi, Robert Bourgi affirme avoir été le conseiller occulte de Dominique de Villepin sur les affaires africaines entre 1995 et 2005. Face caméra, l’ex-avocat accuse notamment l’ex-premier ministre d’avoir réceptionné 3 millions de dollars des mains d’un proche du président de Côte d’Ivoire de l’époque, Laurent Gbagbo. « Jeudi 13 décembre […], avec Eugène Allou, directeur du protocole du président Gbagbo, 3 millions de dollars qu’on est allés porter à 16 heures chez Jacques Chirac et Dominique de Villepin », témoigne-t-il sur France 2.

Dominique de Villepin au Quai d’Orsay devant le buste de Napoléon offert par Robert Bourgi. © Capture d’écran de l’émission « Complément d’enquête »

Là encore, Robert Bourgi l’avait déjà écrit dans son livre mais aussi révélé plus de dix ans auparavant. En 2011 déjà, le lobbyiste était sorti du bois pour barrer la route de Dominique de Villepin, alors en campagne pour récolter les 500 signatures nécessaires pour être candidat à la présidentielle. Dans Le Journal du dimanche, il accusait Jacques Chirac et l’ancien patron du Quai d’Orsay d’avoir touché pas moins de 20 millions de dollars de différents chefs d’État africains et déclarait avoir été témoin et parfois complice de ces transactions secrètes. « Je n’ai aucune preuve », ajoutait-il aussi. 

Dominique de Villepin avait alors dénoncé une cabale pour « le dissuader d’être candidat », jugeant ses accusations « graves » et « scandaleuses ». Sur France 2 aujourd’hui, il dénonce de nouveau des affabulations de la part d’un « merveilleux conteur » et affirme que la justice lui « a donné raison »En novembre 2011, après avoir auditionné Robert Bourgi, l’enquête préliminaire avait finalement été classée faute d’avoir pu conforter ces accusations par des éléments matériels. Mais en 2024, Laurent Gbagbo avait confirmé publiquement à la télévision avoir remis 2 milliards de francs CFA (3,05 millions d’euros), demandés selon lui par Jacques Chirac. 

Alors, qui dit vrai ? Dimanche, Dominique de Villepin a tout contesté mais a aussi exclu de déposer plainte pour diffamation contre Robert Bourgi, estimant que cela ne permettrait pas de « lutter contre la rumeur »« Ma réponse est toujours la même, c’est ma bonne foi », a-t-il tranché avant d’ajouter : « J’accepte la transparence. »

Des clients mystères

Cette transparence, pourtant, Dominique de Villepin refuse de l’appliquer dans un autre domaine : ses activités de conseil. Après son départ de Matignon, le chiraquien s’est lancé dans le privé par le biais de sa société Villepin International et perçoit des millions d’euros d’entreprises avec lesquelles il passe des contrats mais dont il tait l’identité. On sait tout juste qu’il travaille avec Veolia depuis 2008 ou qu’il a facturé ses services aux Bugshan, une famille d’affaires saoudienne, qui l’a notamment rémunéré près de 1,6 million d’euros entre 2008 et 2010. 

Régulièrement interrogé sur le nom de ses clients et le montant de ses rémunérations, l’ex-ministre refuse systématiquement de livrer le moindre détail. « Je n’ai que des contrats avec des entreprises françaises ou européennes », a-t-il seulement déclaré le 6 janvier sur BFMTV, jurant n’avoir rien « à cacher »

Selon Le Monde, sa société « ne publie plus ses comptes depuis longtemps, comme l’exige pourtant la loi »« Dominique de Villepin préfère payer chaque année la petite amende de 3 000 euros plutôt que de voir étalé dans la presse l’état de sa fortune », affirmait même le quotidien. « Faites votre travail, la transparence est totale, mes comptes sont ouverts, ils sont déposés comme la loi le prévoit », a-t-il tout de même rétorqué lorsque Benjamin Duhamel, sur France Inter, questionnait cette opacité. 

En réalité, comme a pu le vérifier Mediapart, l’ancien patron du Quai d’Orsay ne paie aucune amende puisque ses comptes sont bien publiés chaque année et montrent qu’il a perçu près de 6 millions d’euros de dividendes en dix ans, dont 600 000 en 2025. Mais l’identité de ses clients, elle, reste un mystère. 

S’il promet de jouer le jeu de la transparence, Dominique de Villepin a refusé que « Mediapart » accède à la liste des clients de Villepin International.

C’est seulement grâce à une enquête de Radio France que l’on en sait davantage sur le pedigree de certains. En décembre 2025, le média a révélé les multiples activités de Dominique de Villepin réalisées en Chine et sa cinquantaine de déplacements dans le pays. On y apprenait que le possible candidat pour 2027 a été rémunéré près de 96 000 euros pour deux prestations lors de sommets organisés dans le pays en 2008, réglés par les autorités. Là encore, Dominique de Villepin s’est défendu en expliquant qu’il pensait seulement être rémunéré par une association. 

« Au-delà de cette activité de conférencier – relativement classique pour un ancien chef de gouvernement –, Dominique de Villepin a travaillé au service d’entreprises chinoises : l’agence de notation UCRG en 2013, le fonds d’investissement Minsheng en 2015, le fonds hongkongais Cedarlake en 2021… », écrit aussi Radio France, qui précise qu’il préside même depuis 2017 l’Alliance internationale du tourisme de montagne (ITMA), une association chinoise créée avec le soutien du gouvernement. 

Dans le même temps, Dominique de Villepin prenait régulièrement la parole pour dire du bien du pays ou féliciter le président Xi Jinping, reléguant ainsi au second plan ses positions sur les droits humains. 

Était-ce la contrepartie officieuse de ses contrats ? « Absolument pas », rétorque Dominique de Villepin, qui balaye toute situation de dépendance. « Ce qui l’intéresse, c’est de découvrir la Chine dans des facettes extrêmement différentes. Il n’est absolument pas motivé par l’argent et ne se sent absolument pas redevable », défend encore son entourage, qui déplore le fait de « prendre trois phrases extraites d’une émission de télévision chinoise » pour établir une collusion avec le régime. 

S’il promet de jouer le jeu de la transparence, Dominique de Villepin a en tout cas refusé que Mediapart accède à la liste recensant l’intégralité des clients de Villepin International.

Le tout nouveau patron du parti La France humaniste a simplement expliqué « réfléchir à [notre] demande », jugeant que « ce n’était pas le moment ». Et son entourage d’ajouter : « S’il devait se présenter à une élection, il n’aura aucune difficulté à transmettre cette liste à une autorité adéquate, comme à la HATVP [Haute Autorité pour la transparence de la vie publique – ndlr]. »

Quoi qu’il en soit, des soupçons planent sur Dominique de Villepin et ses amitiés présentes ou passées n’aident pas à les dissiper. Robert Bourgi d’abord, mais pas seulement. Autour de lui, on trouve aussi Pascale Perez, une mystérieuse intermédiaire à la tête de sociétés situées en Suisse, à Londres ou aux Émirats arabes unis, condamnée pour corruption en 2014 et un temps mise en cause dans l’affaire Benalla. Elle était notamment soupçonnée d’avoir dissimulé le coffre-fort de ce dernier. Alexandre Djouhri, enfin, condamné en première instance dans le procès des financements libyens, est aussi l’un de ses intimes. 

Le réseau Djouhri

À la cour d’appel de Paris, où se tient actuellement le procès en appel, il en a d’ailleurs une nouvelle fois été question. Le nom de Dominique de Villepin a été cité à plusieurs reprises ces dernières semaines durant les débats, même si, contrairement à Nicolas Sarkozy, Claude Guéant ou Brice Hortefeux, l’ancien premier ministre n’a jamais été poursuivi pénalement dans ce dossier.

Dominique de Villepin a toutefois été une marque d’intérêt pour la cour, du fait des relations qu’il entretient de longue date avec un des prévenus du procès, l’intermédiaire Alexandre Djouhri. Ce dernier est soupçonné d’être un des agents de corruption présumés du dossier, en lien notamment avec Béchir Saleh, bras droit du dictateur libyen Mouammar Kadhafi.

L’enquête libyenne avait mis au jour un virement de 489 133 euros, en septembre 2009, au bénéfice du cabinet Villepin International. Les fonds provenaient d’une société au Panama, baptisée Bedux, qui ventilait l’argent issu d’une opération immobilière suspecte réalisée entre Alexandre Djouhri, son ami et banquier Wahib Nacer et le fonds souverain libyen, LAP, dirigé à l’époque par Béchir Saleh.À lire aussiInitiales « AD » : dans les entrailles bancaires du système Djouhri

Entendu durant l’enquête, Dominique de Villepin avait indiqué ne pas connaître la société Bedux et rattachait pour sa part ce flux de septembre 2009, non pas à une opération libyenne, mais à un reliquat de paiement dû à son cabinet par le Saudi Bugshan Group, une société saoudienne d’investissement très influente.

Le jugement de première instance de l’affaire libyenne et les récents débats en appel ont néanmoins mis en doute la réelle propriété – apparente – de la société Bedux par le milliardaire Ahmed Salem Bugshan (définitivement relaxé dans le dossier), considérant qu’elle était en réalité à la main d’Alexandre Djouhri et de son banquier. Les deux hommes sont en effet suspectés d’avoir, à plusieurs reprises, utilisé dans leur dos le nom des Bugshan pour des affaires occultes, ce qu’ils démentent.

En première instance, le tribunal de Paris avait même écrit dans son jugement qu’Alexandre Djouhri était « le bénéficiaire économique effectif » de Bedux.

L’un des hommes pressentis comme possible directeur de campagne de Dominique de Villepin est lui aussi un intime d’Alexandre Djouhri.

Mais aucune incrimination pénale n’avait été opposée durant l’instruction à Dominique de Villepin, vu la difficulté de rattacher ces faits, certes troubles, à un délit précis dans le cadre de l’affaire libyenne. Encore aujourd’hui auprès de Mediapart, Dominique de Villepin maintient que ce virement est lié à son travail pour le groupe Bugshan et conteste avoir « le moindre » lien avec le dossier libyen.

Cela étant, d’autres liens d’intérêts avaient été découverts durant l’enquête entre l’ancien chef du gouvernement et Alexandre Djouhri. Les juges ont ainsi mis la main sur une transaction en janvier 2014. À l’occasion d’une vente aux enchères d’œuvres appartenant à Dominique de Villepin, Alexandre Djouhri avait acheté une édition rare de Tintin au pays des Soviets pour 53 433 euros. La transaction était passée par une société dénommée Iscande, dont Alexandre Djouhri avait démenti en procédure être le bénéficiaire économique. L’intermédiaire a toutefois admis l’inverse, le 5 mai, à la barre de la cour d’appel de Paris.

Dernier lien, plus indirect mais réel : l’un des hommes pressentis, d’après La Lettre, comme possible futur directeur de campagne de Dominique de Villepin, s’il venait à se présenter à l’élection présidentielle, est lui aussi un intime d’Alexandre Djouhri. Le monde est petit. Diplomate de renom, ancien conseiller de Jacques Chirac et ancien secrétaire général du Quai d’Orsay, Maurice Gourdault-Montagne a notamment dédicacé, avec des termes qui ne trompent pas, son livre Les autres ne pensent pas comme nous(Bouquins, 2022) à Alexandre Djouhri.

« À mon cher ami Alex, mon frère, mon ami, avec qui nous avons tant partagé et qui sait, sans jamais oublier, qu’il nous faut pourtant vivre ensemble avec eux », a-t-il écrit, à la main, en référence au titre de son ouvrage. Alexandre Djouhri s’est empressé de verser cette dédicace aux débats du procès en appel de l’affaire libyenne pour montrer l’étendue de son réseau. 

Entendu durant l’enquête, Dominique de Villepin avait indiqué ne pas connaître la société Bedux et rattachait pour sa part ce flux de septembre 2009, non pas à une opération libyenne, mais à un reliquat de paiement dû à son cabinet par le Saudi Bugshan Group, une société saoudienne d’investissement très influente.

Le jugement de première instance de l’affaire libyenne et les récents débats en appel ont néanmoins mis en doute la réelle propriété – apparente – de la société Bedux par le milliardaire Ahmed Salem Bugshan (définitivement relaxé dans le dossier), considérant qu’elle était en réalité à la main d’Alexandre Djouhri et de son banquier. Les deux hommes sont en effet suspectés d’avoir, à plusieurs reprises, utilisé dans leur dos le nom des Bugshan pour des affaires occultes, ce qu’ils démentent.

En première instance, le tribunal de Paris avait même écrit dans son jugement qu’Alexandre Djouhri était « le bénéficiaire économique effectif » de Bedux.

L’un des hommes pressentis comme possible directeur de campagne de Dominique de Villepin est lui aussi un intime d’Alexandre Djouhri.

Mais aucune incrimination pénale n’avait été opposée durant l’instruction à Dominique de Villepin, vu la difficulté de rattacher ces faits, certes troubles, à un délit précis dans le cadre de l’affaire libyenne. Encore aujourd’hui auprès de Mediapart, Dominique de Villepin maintient que ce virement est lié à son travail pour le groupe Bugshan et conteste avoir « le moindre » lien avec le dossier libyen.

Cela étant, d’autres liens d’intérêts avaient été découverts durant l’enquête entre l’ancien chef du gouvernement et Alexandre Djouhri. Les juges ont ainsi mis la main sur une transaction en janvier 2014. À l’occasion d’une vente aux enchères d’œuvres appartenant à Dominique de Villepin, Alexandre Djouhri avait acheté une édition rare de Tintin au pays des Soviets pour 53 433 euros. La transaction était passée par une société dénommée Iscande, dont Alexandre Djouhri avait démenti en procédure être le bénéficiaire économique. L’intermédiaire a toutefois admis l’inverse, le 5 mai, à la barre de la cour d’appel de Paris.

Dernier lien, plus indirect mais réel : l’un des hommes pressentis, d’après La Lettre, comme possible futur directeur de campagne de Dominique de Villepin, s’il venait à se présenter à l’élection présidentielle, est lui aussi un intime d’Alexandre Djouhri. Le monde est petit. Diplomate de renom, ancien conseiller de Jacques Chirac et ancien secrétaire général du Quai d’Orsay, Maurice Gourdault-Montagne a notamment dédicacé, avec des termes qui ne trompent pas, son livre Les autres ne pensent pas comme nous(Bouquins, 2022) à Alexandre Djouhri.

« À mon cher ami Alex, mon frère, mon ami, avec qui nous avons tant partagé et qui sait, sans jamais oublier, qu’il nous faut pourtant vivre ensemble avec eux », a-t-il écrit, à la main, en référence au titre de son ouvrage. Alexandre Djouhri s’est empressé de verser cette dédicace aux débats du procès en appel de l’affaire libyenne pour montrer l’étendue de son réseau. 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire