Hostile à l’immigration pour le travail », François Ruffin a ouvert un débat de fond que beaucoup espèrent mettre sous le tapis,

La France peut-elle vraiment se passer des travailleurs immigrés ?

Publié le 09/05/2026 17:50Mis à jour le 09/05/2026 18:38 https://www.franceinfo.fr/replay-magazine/franceinfo/vrai-ou-fake-l-emission/la-france-peut-elle-vraiment-se-passer-des-travailleurs-immigres_7993790.html

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Article rédigé parfranceinfo – L.Augry, H.Pozzo, L.Hauville – Édité par l’agence 6Medias

France Télévisions

La France peut-elle vraiment se passer des travailleurs immigrés ? Alors que certains politiques prônent la fin de l’immigration de travail, les secteurs de la santé et des services tirent la sonnette d’alarme face à un vieillissement démographique qui rend ces profils indispensables.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Réduire, voire mettre fin à l’immigration de travail, plusieurs personnalités de gauche y sont aujourd’hui favorables. « Moi, je suis hostile à l’immigration pour le travail. Je ne veux pas que ce qu’on a fait hier sur l’industrie, sur les métallurgies, sur Renault, on le refasse aujourd’hui sur les services », déclarait le député François Ruffin le 28 avril dernier. Je suis d’accord avec François Ruffin(Nouvelle fenêtre) : pas une immigration qui dépouille les pays d’origine.

Une proposition crédible

La France peut-elle vraiment se passer des travailleurs immigrés ? Avec le ralentissement démographique et le vieillissement de la population, de nombreuses études économiques se sont penchées sur la nécessité de l’immigration de travail. Et si l’on sait que les immigrés sont fortement surreprésentés parmi les postes d’employés ou d’ouvriers plutôt peu qualifiés, leur rôle est aussi particulièrement important dans les systèmes de santé. Par exemple, 18 % des médecins qui exercent en France sont nés à l’étranger. À l’hôpital public, plus de 20 % des spécialistes chirurgicaux et 17 % des spécialistes médicaux ont obtenu leur diplôme ailleurs qu’en France.

« On retrouve les immigrés dans des secteurs qui sont en forte croissance, les secteurs dont l’emploi s’accroît très rapidement. Et puis, peut-être paradoxalement, on retrouve les immigrés de manière très importante dans les secteurs qui sont en déclin, c’est-à-dire les secteurs qui perdent de l’emploi. Les immigrés mettent de l’huile dans les rouages du marché du travail », détaille Jean-Christophe Dumont, spécialiste de l’immigration à l’OCDE.

L’exemple du Covid-19

Maintenant, que se passerait-il si l’on arrêtait tout simplement l’immigration de travail ? Nous avons un exemple récent. La crise du Covid-19 a permis de mesurer l’impact sur l’économie d’une fermeture complète des frontières. Des chercheurs du Conseil d’analyse économique ont étudié ces effets, et selon eux, ce recul de l’immigration a pénalisé la croissance.

« Ce sont dans les secteurs où on avait en 2018 une proportion de travailleurs immigrés qui était plus importante que dans d’autres, qu’on se retrouvait en 2021 avec des difficultés de recrutement. Donc c’est la preuve d’une certaine complémentarité. Les travailleurs immigrés occupent des emplois qui sont en grande partie délaissés par les natifs. En réalité, se passer de l’immigration de travail, c’est presque un non-sens économique », indique Jean Beuve, chercheur au conseil d’analyse économique.

Difficile donc de se passer d’immigration de travail sans des répercussions économiques très fortes. Nous avons donc rapporté cette alerte à François Ruffin. Les économistes le disent : réduire l’immigration de travail, c’est prendre le risque d’avoir une France bloquée dans plein de secteurs. « Les secteurs en question. Ils doivent proposer statuts et revenus, salaires pour la carrière. Je vous parle en tout cas des métiers que moi je connais très bien, c’est-à-dire par exemple, femmes de ménage, auxiliaire de vie. Ces métiers-là, il n’y a pas de tenue, rythme à œuvre si jamais on permet aux gens de vivre de leur travail, de bien en vivre et de bien le vivre. Or, on en est très éloigné aujourd’hui », répond François Ruffin.

Pour François Ruffin donc, la priorité est d’améliorer les conditions de travail en France. À court terme en tout cas, les économistes sont formels : le pays ne pourrait pas se passer d’immigration pour faire tourner son économie.

Parmi nos sources :

Articles de presse :

Études :

Experts / intervenants :

Jean-Christophe Dumont(Nouvelle fenêtre), Chef de la division des migrations internationales à l’OCDE

Jean Beuve(Nouvelle fenêtre),Professeur en Sciences Eco

« La sortie de François Ruffin sur l’immigration est bienvenue, car la gauche n’échappera pas à un débat sur le sujet »

Chronique

Philippe Bernard

éditorialiste au « Monde »

En se déclarant « hostile à l’immigration pour le travail », le député de la Somme a ouvert, à sa façon, discutable mais claire, un débat de fond que beaucoup espèrent mettre sous le tapis, explique, dans sa chronique, Philippe Bernard, éditorialiste au « Monde ». 

Aujourd’hui à 06h30 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/05/10/la-sortie-de-francois-ruffin-sur-l-immigration-est-bienvenue-car-la-gauche-n-echappera-pas-a-un-debat-sur-le-sujet_6687678_3232.html

Au milieu de la déprimante course de petits chevaux qui fait office de précampagne présidentielle à gauche, François Ruffin a mis les pieds dans le plat et cela fait du bien. Stratégie pour se distinguer dans une bagarre entre proprimaires et antiprimaires à laquelle les protagonistes eux-mêmes semblent ne plus rien comprendre, ou simple volonté de lancer un débat sur ses idées, peu importe. En se déclarant « hostile à l’immigration pour le travail », le 28 avril sur France 2, puis en proclamant trois jours plus tard, sur BFM-TV, son « refus du plan d’importation massive de main-d’œuvre étrangère que programme (…) le Medef », le député (Debout !) de la Somme a ouvert, à sa façon, discutable mais claire, un débat de fond sur le sujet que beaucoup, à gauche, espèrent mettre sous le tapis, l’immigration.

Les anathèmes ont immédiatement fusé : Marine Tondelier, patronne des Ecologistes, s’est dit « en colère », estimant que François Ruffin avait « convoqué les sujets de l’extrême droite » et Claire Lejeune, député La France insoumise de l’Essonne, a accusé François Ruffin de « faire des clins d’œil aux fachos »L’intéressé, qui défend « l’accueil plein et entier » des étrangers présents et milite pour « construire un vrai statut, assurer des revenus » à tous les travailleurs précaires, a rappelé malicieusement une déclaration oubliée de Jean-Luc Mélenchon de 2018 : « Nous disons : honte à ceux qui organisent l’immigration (…) et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux ! »

Le Parti communiste français, lui, n’a guère réagi. Sans doute ses dirigeants n’ont-ils pas envie qu’on leur rappelle les périodes xénophobes de son histoire, notamment la destruction d’un foyer de travailleurs immigrés maliens à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) en décembre 1980. A l’époque, Georges Marchais estimait « inadmissible de laisser entrer de nouveaux travailleurs immigrés en France, alors que notre pays compte près de 2 millions de chômeurs français et immigrés ».

La réalité est là

Si la sortie de François Ruffin est bienvenue, c’est que, dans le contexte politique très différent d’aujourd’hui, la gauche n’échappera pas à un débat sur l’immigration. Entre ses sympathisants qui refusent de voir la sensibilité de l’opinion (y compris dans leurs rangs) sur le sujet, confirmée à longueur de sondages, ceux qui considèrent les controverses sur l’immigration comme de pures inventions de la droite, et ceux qui reconnaissent qu’éviter à la France de basculer à l’extrême droite suppose de répondre à la rhétorique identitaire. Entre ceux qui défendent l’idéal d’un monde sans frontières et ceux qui, comme François Ruffin, estiment qu’une frontière « crée un espace commun avec des règles » et qu’il n’y a « pas de démocratie, pas de République sans frontière » (dans Libération en 2023).

A vrai dire, ce débat n’a rien de neuf. La gauche, au cours de son histoire, n’a cessé de naviguer entre la solidarité internationaliste des prolétaires et l’idée selon laquelle les travailleurs étrangers font partie de « l’armée de réserve » du capital utilisée par le patronat pour diviser, affaiblir le prolétariat et peser à la baisse sur les salaires.

François Ruffin, président du parti Debout !, lors d’un meeting, à Paris, le 5 mai 2026.
François Ruffin, président du parti Debout !, lors d’un meeting, à Paris, le 5 mai 2026. AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Aujourd’hui, des économistes estiment que, si l’impact de l’immigration sur l’emploi est globalement neutre, les personnes peu diplômées peuvent « subir des baisses de salaire importantes et rencontrer des difficultés sur le front de l’emploi ». Le patronat reste étonnamment discret sur son besoin d’immigration, alors que le Rassemblement national, qui veut la stopper, le courtise. Mais la réalité est là : les étrangers, avec ou sans papiers, occupent, sur les chantiers, dans les cuisines des restaurants, les Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes], les hôpitaux ou… les églises, une place vitale qui renvoie au rang de mensonges les discours sur la fermeture des frontières.

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A sa manière, provocatrice, parfois drôle, Sans eux. La France sans les immigrés (Les Petits Matins, 280 pages, 20 euros), le roman dystopique que viennent de publier trois figures du think tank Terra Nova, Guillaume Hannezo, Hakim El Karoui et Thierry Pech, décrit la catastrophe que constituerait pour la France l’arrivée au pouvoir d’un exécutif alliant droite et extrême droite se donnant pour principale mission de stopper l’immigration et de rendre la vie impossible aux étrangers. Vieillards mourant sans soins, chantiers à l’arrêt, ordures qui s’entassent, la France, devient, sous leur plume, la risée de ses voisins qui, eux, s’empressent d’attirer les immigrés, tandis que les grands patrons organisent des filières d’importation clandestine de main-d’œuvre.

Plaidoyer appuyé pour le libéralisme en la matière, cette fiction à visée pédagogique confirme bien le haut intérêt patronal pour l’immigration. Mais elle fait l’impasse sur l’essentiel : les raisons pour lesquelles les partis qui la combattent sont aux portes du pouvoir. Comme si asséner l’évidence du besoin d’immigration suffisait à convaincre les électeurs du Rassemblement national.

Une chose semble claire après plus de quarante ans de débats délétères sur l’immigration, ni les statistiques démographiques ni même le constat du rôle des travailleurs étrangers n’ont prise sur les électeurs, qui s’estiment déclassés, voire menacés par la présence d’immigrés.

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Certes, l’économie telle qu’elle fonctionne « a besoin » d’immigrés, surtout dans les métiers et à des conditions de travail et de salaire dont aucun Français ne veut. Mais la précarisation et l’individualisation du travail, la faillite de la politique du logement social et l’affaiblissement des solidarités qui caractérisent cette réalité économique comptent précisément parmi les raisons pour lesquelles une partie des classes populaires tourne sa colère sur les étrangers. Qui, sinon la gauche, peut répondre à ces défis centraux que masquent les grognements xénophobes lourds de menaces contre les valeurs républicaines ?

Philippe Bernard (éditorialiste au « Monde »)

*Immigration en France : l’impossible débat sur les régularisations des étrangers sans papiers

L’Hexagone compterait de 450 000 à 800 000 personnes dépourvues de titre de séjour. Si l’Espagne a annoncé vouloir régulariser 500 000 sans-papiers, la loi « immigration » portée par Gérald Darmanin et le passage de Bruno Retailleau au ministère de l’intérieur ont relégué le sujet au second plan. 

Par Julia Pascual

Le 28 mars 2026 à 05h00, modifié le 01 avril 2026 à 17h49 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/03/28/immigration-l-impossible-debat-sur-les-regularisations-des-etrangers-sans-papiers-en-france_6674835_3224.html

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Daouda Tounkare et Cheikna Sarambounou, ouvriers du bâtiment, devant le chantier de la Tour Pleyel à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), où ils ont travaillé plusieurs mois sans papiers, le 29 novembre 2022.
Daouda Tounkare et Cheikna Sarambounou, ouvriers du bâtiment, devant le chantier de la Tour Pleyel à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), où ils ont travaillé plusieurs mois sans papiers, le 29 novembre 2022. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Il n’en est plus question. Alors que l’Espagne a annoncé vouloir régulariser 500 000 personnes, en France, le sort des sans-papiers a été relégué aux confins du débat public. Ils seraient pourtant entre 450 000 et 800 000, selon des estimations. Le passage de Bruno Retailleau au ministère de l’intérieur, entre septembre 2024 et octobre 2025, a été l’occasion d’acter la mise au ban du sujet.

Le président du parti Les Républicains (LR) a fait de la lutte contre l’immigration son principal credo. Il a notamment abrogé la circulaire ministérielle de 2012, dite « circulaire Valls », qui régularisait chaque année quelque 30 000 personnes en raison de leur vie familiale ou de leur travail. La circulaire Retailleau de janvier 2025 encadre désormais le pouvoir discrétionnaire des préfets sur le sujet et elle a durci les conditions d’admission exceptionnelle au séjour, en particulier en exigeant sept ans de présence en France, contre trois à cinq ans précédemment.

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Résultat, les régularisations ont baissé de 10 % en 2025. A La Cimade, Mélanie Louis parle d’une « politique de bannissement » des étrangers sans papiers, à laquelle elle rattache les effets de la circulaire Retailleau, mais aussi ceux de la « loi immigration » de 2024, portée par l’actuel garde des sceaux et ministre de l’intérieur de l’époque, Gérald Darmanin. « Cette loi a fait que la durée de validité d’une OQTF [obligation de quitter le territoire français] est passée d’un à trois ans et en fait un motif de refus de délivrance d’un titre de séjour », note-t-elle.

« L’extrême droite a gagné »

L’arrivée de Laurent Nuñez Place Beauvau a marqué un apaisement du discours ministériel. Certaines propositions de loi poussées par son prédécesseur ont été discrètement mises sous le boisseau, comme celle qui rétablit le délit de séjour irrégulier. Mais l’action publique ne se desserre pas. « La réalité des préfectures bloquées ne change pas », déplore ainsi Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité.

Ceux qui d’ordinaire montent au créneau manquent de levier. « La dernière grève d’ampleur de travailleurs sans papiers qu’on a organisée remonte à 2023, constate Jean-Albert Guidou, du collectif Travailleurs migrants de la CGT. On n’en a pas fait depuis car il faut, pour sortir d’une grève, des interlocuteurs au ministère de l’intérieur, mais entre l’instabilité gouvernementale et le durcissement de l’approche sur les OQTF, on est bloqué. » Résultat : « Le sujet passe totalement sous les radars », regrette le syndicaliste.

Un constat que corrobore Pierre-Olivier Ruchenstain, membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et rapporteur d’un avis de janvier 2022 sur les métiers en tension« Le sujet a fini par devenir tabou, un peu comme la sexualité ou la religion, dit-il. Et c’est le signe que l’extrême droite a gagné. »

La liste des métiers en tension par région laisse des « trous dans la raquette », déplorent les syndicats et les employeurs

Personne n’envisage que la régularisation soit débattue avant l’élection présidentielle de 2027. Les Ecologistes, qui disposaient d’une niche parlementaire à l’Assemblée nationale le 12 février, ont par exemple choisi de mettre à l’ordre du jour le droit de vote des étrangers aux élections locales, un texte finalement non soumis au vote. « La régularisation est un sujet sur lequel on pourrait travailler à une loi, mais vu le contexte politique, on se ferait bananer », justifie Léa Balage El Mariky, députée écologiste de Paris. Pour l’élue, la régularisation est un « sujet de présidentielle ».

Le préfet Alain Régnier a, pour sa part, voulu en faire un sujet de « début de mandat ». Délégué interministériel chargé de l’accueil et de l’intégration des réfugiés entre 2018 et 2024, il avait écrit une note à Emmanuel Macron, en octobre 2018, dans laquelle il plaidait pour la création d’un titre de séjour temporaire, à l’image de celui qui existe en Allemagne sous l’appellation « Duldung » (« tolérance »), et qui permet notamment aux sans-papiers de pouvoir légalement travailler, en attendant que leur situation administrative évolue positivement ou qu’ils soient expulsés. Son courrier n’a pas eu de suite. La présidence d’Emmanuel Macron a, du reste, été pavée de rendez-vous manqués sur le sujet.

En décembre 2022, alors que son second mandat est entamé, un projet de convention citoyenne sur la migration émerge, soutenu notamment par l’aile gauche de la Macronie. Il s’agit, notamment, d’aborder la question de la régularisation. Le président du CESE est volontaire pour l’organiser ; le porte-parole du gouvernement de l’époque, Olivier Véran, s’en fait même le promoteur. Mais l’Elysée ne saisit pas l’occasion.

Travail de sape

« Le sujet a été enterré, et on a baissé les bras », reconnaît Antoine de Clerck, animateur de la campagne en faveur de la convention. A l’automne 2023, c’est cette fois l’idée d’un comité interministériel à l’intégration qui est tuée dans l’œuf.« Le dernier remontait à 2018, et c’était l’occasion de penser à des mesures positives », se souvient Alain Régnier. Des notes sont rédigées à l’attention du secrétariat d’Etat à la citoyenneté, mais le portage politique ne suit pas.

La dernière bascule se fait lors des débats parlementaires sur la loi « immigration ». Ce texte laisse un temps espérer l’ouverture d’un droit à la régularisation pour les travailleurs dans les métiers en tension. Gérald Darmanin défend cet aspect du texte, aux côtés d’Olivier Dussopt, alors ministre du travail. Quelques (rares) organisations patronales se montrent en soutien, comme dans la restauration. Rapporteur de la commission des lois de l’Assemblée nationale à l’époque, le député de la Vienne et ancien macroniste Sacha Houlié vante une mesure populaire. « Entre 2022 et 2023, on était passé dans les sondages de 40 % à 63 % d’opinions favorables », affirme-t-il.

Mais le gouvernement ne trouve pas de majorité parlementaire, et le texte fait l’objet d’une motion de rejet par la gauche du fait de ses aspects les plus durs. L’exécutif s’associe finalement à LR. Promulguée en janvier 2024, la loi est alourdie de mesures anticonstitutionnelles, tandis que la mesure sur la régularisation est vidée d’une partie de sa substance.

A son arrivée Place Beauvau, Bruno Retailleau termine le travail de sape en retardant et limitant la révision de la liste des métiers en tension et en donnant consigne aux préfets de limiter les régularisations. Les voix dissidentes sur le sujet sont inaudibles. Ministre du logement à l’époque, Valérie Létard dit avoir « essayé d’avancer sur le sujet, mais pas au rythme qu’[elle] aurai[t] espéré ». Elle se fait l’écho des acteurs de l’hébergement d’urgence, embolisé, qui déplorent un « gâchis ».

« Environ 50 000 places [sur 200 000] sont occupées par des femmes avec enfants et des familles qui ne repartiront jamais », remarque Pierre Henry, président de l’association France Fraternités. « Des gens travaillent au noir dans des métiers essentiels. Ils finiront par être régularisés. C’est une perte de temps », appuie Lotfi Ouanezar, directeur général d’Emmaüs Solidarité. Il existe même un consensus chez les économistes qui plaident pour une régularisation.

Le CESE a adopté un avis en février 2026 qui préconise de faciliter la régularisation. « Elle a un effet positif pour le marché du travail, y compris pour les travailleurs dits “natifs” », affirme Hippolyte d’Albis, professeur à l’Essec Business School. Le patronat reste pourtant discret. « Les employeurs sont très gênés, croit Pierre-Olivier Ruchenstain. Ils ont peur d’entrer dans un débat clivant et d’être catalogués. » Aucune des organisations patronales sollicitées par Le Monde n’a donné suite.

Julia Pascual

Voir aussi:

IMMIGRATION : MON DÉSACCORD AVEC FRANCOIS RUFFIN

https://clementine-autain.fr/immigration-mon-desaccord-avec-francois-ruffin/

« Je suis hostile à l’immigration de travail », « absolument opposé à l’importation de main d’œuvre », « la France ne doit pas faire appel à des médecins algériens, tunisiens ou roumains », la France devrait former « ses propres médecins »… François Ruffin a formulé son point de vue sur l’immigration. Les expressions accumulées et les silences répétés dessinent un profil politique qui heurte nombre d’entre nous, et pas seulement des insoumis. Ce sujet doit être pris au sérieux, surtout quand la chasse aux migrants promue par l’extrême droite, et les droites qui lui courent après, a le vent en poupe. Il m’apparaît nécessaire d’expliciter l’émoi suscité et d’argumenter ce désaccord.

Un désaccord majeur

Ce que beaucoup entendent à travers les prises de position du leader de Debout, c’est que la population immigrée ne serait pas une composante légitime de la société française. Surtout quand il manque des mots, contre la xénophobie et le racisme, pour énoncer les apports bénéfiques de l’immigration ou exiger clairement la régularisation des travailleurs sans-papiers.

Après la polémique suscitée par son passage sur France 2, François Ruffin s’est expliqué. Sa note de blog interroge dès son titre : « Pourquoi le Medef veut 3,9 millions de travailleurs immigrés ? ». Là encore, le raisonnement induit d’emblée que comme le Medef veut importer une main d’œuvre étrangère et que nous sommes opposés au Medef, il faudrait rejeter l’idée de travailleurs étrangers. Le chiffre choisi a également son importance car il charrie l’imaginaire d’une submersion migratoire. Ramené par année, la proposition patronale, c’est 162.000 immigrés, soit très peu au regard de la population française. Quand François Ruffin continue de s’expliquer sur BFM en disant : « donnez à ces emplois de meilleurs salaires et un meilleur statut, et vous verrez, ils trouveront preneurs ! », il sous-entend que c’est la condition pour que les personnes de nationalité française acceptent d’occuper ces emplois pénibles…. et que nous n’ayons donc plus besoin d’immigrés ?

L’immigration, une richesse pas un fardeau

Non, la France ne doit pas cesser, demain, d’être enrichie par les vagues migratoires. Depuis 150 ans, la France est une terre d’immigration, comme le montrent les travaux notamment de François Héran, et doit le rester. Nous sommes 20 millions à avoir au moins un grand parent étranger. Et que de richesses nous nous serions privés sans cet apport en remettant en cause “l’immigration de travail”, comme le suggère François Ruffin.  Nous sommes le produit de cette fusion d’Italiens, de Polonais, d’Espagnols, de Portugais, de Maghrébins et d’Africains… qui font la vitalité de la France. Devons-nous nous en passer à l’avenir ? Je ne le crois pas. Le brassage des cultures, des histoires, est une richesse. Une France barricadée, un monde où chacun est prié de vivre là où il/elle est né, ce n’est pas mon projet.

Une France fermée, c’est une nation sans avenir

Je sais l’arrachement que peut représenter la migration. Je rêverais que nous puissions effacer la guerre, la misère et le dérèglement climatique qui poussent à franchir les frontières et les mers, parfois au péril de sa vie, souvent dans la tristesse de la séparation. Je voudrais qu’il n’existe plus qu’une migration choisie, et non subie. Nous avons le devoir d’agir pour la justice et la paix, de défendre une politique internationale fondée sur la coopération et le droit, d’investir au lieu de détruire l’aide au développement. Mais nous ne sommes pas tout-puissants sur l’ordre du monde. La France doit prendre sa part de l’accueil des exilés – et ils/elles doivent pouvoir trouver un emploi, les papiers constituant une garantie contre la surexploitation en régime capitaliste. Aujourd’hui, elle ne le fait pas. C’est moralement contestable. C’est aussi une aberration au regard des défis qui nous attendent.

En effet, nous allons être touchés par le déficit démographique. Les néolibéraux en profitent pour justifier la casse de notre modèle social, à commencer par notre système de retraite jugé infinançable avec la baisse des naissances. Le RN, et une grande partie de la droite dont Emmanuel Macron, défend une politique nataliste en assignant les femmes au « réarmement démographique » ! Or les flux migratoires sont là : ce sont des faits sociaux, et ils ne s’arrêteront ni avec des discours de rejet, ni avec des barbelés aux frontières. Au lieu de dresser des murs et des priorités pour les personnes nées sur notre sol, pourquoi ne pas envoyer un message positif aux immigrés qui sont là et contribuent à développer notre modèle social et écologiste, ne serait-ce que par leurs cotisations et les impôts qu’ils acquittent ? Ce message se traduirait concrètement par un accueil digne, sans xénophobie dans nos discours, sans cauchemar dans les étapes administratives, avec des moyens pour l’apprentissage de la langue et des lois plus ouvertes pour obtenir des titres de séjour.

Se donner les moyens de l’accueil

Les mouvements migratoires, contraints et choisis, sont des phénomènes sociaux qui ne s’arrêtent pas avec des murs aux frontières. Nous allons y être confrontés à l’avenir de façon plus massive, notamment en raison des guerres et du dérèglement climatique. Que va-t-on faire ? Continuer de fermer les frontières et laisser les pays plus pauvres accueillir les plus pauvres ? Nous devons répéter inlassablement que les migrations concernent en premier lieu les pays pauvres qui accueillent 90 % des migrants et dont seule une petite minorité parvient, dans des conditions souvent épouvantables, dans les pays riches. Et que parmi ceux-ci, la France est l’un des pays qui accueillent le moins. Notre priorité doit être de donner des droits à celles et ceux qui viennent travailler sur notre sol ou se regrouper familialement. Il nous faut accroître les moyens de l’accueil, et non accumuler les lois qui plongent dans l’illégalité, la précarité, l’injustice.

Ne jamais diviser les travailleurs !

Je refuse d’opposer les travailleurs entre eux, de les distinguer en fonction de leur nationalité. Les travailleurs et travailleuses sont d’abord des travailleurs et des travailleuses, et je me bats pour abaisser l’exploitation subie, par toutes et tous.

Je suis d’accord avec François Ruffin quand il refuse une immigration choisie en fonction de nos besoins en emplois déterminés par le patronat. Une telle vision instrumentale, qui serait fondée sur une logique de quotas, elle-même reposant sur une liste de métiers en tension, est évidemment détestable. Il ne s’agit donc pas de trier les migrants mais de combattre l’idée de submersion, de stopper cette course folle au durcissement des conditions d’accueil, de faire-valoir l’apport des immigrés et notre humanité commune.

Je nous invite à ne rien concéder aux présupposés du RN, de Ciotti et autres Retailleau. Non, l’extrême droite ne pose pas de bonnes questions, et nous ne voulons pas de ses réponses. Qu’on le veuille ou non, 2027 se jouera aussi sur ce terrain. Ne pas tenir tête sur l’immigration, c’est prendre le risque d’être balayé, avec le déshonneur moral.

Je sais l’état de l’opinion. On me rétorquera que les Français sont de plus en plus hostiles à l’immigration. Mais ils le seront d’autant plus si nous lâchons le terrain, si nous reculons, si nous renonçons. Nous ne gagnerons que les combats que nous mènerons. Par ailleurs, nous serons victorieux si nous donnons à voir une cohérence d’ensemble, un projet de société fondé sur le partage, l’extension du socle des droits, la solidarité. En entier, pas à moitié.

La question de l’immigration a déjà produit des déflagrations et des divisions à gauche. Jean-Luc Mélenchon, lorsqu’il avait glissé sur des positions voisines, avait provoqué un manifeste de 150 personnalités publié en commun par Médiapart, Politis et Regards. François Hollande a commis une faute majeure en reprenant l’idée d’extrême droite de déchéance de nationalité. Et pas besoin de convoquer Jaurès, d’une époque précédant les vagues décoloniales et antiracistes, par une citation qui pourrait faire oublier son internationalisme adossé à une défense acharnée de la solidarité et une lutte contre la xénophobie.

Garantir l’union

Si je veux une primaire pour désigner notre candidature à la présidentielle, c’est précisément pour que le peuple de gauche choisisse son incarnation, en conscience. C’est à l’épreuve du débat entre nous, à l’issue d’une confrontation organisée et pacifiée, que nous pourrons choisir qui portera nos couleurs. Qui sera le plus solide et le plus en phase avec le coeur de la gauche qui doit palpiter pour gagner face aux droites. Ce qu’il nous faut collectivement garantir, c’est que la base commune permette à toutes et tous de soutenir le ou la vainqueur.e. Notre responsabilité, en tant que candidates et candidats voulant participer à cette primaire, c’est d’y contribuer. La crédibilité de la démarche d’union en dépend.

Clémentine Autain

Dominique Méda, sociologue : « Dans l’entreprise, donnons aux travailleurs un pouvoir équivalent à ceux qui apportent le capital »

CHRONIQUE

Dominique MédaProfesseure de sociologie à l’université Paris-Dauphine-PSL et présidente de l’Institut Veblen

Malgré les promesses de l’IA, le travail restera au cœur de nos sociétés et de nos identités, explique la sociologue dans sa chronique. Au lieu de l’abolir, il faudrait, selon elle, le repenser en renforçant le pouvoir des travailleurs dans les décisions économiques.

Publié hier à 06h00, modifié hier à 09h39 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/05/09/dominique-meda-sociologue-dans-l-entreprise-donnons-aux-travailleurs-un-pouvoir-equivalent-a-ceux-qui-apportent-le-capital_6687254_3232.html

« Deux promesses à celles et ceux qui travaillent : voix et propriété, elles ouvrent la voie à une vraie révolution. »

Le psychodrame au sujet du 1er-Mai a-t-il été d’une quelconque utilité ? Oui, si l’on prend le mot au sens que lui donnent les professionnels de la santé mentale, à savoir une « méthode thérapeutique mobilisant le jeu de rôle, l’improvisation et la mise en scène de situations vécues ou imaginées afin d’explorer les émotions, les relations et certains conflits psychiques ».

La simple évocation de la banalisation du 1er-Mai, qui aurait pu (et pourrait encore, selon la loi en préparation) devenir un jour férié comme les autres, et non pas un jour chômé, a permis d’attirer l’attention sur le caractère profondément symbolique de cette journée consacrée à fêter la « lutte internationale en faveur des droits des travailleuses et travailleurs », et non pas le « travail ». Grâce à la multiplication des prises de parole et de position liées à cette occasion, l’importance de disposer de moments où la pression du travail est suspendue pour quelques heures a été mise en évidence.

Un autre débat s’invite actuellement dans l’espace public, qui concerne aussi la place du travail dans l’identité individuelle et collective : il s’agit des effets de l’intelligence artificielle. Il n’est pas de jour sans qu’un article s’y intéresse – comme le prouve cette chronique. Certains de ses instigateurs et promoteurs, tels Elon Musk, le patron de SpaceX et Tesla, ou Sam Altman, le PDG d’OpenAI, se réjouissent du fait que l’emploi risque de subir une énorme saignée dans les années à venir, en particulier dans les pays les plus riches, parce qu’il devient enfin possible d’imaginer un monde sans travail.

Nous allons, selon eux, pouvoir enfin nous consacrer au loisir. M. Musk prédit la fin du travail obligatoire, M. Altman, le passage rapide aux 32 heures par semaine. Tous deux suggèrent qu’un revenu universel permettra à chacun de vivre. Mais est-il vraiment possible de se passer du travail ? C’est une question que de nombreux auteurs se sont déjà posée.

Deux sortes de besoins

En 1930, dans sa fameuse Lettre à nos petits-enfants, l’économiste britannique John Maynard Keynes [1883-1946]affirmait qu’un siècle plus tard (donc aujourd’hui), nos sociétés étant devenues huit fois plus riches, il serait possible de ne plus travailler du tout, ou seulement trois heures par jour. Le problème lancinant de l’humanité – la rareté, l’obligation de lutter pour se procurer des moyens de subsistance – serait ainsi résolu, pour la première fois dans l’histoire.

Les choses ne se sont pas passées comme prévu. Nous avons évité la « dépression nerveuse » qui, selon l’économiste, devait saisir une humanité habituée à faire des efforts pour vivre et soudainement privée de cette obligation. Pourtant, nos sociétés occidentales sont bien huit fois plus riches qu’il y a un siècle. Que s’est-il passé ?

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C’est moins l’amour du travail qui a empêché cette révolution d’advenir que la volonté farouche des humains d’améliorer sans relâche leurs conditions de vie et d’alimenter le feu de la comparaison. Keynes distinguait en effet deux sortes de besoins : ceux qui seraient satisfaits par l’accroissement de richesses et ceux qui, alimentés par la volonté d’afficher sa supériorité, et quoique insatiables, deviendraient moins pressants au fil du temps. Cela n’a pas été le cas. Au contraire, le capitalisme a soutenu l’augmentation inexorable de la quantité de biens et de services produits, échangés et consommés.

L’intelligence artificielle réussira-t-elle alors à porter le coup d’estoc final au travail ? L’évocation de cette hypothèse nous conduit à réfléchir à trois questions. D’abord, souhaitons-nous ne plus travailler du tout ? D’après de nombreuses enquêtes, menées notamment auprès de gagnants du Loto, la majorité des personnes qui pourraient vivre sans travailler souhaitent pourtant continuer à le faire, mais autrement, selon des modalités qu’elles ont choisies. Il ne semble donc pas que nous soyons prêts à renoncer aux fonctions symboliques qu’assure le travail, notamment la possibilité de montrer aux autres et à soi-même ce dont nous sommes capables, d’obtenir de la reconnaissance et de faire œuvre commune.

Un contre-pouvoir aux actionnaires

Par ailleurs, peut-on souhaiter être gratifiés d’un revenu universel qui nous permettrait d’acheter les biens et services produits au moyen de l’intelligence artificielle ? Gageons que, calculée et distribuée par les quelques grandes entreprises propriétaires des dispositifs d’intelligence artificielle, cette somme serait sans doute d’un très faible montant et que les manifestations des esclaves oisifs réclamant son augmentation seraient rapidement punies. Nul ne peut désirer une telle situation.

Il reste une troisième question, décisive, que pose d’ailleurs Sam Altman dans le texte qu’il a publié en avril : est-il légitime de laisser entre les mains de quelques individus – dont les motivations, la probité et l’intérêt pour le genre humain sont loin d’être évidents – des décisions d’une telle importance ? Certainement pas. Au contraire, jamais la nécessité de rendre collective (au moins partiellement) la propriété des moyens de production n’a été autant justifiée.

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Une autre solution consiste à donner à celles et ceux qui travaillent un pouvoir équivalent à ceux qui apportent le capital. Associer les travailleurs à l’ensemble des décisions constituerait à la fois un contre-pouvoir aux actionnaires, un premier espace de délibération et une mesure de salubrité publique. C’est ce que suggère le rapport qu’a rendu, en février, la sociologue belge Isabelle Ferreras à la ministre du travail du gouvernement espagnol, Yolanda Diaz. Intitulé Deux promesses à celles et ceux qui travaillent : voix et propriété, il ouvre la voie à une vraie révolution.

Dominique Méda est professeure de sociologie à l’université Paris-Dauphine-PSL et présidente de l’Institut Veblen. Elle vient de publier « Le Travail. Pourquoi travaillons-nous ? » (Autrement Editions, 240 p., 20 €, numérique 15 €).

Dominique Méda (Professeure de sociologie à l’université Paris-Dauphine-PSL et présidente de l’Institut Veblen)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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