L’Etat débloque 3 millions d’euros pour ouvrir de nouveaux SAS psychiatriques
Le ministère de la Santé a chargé les agences régionales de santé de faire remonter à la DGOS les nouveaux projets de filières psychiatriques des SAS de leur territoire, en vue d’une mise en place dès 2026.
04/05/2026 https://www.egora.fr/actus-pro/acces-aux-soins/letat-debloque-3-millions-deuros-pour-ouvrir-de-nouveaux-sas?utm_source=ownpage&utm_medium=email&utm_campaign=20260510&_ope=eyJndWlkIjoiOGFhNDgzMzIwMWE0MDhlOGE1ZDc3NmFjMGI4NDRiYmMifQ%3D%3D
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Trois millions d’euros. C’est le budget que l’Etat va consacrer en 2026 pour développer de nouvelles filières psychiatriques du service d’accès aux soins (SAS). Une note d’information du ministère de la Santé, publiée au Bulletin officiel jeudi 30 avril, acte ainsi la poursuite de la généralisation de ces filières, déployées dans le cadre des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie en 2021 et confortées en 2025.
Dans ce cadre, « il est demandé aux ARS de faire remonter à la DGOS les nouveaux projets de filières psychiatriques des SAS de leur territoire », avant le 17 juillet 2026, indique la note d’information. Ils devront faire l’objet d’une « analyse préalable » par l’ARS et respecter un cahier des charges. Ils seront ensuite « expertisés » par la DGOS en vue d’une mise en place en 2026.
Les dossiers, à déposer en ligne, devront s’appuyer sur une trame spécifique. Devront notamment y figurer : un résumé du projet, les acteurs partenaires du projet, une description du projet, une planification (gouvernance, calendrier, modalités de suivi et d’évaluation dont indicateurs) et un plan de financement (besoins en ressources humaines et en investissements).
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Ils devront également présenter une « évaluation des besoins […] justifiant du déploiement de la filière psychiatrique ». « Il faudra pour cela faire état de la part des appels traités par le SAS relevant de la psychiatrie », précise la note. « Une attention particulière sera portée à la répartition géographique des filières psychiatriques du SAS sur le territoire lors du choix des dossiers retenus. »
« Les crédits seront délégués en deuxième circulaire budgétaire, proratisés sur 6 mois. Ils seront délégués en année pleine en 2027, de manière pérenne via le compartiment ‘Transformation du modèle de financement de la psychiatrie' », indique enfin le ministère.
Auteur de l’article
La compétence psychiatrique au service d’une régulation pluridisciplinaire : à propos des SAS psychiatriques
https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0003448725000071
Author links open overlay panelEve Bécache a
, Christian Di Filippo b
, Marion Ledieu c
, Kévin Rossini dShow moreAdd to MendeleyShareCite
https://doi.org/10.1016/j.amp.2025.01.001Get rights and content
Résumé
Objectif
Dresser un état des lieux exhaustif du déploiement des SAS (Services d’Accès aux Soins) psychiatriques avec un focus sur les expériences de LIVE et du PÉGASE (Programme d’Échanges pour améliorer la Gestion de l’Accès aux Soins en interprofessionnalité), dans le Rhône et en Gironde, et sur le projet PRISME, dans le Nord.
Méthode
Les données présentées dans cet article sont issues de communications orales réalisées dans le cadre du Congrès de l’AFERUP de décembre 2023 (retours d’expérience des équipes de LIVE, du PÉGASE et du PRISME) et de la première journée de la Coordination nationale des SAS Psy qui s’est tenue à Lyon, en octobre 2024. A l’occasion de cet événement, le comité local d’organisation a distribué une fiche de recueil destinée à renseigner les informations relatives au fonctionnement de chaque SAS Psy : celle-ci a été remplie sur place, lorsqu’un représentant de l’équipe était présent (Bordeaux, Créteil, Lille, Lyon, Paris et Poitiers), et envoyée aux médecins responsables de chaque SAS Psy, lorsqu’ils étaient absents, pour qu’ils puissent la compléter (Nantes, Rennes, Saint-Étienne et Toulouse).
Résultats
La survenue de la pandémie de Covid-19 a engendré de nombreux bouleversements dont les confinements successifs restent l’illustration la plus évocatrice. Le monde de la santé a également été impacté avec la réorganisation des services d’urgence, la déprogrammation de milliers d’actes ou encore la fermeture temporaire de lieux de soins dont les CMP (Centres Médico-Psychologiques) et les hôpitaux de jour psychiatriques. Dans ce contexte particulièrement anxiogène, de nombreuses lignes d’écoute à destination de la population générale ont été mises en place. Certaines d’entre elles ont préfiguré la création de plateformes téléphoniques d’information, d’évaluation et d’orientation en santé mentale, telles LIVE et Questions Psy, puis de SAS Psy, en partenariat avec les SAMU-Centre 15-SAS de leurs départements respectifs. À l’heure actuelle, il existe neuf SAS psy et cinq SAS psy en construction. Si les principes de réponse graduée aux besoins des appelants et de soins non programmés restent centraux et communs à ces différents dispositifs, force est de constater que leurs fonctionnements sont hétérogènes. Les expériences de LIVE et de Questions Psy soulignent par ailleurs la nécessité de développer de nombreux partenariats, tant pour faire connaître ces lignes que pour construire et maintenir à jour la cartographie des ressources départementales. Elles démontrent également l’intérêt d’une régulation en amont des urgences pour éviter des passages par défaut voire proposer de véritables parcours de soins alternatifs. La part des orientations par ces dispositifs vers les urgences reste toutefois importante du fait, notamment, de la saturation des dispositifs ambulatoires et des professionnels libéraux mais aussi, du repérage et d’un accès facilité aux soins, pour des patients présentant des tableaux cliniques plus sévères, viades appels au SAMU-Centre 15-SAS.
Conclusion
Le déploiement de SAS psy représente une réelle opportunité tant pour orienter les usagers au mieux et éviter que cette fonction n’échoie aux urgences, que pour proposer aide à la prescription et télé-expertise aux médecins généralistes. Le périmètre de ces dispositifs est appelé à évoluer hors des SAMU-Centre 15-SAS et des plateaux de régulation téléphonique avec la nécessité de développer la mobilité des équipes et des consultations de semi-urgence.
Introduction
Depuis une vingtaine d’années, des publications internationales montrent régulièrement que le recours aux services d’urgences psychiatriques augmente considérablement, tant chez les jeunes que chez les adultes [15], [17], [25], [28], [34]. Plusieurs facteurs contribuent probablement à cette évolution, qu’il s’agisse d’une incidence accrue de maladies mentales [14], [31], [35], d’un nombre limité de places disponibles en unités de crise et d’observation [5], [9], [29], ou encore, d’une pénurie de professionnels de santé mentale [4], [9], [30]. Par conséquent, les services d’urgences agissent souvent comme prestataires de services « par défaut », ou comme « filet de sécurité », pour les patients qui ont des difficultés à accéder à d’autres formes de soins de santé mentale [12], [17], [33]. Ce constat souligne la nécessité de proposer un accès aux soins disjoint du seul recours aux urgences [11].
Cette réflexion autour du défaut d’accès aux soins est d’autant plus incontournable qu’il existe des besoins non couverts en santé mentale. Une étude européenne parue en 2007 montrait déjà, à l’époque, que 3 % de la population générale, soit 48 % environ des personnes souffrant de troubles mentaux, y étaient confrontés [1]. L’ensemble des pathologies mentales sont concernées [16]. L’importance quantitative de ces défauts d’accès aux soins représente un enjeu majeur de santé publique, du fait de leurs répercussions négatives sur les trajectoires individuelles (suicide, désinsertion socio-professionnelle, apparition de comorbidités psychiatriques ou non-psychiatriques, péjoration du pronostic) mais aussi, de leur impact socio-économique (arrêts de travail, chômage, coûts de santé liés aux complications et aux soins tardifs) [1].
En France, l’UNAFAM (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) a récemment fait part des difficultés rencontrées par les familles lorsqu’elles sont confrontées à des situations de crise : parmi les pistes d’amélioration, sont citées les lignes téléphoniques d’information et d’orientation, en sus des consultations famille sans patient et des équipes mobiles de crise [32]. En ce qui concerne les dispositifs téléphoniques, un certain nombre ont été créés en psychiatrie ces dernières années, et ont fait la preuve de leur efficacité, comme en témoigne l’expérience de VigilanS (réduction de 38 % du risque de réitération suicidaire dans les 12 mois suivant une tentative de suicide) [27]. L’intérêt des plateformes téléphoniques d’évaluation et d’orientation en santé mentale s’impose donc depuis plusieurs années, au point que les pouvoirs publics encouragent désormais la poursuite de leur développement [13].
Ces différents éléments de contexte, propres à la psychiatrie, sont loin d’être déconnectés de problématiques qui touchent le système de santé dans sa globalité et qui ont présidé à la création du Service d’Accès aux Soins (SAS). Lorsque cette mesure est annoncée, dans le cadre du Pacte de refondation des urgences, en septembre 2019, elle est en effet présentée comme devant apporter une alternative au « tout-urgences », en proposant une réponse graduée aux appelants (conseil médical, télé-consultation, consultation non programmée, adressage aux urgences) à partir des SAMU-Centre 15 [19]. Réaffirmé dans le cadre du Ségur de la Santé, durant l’été 2020 [20], le SAS consiste initialement en une expérimentation, débutée dès le 1er janvier 2021, au sein de 22 sites pilotes [21]. Il est finalement instauré par la loi du 26 avril 2021. L’importance de son déploiement rapide est soulignée, à l’été 2022, dans le cadre de la Mission flash pour les urgences et les soins non programmés, avec la volonté de couvrir l’ensemble du territoire national pour la fin de l’année 2023 [22].
La logique du SAS consiste également à intégrer de nouvelles compétences sur les Centres de Réception et de Régulation des Appels (CRRA) parmi lesquels des professionnels de psychiatrie pour faciliter l’accès aux soins, tout en évitant les passages aux urgences par défaut et en sécurisant le parcours des patients dont l’état nécessite une prise en charge hospitalière. En septembre 2021, la tenue des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie a ainsi été l’occasion d’annoncer la sélection de 8 sites pilotes à partir de l’appel à projet Volet psychiatrique du SAS [18]. Parmi les lauréats, les équipes de LIVE du VINATIER PULM (Psychiatrie Universitaire Lyon Métropole), à Lyon, et du PÉGASE du Centre Hospitalier Charles PERRENS (CHCP), à Bordeaux, présentent ici leur fonctionnement et leurs données d’activité. En préambule, l’équipe du PRISME du CHU de Lille dresse un état des lieux du déploiement des SAS psy, avant de conclure cette communication écrite par la description de son projet. Les auteurs s’appuient très largement sur une communication orale effectuée en décembre 2023, au Congrès de l’AFERUP (Association Francophone pour l’Étude et la Recherche sur les Urgences Psychiatriques), et sur l’état des lieux exhaustif réalisé lors de la 1ère journée de la Coordination nationale des SAS Psy, qui s’est tenue à Lyon en octobre dernier.
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Un aperçu des SAS Psy en France
Si des expériences locales avaient déjà permis d’enrichir la régulation pré-hospitalière d’un avis psychiatrique, comme à Paris, grâce à une convention entre le CPOA (Centre Psychiatrique d’Orientation et d’Accueil) du Centre Hospitalier Sainte-Anne et la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris [10], il faudra, historiquement, attendre 2019 pour que des soignants de psychiatrie apparaissent en salle de régulation, au SAMU. La crise COVID a ensuite engendré la fermeture de lieux de soins
Le SAS 69
Le SAS 69 a été le premier site pilote ouvert en France le 1er février 2021. Plusieurs points forts ont permis cette ouverture précoce :
- •un CRRA avec un haut niveau de niveau fiabilité technique, et disposant d’une technologie permettant l’élaboration d’un monitoring précis ;
- •une équipe d’ARM assurant un haut niveau de réactivité et habituée à suivre des formations continues et de nouvelles procédures ;
- •une régulation médicale bipolaire, aide médicale urgente, médecine générale parfaitement
Département de la Gironde–PÉGASE
Financé via les appels à projets FIOP 2020 [7], puis Volet psychiatrique du SAS [18], le PÉGASE représente l’aboutissement d’un travail de co-construction mené dans le cadre du PTSM 33 [26], avec la volonté de structurer un dispositif de réponse aux urgences psychiatriques [6]. Depuis la fin de l’année 2023, le PÉGASE contribue à la régulation multimodale de l’accès aux urgences psychiatriques du CHCP, le SECOP (Service d’Evaluation de Crise et d’Orientation Psychiatrique), au sein duquel le
PRISME, SAS Psy Lillois
Ouvert depuis le 22 août 2024, PRISME dote le SAS Nord d’une offre de recours médico-psycho-social non programmé et accessible. Fondé sur un accueil inconditionnel de la souffrance psychosociale, PRISME se présente comme un guichet téléphonique généraliste et réactif. Les opérateurs adoptent une approche proactive pour répondre aux besoins des usagers, tout en tenant compte des difficultés potentielles à exprimer ces besoins.
Discussion
La création d’un SAS Psy pose naturellement la question de son articulation avec différents partenaires au premier rang desquels le SAMU local auquel il est rattaché. Une procédure de fonctionnement, co-construite par les acteurs concernés, est indispensable pour non seulement définir la place des infirmiers de psychiatrie (régulation médicale préalable ou non) mais aussi les situations pouvant donner lieu, ou non, à une sollicitation du SAS Psy (indications et contre-indications), et les
Conclusion
L’avènement de ces dispositifs SAS/SAS Psy, dévolus à favoriser l’accès aux soins, à fluidifier et optimiser le parcours patient, à désengorger les urgences par le renforcement des liens ville/hôpital, constitue un nouvel outil de santé publique dans le champ de la santé mentale. Il contribue à la prise de conscience de la souffrance psychique de la population et à son repérage, à la réduction des inégalités sociales et territoriales, à la facilitation du recours aux soins pour tous les
Déclaration de liens d’intérêts
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
Références (35)
- T.H. ChunChallenges of managing pediatric mental health crises in the emergency departmentChild Adolesc Psychiatr Clin N Am(2015)
- R. Gourevitch et al.L’urgence psychiatrique et le sentiment d’urgence hors des urgences : que faire en amont des services ad hoc ?Encéphale(2021)
- T.C. Halmer et al.Health policy considerations in treating mental and behavioral health emergencies in the United StatesEmerg Med Clin N Am(2015)
- G. SantillanesNational trends in mental health-related emergency department visits by children and adults, 2009-2015Am J Emerg Med(2020)
- E.J. Weber et al.Does lack of a usual source of care or health insurance increase the likelihood of an emergency department visit? Results of a national population-based studyAnn Emerg Med(2005)
- J. Alonso et al.Population level of unmet need for mental health care in EuropeBr J Psychiatr(2007)
- ARS NormandieConvention multipartite visant à l’organisation dans l’Eure (27) et la Seine-Maritime (76) d’un dispositif de réponse aux urgences psychiatriques(2018)
- Association des maires et des présidents d’intercommunalité de GirondeLa santé mentale–Guide pratique à l’attention des maires de Gironde(2023)
- B.T. Burke et al.A needs-based method for estimating the behavioral health staff needs of community health centersBMC Health Serv Res(2013)
- Code de la Santé PubliqueArticle L. 3221-5-5 du CSP(2023)
