Alzheimer : une étude conclut à l’absence d’effets « cliniquement significatifs » de nouveaux traitements
L’organisation indépendante Cochrane se montre sceptique dans une synthèse de 17 études sur l’utilité des médicaments ciblant les protéines amyloïdes dans le cerveau, rappelant qu’ils sont associés à un risque d’hémorragie. Mais des chercheurs jugent discutable d’avoir mis sur le même plan des traitements récents et plus anciens.
Par Jeanne GavaldaPublié le 04 mai 2026 à 06h00 https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/05/04/alzheimer-une-etude-conclut-a-l-absence-d-effets-cliniquement-significatifs-de-nouveaux-traitements_6685331_1650684.html
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Une étude de Cochrane, organisation internationale indépendante de référence en matière de synthèse médicale, relance le débat sur les traitements anti-amyloïdes contre la maladie d’Alzheimer, maladie neurodégénérative qui touchait en 2025 plus de 1,4 million de personnes en France, selon l’association France Alzheimer. Publiée le 16 avril, cette synthèse compile les données de 17 études, portant sur 20 342 participants, qui évaluent l’effet de sept molécules chez des personnes présentant un stade précoce de la maladie, suivies sur dix-huit mois. Les essais cliniques randomisés et contrôlés inclus dans la méta-analyse comparent toutes un traitement à un placebo ou à une absence de traitement.
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Pour rappel, le dépôt de plaques de protéines amyloïdes entre les neurones constituerait l’une des causes de la maladie. Si l’efficacité des anticorps monoclonaux anti-amyloïde sur ces agrégats est avérée, il reste à prouver que leur élimination est associée à un ralentissement du déclin cognitif et fonctionnel des patients. L’étude conclut à « l’absence de bénéfices cliniquement pertinents ».
Deux des molécules analysées dans ce travail, le lécanémab et le donanémab, ont reçu en 2025 une autorisation de mise sur le marché européen, restreinte aux personnes les moins à risque d’effets secondaires graves, excluant en particulier les porteurs de deux copies du gène ApoE4.
La Haute Autorité de santé (HAS) a quant à elle donné un avis défavorable au remboursement du Leqembi (lécanémab, des laboratoires Biogen et Esai) en novembre 2025 et refusé l’accès précoce au Kisunla (donanémab, du laboratoire Lilly) en mars, évaluant leur service médical rendu insuffisant, notamment au vu des effets indésirables comme des hémorragies ou des œdèmes cérébraux.
Conflits d’intérêts majeurs
La publication de la Cochrane et les décisions divergentes des autorités réglementaires suscitent de vives réactions au sein du corps médical et des associations de patients. D’une part, la méthodologie de l’étude est critiquée par le biologiste britannique John Hardy, le père de l’hypothèse amyloïde : interrogé en avril par l’Agence France-Presse, il reproche à cette synthèse de ne pas distinguer le Kisunla et le Leqembi des autres molécules anti-amyloïdes plus anciennes et moins probantes. De son côté, Nicolas Villain, neurologue à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), répond par mail au Monde qu’« une telle généralisation est discutable sur le plan scientifique ». Il jugerait excessif de « conclure, à partir d’une analyse agrégée au niveau d’une classe thérapeutique et, quelle que soit la dose, que toutes les molécules anti-amyloïde sont dépourvues d’intérêt clinique ».
Le neurologue français déplore par ailleurs l’absence d’analyse médico-économique dans la décision de la HAS. En effet, bien que les bénéfices cliniques des anti-amyloïdes restent modestes, « ces médicaments présentent des effets signifiants pour les patients et leurs proches », estime le spécialiste, qui a participé à des essais cliniques « sans être rémunéré à titre personnel », avait-il précisé au Monde en septembre 2025.
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Peu d’options thérapeutiques sont disponibles pour prévenir ou ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer, qui évolue généralement vers une perte d’autonomie. Les associations de patients comme France Alzheimer appellent le gouvernement à mettre en œuvre la stratégie nationale pour les maladies neurodégénératives 2025-2030. Elles soulèvent également la question de l’accès équitable aux soins dans la mesure où certains anti-amyloïdes sont commercialisés à l’étranger, comme aux Etats-Unis ou au Royaume Uni. Les bénéfices perçus associés à ces traitements innovants, même faibles et limités à certains patients, génèrent évidemment des espoirs et d’autant plus d’incompréhension vis-à-vis du refus de la France de rembourser ces médicaments extrêmement onéreux.
Irène Frachon, pneumologue au Centre hospitaliser universaitaire de Brest et lanceuse d’alerte du scandale du Mediator, rappelle que « les cas individuels d’amélioration concomitants à la prise d’un traitement n’ont pas de valeur probante et ne peuvent pas justifier une décision de remboursement ». Elle dénonce par ailleurs des conflits d’intérêts majeurs, financiers et académiques, qui lient certains industriels et des médecins chargés des études cliniques.
Le collège de la HAS publiait le 13 avril dans Les Echos une tribune pour défendre l’indépendance scientifique face aux pressions exercées par divers acteurs sur des dossiers en cours d’évaluation, sans mentionner les noms d’affaires ou d’industriels concernés.
Lionel Collet, président du collège de la HAS, avait précisé à l’agence de presse médicale APMnews, le 16 avril, que les tentatives d’interférences de la part des industriels ne sont pas nouvelles, mais que, dans une minorité de cas, leur intensité et la manière dont elles sont orchestrées sont inédites.
En attendant, les chercheurs de la Cochrane recommandent de concentrer les efforts de recherche sur d’autres stratégies thérapeutiques que les anti-amyloïdes.
Deux commentaires à mon avis judicieux (Dr Jean SCHEFFER):
DB1004/05/2026 – 07h51
Bénéfices perçus : c’est bien là le problème et le même qu’avec l’homéopathie et ce pourquoi l’essai en double aveugle a été inventé.
À la décharge des « inventeurs » du ciblage de la plaque amyloïde : quand on a passé sa vie à œuvrer à la validation d’une nouvelle cible thérapeutique, puis à soutenir son développement clinique, y renoncer est un déchirement au delà des aspects financiers.
33martha05/05/2026 – 23h06
Il faut accompagner les patients âgés et leur famille. Des structures dédiées, de l aide humaine, du réconfort. On ne peut pas grand-chose sur notre horloge biologique, si ce n est de l accepter. Par contre, il faut des recherches pour la forme héréditaire qui peut commencer tôt, autour de 60 ans. La clé est peut être la.