Hantavirus : pour le spécialiste Gustavo Palacios, « le virus de l’espèce Andes n’est pas aussi transmissible que d’autres virus respiratoires »
Propos recueillis par Delphine Roucaute
Publié aujourd’hui à 06h55, modifié à 09h35 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/05/08/hantavirus-pour-le-specialiste-gustavo-palacios-le-virus-de-l-espece-andes-n-est-pas-aussi-transmissible-que-d-autres-virus-respiratoires_6686959_3244.html
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La découverte d’un foyer d’infections à hantavirus sur le bateau de croisière MV Hondius, dimanche 3 mai, a mis en lumière cette famille virale présente dans le monde entier mais très peu connue du grand public. Plus précisément, c’est un hantavirus de l’espèce Andes, qui a été identifié chez au moins trois personnes malades, et qui est le seul capable de se transmettre entre humains et non simplement de rongeur à humain. Ce virus Andes n’a été étudié qu’à de très rares occasions, n’ayant engendré que deux véritables épisodes épidémiques en Argentine, en 1996 et en 2018, pour un total de 51 cas.
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Gustavo Palacios est l’un des auteurs ayant cosigné la principale étude sur cette deuxième épidémie, parue en 2020 dans The New England Journal of Medicine. Il y a décrit avec ses collègues l’épidémie survenue de novembre 2018 à février 2019 dans la petite ville d’Epuyén, dans le sud de l’Argentine, où 34 personnes sont tombées malades, dont 11 sont mortes. Il a étudié le cas de malades « superpropagateurs », responsables de quatre vagues de contamination. Un premier malade, fiévreux, a infecté cinq convives lors d’une fête d’anniversaire, l’un d’entre eux en a ensuite contaminé six autres en raison d’une vie sociale active, puis, dix autres personnes sont tombées malades après sa veillée funèbre, etc.
Le virologue, professeur à l’école de médecine Icahn du Mont Sinaï, à New York, explique que si les comportements sociaux favorisent la contagion, des mesures simples de distanciation suffisent généralement à stopper la progression du virus.
Quels enseignements pouvez-vous tirer de l’étude que vous avez menée sur l’épidémie de 2018 en Argentine, au cours de laquelle un hantavirus de type Andes a causé la mort de 11 personnes ?
Le principal enseignement de cette étude, c’est que même si ce virus peut causer des transmissions secondaires, il n’est pas aussi transmissible que d’autres virus respiratoires. Et dès le moment où vous exercez certaines contraintes en termes de rassemblements sociaux, vous pouvez limiter le taux de transmission. En menant cette enquête, à Epuyén, nous avons pu constater que tous les cas se sont produits après l’apparition des symptômes ou immédiatement après l’apparition des symptômes, au moment où la virémie est la plus élevée, et pour une période allant jusqu’à un jour.
Mais le contexte spécifique que nous avons étudié à Epuyén et le contexte environnemental sur un navire ou dans un avion pourraient être différents. L’épidémie en Argentine s’est produite pendant la saison sèche, dans une région du pays qui n’est pas très peuplée. Un bateau de croisière est un environnement complètement différent où vous avez beaucoup de personnes dans un espace clos avec un type de ventilation spécifique et des conditions d’humidité différentes. Donc les conditions de transmission primaire ou secondaire pourraient être différentes de ce que nous avons observé en Argentine.
Pensez-vous que le virus actuel se comporte différemment de celui que vous avez étudié en 2018 ?
Non, actuellement avec les informations dont nous disposons, ce n’est pas le cas. Le virus semble se comporter de la même manière. Par ailleurs, je ne pense pas que nous puissions conclure complètement qu’il y a eu plus d’un événement de transmission. Tous ces individus auraient pu être des contacts étroits du même cas index. Le premier et le deuxième cas, tous deux décédés, étaient mariés, donc ils étaient en contact très étroit. Le médecin de bord actuellement hospitalisé aux Pays-Bas peut être considéré comme une sorte de transmission nosocomiale. Donc la plupart des cas qui ont été confirmés par laboratoire actuellement pourraient en fait entrer dans la définition d’une seule vague de contamination.
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Que savons-nous exactement sur les modes de transmission du virus ? L’OMS souligne que le virus se transmet lors de contacts étroits et prolongés, mais votre étude semble indiquer que le virus est plus contagieux, avec un taux de reproduction supérieur à celui de la grippe.
Je comprends que le taux de reproduction que nous avons estimé à 2,12, qui signifie qu’une personne malade contamine plus de deux personnes, attire l’attention du public. Mais à partir du moment où les gens ont commencé à être sensibilisés à la notion d’auto-isolement, au fait que, quand on est malade, il ne faut pas se rendre à des événements sociaux, le taux de reproduction a baissé à 0,96.
Certes, nous avons établi qu’un patient superpropagateur a pu transmettre le virus à beaucoup de gens lors d’une fête d’anniversaire, mais il était tellement malade qu’il n’y est resté qu’une heure. Ce que cela nous dit, en réalité, c’est que si les gens restaient chez eux s’ils ne se sentent pas bien, cela pourrait suffire à faire baisser ce taux de reproduction. Ce taux est calculé dans le pire scénario potentiel où vous avez un individu qui a décidé d’assister à un très grand rassemblement social exactement au moment où il a commencé à excréter le virus, après avoir incubé l’infection pendant un certain temps.
C’est un virus particulier qui a une faible probabilité de transmission. Si nous respectons une distanciation sociale et si nous identifions tous les malades potentiels grâce à la recherche des contacts, nous n’aurons probablement pas besoin d’imposer une quarantaine. Vous devez simplement limiter vos contacts autant que possible.
Savons-nous combien de temps doit durer cet auto-isolement ?
L’un des défis de la maladie à hantavirus est que la durée d’incubation peut être très variable, entre deux et six semaines. Donc il faut rester prudent pendant au moins six semaines. Je trouve ça presque amusant que nous soyons si surpris par le fait que, oui, quand on est malade, il vaut mieux éviter les contacts sociaux.
Lorsque nous aurons le séquençage complet du virus, serons-nous en mesure de dire que telle mutation est liée à tel type de caractéristique et donc de déterminer si cette souche est plus dangereuse que les précédentes ?
Non, il n’y a pas eu beaucoup d’investissements dans les hantavirus jusqu’à présent. C’est l’une des choses que j’ai poussées et essayé de faire depuis l’épidémie d’Epuyén. Nous n’avons pas les outils pour les étudier comme nous les avons pour le SARS-CoV-2 ou la grippe ou d’autres agents qui sont davantage une préoccupation pour les organisations scientifiques qui investissent là-dedans.
Certes, ces événements sont rares, mais cela pourrait tout de même perturber grandement notre mode de vie si nous ne savons pas comment les gérer. Et pour savoir comment les gérer, nous devons mettre en place les bons outils.
Comment évaluez-vous le risque actuel de propagation du virus dans le monde ?
J’ai tendance à être d’accord avec la plupart des gens qui pensent qu’il n’y a aucun risque de pandémie due à ce virus. Je recommanderais de poursuivre une recherche stricte des cas et des contacts, avec un suivi pendant une période de temps qui permette d’être sûr qu’ils ne deviendront pas symptomatiques. Il faudrait demander de respecter un auto-isolement mais sans nécessairement imposer de quarantaine, mais ce n’est que mon avis.
S’agissant du taux de létalité très élevé, espérons que la disponibilité de meilleures ressources et de plus de soins médicaux et de laboratoires de haut niveau de confinement pourra le faire diminuer. La plupart des cas et des contacts arrivent dans des pays développés, avec un meilleur accès aux établissements de santé que ce qu’ils avaient en Amérique du Sud.
Donc nous devrions être prudents, mais ne pas trop nous inquiéter ?
J’essaie d’avoir un discours équilibré. Si nous ne nous inquiétons pas suffisamment, nous oublierons très vite cette situation et nous ne demanderons pas à nos autorités sanitaires et scientifiques d’investir pour nous protéger contre ce type de risque. Mais si, d’un autre côté, nous exagérons un risque simplement pour sensibiliser, alors les gens seront moins enclins à nous écouter lorsque nous aurons réellement besoin d’alerter sur une situation très grave. Je ne suis qu’un scientifique, je n’occupe aucune fonction politique qui m’oblige à prendre des décisions ; je peux simplement parler librement.
Ce qu’il faut savoir sur les hantavirus : origine, moyens de transmission, symptômes potentiels…
Selon l’Organisation mondiale de la santé, trois personnes qui se trouvaient à bord du navire de croisière MV « Hondius », dans l’Atlantique, sont mortes, liés à un foyer d’infection à hantavirus. Le type de hantavirus détecté sur un des passagers de la croisière est celui des Andes, transmissible entre humains.
Le Monde avec AFPPublié hier à 17h50 (republication de l’article du 04 mai 2026 à 10h31) https://www.lemonde.fr/sante/article/2026/05/07/ce-qu-il-faut-savoir-sur-les-hantavirus-origine-moyens-de-transmission-symptomes-potentiels_6685359_1651303.html
Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait état, dimanche 3 mai, de trois morts liés à un foyer d’infection à hantavirus sur le navire de croisière MV Hondius, dans l’Atlantique, les interrogations se multiplient autour de cette maladie. Deux médecins spécialistes des maladies infectieuses sont d’ailleurs en route depuis les Pays-Bas pour se rendre à bord du bateau.
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Trois personnes, – un couple de Néerlandais et une Allemande – qui ont voyagé à bord du MV Hondius sont mortes depuis le début de la croisière, selon l’OMS. Une personne est hospitalisée à Johannesburg, une autre à Zürich et trois cas suspects sont en cours d’évacuation. Le séquençage du virus est en cours en Afrique du Sud.
Que sont les hantavirus ?
Les hantavirus font partie des agents pathogènes pouvant provoquer des détresses respiratoires et cardiaques ainsi que des fièvres hémorragiques. En l’absence de vaccin comme de médicaments spécifiques contre les hantavirus, les traitements proposés consistent uniquement à soulager les symptômes.
Les hantavirus sont présents sur tous les continents et doivent leur nom à la rivière Hantaan, qui se situe à la frontière entre les deux Corées. Durant la guerre de Corée (1950-1953), plus de 3 000 soldats étaient tombés grièvement malades après avoir été infectés par ces virus, explique l’Office fédéral de la santé publique suisse (OFSP) sur son site Internet. Environ 200 cas de syndrome pulmonaire à hantavirus surviennent chaque année, principalement en Amérique du Nord et du Sud, selon le site de l’agence de la santé publique du Canada.
Il existe de nombreux types de hantavirus, qui se distinguent par leur répartition géographique et leur tableau clinique. Selon l’OFSP, « un seul type de virus, extrêmement rare, peut se transmettre d’un être humain à un autre », celui du type Andes, qui circule en Argentine et au Chili. C’est cet hantavirus qui pourrait être présent sur le navire MV Hondius, selon l’OMS., qui en a fait son « hypothèse de travail ».
Quels sont les modes de contamination ?
Les hantavirus se transmettent à l’être humain par l’intermédiaire de rongeurs sauvages infectés tels que des souris ou des rats, qui excrètent le virus par la salive, l’urine et les excréments. Une morsure, un contact avec ces rongeurs ou leurs déjections ainsi que l’inhalation de poussière contaminée peuvent provoquer une infection.
« La contamination humaine se fait généralement par inhalation de poussières et aérosols, contaminées par les excrétions des animaux infectés (urines, déjections, salive), aux cours d’activités en forêt ou dans des locaux proches de la forêt et longtemps inhabités ainsi que lors d’activités dans des zones rurales où les champs et les fermes offrent un habitat favorable pour les rongeurs réservoirs », précise le site de l’Agence nationale de santé publique française. La prévention de l’infection consiste essentiellement à limiter les contacts avec les rongeurs et leurs excrétions.
A propos du foyer de contamination à hantavirus sur le navire de croisière, l’OMS suppose qu’un ou des premiers cas « ont été infectés en dehors du navire » par le virus et qu’il y a eu ensuite « une transmission interhumaine ». Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a affirmé sur X mercredi qu’« à ce stade le risque global pour la santé publique demeure faible ».
Quels sont les symptômes ?
Lorsqu’ils affectent l’être humain, les hantavirus peuvent être responsables d’infections de gravité variable, parfois mortelles. Les premiers symptômes cliniques sont généralement ceux de la grippe : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires.
Les deux maladies les plus communes causées par une infection à hantavirus sont le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), que l’on retrouve sur le continent américain, et la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), que l’on retrouve surtout en Europe et en Asie.
Les types de virus que l’on trouve sur le continent américain peuvent ainsi entraîner des complications telles que des œdèmes pulmonaires et des syndromes de détresse respiratoire aiguë. Selon le site des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) américains, 38 % des personnes qui développent des symptômes respiratoires peuvent succomber à la maladie.
Le Monde avec AFP
Hantavirus : que sait-on sur cette famille de virus ?
vidéo Le décès de trois passagers d’un navire de croisière a attiré l’attention sur cette infection relativement rare et peu connue du grand public.
Par Laurent Selinder et Pierre Lecornu
Publié hier à 17h24
Trois personnes qui se trouvaient à bord du navire de croisière MV Hondius, dans l’Atlantique, sont mortes après avoir présenté des symptômes tels que de la fièvre, des maux de tête ou des douleurs abdominales. L’origine de leurs maux a été identifiée : un hantavirus de l’espèce Andes, que l’on trouve généralement en Amérique du Sud.
Dans cette vidéo nous faisons le point sur les principaux éléments à connaître sur cette famille de virus méconnue, de ses modes de contamination à son taux de létalité.
Pour aller plus loin, nous vous recommandons la lecture de l’article ci-dessous.
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