Fermeture de la maternité privée eu Havre

L’exemple havrais illustre l’effet de la baisse de la natalité sur l’offre des maternités

L’annonce de la fermeture de la maternité privée du Havre est motivée par une diminution régulière de son activité. Alors que la clinique prépare sa réorganisation, l’hôpital public rassure sur sa capacité à absorber, en toute sécurité, le surplus attendu d’activité. Elle reviendrait à un niveau déjà connu il y a quelques années.

Par Jérôme Robillard

hier à 17h58 https://www.hospimedia.fr/actualite/articles/20260505-offre-de-soins-l-exemple-havrais-illustre-l?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_campaign=EDITION_QUOTIDIENNE&eq_type=SMS&eq_date=2026-05-06&eq_pos=1

La baisse régulière de la natalité entraîne un double effet au Havre. La maternité publique est en capacité d'absorber un surplus d'activité dû à la fermeture de la maternité privée. (Humbert/Image point FR/BSIP)
La baisse régulière de la natalité entraîne un double effet au Havre. La maternité publique est en capacité d’absorber un surplus d’activité dû à la fermeture de la maternité privée. (Humbert/Image point FR/BSIP) Droits réservés

En passant de 5 445 accouchements cumulés en 2013 à 4 250 en 2024 selon les données du ministère de la Santé, l’activité des quatre maternités du bassin havrais, dans la partie ouest du département de la Seine-Maritime, traduit la baisse de la natalité. Une tendance qui touche l’ensemble du territoire français. La conséquence de cette dynamique est l’annonce de la fermeture d’une de ces maternités, prévue en septembre 2026. La structure concernée est l’Hôpital privé de l’Estuaire, un établissement du groupe Ramsay Santé et seule maternité privée du territoire.

Une réalité démographique prise en compte

Cette fermeture envisagée, annoncée par communiqué, intervient dans un projet global de réorganisation visant à constituer un pôle de santé polyvalent, qui concerne aussi la réadaptation (voir encadré ci-dessous*). « Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population, la baisse du nombre de naissances et des tensions sur certaines spécialités médicales, notamment en gynécologie-obstétrique et en pédiatrie, ce projet répond à un enjeu de redéploiement de l’offre de soins sur le territoire », explique le groupe Ramsay Santé. En quelques années, l’activité de la maternité de l’Hôpital privé de l’Estuaire a diminué d’un quart, tandis que le nombre de naissances continue de reculer dans la région Normandie. Cette tendance « confirme la nécessité d’adapter l’organisation des soins aux réalités démographiques locales ». À noter que le tarif opposable des accouchements est trop bas pour permettre aux gynécologues-obstétriciens libéraux d’assumer leur prime d’assurance sans dépassement d’honoraires (lire notre article).

Cette fermeture sera effective à la rentrée 2026, sous réserve de l’avis des organisations syndicales. Ce délai vise à permettre la transition et la réorientation des femmes enceintes vers les autres structures, selon leur choix, à proximité. La maternité de l’Hôpital privé de l’Estuaire a le deuxième niveau d’activité du territoire, avec 622 naissances en 2025. Les maternités de Fécamp et Lillebonne, également de niveau 1, ont une activité moindre et qui décroît plus rapidement (voir graphique ci-dessous). Le plus gros acteur du bassin, la maternité de niveau 3 du groupe hospitalier du Havre, a un volume annuel d’accouchements bien supérieur à ses voisines.

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Renforcement de l’offre publique havraise

Comme sur le reste du territoire, cette maternité, située dans l’enceinte de l’hôpital Jacques-Monod, n’échappe à la baisse des naissances. C’est néanmoins cette dynamique qui justifie sa capacité à absorber un éventuel surplus d’activité avec l’arrêt de sa voisine privée. « La maternité du groupe hospitalier du Havre a déjà accueilli un volume de naissances supérieur à celui actuel (2 790 naissances en 2025), dans un contexte de natalité nationale plus élevée, avec près de 3 300 naissances annuelles enregistrées, notamment en 2013, dans des conditions garantissant pleinement la qualité et la sécurité des prises en charge », est-il rappelé dans un communiqué. L’établissement anticipe un niveau d’activité comparable en cas de fermeture effective de la maternité privée.

Celui-ci a déjà planifié des travaux, indépendamment de l’annonce du groupe Ramsay Santé, pour aménager deux salles de prétravail et une nouvelle salle d’accouchement nature. Les équipes « sont pleinement mobilisées et prêtes à accueillir toute patiente en cours de grossesse, qu’elle soit déjà suivie sur le territoire ou à la recherche d’un lieu de suivi et d’accouchement », précise le communiqué. Un ajustement et un renforcement des effectifs médicaux et paramédicaux et une adaptation des organisations internes seront mises place en place pour absorber la hausse d’activité attendue.

De son côté, l’ARS Normandie souhaite, dans un communiqué, la mise en place d’une « cellule dédiée à la mobilité des agents et à la mise en réseau des employeurs du territoire » pour aider le groupe Ramsay Santé à trouver des solutions pour ses professionnels exerçant une activité obstétricale. L’agence « rappelle qu’elle souhaitait la pérennité de l’activité de la maternité de l’Hôpital privé de l’Estuaire et qu’elle regrette donc la décision » qui relève exclusivement du groupe gestionnaire et non de l’État.

*Un regroupement de la réadaptation sur les rails

La seconde phase du projet de réorganisation de l’Hôpital privé de l’Estuaire se caractérise par le développement d’un pôle de santé polyvalent au Havre. « Le projet vise à structurer un pôle de santé privé reposant sur une offre de soins multidisciplinaire dont les différentes modalités de prise en charge seront articulées autour de filières intégrées et de parcours patients personnalisés », rappelle Ramsay Santé dans son communiqué. L’une des priorités est le regroupement des activités de soins médicaux et de réadaptation sur le site havrais de la Clinique du Petit-Colmoulins à Harfleur (Seine-Maritime). Cette opération permettra une mutualisation des moyens techniques, humains et matériels, l’extension du plateau technique et le développement de filières spécialisées : neurologie, orthopédie, vasculaire, oncologie et prise en charge des fragilités.

Une filière dédiée à la santé des femmes sera aussi constituée grâce à un renforcement des activités de chirurgie gynécologique, pour les patientes atteintes de cancers du sein ou gynécologiques et d’endométriose. « Cette organisation permettra de renforcer les synergies entre les équipes et surtout d’améliorer la coordination des soins en médecine, chirurgie, soins de réadaptation jusqu’à l’hospitalisation à domicile afin de proposer une prise en charge plus individualisée, adaptée aux besoins spécifiques des patients tout au long de leur parcours », souligne Ramsay Santé à propos de la constitution de ce pôle polyvalent. À noter, sur ce second volet, que l’ARS Normandie sera « là aussi attentive, si cette évolution devait être confirmée, à la continuité de la prise en charge des patients ainsi qu’à l’organisation du service, en particulier pour les professionnels concernés ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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