Vous allez adorer les Maisons France Autonomie

Maisons France Autonomie : le monde merveilleux de la litote

27 avril 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/maisons-france-autonomie-monde-merveilleux-litote-2026a1000dbf?ecd=wnl_all_260503_jim_jim-pro_etid8306325&uac=368069PV&impID=8306325&sso=true

Dans un pays qui a vu naître l’auteur de la litote la plus célèbre du monde, comment reprocher à notre gouvernement d’en user de façon gourmande. Vous aviez aimé France Travail qui désigne la structure accompagnant les Français et résidents en France ayant perdu leur travail, vous allez adorer les Maisons France Autonomie qui accueilleront les Français et les résidents en France … ayant perdu, l’âge faisant, leur autonomie. 

Des millions d’euros destinés à la France Benne 

Avec un certain sens de la fidélité (dont on ne sait si elle compense la pauvreté imaginative), les créateurs de label qui travaillent pour le gouvernement ont donc imaginé de rebaptiser nos tristes Etablissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD) en joyeuses Maisons France Autonomie. L’annonce ce samedi par la ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Camille Galliard-Minier n’a évidemment pas échappé à quelques réactions ironiques. Ainsi, généraliste qui a beaucoup milité pour la limitation des actes inutiles (comme la délivrance de certificats d’aptitude ou de maladie), le docteur Michaël Rochoy qui a rebaptisé son compte X « France Michaël » a tancé : « Quelques millions d’euros qui finiront à la France Benne pour corriger tous les France Site et France Logos et en temps perdu à ces France Stupidités »De son côté, le docteur Jean-Jacques Fraslin s’est amusé : « Le plus fabuleux c’est qu’il va falloir remplir des grilles AGGIR pour évaluer le niveau de perte d’autonomie d’une personne âgée avant qu’elle ne rentre dans une Maison France Autonomie. En effet, qu’on ne s’y méprenne pas, ce probablement coûteux ripolinage ne change pas la véritable destination de ces structures : accueillir les personnes âgées dépendantes qui, compte tenu du vieillissement de la population, seront de plus en plus nombreuses

 Pratiquant elle aussi une forme de novlangue, le service des statistiques du ministère de la Santé (DREES) a en effet estimé dans une étude publiée en février que les millions de personnes de plus de 60 ans (soit 11 % de cette population) ont aujourd’hui « un besoin d’aide à l’autonomie » : elles seront entre 2,6 et 3 millions en 2050. Et ce même si contrairement à ce que l’on pourrait parfois redouter, le risque de développer une démence pour une personne de 80 ans aujourd’hui, est environ 20 % à 44 % inférieur à celui d’une personne du même âge il y a trente ans. 

Changer le regard sur les EHPAD, un France projet ambitieux 

Pour répondre à cette situation, le gouvernement a sans cesse repoussé la présentation d’une loi Grand âge à la hauteur des enjeux. Elle aura été remplacée par une loi sur le Bien vieillir (amour de la sémantique quand tu nous tiens) adoptée en mars 2024, mais qui est loin d’avoir répondu à toutes les attentes. Ainsi, durant les débats parlementaires, plusieurs députés dans l’opposition mais aussi au sein de la majorité avaient dénoncé le décalage entre la grande ambition portée par le texte et le caractère limité des mesures proposées. 

Si on ne parlait pas encore à l’époque de Maisons France Autonomie, les EHPAD (anciennement Hospices) étaient cependant déjà dans le viseur de cette loi, avec par exemple la reconnaissance pour les résidents d’un droit inconditionnel de recevoir la visite de leurs proches. Les annonces (restreintes) ce week-end de Camille Galliard-Minier semblent vouloir s’inscrire dans la même lignée : une évolution des établissements vers un plus grand respect des résidents. Ainsi, par exemple, pour pouvoir bénéficier du label Maisons France Autonomie, il faudra garantir l’existence d’un « accueil temporaire », ce qui suppose de s’émanciper de la logique actuelle où les « EHPAD » sont encore trop souvent considérés comme des hébergements définitifs. 

Pour faire évoluer tant les EHPAD que le regard porté par la société sur eux, le travail sera d’importance et le gouvernement le sait, un seul changement de nom ne suffira pas. Aujourd’hui, le rejet est assez marqué. Ainsi, 40 % seulement des Français en ont une image positive. Et quand on les interroge sur leur souhait pour leurs plus proches : huit sur dix espèrent une prise en charge à domicile. Or, le système de notation institué par la Haute autorité de Santé (HAS) pour répondre à la révélation de nombreuses situations scandaleuses ces dernières années semble en partie donner raison à cette défiance. Selon ce système de notation, qui s’appuie sur 157 critères, dont 18 dits « impératifs », (comme le respect de la dignité et de la vie privée des résidents ou la mise en place d’un plan de prévention des risques de maltraitance et de violences), seuls 35 % des 7500 établissements ont obtenu la note maximale. Néanmoins, 63 % se sont vu attribuer des notes intermédiaires.


Les Maisons France Autonomie feront-elles mieux ? Seul France Avenir nous le dira. 

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2026/04/27/il-ny-aura-plus-dehpad-mais-maisons-france-autonomie/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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