16 milliards d’économie sur la santé en Allemagne !

Le gouvernement allemand dévoile un plan d’économies sévère pour redresser les comptes de l’assurance maladie

Le gouvernement veut mettre un terme à la hausse des taux de cotisations des caisses d’assurance maladie. Il a adopté un projet de loi destiné à générer 16 milliards d’euros d’économies dès 2027. La pilule est amère pour les assurés.

Santé et hôpitaux

Friedrich Merz

Le gouvernement allemand s'attaque à la dérive des dépenses de santé.
Le gouvernement allemand s’attaque à la dérive des dépenses de santé. (Hendrik Schmidt/Dpa/Sipa)

Par Emmanuel Grasland

Publié le 29 avr. 2026 à 15:09Mis à jour le 29 avr. 2026 à 17:08 https://www.lesechos.fr/monde/europe/le-gouvernement-allemand-devoile-un-plan-deconomies-severe-pour-redresser-les-comptes-de-lassurance-maladie-2229198

C’est un des dossiers clés du mandat de Friedrich Merz. Accompagné de la ministre de la Santé, Nina Warken, le chancelier allemand a présenté ce mercredi un plan de réduction des dépenses de santé, permettant de donner de l’oxygène aux caisses d’assurance maladie. Cette série de mesures « constitue l’une des plus importantes réformes de l’Etat providence des dernières décennies », a déclaré Friedrich Merz.

Pour la coalition au pouvoir, il s’agit de stabiliser rapidement les taux de cotisation des caisses d’assurance maladie obligatoires pour les assurés et les entreprises. La cotisation de base s’élève à 14,6%, mais les caisses peuvent y ajouter une cotisation dite « supplémentaire » qui a doublé en trois ans pour atteindre 2,9% en moyenne en 2025. Dans un pays confronté à un vieillissement rapide de la population, les dépenses augmentent aujourd’hui nettement plus vite que les recettes. Sans action de la part de l’exécutif, les caisses auraient accusé un déficit de 15 milliards d’euros l’an prochain (soit peu ou prou le niveau de déficit actuel de l’Assurance-maladie en France…), susceptible de monter à 40 milliards à l’échéance 2030.

« Des conséquences désastreuses pour tous »

Pour y faire face, il aurait fallu augmenter le taux des cotisations de deux points, estime le gouvernement. « Cela aurait entraîné une nouvelle hausse des coûts du travail, avec des conséquences désastreuses pour tous », a expliqué Friedrich Merz. En Allemagne, près de 75 millions de personnes dépendent des caisses publiques tandis que 9 millions sont assurés par une caisse privée.

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Fin mars, une commission d’experts a remis une liste de 66 propositions visant à stabiliser le système dès 2027, avec des économies susceptibles d’atteindre 42 milliards d’euros au total. Très impopulaires, les mesures allaient de la suppression de l’assurance santé gratuite pour les conjoints sans enfant de moins de six ans, à une baisse de l’indemnité journalière pour arrêt maladie, en passant par l’introduction d’une taxe sur les boissons sucrées…

Piochant dans les mesures, le ministère de la Santé entendait réduire les coûts de 19,6 milliards l’an prochain mais les différents acteurs du système ainsi que le parti social-démocrate et les chrétiens sociaux bavarois (CSU) sont montés au créneau. Bilan des courses ?

16,3 milliards d’économies

Le gouvernement table désormais sur une réduction des dépenses de 16,3 milliards en 2027. Soit légèrement plus que le déficit anticipé. Les assurés aux revenus les plus élevés devront mettre davantage la main à la poche, l’assurance santé ne sera plus gratuite pour les conjoints sans enfant de moins de sept ans, les aides pour les prothèses dentaires seront réduites ainsi que les dépistages des cancers de la peau.

Les rémunérations des médecins et dans les hôpitaux ne pourront pas augmenter plus rapidement que les recettes des caisses et la remise obligatoire accordée par les laboratoires sera réévaluée à la hausse, sauf pour les médicaments ayant fait l’objet d’essais cliniques en Allemagne ou dont le principe actif est produit outre-Rhin. Enfin, une taxe sera instaurée en 2028 sur les boissons sucrées, comme en France. « La volonté de réforme du gouvernement est là, mais elle reste trop timide », a déclaré Wolfgang Grosse Entrup, directeur général de la Fédération de l’industrie chimique allemande (VCI).

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Pour les assurés, la pilule sera néanmoins amère. « Toute la difficulté sera d’expliquer aux gens qu’ils doivent faire des sacrifices, mais que les autres acteurs du système – l’industrie, les médecins… – supporteront des charges plus lourdes. Il faut que cela soit bien compris, sinon les partis extrémistes en feront tout un scandale », explique Ursula Münch, politologue et directrice de l’Académie de formation politique de Tutzing.

Le projet de loi sera présenté au Parlement d’ici l’été avant de passer au Sénat. Une deuxième série de mesures d’économies, visant le moyen et long terme, sera dévoilée d’ici un an.

Emmanuel Grasland (Bureau de Berlin)

Allemagne : le gouvernement coupe dans les dépenses de santé pour enrayer le déficit de l’assurance maladie

La réforme devrait permettre d’économiser 16,3 milliards d’euros par an sur les dépenses de santé pour faire face au vieillissement de la population. Une réforme des retraites doit être lancée avant l’été. 

Par Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)

Le 29 avril 2026 à 19h57, modifié le 29 avril 2026 à 20h37 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/29/allemagne-le-gouvernement-coupe-dans-les-depenses-de-sante-pour-enrayer-le-deficit-de-l-assurance-maladie_6684314_3210.html

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Le chancelier allemand, Friedrich Merz, et la ministre fédérale de la santé, Nina Warken, lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion du conseil des ministres à la Chancellerie, à Berlin, le 29 avril 2026.
Le chancelier allemand, Friedrich Merz, et la ministre fédérale de la santé, Nina Warken, lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion du conseil des ministres à la Chancellerie, à Berlin, le 29 avril 2026. EBRAHIM NOROOZI / AP

Après des mois de tergiversations, la coalition conservatrice-sociale-démocrate, dirigée par le chancelier chrétien-démocrate Friedrich Merz, est parvenue à mettre sur la table la première des réformes structurelles auxquelles elle s’était engagée. Mercredi 29 avril, M. Merz a annoncé que le conseil des ministres avait avalisé une réforme « historique » des caisses publiques d’assurance maladie. Elle devrait permettre, une fois votée par le Bundestag, d’économiser 16,3 milliards d’euros de dépenses de santé par an, et ainsi stabiliser le niveau des charges sociales. « Sans la réforme adoptée aujourd’hui, l’un des piliers les plus importants de notre Etat providence deviendrait instable à long terme », a souligné le chancelier lors d’une conférence de presse.

En Allemagne, l’immigration ne compense plus le déclin démographique

Il était temps. Avec l’approche de la date anniversaire de l’entrée en fonction de la coalition, le 6 mai 2025, la pression ne cessait de monter sur le gouvernement face à l’absence de réformes. L’inquiétude des milieux économiques, en particulier, était vive au regard du renchérissement redouté du coût du travail. La protection sociale est essentiellement financée par les cotisations sur les salaires, à parts égales entre le salarié et l’employeur. Or, les caisses d’assurance maladie affichent depuis plusieurs années une évolution inquiétante : le déficit, qui s’élevait à 6,57 milliards d’euros en 2024, devrait atteindre 12 milliards d’euros en 2026, en dépit d’une hausse des cotisations. A plus long terme, le manque à gagner était estimé à près de 40 milliards d’euros à l’horizon 2030, en l’absence de réforme.

La dégradation des comptes de la protection santé s’explique principalement par le vieillissement accéléré de la population allemande : l’arrivée à la retraite de la génération du baby-boom, qui a davantage recours aux prestations de santé, s’accompagne d’une baisse de la population active, que l’immigration ne suffit pas à compenser. Depuis le début des années 1970, la natalité allemande n’assure plus le renouvellement des générations, et les espoirs de rebond, entretenus par la légère augmentation des naissances dans les années 2010, se sont dissipés après la pandémie de Covid-19. Mardi 28 avril, l’office des statistiques a ainsi annoncé que le nombre de naissances était tombé à 654 300 en 2025 (− 3,4 % par rapport à 2024), en baisse pour la quatrième année consécutive, à leur plus bas niveau depuis 1946. Avec 1,01 million de décès, le déficit naturel a atteint 352 000 personnes, autre record depuis l’après-guerre.

Cure d’austérité

Pour enrayer le déficit des caisses d’assurance maladie, la coalition s’est accordée sur une série de baisses de prestations. La plus importante, et la plus emblématique, est l’arrêt de la prise en charge gratuite du conjoint inactif dans les couples mariés ou en union civile. Cette disposition, qui soutenait le modèle familial traditionnel, est modifiée : seuls les conjoints responsables d’enfants ou de parents dépendants, ou ayant atteint l’âge légal de la retraite, seront désormais dispensés de cotisations. Le gouvernement prévoit également que les hauts revenus soient davantage mis à contribution ; certaines prestations, comme les remboursements de prothèses dentaires, seront limitées ; le plafond de participation pour les médicaments sera relevé, et certains, comme l’homéopathie, ne seront plus remboursés. Enfin, une nouvelle taxe sur les boissons sucrées devrait alimenter les caisses d’assurance maladie à partir de 2028.

Ces mesures s’appuient sur les conclusions d’une commission d’experts chargée d’équilibrer l’effort d’économies le plus largement possible. Elles doivent cependant être encore discutées au Bundestag, où les débats pourraient être houleux, le gouvernement ne disposant que d’une courte majorité. Mais le compromis a une forte valeur politique : l’exécutif peut afficher une première réforme d’ampleur, contrant ainsi l’impression d’immobilisme qui planait depuis des mois sur l’équipe gouvernementale, qui bat des records d’impopularité. « La coalition montre aujourd’hui qu’elle est déterminée à prendre des décisions et qu’elle en a les moyens. Nous sommes capables de faire des compromis et nous les négocions », a martelé Friedrich Merz, mercredi 29 avril, ajoutant que l’autre grande réforme envisagée, celle des retraites, serait lancée dans les semaines à venir : « Nous allons nous attaquer à la réforme du régime légal d’assurance vieillesse dès cet été », a-t-il déclaré.

Allemagne : la coalition de Friedrich Merz fracturée par un violent conflit interne

Une troisième réforme, portant sur l’impôt sur le revenu, sera également discutée dans les prochaines semaines, a déclaré le ministre des finances et vice-chancelier social-démocrate, Lars Klingbeil, mercredi dans la matinée. Ces mesures doivent permettre au gouvernement de réduire ses dépenses, et d’alléger la pression sur les bas et moyens salaires, alors que la conjoncture est assombrie par la guerre en Iran. Lars Klingbeil, qui présentait mercredi les grandes lignes de son budget 2027, a annoncé des économies substantielles, la prévision de croissance ayant été divisée par deux pour 2026, à 0,5 %. La défense est l’un des rares postes épargnés par les coupes : Berlin prévoit de dépenser 105,8 milliards d’euros en 2027, après les 82,7 milliards prévus en 2026.

Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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