Orwell, l’écrivain anglais dont l’œuvre résonne avec une acuité troublante dans notre époque.

Le moment Orwell avec Raoul Peck 

Samedi 21 février 2026 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-face-a-face/le-grand-face-a-face-du-samedi-21-fevrier-2026-1137228

Débat avec l’un de nos grands documentaristes qui sort au cinéma un film documentaire « Orwell : 2+2=5 ». Une plongée fascinante dans l’œuvre visionnaire du grand écrivain anglais George Orwell qui nous a livré la boîte à outils pour comprendre toute dérive totalitaire. 

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Après avoir évoqué la question de la violence politique avec l’actualité de cette semaine marquée par la mort de Quentin Deranque, Thomas Snegaroff, Natacha Polony et Gilles Finchelstein, ont reçu le cinéaste haïtien Raoul Peck. Connu entre autres pour son film I Am Not Your Negro le documentatriste sort Orwell, 2 + 2 = 5, un documentaire sur l’écrivain anglais dont l’œuvre résonne avec une acuité troublante dans notre époque. Il a expliqué pourquoi George Orwell est bien plus qu’un auteur du passé.

Un écrivain du présent, pas de la science-fiction

Longtemps présenté à l’école comme un auteur dystopique, voire de science-fiction, Orwell est autre chose selon Raoul Peck : « Il n’était pas l’intellectuel assis sur son bureau en train de penser le futur. Il a sorti ce qu’il avait dans le ventre. » L’écrivain anglais parlait de son présent, de ce qu’il avait vécu — la Birmanie coloniale à 19 ans, la pauvreté à Paris et à Londres, les mines du nord de l’Angleterre, la guerre d’Espagne… C’est cette expérience charnelle du monde qui nourrit une œuvre  que le documentariste qualifie de « bombe » : « On s’aperçoit qu’il avait tout nommé, tout analysé, qu’il nous livrait la boîte à outils de toute déviance totalitaire. Il publie son livre en  1949, mais sa pensée est universelle et actuelle pour lire les dérives de la religion catholique ou musulmane, du système capitaliste ou communiste. Les outils de critique donnés par 1984, ceux de la décence commune sont extrêmement percutants. » Ce qui rend le film vertigineux, c’est précisément ce va-et-vient permanent entre les mots d’Orwell — dits à l’écran par le comédien Éric Ruf en français — et les images d’aujourd’hui.

À écouter

« 1984 » (Mil Neuf Cent Quatre-Vingt Quatre) de George OrwellSuivre

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La boîte à outils du totalitarisme, mode d’emploi

Au cœur du documentaire, une question : pourquoi Orwell nous parle-t-il si fort en 2025 ? Pour Raoul Peck, la réponse tient à la précision chirurgicale avec laquelle l’écrivain a décrit les mécanismes de toute dérive autoritaire : dégradation du langage, réécriture de l’histoire, saturation informationnelle. « Les mots ne veulent plus dire la même chose, on emploie un mot pour le contraire de ce qu’il veut dire », résume le cinéaste. Il cite en exemple le mot « wokiste », retourné en arme et en insulte, ou encore la stratégie de Steve Bannon — « we’re gonna flood the zone » — qui consiste à inonder le champ médiatique pour paralyser le citoyen. « C’est comme le carpet bombing : on bombarde totalement le champ pour que vous ne bougiez pas. » Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès, souligne de son côté qu’Orwell avait également anticipé ce que la chercheuse Shoshana Zuboff appellera bien plus tard le « capitalisme de surveillance »— une vision qui dépasse la simple recherche du profit pour englober le contrôle politique, comme en témoigne aujourd’hui la reconnaissance faciale en Chine.

À écouter

1984 de George Orwell 

Petite histoire d’un grand livre

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La décence ordinaire, antidote à la barbarie

Ce qui touche le plus Raoul Peck dans l’œuvre d’Orwell, c’est un concept en apparence modeste mais d’une profondeur redoutable : la « décence ordinaire ». Dans 1984, Orwell écrit que si un espoir existe, il viendra des « proles » — non pas les prolétaires au sens marxiste, mais ce que le cinéaste traduit par « la société civile », portant en elle « une sorte de décence normale d’un être humain par rapport à un autre ». Cette conscience instinctive du bien et du mal, ni morale rigide ni règle imposée, est pour Orwell le dernier rempart contre la barbarie. Natacha Polony s’interroge sur sa résistance à l’ère numérique : « Les technologies modernes ont réussi cet exploit de nous maintenir dans un présent permanent, effaçant le passé. » Raoul Peck partage cette inquiétude, mais y voit aussi la force du film : offrir aux spectateurs « des repères qui leur permettent de décoder ce qu’ils reçoivent tous les jours ». Au terme de quatre années d’immersion dans l’œuvre, le cinéaste confie avoir trouvé en Orwell « un frère » — un homme qui, comme Baldwin ou Marx avant lui, « allait vers l’autre » et n’avait « pas peur de discuter ». Un héritage plus nécessaire que jamais.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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