Le pouvoir est devenu mafieux.

La « mafiosisation du monde », par Roberto Scarpinato

24 avril 2026 | https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/240426/la-mafiosisation-du-monde-par-roberto-scarpinato?utm_source=quotidienne-20260424-173059&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20260424-173059&M_BT=115359655566&uid=MTQ1OTAwOQ==

Par Edwy Plenel

Le magistrat Roberto Scarpinato est une figure légendaire du combat contre la corruption mafieuse. Aujourd’hui sénateur de la République italienne, il alerte sur un monde où « le pouvoir est devenu mafieux ».

« Aujourd’hui, c’est sous les yeux de tous que le pouvoir est devenu mafieux » : ce sont les premiers mots de Roberto Scarpinato au début de notre entretien dans l’une des salles d’audience du tribunal judiciaire de Paris. Je venais de lui rappeler qu’en 2011, dans Le Dernier des juges, il avait annoncé une « mafiosisation du monde », soulignant que « la méthode mafieuse ne se résume pas simplement à une réalité criminelle : elle constitue également une façon ancienne d’exercer le pouvoir, usant d’un cocktail mortel de pouvoir légal et illégal ».

Évoquant d’emblée Donald Trump et Benyamin Nétanyahou, leur négation radicale du droit international et l’absence de limite à leur volonté de puissance, Roberto Scarpinato explique ensuite comment, de son poste d’observation de procureur spécialisé dans la lutte contre la criminalité mafieuse, il a vu la mafia traditionnelle se transformer, se notabiliser et s’institutionnaliser, gangrénant le cœur du système économique : « Le capitalisme mafieux est devenu une composante structurelle du capitalisme tout court. »

Sénateur de la République italienne pour le Mouvement Cinq Étoiles, après avoir dû prendre sa retraite de la magistrature en 2022, Roberto Scarpinato se définit comme « un patriote de la loi »« Si la loi n’est pas la même pour tous, il n’y a pas de démocratie », résume-t-il simplement, en racontant comment il poursuit son combat antimafieux dans l’enceinte parlementaire, parlant « le langage de l’homme d’État »face à des représentants du pouvoir en place qu’il sait être des corrompus. Vivant sous escorte policière permanente, ce Sicilien décrit ainsi sa vie comme « un parcours de guerre », déterminé par la nécessité de choisir son camp, entre opprimé·es et oppresseurs, assassins et victimes.

Après les assassinats de ses collègues Giovanni Falcone et Paolo Borsellino en 1992, il prit leur relève, réussissant à confondre la « haute mafia » jusque dans les plus hautes sphères de la politique italienne et terminant sa carrière comme procureur général de Palerme. Ce combat se poursuit aujourd’hui face à Giorgia Meloni, la présidente d’extrême droite du Conseil des ministres, dont l’ascension a commencé sous le parrainage de Silvio Berlusconi. Roberto Scarpinato décrit l’importance de la récente bataille menée pour qu’elle perde le référendum qui voulait mettre fin à l’indépendance de la magistrature italienne.

Au-delà de son alarme universelle, qui éclaire le propos de son remarquable essai sur pouvoir et criminalité, Le Retour du Prince, cet entretien est l’occasion d’adresser un message à la politique française. En effet, l’engagement professionnel de Roberto Scarpinato n’aurait pas été permis sans la Constitution de la République italienne, promulguée le 27 décembre 1947, qui a instauré une véritable indépendance de la magistrature : les procureur·es du parquet ne dépendent pas du pouvoir exécutif, mais appartiennent au même corps que les magistrat·es du siège, et la police judiciaire mène ses enquêtes sous leur seul contrôle.

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Boite noire

Cet entretien a été réalisé à l’occasion du festival de cinéma La Grande Révoltecoorganisé par Mediapart et La Grande Distribution sur le thème de la corruption. Roberto Scarpinato est venu participer au débat qui a suivi la projection, à Paris, du film de Marco Bellocchio, Le Traître, autour du plus célèbre des mafieux devenus collaborateurs de la justice italienne, Tommaso Buscetta.

Roberto Scarpinato accompagne Mediapart depuis ses débuts (lire par exemple ici et ). Il est notamment intervenu lors d’une soirée contre la corruption que nous avions organisée en 2014 et, avec un plaidoyer « en défense de la vérité », lors du colloque organisé pour nos 10 ans, en 2018 (à lire ici et à écouter ).

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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