« La contention, c’est la pire des atteintes à la liberté » : le pôle psychiatrie de l’hôpital de Melun sous surveillance après la mort de sept patients

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Hôpital : sept morts en psychiatrie à Melun. Reportage : F. Benbekaï / F. Castaingts / C. Claveaux. • ©Reportage : F. Benbekaï / F. Castaingts / C. Claveaux.
Publié le23/04/2026 à 08h25 https://france3-regions.franceinfo.fr/paris-ile-de-france/seine-et-marne/la-contention-c-est-la-pire-des-atteintes-a-la-liberte-le-pole-psychiatrie-de-l-hopital-de-melun-sous-surveillance-apres-la-mort-de-sept-patients-3339371.html
Temps de lecture : 3 min
Manque d’effectifs et de suivi médical, recours inadapté à l’isolement… Alors que sept patients sont morts en un an et demi seulement au sein du pôle psychiatrie de l’hôpital public de Melun, un récent rapport du rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté épingle l’établissement.
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La vigie des prisons et hôpitaux psychiatriques tire la sonnette d’alarme. Un récent rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) rappelle que, ces derniers mois, « sept patients (…) sont décédés au cours de leur séjour » au pôle psychiatrie de l’hôpital de Melun, en Seine-et-Marne. En cause : des « dysfonctionnements graves affectant (leur) prise en charge » et conduisant à des incidents quotidiens, faute de psychiatres en nombre suffisant.
Dans les couloirs de l’établissement, ni les usagers ni les familles ne s’expriment. Les représentants du personnel, de leur côté, redoutent le prochain drame. « Si le patient est en train de décompenser (…), on est obligé d’attendre que le médecin arrive, pour éventuellement adapter le traitement. Il y a tout un process qui doit être mis en attente tant que le médecin n’est pas là« , explique Stéphane Saillet, du syndicat Sud Santé à l’hôpital de Melun.
Conséquences : des équipes soignantes débordées, et des patients en danger, y compris des adolescents souffrant de troubles psychiques. « La prise en charge des patients mineurs les expose à de graves atteintes à leurs droits fondamentaux« , pointe le rapport du CGLPL, évoquant des mesures d’isolement et de contention inadaptées.
« La contention, c’est la pire des atteintes à la liberté qu’on puisse faire. On vous attache des poignées, les chevilles, le ventre… Vous ne pouvez pas bouger. Comme les mesures et les examens somatiques ne sont pas tracés, on peut envisager le pire« , alerte Dominique Simonnot, Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté.
« Lorsqu’on place un mineur en service d’hospitalisation fermé, c’est parce qu’il présente un risque suicidaire élevé »
Aucune poursuite judiciaire n’est engagée à ce stade. Les décès seraient surtout liés aux pathologies des patients selon la direction de l’hôpital, qui se défend de toute mise en cause. « Aujourd’hui, lorsqu’on place un mineur en service d’hospitalisation fermé, c’est parce qu’il présente un risque suicidaire élevé. Si on le met dans un autre service d’hospitalisation qui n’est pas fermé, le risque de fugue est élevé« , déclare Justine Grenier, directrice adjointe du Groupe hospitalier Sud Île-de-France à Melun.
Sauf que l’établissement n’est pas conçu pour accueillir des mineurs. Une dizaine d’entre eux y sont pourtant admis chaque mois, faut de places disponibles dans le Sud francilien.usagers et syndicats réclament la création d’un pôle de pédopsychiatrie • © FTV
« On préfère les hospitaliser en milieu adulte plutôt que de les laisser à leur domicile avec des parents qui ne savent pas comment faire, et qui sont complètement démunis face des jeunes qui peuvent être suicidaires et qu’on ne peut pas renvoyer au domicile sans craindre un passage à l’acte suicidaire chez eux« , décrit Nicolas Moulia, cadre au pôle santé mentale du Groupe hospitalier Sud Île-de-France.
Dans ce désert médical pour les adolescents, usagers et syndicats réclament la création d’un pôle de pédopsychiatrie.
Reportage : F. Benbekaï / F. Castaingts / C. Claveaux.