Une étude souligne l’efficacité des politiques de baisse de l’éclairage public. 

La pollution lumineuse a nettement diminué en France entre 2014 et 2022

Si la luminosité a globalement augmenté dans le monde pendant cette période, une étude souligne l’efficacité des politiques de baisse de l’éclairage public. 

Par Gary Dagorn

Hier à 05h30 https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/04/22/la-pollution-lumineuse-a-nettement-diminue-en-france-entre-2014-et-2022_6682334_1650684.html

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A Paris, le 11 septembre 2023.
A Paris, le 11 septembre 2023. MIGUEL MEDINA/AFP

La pollution lumineuse progresse globalement autour de la Terre, selon les résultats d’une nouvelle étude parue dans la revue Nature, mercredi 8 avril, mais affiche une baisse significative dans certains pays. En s’appuyant sur les données du « Black Marble » de la NASA, alimentées par les observations de nuit de trois satellites (Suomi NPP, NOAA-20 et NOAA-21), une équipe de chercheurs américains et allemands a pu établir la cartographie la plus précise de l’évolution de la pollution lumineuse sur la surface du globe de 2014 à 2022.

En neuf ans, la pollution lumineuse a augmenté de 16 % sur la planète, mais ce chiffre est un solde entre les régions où la luminosité a augmenté et celle où elle a baissé. Il ne résume pas tout. Dans le détail, les continents africain et asiatique sont ceux où la croissance de la pollution lumineuse a le plus augmenté (respectivement + 21 % et + 38 % sur la période), tandis que l’Europe enregistre une baisse de 4 % de sa luminosité vue de l’espace.

Evolution de l’intensité lumineuse nocturne

observée par satellite entre 2014 et 2022


France – 32%


Source : Nature


« Pays le mieux armé du point de vue législatif »

La diminution de la pollution lumineuse peut avoir plusieurs facteurs, comme les catastrophes naturelles, qui peuvent priver d’électricité des régions entières, ou encore les conflits armés, qui peuvent cibler les installations de production d’énergie. C’est le cas de l’Ukraine qui a, selon les satellites, enregistré de 2014 à 2022 un recul de 36 % de sa brillance, vraisemblablement dû au conflit avec les séparatistes prorusses dans l’est du pays, puis avec la Russie.

Mais de telles baisses peuvent aussi s’expliquer par des politiques volontaristes de lutte contre la pollution lumineuse, comme en France, où les observations font état d’un recul de 33 % en neuf ans. Une chute importante, qui intervient après plusieurs années d’actions publiques pour réduire les nuisances de l’éclairage public nocturne. Après le Grenelle de l’environnement voulu par Nicolas Sarkozy en 2007, un premier décret pris en 2011 avait permis d’inscrire la question dans le code de l’environnement.

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En janvier 2013, Delphine Batho, alors ministre de l’écologie dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, prend de nouveaux arrêtés pour lutter contre l’éclairage des bâtiments non résidentiels la nuit, justifiant la mesure par des besoins d’économie d’énergie. De nouvelles mesures sont prises dans la loi du 8 août 2016 « pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages », et enfin dans un arrêté de décembre 2018.

De fait, « la France est le pays le mieux armé au monde du point de vue législatif », note Samuel Challéat, chercheur au CNRS spécialiste de ces questions et coordinateur de l’Observatoire de l’environnement nocturne. Mais si les progrès législatifs sont indéniables, le chiffre de 33 % pourrait ne pas s’expliquer uniquement par ceux-ci. « La donnée satellitaire est un peu flatteuse parce que le satellite prend ses images généralement à 1 heure 30 du matin, au moment où les communes ont éteint leur éclairage public. Ça ne nous dit pas grand-chose de l’intensité de la pollution lumineuse dans les extrémités de nuit », observe le chercheur.

« Le début et la fin de la nuit sont pourtant des moments-clés pour toutes les espèces », estime Samuel Challéat, qui prend l’exemple de certains oiseaux. « Le rouge-gorge est un oiseau diurne, mais on a montré que l’éclairage artificiel décalait ses horaires de chant, surtout le matin et un peu le soir. Cela entraîne plus de fatigue et des rythmes perturbés dans la défense du territoire, dans la communication et la recherche des partenaires pour s’accoupler », illustre-t-il.

Dynamique très positive

Un autre biais des satellites est qu’ils observent le sol juste au-dessous d’eux. Les pratiques d’éclairage évoluant, leurs mesures peuvent enregistrer des baisses alors que l’éclairage au sol reste constant. Soit parce que les lampadaires renvoient moins de lumière dans l’espace car davantage concentrés vers le sol, soit parce que les satellites ne les détectent pas très bien. « Les instruments ne mesurent la lumière qu’entre 500 et 900 nanomètres de longueur d’onde », note Carine Briand, astronome à l’Observatoire de Paris. Or les technologies d’éclairage LED comportent une bonne part de lumière bleue, dont la longueur d’onde est inférieure à 500 nanomètres. « Donc un pays qui basculerait complètement en LED deviendrait en apparence très vertueux, alors qu’en fait il ne l’est pas du tout », remarque la chercheuse.

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La dynamique est néanmoins jugée très positive en France. « C’est plutôt encourageant, car cela montre que les pouvoirs publics ont une vraie influence dans ce domaine-là et relativement rapidement », commente Carine Briand. Ce, alors que près d’une commune sur quatre ne pratique pas encore l’extinction de l’éclairage public, et qu’une partie des communes qui l’ont adopté le pratique de façon partielle.

Pourtant, les enjeux dépassent largement l’astronomie, amatrice ou professionnelle, qui a historiquement porté la lutte contre la pollution lumineuse en France. Les enjeux majeurs sont désormais la préservation de la biodiversité et de la santé humaine. « Ça n’est plus seulement le ciel étoilé qui doit être considéré comme un commun, c’est l’obscurité », défend Samuel Challéat.

Gary Dagorn

Commentaire Dr Jean Scheffer:

Malheureusement, suite aux municipales de nombreux maires ont promis de rétablir les lumières la nuit dans leur ville.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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