Une voie unique à nouveau pour la médecine

Première année de médecine : le gouvernement rétablit la voie d’accès unique

Quentin Haroche

20 avril 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/première-année-médecine-gouvernement-2026a1000c7q?ecd=wnl_all_260422_jim_daily-doctor_etid8279276&uac=368069PV&impID=8279276&sso=true

L’exécutif prévoit de supprimer le système PASS/LAS et de mettre fin à l’obligation d’organiser des épreuves orales en fin d’année. 

Quand la ministre Stéphanie Rist revient sur les actions de la députée Stéphanie Rist. En déplacement ce vendredi à l’Université Paris Cité, la ministre de la Santé, accompagnée de son collègue de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste, a présenté le plan du gouvernement pour réformer la première année des études de santé, fruit des concertations menées avec les syndicats étudiants et les universités depuis 18 mois. Et comme on pouvait s’y attendre, les deux ministres ont annoncé la suppression du système PASS/LAS, mis en place par une loi de 2019 dont Stéphanie Rist fut la rapporteuse.

Dans le détail, les étudiants qui souhaiteront suivre des études de médecine, de maïeutique, d’odontologie, de pharmacie et de kinésithérapie (MMOPK) devront passer par une voie d’accès unique, une licence santé. Lors de cette première année de santé, les étudiants suivront des enseignements de trois blocs : un bloc santé, regroupant les connaissances scientifiques communes aux cinq filières, avec « un programme allégé recentré sur l’essentiel » promet le ministère de la santé ; un bloc disciplinaire, correspondant aux enseignements d’une autre licence (biologie, soins infirmiers, sciences humaines…) ; un bloc transversal recentré sur les compétences psychosociales et l’éthique.

Fin de la PASS/LAS et des oraux, retour du redoublement : la réforme de 2019 enterrée

Seuls les meilleurs élèves pourront accéder en deuxième année d’étude de médecine, selon le système du « numerus apertus » (chaque université détermine le nombre d’étudiants qu’elle accepte) qui est donc maintenu. Les étudiants auront deux chances de candidater en deuxième année de médecine (ou d’une autre discipline médicale) : en fin de première année et de deuxième année de licence. « C’est la fin du couperet : on pourra tenter et retenter l’année suivante » a commenté Philippe Baptiste. La réforme prévoit également de rétablir le droit au redoublement, qui avait été supprimé en 2019, suppression qui avait fait l’objet de nombreuses polémiques. « Nous avons souhaité permettre le redoublement pour limiter l’angoisse des candidats » a ajouté le ministre de l’Enseignement supérieur.

Les étudiants qui n’auront pas obtenu des notes suffisantes pour leur permettre de poursuivre dans l’une des cinq filières santé pourront se réorienter via les enseignements disciplinaires qu’ils auront suivis. Survivance des LASS, ces enseignements disciplinaires seront cependant mieux encadrés, afin de mettre fin aux expérimentations « baroques ou ésotériques » mises en place par certaines universités, selon les termes de Philippe Baptiste. On ne verra donc plus d’étudiants en première année d’études de santé qui suivent des formations en histoire de l’art ou en arts du cirque : il faudra désormais suivre des enseignements essentiellement scientifiques.

Autre nouveauté de la réforme de 2019 abandonnée sept ans plus tard : les épreuves orales de fin d’années ne seront désormais plus obligatoires, mais seulement « encouragées », laissant le champ libre aux universités de les enterrer définitivement. Censées permettre d’évaluer les étudiants sur leur manière d’être au-delà de leurs simples connaissances, ces épreuves orales ont, depuis leur création, fait l’objet de vives critiques, en raison de leur organisation peu lisible et du caractère très subjectif de leur évaluation. Enfin, la réforme prévoit de renforcer les passerelles entre les formations paramédicales et les études de médecine et d’expérimenter la création d’une filière spécifique pour les études de pharmacie ; ce qui est fortement soutenu par une grande partie des doyens.

Une réforme trop précipitée

« En faisant évoluer la première année d’accès aux études de santé, nous souhaitons faire le choix d’un modèle plus lisible, plus juste et plus humain » a commenté la ministre de la Santé Stéphanie Rist. « Il ne s’agit pas de renoncer à l’exigence, mais de mieux l’organiser, en mettant fin à des mécanismes devenus trop complexes et générateurs de stress. Nous voulons sécuriser les parcours, valoriser la diversité des profils et permettre à chacun de trouver sa place ».

La réforme que vient d’annoncer le gouvernement entérine le fiasco de celle de 2019. Le système PASS/LAS, qui créé deux voies d’accès aux études de médecine (une voie PASS classique et une voie LASS où l’étudiant suivait une formation non-médicale) avait pour but de diversifier le profil des élèves et d’éviter le gâchis humain que constituait l’ancienne première année de médecine, la PACES. Mais la réforme avait, dès sa création, suscité de vives critiques, notamment en raison de la trop grande diversité des parcours proposés aux étudiants par les universités et du niveau jugé trop faible des étudiants de LASS. Ce vendredi, Stéphanie Rist a timidement reconnu que « l’essai n’avait pas été transformé ».

C’est donc avec une certaine satisfaction que les syndicats d’étudiants et les doyens de faculté de médecine ont reçu l’annonce de l’abandon du système PASS/LAS. « C’est globalement une avancée majeure, car nous avons abouti à une voie unique et commune, beaucoup plus lisible pour les lycéens » salue ainsi Marion Da Ros Poli, présidente de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF). 

Seule ombre au tableau : le calendrier de la réforme, jugé trop précipité par les doyens des facultés de médecine. Alors qu’ils auraient souhaité un retour de la voie d’accès unique pour la rentrée 2028, le gouvernement a annoncé que la réforme entrerait en vigueur dès 2027. « Il faut refabriquer des programmes, les faire voter par nos instances universitaires puis alimenter correctement Parcoursup pour que les lycéens puissent choisir la nouvelle première année commune pour septembre 2027 : c’est un calendrier plus que serré » commente le Pr Isabelle Laffont, présidente de la Conférence des doyennes et des doyens. « Il faut faire évoluer cette première année, c’est clair. Mais il faut faire les choses bien. On n’a pas le droit à l’erreur pour les étudiants et les lycéens ».

Voir aussi:

L’accès aux études de santé une question insoluble ? https://environnementsantepolitique.fr/2026/04/17/73675/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/03/28/la-mise-en-place-de-deux-voies-pour-integrer-la-deuxieme-annee-des-etudes-de-medecine-est-a-revoir/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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