L’accès aux études de santé une question insoluble ?

Syndicats et doyens s’inquiètent du nouveau dispositif d’accès aux études de santé

Par Manuel Magrez

14 avril 2026 à 18h29 https://www.hospimedia.fr/actualite/articles/20260414-formation-syndicats-et-doyens-s-inquietent-du-nouveau?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_campaign=EDITION_QUOTIDIENNE&eq_type=SMS&eq_date=2026-04-15&eq_pos=1

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La conférence des doyens de facultés de médecine demande depuis plusieurs mois un moratoire sur la mesure. (Tremelet/Image Point FR/BSIP)
La conférence des doyens de facultés de médecine demande depuis plusieurs mois un moratoire sur la mesure. (Tremelet/Image Point FR/BSIP) Droits réservés

Un calendrier prévisionnel ministériel qui « menace cette réforme, mettant en danger son contenu et son application pour la rentrée 2027″. C’est ce que tirent les organisations syndicales d’étudiants en santé, de la troisième plénière de concertation consacrée à l’évolution du modèle d’accès aux études de maïeutique, médecine, odontologie, pharmacie et kinésithérapie (MMOPK) organisée le 1er avril. Les griefs ont été présentés dans un communiqué rédigé au nom de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), celle des étudiants en pharmacie (Anepf), des étudiants sages-femmes (Anesf), la Fédération nationale des étudiants en kinésithérapie (Fnek) et de l’Union nationale des étudiants en chirurgie dentaire.

Les organisations syndicales rappellent le « constat partagé » que « l’évolution de la réforme d’entrée en études de santé est nécessaire et, après des mois d’échanges entre tous les acteurs de la réforme, les arbitrages pédagogiques et financiers sont urgents et doivent être à la hauteur d’une évolution ambitieuse, nécessaire pour les étudiants ».

Des syndicats d’étudiants pressés de voir la réforme appliquée

Les représentants d’étudiants n’ont pas de mots assez durs pour qualifier le fonctionnement de l’accès aux études de santé depuis la réforme de 2020, évoquant une « illisibilité », un « gâchis humain tant les étudiants sont mal orientés », une « hétérogénéité sur le territoire » et une « surcharge de travail créant de l’anxiété pour les futurs professionnels de santé ». Les résultats d’une enquête menée auprès de 13 000 étudiants pour l’occasion montrent par ailleurs que la moitié des étudiants en parcours d’accès spécifique santé (Pass) et en licence accès santé (Las) ont songé à abandonner la filière.

Les organisations syndicales représentées au sein des négociations se félicitent des derniers arbitrages annoncés, dont celui de convenir d’une voie unique en lieu et place de la coexistence des filières Pass et Las. Pour autant, insistent-elles, « cette voie unique et commune doit maintenir la tenue d’épreuves orales permettant de prendre en compte les compétences psychosociales des futurs professionnels de santé »« Aussi, afin d’assurer une réelle deuxième chance d’accès à la santé, la présence d’enseignements de santé en deuxième année de licence est primordiale« , indique le communiqué.

Si l’avis de la Fage et des fédérations des étudiants des filières MMOPK diffèrent de celui des doyens de facultés de médecine en demandant une application dès la rentrée 2027, ils se rejoignent en expliquant que cette réforme ne doit se faire que moyennant des financements pérennes pour améliorer les capacités d’accueil, spécifiquement fléchées vers l’année d’accès.

Des discussions sur la méthode de sélection

La Conférence des doyennes et doyens des facultés de médecine ne dit pas autre chose du point de vue économique. Si à l’issue de la dernière plénière, elle a bien précisé qu’un retour « en une voie unique portée par les facultés de médecine ou de santé [ne doit pas être] un retour à la première année commune aux études de santé », revenant à perdre une année pour les étudiants qui n’ayant pas réussi à passer cette épreuve. Dans une lettre adressée à Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, dont Hospimedia a obtenu copie, la conférence prévient que les doyens ne soutiendront « pas une réforme qui ne garantisse pas une amélioration de l’existant, a fortiori si elle dégrade le dispositif actuel ou si elle augmente le mal-être étudiant ».

Parmi les points d’achoppements toujours en suspens entre les doyens et le ministère, Isabelle Laffont, présidente de la conférence et doyenne de la faculté de médecine de Montpellier (Hérault), cite la place accordée aux enseignements en santé dans cette voie unique et la méthode de sélection des candidats à la filière médecine. Pour les responsables des unités de formation et de recherche, elle ne doit pouvoir se faire que sur ces enseignements spécifiques, « à condition évidemment que l’année ait été validée sur les autres disciplines ». Pour Isabelle Laffont, « il faut travailler à ne garder le meilleur de la réforme de 2020″.

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Par Manuel Magrez

Etudes de santé : le compte à rebours est lancé dans un certain flou financier pour la réforme de la rentrée 2027

Pour accéder aux filières de santé, une nouvelle première année unique ouvrira à la rentrée 2027, ont annoncé les ministres de la santé et de l’enseignement supérieur, le 17 avril. Une transformation bienvenue mais redoutée en l’absence d’un financement clairement arrêté. 

Par Soazig Le Nevé

Publié aujourd’hui à 21h50 https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/04/17/etudes-de-sante-le-compte-a-rebours-est-lance-dans-un-certain-flou-financier-pour-la-reforme-de-la-rentree-2027_6680925_4401467.html

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La ministre de la santé Stéphanie Rist, à l’Assemblée Nationale, à Paris, le 31 mars 2026.
La ministre de la santé Stéphanie Rist, à l’Assemblée Nationale, à Paris, le 31 mars 2026.  ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP

C’est une réforme d’ampleur qui concernera potentiellement, à la rentrée 2027, quelque 40 000 étudiants qui rêvent d’exercer une profession de santé. La simplification de l’entrée dans les études de santé, à travers une nouvelle première année unique, a été présentée par les ministres de la santé et de l’enseignement supérieur, Stéphanie Rist et Philippe Baptiste, vendredi 17 avril au sein de la faculté de médecine de l’université Paris-Cité.

Les ministres sont convenus de l’échec de la précédente réforme qui, en 2020, avait donné naissance à deux filières distinctes, d’une part le parcours d’accès spécifique santé (PASS), et d’autre part les multiples licences option accès santé (L. AS). « Il faut admettre que l’essai n’a pas été totalement transformé, a reconnu Stéphanie Rist. La diversification des profils n’a pas réellement été au rendez-vous et cette première année a besoin d’évoluer pour plus de clarté, plus d’équité et plus d’accompagnement. »

Fin des parcours « baroques »

La nouvelle première année – qui n’a pas de nom officiel – repose sur trois blocs d’enseignements, en santé et hors santé, dans un volume horaire quasiment équivalent mais aussi, dans une moindre mesure, en sciences humaines. Elle reste adossée à une licence disciplinaire qui – c’est une nouveauté – doit nécessairement « avoir une contribution directe et immédiate aux études de santé », a souligné Philippe Baptiste, citant en premier lieu la physique et la chimie, mais aussi l’économie et la gestion. En revanche, la philosophie, le droit ou encore les langues sortiraient de « la liste », a laissé entendre le ministre.

Lire aussi la tribune |   Etudes de santé : « Le retour à une voie unique refermerait la porte entrouverte vers une plus grande diversité sociale » **

« En Ile-de-France, aujourd’hui, un étudiant a le choix entre 100 parcours différents ! Certains sont parfois très éloignés de la santé et peuvent même paraître un peu baroques », a-t-il illustré, saluant par ailleurs « le formidable champ des possibles [disciplinaire] » offert par les universités.

Autres changements notables : les épreuves orales qui avaient lieu en fin d’année pour les admissibles sont supprimées – le mode d’évaluation des compétences psychosociales étant laissé au libre choix des facultés. Après six ans de bannissement, le redoublement réapparaît car « il s’agit d’une demande forte des étudiants, justifie M. Baptiste. Ils ont le sentiment de jouer leur vie sur une seule série d’épreuves et ça contribue à un stress important et à une forme de mal-être ressenti en PASS et L.AS. »

Pour tenter d’intégrer une des filières – médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie et kinésithérapie (MMOPK) – les étudiants auront en tout et pour tout deux chances à jouer : soit en fin de première année soit, à la condition d’avoir validé le « bloc » des enseignements en santé, en fin de seconde année de la licence scientifique à laquelle ils sont adossés. Un redoublant devra donc effectuer d’abord sa deuxième année de licence avant de se présenter pour sa seconde chance.

L’inconnue du financement

Les ministres se sont gardés de préciser quel financement serait prévu, ce qui inquiète au plus haut point les universités et doyens de santé. « Avant de parler du financement, nous voulons parler du sens, répond Stéphanie Rist au MondeAuprès des familles et des étudiants, nous prenons l’engagement que nous allons simplifier, harmoniser et rendre plus équitable la première année. » L’accompagnement financier « se fera au plus près de chacune des universités », ajoute-t-elle en précisant qu’« un euro dépensé doit l’être au bon endroit ».

Ces promesses sont loin de satisfaire les universités qui, bien que demandeuses de ces transformations, ont le sentiment de devoir avancer trop vite et à l’aveugle. Membre du conseil d’administration de l’association Udice, qui rassemble les plus gros établissements et 60 % des étudiants en PASS, Edouard Kaminski, qui préside l’université Paris-Cité, a sonné l’alerte. « S’il n’y a pas de création massive de postes d’enseignants-chercheurs et personnels administratifs, nous ne pouvons pas accompagner cette réforme sans réduire nos capacités d’accueil en première année. C’est une question de réalisme », a-t-il déclaré.

« Si nous n’avons pas d’éléments précis sur le financement, comment fait-on pour calculer la répartition des moyens nécessaires aux différentes disciplines afin de prévoir le bon nombre de professeurs, de salles de TD et d’étudiants ? », interroge aussi Isabelle Laffont, présidente de la conférence des doyens de médecine.

« Nous n’avons pas dix-huit mois devant nous pour y réfléchir : nos maquettes doivent être prêtes pour figurer sur Parcoursup dès le mois de novembre 2026 », complète Matthieu Resche-Rigon, doyen de médecine de l’université Paris-Cité.

Question épineuse, à régler aussi dans ce court intervalle : les critères de l’interclassement entre disciplines pour établir une note finale et une admission en MMOPK. Philippe Baptiste a rappelé sur ce point l’autonomie des universités, dans la limite du « raisonnable ». Stéphanie Rist a mentionné la nécessité d’un « cadrage national »« Donner des fourchettes me paraît logique pour éviter de retomber dans l’inégalité qui prévaut actuellement » lorsque des facultés valorisent des disciplines de L.AS au détriment d’autres jugées moins scientifiques. Les choses seront plus simples en 2027, veut croire M. Baptiste, puisque toutes les disciplines seront à équivalence, « en contribuant directement aux questions de santé ».

Soazig Le Nevé

Etudes de santé : une nouvelle réforme à la rentrée 2027 inquiète la Conférence des doyens de médecine

Le ministère de l’enseignement supérieur a présenté, le 1er avril, aux doyens des facultés de santé, la réforme qui prévoit la mise en place d’une voie unique d’entrée dans la formation, l’arrêt des oraux de fin d’année et le retour du redoublement. 

Par Soazig Le Nevé

Publié le 10 avril 2026 à 10h37, modifié le 10 avril 2026 à 12h06 https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/04/10/etudes-de-sante-une-nouvelle-reforme-a-la-rentree-2027-inquiete-la-conference-des-doyens-de-medecine_6678887_4401467.html

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Lors d’un cours d’anatomie, à la faculté de médecine de Dijon, le 30 janvier 2025.
Lors d’un cours d’anatomie, à la faculté de médecine de Dijon, le 30 janvier 2025.  CHRISTOPHE MASSON/JOURNAL DU CENTRE/MAXPPP

« Complexe », « mal conçue », « illisible » voire « incompréhensible » : au sein de la communauté universitaire, les mots ne manquent pas pour qualifier une réforme mal-aimée, celle de l’entrée dans les études de santé, mise en place en 2020. Selon la Conférence des doyens de médecine, elle n’a pas atteint ses objectifs et s’est enlisée dans des dispositifs trop ambitieux au regard des moyens qui lui étaient consacrés. En décembre 2024, la Cour des comptes avait elle-même souligné l’« irresponsabilité » des ministères de tutelle – la santé et l’enseignement supérieur.

Fin 2025, des groupes de travail ont été réunis et, six mois plus tard, le 1er avril, le ministère de l’enseignement supérieur a présenté aux doyens la nouvelle mouture de la réforme qu’il voudrait voir appliquée dès la rentrée 2027, ce qui suscite l’inquiétude. Concevoir de nouveaux cursus, s’assurer d’avoir les moyens humains nécessaires et faire adopter ce nouveau dispositif par les instances universitaires pour que la nouvelle formation puisse figurer dans le catalogue de Parcoursup dès le mois de novembre 2026 ont tout d’une course contre la montre.

Selon nos informations – le ministère de l’enseignement supérieur n’a pas souhaité répondre aux sollicitations du Monde–, le projet prévoit le retour à une voie unique de formation.

Cette voie pourrait prendre la forme d’« un portail accès santé, avec un choix de différentes mentions qui correspondront aux disciplines hors santé », relate Isabelle Laffont, doyenne de la faculté de Montpellier-Nîmes, présidente de la Conférence des doyens. Le portail viendrait ainsi remplacer le schéma mis en place en 2020, avec d’une part le parcours d’accès spécifique santé (PASS), et d’autre part les multiples licences option accès santé (L.AS). Il se déclinerait de différentes façons selon la situation de chaque université, « soit avec une fusion réelle du PASS et des L.AS, soit en gardant formellement cette organisation, soit en conservant un schéma intégral de L.AS comme le pratiquent six universités », complète-t-elle.

Rééquilibrage

La double entrée PASS et L.AS avait vocation à diversifier les profils des futurs praticiens et à démontrer l’apport, en sus d’études de santé, d’une formation parallèle dans une autre licence, à même d’enrichir les compétences pour faire face à des situations humaines très différentes. Dans les faits, cette ouverture à de nouveaux profils a été toute relative, nombre d’étudiants suivant un parcours en L.AS ayant d’abord essuyé un échec en PASS.

Lire aussi la tribune |    Etudes de santé : « Le retour à une voie unique refermerait la porte entrouverte vers une plus grande diversité sociale »**

Pour tenter d’entrer dans une des filières médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie (MMOP), chaque étudiant, qui dispose actuellement d’un total de deux chances sur trois années – en première année de PASS et de L.AS, en deuxième et troisième années de L.AS –, en garderait deux en 2027, mais à jouer en fin de première année et en deuxième année uniquement.

Peu convaincu par les taux d’intégration en MMOP des étudiants issus de L.AS, le ministère de l’enseignement supérieur souhaite renforcer, dès la première année, la part des enseignements scientifiques, tout en conservant l’adossement à une autre licence. Actuellement, les étudiants de PASS bénéficient de quatre cents heures d’enseignement en santé, tandis que les étudiants de L.AS n’en ont que cent. En 2027, la voie unique permettrait un rééquilibrage : le bloc santé serait valorisé, avec un nombre d’heures supérieur à celui des L.AS actuelles mais qui resterait moindre qu’en PASS. En revanche, les enseignements de la licence hors santé seraient nettement plus nombreux qu’actuellement. Un troisième bloc, plus petit, serait composé d’enseignements « transverses ».

Deux nouveautés seraient également prévues : un retour du redoublement et l’arrêt des épreuves orales de fin d’année visant à évaluer les compétences psychosociales des étudiants admissibles en MMOP. Une marge de manœuvre serait laissée aux universités qui souhaiteraient maintenir ces oraux à cette période, à condition que les épreuves soient destinées à la totalité de la promotion des étudiants et pas aux seuls admissibles aux écrits.

Lire aussi l’enquête (2025) |    Le sentiment d’« injustice » des étudiants en médecine : « Se faire éliminer à cause d’un oral de dix minutes, ça peut être très décourageant »

Dans le schéma imaginé, trois quarts des admis en MMOP seront issus de la nouvelle voie unique et le dernier quart sera réservé à ceux qui seront candidats en deuxième année de licence et feront jouer leur seconde chance.

Gros enjeu – non arbitré à ce stade –, les modalités de sélection des étudiants pour accéder à une filière santé. « La proposition qui a été faite est très complexe, car il faudra tenir compte du classement dans les différentes disciplines de licence, qu’elles relèvent des sciences exactes ou des sciences humaines, ce qui nécessite un interclassement, toujours délicat à faire comprendre aux étudiants, s’inquiète Matthieu Resche-Rigon, doyen de la faculté de santé de Paris Cité. Qu’est-ce qui comptera précisément outre les notes du bloc santé ? Faudra-t-il simplement valider son année de licence ou bien les notes de ce bloc disciplinaire devront-elles être intégrées avec celles du bloc santé pour établir le classement final ? »

« Impasse logistique et pédagogique »

L’impact de cette « réforme de la réforme » se fera sentir sur l’ensemble des départements disciplinaires hors santé, qui devront être étroitement associés aux facultés de médecine, à moins de revivre un échec. Déjà trop peu financées ces dernières années, ces licences devront pourtant prévoir une augmentation sensible du nombre d’heures de cours magistraux, de travaux dirigés et de travaux pratiques dispensés aux étudiants du portail santé.

« Nous sommes confrontés à une impasse à la fois logistique et pédagogique », estime la présidente de Sorbonne Université, Nathalie Drach-Temam. Elle évoque la possibilité d’« un doublement des effectifs étudiants en licence scientifique, qui nécessiterait une augmentation d’environ 60 % des effectifs enseignants et du personnel d’appui, ainsi qu’une extension significative des capacités immobilières ». A Paris Cité, Matthieu Resche-Rigon évalue les besoins liés à cette nouvelle organisation du bloc hors santé à une trentaine de postes supplémentaires d’enseignants-chercheurs en sciences et en sciences humaines et sociales.

Il y a donc deux possibilités, poursuit le doyen : « Soit nous avons des moyens et des enseignants à mettre en face des étudiants, et on retravaille l’ensemble des maquettes. Soit nous sommes tenus de diminuer d’un tiers le nombre de candidats admis en première année sur Parcoursup. » Le nombre de professionnels formés, lui, restera inchangé, avec un maintien du même volume de places offertes dans les filières de santé.

L’association des vice-présidents d’université chargés de la formation, dans un communiqué le 7 avril, alerte sur des « sujets de tension qui n’ont pas encore abouti à un compromis acceptable de tous »Sabine Evrard et Nicolas Oget, les coordinateurs du réseau, soulignent d’ailleurs qu’aucun projet d’arrêté n’a encore été soumis permettant d’acter les changements de manière officielle.

Le coût de cette réforme a été estimé à « plusieurs dizaines de millions d’euros » par le ministère, rapporte Matthieu Resche-Rigon. Il se dit « plus que sceptique » sur la capacité de l’Etat à la financer.  

Soazig Le Nevé

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**Etudes de santé : « Le retour à une voie unique refermerait la porte entrouverte vers une plus grande diversité sociale »

Tribune

Collectif

Dans une tribune au « Monde », des universitaires s’inquiètent d’un potentiel retour en arrière concernant l’accès aux études de santé. Selon eux, la concomitance de deux voies a montré sa pertinence pour diversifier le profil des futurs médecins.

Publié le 17 mars 2026 à 05h00  https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/17/etudes-de-sante-le-retour-a-une-voie-unique-refermerait-la-porte-entrouverte-vers-une-plus-grande-diversite-sociale_6671582_3232.html

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La formation de nos médecins est-elle adaptée à la diversité des territoires et des populations ? C’est très précocement, lors de l’entrée dans les études de santé, que s’opère cette répartition. Comment, dès lors, prôner un mode de sélection que l’on sait socialement et géographiquement injuste ?

La souvent dénommée « première année de médecine », alors qu’elle oriente aussi vers d’autres professions de santé, s’apparente aux classes préparatoires aux grandes écoles par une sélection rigoureuse et la nécessité d’un travail acharné. Mais elle s’en distingue par une sélection en une seule année d’un enseignement délivré en amphithéâtre : amphi le plus souvent vide car, le cours étant enregistré, il est désormais suivi, à la façon d’un podcast vidéo, en différé sur un écran individuel.

Jusqu’en 2020, la première année commune aux études de santé constituait la voie unique d’accès à un concours dont le nombre de places était contingenté par un numerus clausus national, instauré en 1971. En 2018, le président de la République annonce la suppression du numerus clausus et une rénovation complète des études de santé, critiquées, d’une part, pour avoir contribué à la pénurie et la mauvaise répartition géographique des professionnels ; d’autre part, pour laisser sans perspective un grand nombre d’étudiants qui, après deux tentatives infructueuses au concours, se voyaient sommés de reprendre à zéro un cursus universitaire.

La mauvaise projection des besoins en médecin et le gâchis humain ont conduit à la nécessité de réviser le modèle par l’instauration de deux voies d’accès distinctes et l’organisation d’un oral commun pour les candidats admissibles. La première voie, dite « Pass » (Parcours d’accès spécifique santé) reproduit peu ou prou l’ancien modèle, avec une sélection à partir de questionnaires à choix multiples, occasionnant un recours massif et coûteux aux préparations privées, concentrées dans les grandes métropoles.

Dans la deuxième voie, dite « LAS » (Licence accès santé), les étudiants s’inscrivent dans une licence disciplinaire (sciences, droit, psycho, économie, etc.) avec une mineure santé, et sont évalués sur la base d’épreuves majoritairement rédactionnelles. Réparties sur plusieurs sites et adossées à des disciplines variées, les LAS attirent des étudiants d’origines sociales et géographiques plus diverses et rompent partiellement avec le modèle de la « voie royale ».

Mais face à une réforme qui a mis quelques années à gagner en lisibilité, un rapport de la Cour des comptes, publié fin 2024, dénonce la complexité du dispositif et relève un sentiment d’iniquité autour des oraux, et une diversification jugée insuffisamment objectivée. Un tel diagnostic ouvre la porte à une « réforme de la réforme » et suggère de revenir à une voie unique de sélection.

Persistance de l’ancien modèle

Enseignants, responsables pédagogiques et membres de jurys en faculté de médecine et de santé, nous avons analysé ce qui est en jeu dans la sélection de nos futurs médecins. L’étude prospective que nous avons menée au sein de la faculté de médecine de Montpellier-Nîmes, publiée en 2025 dans la revue internationale Medical Teacher, porte sur la comparaison des deux cursus de première année d’accès aux études de santé, et apporte un éclairage inédit en objectivant le fait que ce n’est pas la réforme qui a échoué, mais plutôt la persistance d’un ancien modèle resté majoritaire.

Ainsi, la première voie demeure un puissant filtre social, de genre et géographique, au-delà des seuls résultats académiques, les étudiants y étant plus souvent issus de grandes métropoles et de milieux favorisés, là où sont concentrées les prépas privées. À l’inverse, la voie licence, mieux distribuée territorialement et moins adossée au marché des préparations privées, attire des publics plus diversifiés et réduit les effets sociaux et de genre. Dans le parcours licence, la combinaison d’évaluations rédactionnelles, de raisonnement et de synthèse avec quelques questionnaires à choix multiples permet à des étudiants brillants, mais aussi moins conformes au profil « bachoteur », de faire valoir leurs compétences. L’effet de reproduction sociale porté par la voie historique se trouve ainsi érodé.

Lire aussi l’enquête (2024)   Parcoursup : le grand casse-tête des études de santé

Les inégalités sociales précédant largement l’entrée à l’université, la réforme ne peut évidemment, à elle seule, corriger la totalité des écarts de capital scolaire. Pourtant, elle ébrèche une reproduction sociale et territoriale tenace. Un suivi longitudinal sur cinq ans montre également que les étudiants issus des licences réussissent aussi bien que ceux de la première voie aux examens du premier et du deuxième cycle, infirmant ainsi l’idée convenue selon laquelle la diversification du recrutement s’accompagnerait d’une baisse de niveau. La seconde voie ne produit pas des seconds choix mais des soignants tout aussi compétents et plus divers par leurs trajectoires.

Dans ce contexte, le retour à une voie unique d’accès aux études de santé serait une erreur qui refermerait la porte entrouverte vers une plus grande diversité sociale, de genre et territoriale. Il faut au contraire étendre la variété des modalités de recrutement, de contrôle des connaissances et de classement. Enfin, il est urgent d’affronter la question des préparations privées, dont le caractère socialement discriminant est avéré, en renforçant massivement les tutorats étudiants gratuits et de qualité soutenus par les universités. Seule une pluralité réelle des modes de sélection et de formation permettra de constituer un corps de professionnels de santé compétents scientifiquement et riches de trajectoires humaines multiples, dont la société française a aujourd’hui un besoin crucial.

Gérald Chanques, vice-président de l’université de Montpellier ; Pierre-Yves Collart-Dutilleul ; John de Vos ; Stephan Matecki, vice-doyen ; Denis Morin ; Laurent Visier sont professeurs à la faculté de médecine de l’université de Montpellier.

Collectif

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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