Les énergies renouvelables ont produit plus d’électricité que le charbon en 2025, une première
Le rapport annuel du groupe de réflexion Ember montre que l’installation des renouvelables a permis, en 2025, de répondre à une hausse importante de la consommation d’électricité dans le monde.
Par Perrine Mouterde

Pour la première fois en cent ans, la part de l’électricité mondiale produite à partir d’énergies renouvelables (34 %) a dépassé, en 2025, celle produite à partir du charbon, la source d’énergie la plus émettrice de gaz à effet de serre (33 %). Et pour la cinquième fois seulement depuis le début du XXIe siècle, la production d’électricité issue de l’ensemble des combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz) a très légèrement diminué (− 0,2 %).
La septième édition de la Revue mondiale de l’électricité, publiée mardi 21 avril par le groupe de réflexion Ember, basé à Londres, montre que le développement spectaculaire du solaire et de l’éolien se poursuit à l’échelle mondiale, influant sur le système énergétique. Elle est publiée alors que le secteur traverse une crise d’ampleur inédite provoquée par la guerre au Moyen-Orient, qui illustre les risques économiques et de souveraineté liés à la dépendance au pétrole et au gaz – en plus des risques climatiques.
Cette étude s’appuie notamment sur les données de 91 pays représentant 93 % de la demande mondiale en électricité. Selon ces chiffres, la production d’énergie renouvelable, notamment de solaire, a permis de répondre à la totalité de la hausse de la consommation d’électricité. « Ce qui est particulier avec l’année 2025, c’est qu’elle a connu une croissance de la demande assez soutenue, souligne Nicolas Fulghum, l’un des auteurs du rapport. Par le passé, nous avons constaté des baisses de la production électrique fossile lors d’années de crises, comme en 2009 pendant la crise financière mondiale et en 2020 lors de la pandémie [de Covid-19]. Mais la croissance de l’énergie propre est telle qu’elle peut désormais répondre à tous les besoins supplémentaires. »
Record de batteries solaires
Fait notable, à la fois la Chine et l’Inde, deux des principaux pollueurs de la planète, ont pour la première fois depuis le début du siècle vu leur production d’électricité fossile diminuer en même temps en 2025, respectivement de 0,9 % et de 3,3 %, alors que celle de l’Union européenne (UE) et des Etats-Unis a augmenté.
L’essor fulgurant du solaire s’est poursuivi, avec une production supplémentaire de 636 térawattheures, soit + 30 % par rapport à 2024 : c’est trois plus que la hausse de la production de l’éolien et 18 fois plus que le gaz, la seule source fossile ayant légèrement crû. La production d’électricité solaire a été multipliée par dix en dix ans et a doublé depuis 2022.
L’année 2025 marque par ailleurs un tournant en matière d’installations de batteries, cruciales pour le secteur, puisqu’elles permettent de stocker l’électricité produite aux heures les plus ensoleillées, pour l’utiliser plus tard. L’installation de ces équipements, dont le coût a drastiquement diminué, a augmenté de 46 % en 2025 par rapport à 2024, un record.
Si elles témoignent d’inflexions importantes, ces données concernent uniquement l’électricité, qui ne représentait en 2024 que 21 % de la consommation globale d’énergie, les fossiles étant utilisés dans bien d’autres secteurs. Pour que les émissions de gaz à effet de serre diminuent, il faudra que l’électricité renouvelable continue à répondre à la hausse de la demande, mais aussi qu’elle se substitue à une part plus large de la consommation grâce à l’électrification des usages. En 2025, les émissions de CO2 du secteur de l’énergie dans son ensemble ont encore augmenté de 0,4 %, selon un rapport publié lundi 20 avril par l’Agence internationale de l’énergie.
Charbon stable
« L’électricité est le principal levier pour décarboner les autres secteurs, rappelle Nicolas Fulghum. Nous sommes au milieu de la transition et nous prévoyons que, d’ici cinq à dix ans, nous passions d’une situation où les énergies propres répondent à la nouvelle demande à une situation où elles permettront de réduire la production d’énergie fossile. Le rythme de cette transition aura évidemment une incidence majeure sur l’atteinte des objectifs climatiques, mais nous sommes désormais plus éloignés des scénarios les plus pessimistes. »
Se pose aussi la question de savoir si ces évolutions vont pouvoir se poursuivre, malgré les bouleversements provoqués par la fermeture du détroit d’Ormuz et la destruction d’infrastructures majeures. Une analyse publiée le 14 avril par le Centre for Research on Energy and Clean Air montre, en tout cas, que la production d’électricité à partir de fossiles n’a pas augmenté depuis le déclenchement du conflit en Iran. Selon les données disponibles, incluant les principaux acteurs du marché (Etats-Unis, Chine, Inde, UE…), cette production a même diminué de 1 % en mars 2026 par rapport à mars 2025. La production issue du charbon est restée stable, contredisant les discours évoquant un retour massif à ce combustible, et la production issue du gaz a baissé de 4 %.
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Les volumes de charbon transportés par la mer ont aussi diminué de 3 %, atteignant leur plus bas niveau depuis 2021. Au contraire, la production solaire et éolienne a augmenté. « Le déploiement record d’énergie solaire et éolienne en 2025 a contribué à réduire le besoin de production d’électricité à partir de combustibles fossiles et à atténuer l’impact de la fermeture du canal d’Ormuz », assure Lauri Myllyvirta, l’auteur de cette analyse.