En Europe, la marge de manœuvre pour prendre des mesures sanitaires décisives face au réchauffement climatique se réduit toujours plus

« Les vagues de chaleur sont le plus lourd fardeau pour la santé des Européens, alerte The Lancet »

 Date de publication : 22 avril 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=7b19d51c51cb8b4bd5b0d834922d8a02&id_newsletter=23706&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=23706&from=newsletter

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Eléonore Disdero observe dans Libération qu’« à mesure que le réchauffement climatique s’aggrave, la santé des Européens se détériore ».


La journaliste explique que « la troisième édition européenne du rapport du Lancet Countdown (…) dévoile des chiffres édifiants sur la catastrophe sanitaire en cours ».


« Alors que l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite sur la planète – désormais à +2,4°C, contre une hausse de 1,3°C en moyenne mondiale par rapport à l’ère préindustrielle – le document analyse 44 indicateurs permettant d’évaluer l’impact du changement climatique sur la santé des populations. Les experts se sont aussi intéressés à la manière dont les 53 pays européens étudiés font face à ces menaces », précise Eléonore Disdero.


Elle retient que « le document de plus de 300 pages, qui s’appuie sur les données collectées par 65 chercheurs internationaux d’une quarantaine d’institutions universitaires et des Nations unies, met en évidence les inégalités concernant les risques sanitaires, pourtant de plus en plus nombreux.

Les ménages à faibles revenus sont, par exemple, près de 11 fois plus susceptibles de connaître une insécurité alimentaire liée aux vagues de chaleur et à la sécheresse que les ménages à revenus moyens ».


La journaliste note que « ce sont les vagues de chaleur qui constituent le plus lourd fardeau pour la santé des Européens. De fait, les experts estiment que près de 63.000 décès en Europe en 2024 sont attribuables aux températures caniculaires ».


« Presque toutes les régions du Vieux Continent sont concernées, avec une augmentation, chaque année, de 52 décès par million d’habitants entre 2015 et 2024, par rapport à la période 1991-2000. Ces dix dernières années, le nombre de journées des alertes quotidiennes de chaleur extrême (lorsque le mercure est susceptible de constituer un risque sanitaire, comme la «vigilance canicule» en France) ont augmenté de 318% », continue Eléonore Disdero.


Elle rappelle que « la chaleur exacerbe les maladies préexistantes, les pathologies cardiovasculaires, le diabète, l’asthme et les troubles mentaux ».


Madeleine Thomson, chercheuse spécialiste des enjeux sanitaires liés au changement climatique, souligne ainsi que « l’Europe n’est tout simplement pas préparée aux défis sanitaires qui l’attendent dans un climat en mutation rapide ».


Eléonore Disdero observe qu’« un autre danger connaît une croissance fulgurante ». Joacim Rocklöv, codirecteur Europe du Lancet Countdown, explique que « le risque de transmission des maladies infectieuses a augmenté d’environ 300% par rapport aux années 1980. C’est particulièrement vrai pour les virus transmis par le moustique tigre, comme la dengue, le Zika et le chikungunya. Ces épidémies deviennent des phénomènes annuels récurrents dans de nombreux pays européens, dont la France ».


La journaliste évoque enfin un « point positif dans cet océan de chiffres alarmants ». Maria Nilsson, professeure de santé publique, fait savoir que « la pollution de l’air provenant des secteurs majeurs [transports et énergie] est en baisse et les décès qui y sont liés continuent de diminuer, ce qui produit des gains de santé tangibles ».


Le Figaro titre quant à lui : « Dengue, pollen… Comment le réchauffement climatique fragilise déjà la santé des Européens ».


Pauline Fréour explique ainsi : « Prolifération du moustique tigre, plus longue exposition aux pollens, canicules… Les impacts sur la santé humaine sont déjà perceptibles sur le Vieux continent. Un rapport annuel du Lancet Public Health alerte sur le manque d’initiatives décisives ».
La journaliste fait un « tour d’horizon des principaux impacts répertoriés, et des points d’amélioration préconisés », et souligne que « les progrès réalisés en Europe ne doivent pas être tenus pour acquis. L’engagement de la société dans les questions mêlant changement climatique et santé est bas, et il montre des signes d’affaiblissement. Il est essentiel qu’il soit renouvelé, notamment par les pouvoirs publics ».

Les effets du réchauffement climatique sur la santé en Europe de plus en plus marqués

La mortalité liée à la chaleur extrême augmente, ainsi que la menace des maladies vectorielles comme la dengue et le chikungunya, dans une région du monde particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique. 

Par Delphine Roucaute

Publié aujourd’hui à 06h00 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/04/22/les-effets-du-rechauffement-climatique-sur-la-sante-en-europe-de-plus-en-plus-marques_6682346_3244.html

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Un travailleur saisonnier dans une plantation agricole, à Lleida, en Espagne, le 13 août 2025.
Un travailleur saisonnier dans une plantation agricole, à Lleida, en Espagne, le 13 août 2025.  BRUNA CASAS / REUTERS

En Europe, la marge de manœuvre pour prendre des mesures sanitaires décisives face au réchauffement climatique se réduit toujours plus. C’est en substance le message que souhaitent envoyer, mercredi 22 avril, les 65 chercheurs associés à la section européenne du Lancet Countdown, dans leur troisième évaluation des menaces sanitaires liées au changement climatique portée par la revue britannique The Lancet. « Partout en Europe, les effets du changement climatique sur la santé s’intensifient plus rapidement que notre capacité à y répondre », avertit Joacim Rocklöv, codirecteur du Lancet Countdown Europe et professeur à l’université de Heidelberg, en Allemagne.

Selon les indicateurs développés par les chercheurs, les alertes de chaleur extrême ont triplé en trente-cinq ans, passant d’une en moyenne chaque année entre 1991 et 2000 à 4,3 entre 2015 et 2024, ce qui indique une augmentation rapide du nombre de jours où le risque de morts liées à la chaleur est le plus élevé. Plus de 62 000 personnes sont mortes de la chaleur sur le Vieux Continent en 2024selon des estimations publiées dans Nature Medicine en septembre 2025. Elle reste l’année la plus chaude jamais enregistrée, juste devant 2023, lors de laquelle on estime que la chaleur a causé plus de 50 000 morts dans la région.

« Le changement climatique est beaucoup plus marqué en Europe que la moyenne mondiale, souligne Joacim Rocklöv. S’il y a un changement d’un degré au niveau mondial, ce qui correspond généralement à l’évolution constatée autour de l’équateur, on constate un changement de deux degrés en Europe. » Ce phénomène est lié à la proximité de l’Europe avec le pôle Nord, vers lequel s’oriente le flux de chaleur ; c’est aussi le cas vers le pôle Sud.

L’Europe est-elle pour autant plus vulnérable que les autres régions du monde ? D’un côté, celle-ci est plus riche que de nombreux pays, jouissant d’un niveau d’éducation plus élevé et d’un meilleur accès aux soins. Elle est donc mieux protégée. Mais, comme le rappelle Joacim Rocklöv, les impacts climatiques dépendent beaucoup de la démographie : « ce sont généralement les personnes atteintes de maladies chroniques préexistantes et les personnes âgées qui souffrent le plus de la chaleur. » En Europe, 22 % de la population est âgée de 65 ans et plus, selon Eurostat, contre 10 % en moyenne dans le monde.

« Quelques lueurs d’espoir »

La menace des maladies vectorielles gagne également du terrain. Le risque moyen global d’épidémies de dengue en Europe a presque quadruplé, augmentant de 297 % entre la dernière décennie et la période 1980-2010. La fréquence des foyers locaux de dengue, de chikungunya et de zika augmente en moyenne de 1,24 fois chaque année, la plupart de ces foyers se produisant en France. En 2025, l’Hexagone a été marqué par une épidémie de chikungunya exceptionnelle, avec 788 cas enregistrés localement. De plus, au niveau européen, 1 112 cas humains de virus du Nil occidental contractés localement ont été signalés en 2025, un chiffre supérieur à la moyenne annuelle de la dernière décennie.

Le changement climatique a également prolongé la saison pollinique d’une à deux semaines par rapport aux années 1990, augmentant ainsi la durée d’exposition des personnes souffrant du rhume des foins. Après une saison précoce pour les pollens de bouleau, de nombreux pollens cohabitent en cette fin d’avril, avec l’arrivée imminente des herbacées (plantain, oseille, pariétaire et surtout graminées).

Dans le même temps, la dépendance de l’Europe vis-à-vis des combustibles fossiles continue d’exposer sa population à la pollution. En raison de la flambée des prix causée par la guerre en Ukraine, les subventions à ces combustibles ont atteint 444 milliards d’euros en 2023, soit 3,3 fois plus qu’en 2016. Un risque aujourd’hui ravivé par le conflit en Iran.

« Le changement climatique d’origine humaine aggrave les répercussions sur la santé dans toute l’Europe et continue de causer des pertes humaines, mais on entrevoit tout de même quelques lueurs d’espoir », insiste Maria Nilsson, coprésidente Europe du Lancet Countdown et professeure de santé publique à l’université d’Umea, en Suède. Par exemple, la part de l’électricité renouvelable a plus que doublé en dix ans, atteignant le niveau record de 21,5 % du mix énergétique européen en 2023.

Les décès liés à la pollution atmosphérique émise par le secteur de l’électricité ont également diminué de 84 % depuis 2000, et de 58 % par le secteur des transports.

Sur 209 villes et communes d’Europe analysées pour cette étude, 174 (83,3 %) ont réalisé une évaluation des risques climatiques et de la vulnérabilité en 2023, contre 75 (63 %) sur 118 en 2018-2019. Mais nombre d’entre elles ont souligné le manque de moyens financiers, d’expertise et de volonté politique. « Les progrès réalisés en Europe ne doivent pas être considérés comme acquis ; l’engagement de la société face au lien entre le changement climatique et la santé est faible, et certains signes indiquent qu’il est en train de s’affaiblir », concluent les chercheurs.

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Delphine Roucaute

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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