De l’agro-industrie aux data centers en passant par les mégabassines, le partage de l’eau est au cœur des débats politiques. Les journalistes Fabien Benoit et Nicolas Celnik ont enquêté sur le rôle des acteurs de l’industrie de l’eau qu’ils appellent « les assoiffeurs »
Avec
- Nicolas Celnikjournaliste
- Fabien BenoitDocumentariste
Dans leur livre, Les Assoiffeurs, publié aux éditions Les Liens qui libèrent, Fabien Benoit et Nicolas Celnik mettent en lumière le système d’accaparement de nos ressources en eau. L’agriculture intensive représente à elle-seule plus de la moitié de l’utilisation de l’eau en France. Plutôt que de repenser le partage de cette ressource, les acteurs de l’agro-industrie proposent des solutions « technologiques » comme les mégabassines pour pallier le manque d’eau lié au dérèglement climatique. C’est aussi le cas des industriels de l’eau en bouteille et du secteur du numérique qui préfèrent s’appuyer sur les entreprises de dépollution de l’eau pour continuer à capter les réserves d’eau, au détriment la plupart du temps d’un partage démocratique de nos ressources.
Des solutions techniques sans véritable réflexion de fond
Fabien Benoit : « Quand on entend réutilisation de l’eau, on peut se dire que c’est une bonne idée, sauf qu’en fait, les premiers destinataires de cette réutilisation sont les acteurs du monde agricole. C’est une façon d’éluder la question des usages. Ces solutions technologiques nous permettent de ne pas nous poser ces questions radicales, de ne pas prendre le problème à la racine et de préserver le statu quo. On développe des solutions technologiques pour ne rien changer.«
Nicolas Celnik, parle des « pompiers pyromanes » pour désigner les entreprises de dépollution de l’eau : « il faut bien se figurer que l’adduction d’eau, la capacité à donner de l’eau au robinet qui soit potable, ça implique toute une tuyauterie avec des petites membranes de filtration, c’est une sorte de tamis, comme si vous tamisiez un bac à sable pour retirer tous les polluants, toutes les matières organiques, les résidus. Ces entreprises privées qui s’en chargent sont globalement, les mêmes secteurs industriels qui produisent les pollutions d’un côté et qui produisent les solutions de dépollution de l’autre. »