Un indicateur de la dégradation croissante de la santé mentale des jeunes, notamment des adolescentes, est aujourd’hui passé au rouge vif (FHF)

Les hôpitaux alertent sur l’urgence en psychiatrie face à l’afflux des demandes de soins

La demande de soins psychiatriques ne cesse de croître, notamment chez les jeunes femmes, et les hôpitaux sont en première ligne, alerte la FHF. Elle appelle de nouveau à un plan d’urgence, au risque d’une « crise de santé publique sans précédent ». 

Par Caroline Cordier

15 avril 2026 à 15h17 https://www.hospimedia.fr/actualite/articles/20260415-politique-de-sante-les-hopitaux-alertent-sur-l?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_campaign=EDITION_QUOTIDIENNE&eq_type=SMS&eq_date=2026-04-16&eq_pos=3

La hausse "significative" des hospitalisations pour tentative de suicide constitue l'indicateur le plus préoccupant de la dégradation actuelle de la santé mentale des jeunes, alerte la FHF. (Caroline Cordier/Hospimedia)
La hausse « significative » des hospitalisations pour tentative de suicide constitue l’indicateur le plus préoccupant de la dégradation actuelle de la santé mentale des jeunes, alerte la FHF. (Caroline Cordier/Hospimedia) Droits réservés

Un indicateur de la dégradation croissante de la santé mentale des jeunes, notamment des adolescentes, est aujourd’hui passé au rouge vif, alerte la Fédération hospitalière de France (FHF) dans un communiqué le 8 avril. En effet, un an après avoir alerté sur les difficultés d’accès aux soins et les besoins en psychiatrie des jeunes, les chiffres issus d’une enquête de la FHF Ipsos et les analyses FHF data montrent « une crise qui s’amplifie depuis 2019 », avec une « hausse significative » des hospitalisations pour tentative de suicide qui constitue « l’indicateur le plus préoccupant de cette dégradation ». Alors que le ministère de la Santé prépare des annonces à ce sujet pour le mois de mai (lire notre article), la fédération rappelle que les hôpitaux sont en première ligne face à cet afflux de demandes et appelle de nouveau les tutelles à un plan d’urgence, incluant des réponses dédiées au secteur infanto-juvénile.

Crise amplifiée par un accès difficile aux soins

En cette deuxième année consécutive de grande cause nationale pour la santé mentale — initiative notamment demandée dès 2022 par la FHF pour le quinquennat (lire notre article) —, les signaux d’alerte se multiplient. Depuis 2019, le nombre de prises en charge hospitalières en psychiatrie (incluant les hospitalisations et l’ambulatoire) des femmes a ainsi « bondi » dans les tranches d’âge les plus jeunes, avec une hausse de 23% pour les 10-14 ans, de 47% pour les 15-19 ans et de 49% pour les 20-24 ans. Les hospitalisations pour tentative de suicide (concernant 66% des femmes) ont augmenté de 16,6% au niveau national en cinq ans (+25,4% pour les femmes contre +2,5% pour les hommes). Chez les adolescentes et jeunes femmes, les hausses sont encore plus alarmantes, avec +76% d’hospitalisations pour tentatives de suicide pour les 20-24 ans en cinq ans et +118% pour les 10-14 ans sur la même période. Cela confirme la poursuite d’une évolution montrée dans de précédentes enquêtes, notamment une analyse de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation publiée fin 2025 (lire notre article).

Ces données exigent une « mobilisation nationale immédiate », au risque d’une « crise de santé publique sans précédent », avertit le président de la FHF, Arnaud Robinet, cité dans le communiqué. Car la crise est « amplifiée par les difficultés d’accès aux soins ». La fédération indique notamment que 79% des 18-24 ans présentant des problèmes de santé mentale ont rencontré au moins une difficulté d’accès aux soins, contre 62% en moyenne sur l’ensemble de la population. Parmi eux, 64% ont subi des délais d’attente excessifs pour accéder à un psychiatre et 52% n’ont pas pu obtenir de rendez-vous. Globalement, la demande de soins en santé mentale ne cesse de croître, « générant des tensions croissantes sur l’ensemble du système de santé ».

Des engagements « concrets et financés » attendus

Or, avec le suivi de 80% de la file active des adultes et de 95% de celle des enfants et des adolescents en psychiatrie, l’hôpital public est « en première ligne face à cette augmentation significative des besoins ». Entre 2016 et 2024, la file active des établissements psychiatriques publics a progressé de 200 000 patients supplémentaires, est-il précisé. « L’hôpital public fait face mais il est urgent que la grande cause nationale pour la santé mentale […] se traduise par des engagements concrets, durables et financés », déclare la fédération, réitérant son appel à « un plan d’urgence pour la santé mentale et la psychiatrie ». Favorable à une délégation interministérielle à la santé mentale et à la psychiatrie — comme annoncée par le Premier ministre en février (lire notre article) —, la FHF explique que cette instance doit être ainsi dotée d’un plan pluriannuel dédié. 

Ce plan doit en particulier permettre de soutenir « les centres médico-psychologiques, pivot de la prise en charge psychiatrique, et de lutter contre la crise des vocations en psychiatrie, notamment en pédopsychiatrie, qui a perdu un tiers de ses praticiens entre 2012 et 2022 ».

Pour la fédération, il est également indispensable de renforcer les réponses « dédiées aux jeunes ». Cela passe par le développement d’unités et d’équipes pluridisciplinaires pour les 16-25 ans, ainsi que par le renforcement et la multiplication des maisons des adolescents, estime-t-elle. La fédération appelle enfin à « consolider les liens entre l’école, les services sociaux et les équipes hospitalières, afin de repérer plus précocement les troubles et d’accompagner les jeunes dès leur apparition ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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