La Seine-Saint-Denis remet sur la table l’option des chèques alimentaires, abandonnée par le gouvernement

Plus de 500 ménages ont bénéficié pendant six mois d’une aide de 50 euros par mois et par personne pour leurs courses, dans le cadre d’une initiative du département et d’Action contre la faim. Un premier bilan signale des effets positifs sur la quantité et la diversité de l’alimentation

Par Mathilde Gérard

Publié hier à 06h00, modifié hier à 10h47 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/04/16/apres-une-experimentation-positive-la-seine-saint-denis-remet-sur-la-table-l-option-des-cheques-alimentaires-enterree-par-le-gouvernement_6680465_3244.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260416&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;autrestitres-title-_titre_5

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Distribution de la carte de paiement Vital’im, au jardin-école, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 29 juin 2024.
Distribution de la carte de paiement Vital’im, au jardin-école, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 29 juin 2024.  BRUNO LEVY

Une aide de 50 euros par mois et par personne pour les achats alimentaires, bonifiée de moitié si les dépenses portent sur des fruits et légumes ou des produits durables. C’est le soutien qu’ont reçu, pendant six mois, 530 ménages de Seine-Saint-Denis, soit 1 350 personnes en situation de vulnérabilité, habitant Villetaneuse, Sevran, Clichy-sous-Bois et Montreuil, dans le cadre d’une expérimentation conduite par le conseil départemental et l’association Action contre la faim France.

Alors que 16 % de la population française se déclare en précarité alimentaire, l’objectif du dispositif, baptisé Vital’im, était de tester les effets d’un transfert monétaire fléché sur l’alimentation, mais se voulant le moins contraignant possible afin de respecter le libre choix des participants.

Les sommes étaient versées sur une carte de paiement sur le même principe que les titres-restaurant dématérialisés, et pouvaient être utilisées dans tout type de commerces alimentaires.

Pour accéder à la majoration de 50 %, les dépenses devaient être effectuées dans un commerce identifié par le programme comme « durable », des magasins bio par exemple. La bonification pouvait également être versée pour tout achat de fruits et légumes dans n’importe quel circuit. Les participants au programme (des personnes âgées, des familles avec jeunes enfants, des étudiants et des habitants de quartiers prioritaires) ont été orientés par plusieurs dizaines de structures locales (maisons de quartier, centres de protection maternelle et infantile, centres d’action sociale…) qui proposaient également des ateliers d’accompagnement.

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Selon les premiers résultats, présentés mardi 14 avril à la Maison de la culture de Seine-Saint-Denis, cette initiative – dont le budget de 2,3 millions d’euros a été financé par le fonds gouvernemental Mieux manger pour tous (1,5 million d’euros) et le département – a permis de réduire de plus de 50 % le nombre de personnes parmi les participants déclarant ne pas avoir suffisamment à manger.

Les trois quarts des personnes engagées dans l’expérimentation disent également avoir diversifié leur alimentation, achetant davantage de fruits et légumes, de légumineuses et de viande, et 61 % ont augmenté leur consommation de produits bio. Une majorité des achats (56 %) ont été effectués dans des enseignes de grande distribution et 12 % dans des commerces certifiés durables : une part jugée encourageante par les porteurs du projet, qu’ils mettent en regard de la part moyenne des achats de bio dans le panier des Français (5,7 %).

Nouvelles formes de solidarités

« J’ai utilisé la carte dans des magasins bio dans lesquels je n’osais pas entrer avant, témoigne Milene Mbuka, qui a participé au programme à Montreuil. Il y avait le côté magique de la bonification : j’achetais pour 50 euros et on me redonnait 25. Avant, j’étais en stress à partir du 20 de chaque mois pour tenir financièrement. Cette aide m’a enlevé cette anxiété. » Pour Karim Chafi, qui a également pris part au dispositif, « les moments d’échange collectif ont été un déclencheur : je ne mange plus de plats transformés, j’achète plus volontiers un poulet fermier et des légumes bio, et plutôt que d’acheter une baguette par jour, je prends un pain complet qui se conserve ».

Si les bénéfices en matière de quantité d’alimentation achetée s’atténuent avec l’arrêt des transferts d’argent, 27 % des participants ont continué à consommer des produits bio six mois après la fin du programme, et un quart d’entre eux ont déclaré continuer à avoir une alimentation plus diversifiée.

Cette expérimentation remet dans le débat public l’idée de « chèque alimentaire durable », issue des travaux de la convention citoyenne pour le climat de 2020. Initialement saluée par Emmanuel Macron, et reprise comme argument dans sa campagne pour la présidentielle de 2022, l’option avait finalement été enterrée. Un rapport de plusieurs inspections remis au gouvernement à l’automne 2021 (mais jamais rendu public) avait évalué le coût d’un dispositif national – bénéficiant à 7 à 8 millions de personnes – entre 1,5 milliard et 3,5 milliards d’euros annuels.

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Le projet Vital’im s’inscrit dans le sillage d’autres initiatives portées par des communes ou des collectifs citoyens qui imaginent de nouvelles formes de solidarités pour garantir le droit à l’alimentation.

Pour Charlie Brocard, chercheur spécialiste des enjeux alimentaires à l’Institut du développement durable et des relations internationales, ces projets « peuvent être considérés comme une première brique de la transition écologique qui sécurise les conditions de vie. Aucun changement de pratiques ne peut intervenir dans un contexte d’instabilité ». Agnès Lisse-Lacroix, déléguée du Conseil national des personnes accueillies et accompagnées (qui représente des personnes en situation de précarité), y voit un défi pour une transition écologique juste. « Il y a une fatigue sociale. Etre en précarité, c’est une charge permanente, rappelle la déléguée. Les gens n’ont plus l’énergie pour se préoccuper de la transition. Il faut comprendre que le problème n’est pas que technique, il est social et humain. »

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Pour Stéphane Troussel, président (Parti socialiste) du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, l’initiative Vital’im doit essaimer. « Ce n’est pas le grand soir, ça reste une expérimentation localisée et la généralisation nécessiterait des moyens d’une tout autre nature, constate l’élu. Mais la multiplication des initiatives locales permet de lutter contre la résignation. »

Mathilde Gérard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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