Une réflexion de Geneviève Hénault psychiatre sur l’aide à mourir pour motif psychiatrique
Il semble difficile de quantifier l’impact sur le nombre de décès « volontaires », à entendre par le total [suicide « simple » + suicide assisté/euthanasie] ou la diminution du nombre de suicides « simples », à partir des données des pays ayant adopté l’euthanasie ou le suicide assisté pour motif psychiatrique.
Sans aucune prétention autre que celle de contribuer à visibiliser la parole des personnes concerné·es, je relaie ici, avec leur permission, les propos sur ce sujet, de deux personnes souffrant de schizophrénie.
🔹 Ceux d’Anne-Lyse Delvaux dans un texte qu’elle a appelé « Aider à mourir ? » à lire ici : https://lnkd.in/ekrU3yVm
🔹 Et ceux issus d’une discussion en privé avec une personne souhaitant conserver l’anonymat (1) faisant suite à mon post d’hier (2) :
« Je dois vous dire que tout ceci me donne des idées, et m’attire, comme un chant de sirène, ou le sifflement d’un serpent. Je suis chroniquement suicidaire. J’ai fait plusieurs graves tentatives de suicide, avec des séquelles encore présentes. Et dans les pires moments, je pense à remettre ça, au risque de détruire la vie de mon enfant, ce qui me bloque. Et aussi, imaginer sauter d’un immeuble, (qui est ce que je ferais cette fois pour ne pas risquer de me louper), c’est pas rien. Ces 2 choses sont assez difficiles à imaginer, il faut être très très mal pour les imaginer, et les mettre en oeuvre. Mais ca peut arriver, ca s’est déjà passé, même si les obstacles sont là.
Mais si on me dit désormais :
« Tu y vas, tu échanges avec ton enfant avant, tu mets ça au clair, et il vient avec toi la larme à l’oeil conscient que c’est trop de difficultés pour toi, pas de lettre d’adieu, cautionné par les psychiatres et médecins qui plus est, une petite injection et hop le passage se fait… »
Là c’est tout différent. Les obstacles ne sont plus du tout les mêmes. Même pour mon enfant, ce n’est même plus « mon parent qui se suicide », mais « mon parent est mort d’une maladie ». Vous voyez, les freins sont plus du tout aussi importants, et oui, ça peut m’attirer. Ce rapport au suicide a toujours été silencieusement privé, honneur et respect à bord, d’ou le fait que je n’écrive pas moi-même. Mais là, il pourrait ne plus l’être, et libérer des freins jusque lors salutaires. Cette loi telle que posée est criminelle pour des gens comme moi, car il arrivera peut être qu’un jour je la bénisse.»
(1) Je précise que ce n’est pas une personne que je connais en tant que psychiatre
(2) https://lnkd.in/eHdb7n3i
Ci-dessous, capture d’écran de l’article publié le 29/04/25 sur LCP-Assemblée nationale, montrant la volonté de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale d’inclure « l’aide à mourir » pour motif psychiatrique (seul) : https://lnkd.in/e6gV-hXV
https://www.linkedin.com/posts/genevi%C3%A8ve-henault-7203a2276_aideamourir-euthanasie-suicideassistaez-activity-7324453879272595457-atvC?utm_medium=ios_app&rcm=ACoAAAVVFSQBdBwuDjWgD0tQSovupKOV5raBFhw&utm_source=social_share_video_v2&utm_campaign=mail
Autre avis de Geneviève Hénault
PPL aide à mourir] à propos des garde-fous 3/3 : la psychiatrie et les psychiatres pourront-ils en être ?
1️⃣ La psychiatrie
A l’heure où la psychiatrie publique est partout fragilisée, par endroits très abimée et à d’autres déjà à l’agonie, où il faut attendre 6 mois et parfois bien plus, pour avoir accès à un psychiatre, avec des personnes arrivant en état de santé mentale très dégradée et parfois en crise suicidaire aggravée par l’impossibilité d’accès aux soins précoces, de quelle manière pourrait-elle constituer un garde-flou aux demandes d’euthanasie ou suicide assisté pour les personnes en besoin de soins psychiques ?
A l’heure où la pédopsychiatrie est submergée de demandes pour les enfants et adolescents, où il faut attendre jusqu’à 18 mois pour enclencher des soins, il faut s’interroger sur les effets potentiels d’une loi permettant l’euthanasie ou le suicide assisté – quand les dispositions actuelles prévoient un délai de deux semaines pour débuter le processus létal.
2️⃣ Le psychiatre
Pourra-t-il faire son métier, dont une partie non négligeable consiste à accompagner par tout moyen le ou la patiente vers la sortie de crise suicidaire ou vers la mise à distance d’idées suicidaires lorsque celles-ci existent dans la durée ?
A lire le texte tel qu’il est actuellement rédigé, on peut en douter fortement. Extraits :
❗Délit d’entrave : « Art. L. 1115-4. – I. – Est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher de pratiquer ou de s’informer sur l’aide à mourir par tout moyen
(…)
« 2° Soit en exerçant des pressions morales ou psychologiques, en formulant des menaces ou en se livrant à tout acte d’intimidation à l’encontre des personnes cherchant à s’informer sur l’aide à mourir, des personnels participant à la mise en œuvre de l’aide à mourir, des patients souhaitant recourir à l’aide à mourir ou de l’entourage de ces derniers ou des professionnels de santé volontaires mentionnés au (…) »
❗Clause de conscience : « Le professionnel de santé qui ne souhaite pas participer à ces procédures doit, sans délai, informer la personne ou le professionnel le sollicitant de son refus et lui communiquer le nom de professionnels de santé disposés à participer à cette mise en œuvre. »
1️⃣ 1/3 👉https://lnkd.in/evfWuY4Q
2️⃣ 2/3 👉https://lnkd.in/eYdK6nY9
Illustration R. Nagy + mon ajout en surimpression de l’article 4.