Publié le vendredi 2 mai 2025
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Caroline Brémaud, urgentiste, et Rémi Salomon, pédiatre à l’hôpital Necker, étaient les invités de France Inter ce vendredi, pour évoquer la situation de l’hôpital public et du système de santé en France.
Manque de moyens, manque de soignants, infrastructures vieillissantes, déserts médicaux, depuis de nombreuses années, les témoignages de soignants se multiplient pour alerter sur les difficultés rencontrées par l’hôpital public et le système de santé en général en France. « Ces dernières années ont été marquées par une dégradation de l’accès aux soins », souligne l’urgentiste Caroline Brémaud, ancienne cheffe de service aux urgences de Laval. « Avant, on allait prendre sa garde plutôt sereinement, là je ne suis pas sûre d’avoir un collègue pour être avec moi », explique-t-elle. Elle témoigne de cette souffrance dans son livre “État d’urgences. Le quotidien d’une médecin en lutte pour l’hôpital public” (Seuil).
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L’activité hospitalière reprend des couleurs, mais l’accès aux soins reste fragile
L’info de France InterLECTURE
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Dans cet ouvrage, elle dit ne plus comprendre le système de soins actuel : « Pendant la crise Covid, j’ai réalisé que les décisions prises ne l’étaient pas toujours dans l’intérêt du patient mais dans un intérêt plutôt économique. Or, pour moi, le meilleur médicament, c’est l’humain et j’ai cru pendant longtemps qu’on pensait la même chose« , déplore-t-elle. « Les urgences, c’est juste la cristallisation de l’ensemble du système de santé » qui va mal en France, abonde Rémi Salomon, pédiatre à l’hôpital Necker et représentant des médecins des CHU. « C’est des patients qui viennent là parce qu’ils n’ont pas trouvé de médecin en ville et qu’il n’y a pas de place dans l’hôpital. »
« La santé mentale des jeunes est le problème de santé le plus important »
Caroline Brémaud illustre ce manque de moyens dans ce livre en racontant l’appel téléphonique déchirant qu’elle a reçu un jour aux urgences, celui d’une mère découvrant son fils pendu. Son hospitalisation en pédopsychiatrie avait été refusé parce que « son cas n’était pas suffisamment grave« , dénonce l’urgentiste.
« Ce problème de la santé mentale des jeunes et des très jeunes est le problème de santé le plus important », souligne Rémi Salomon. Il déplore le manque de moyens dans les structures, les délais pour avoir une consultation dans un centre médico-psychologique, qui sont « parfois au-delà de six mois, un an, voire plus ». « Ce n’est pas que l’hôpital, tout le système de santé doit être repensé« , insiste-t-il.
Former plus de médecins et favoriser le travail en équipe
Pour répondre à cette situation, Rémi Salomon souligne l’importance de « former plus de médecins dans les années qui viennent ». Les étudiants en médecine « ont des raisons d’être inquiets mais ça reste un métier formidable et j’ai encore plein de jeunes autour de moi qui sont enthousiastes mais il faut qu’on leur donne un cadre dans lequel ils aient le sentiment que l’exercice de la médecine sera plus adapté à l’idée qu’ils s’en font au départ, que ce qu’ils font à du sens ».
Il milite aussi pour « créer plus de liens entre les acteurs de la ville et de l’hôpital, favoriser le travail en équipes pluridisciplinaires« . Dans les territoires où « il n’y a plus personne, je pense qu’il faudrait qu’on aille dans les lycées pour montrer aux jeunes ce que sont les métiers de la santé et leur proposer de les accompagner, c’est-à-dire leur payer leurs études de médecine, car beaucoup renoncent parce que c’est très long ».