Aux États-Unis, des parlementaires républicains confrontés à la colère de la base
Lors de réunions dans leurs circonscriptions, des représentants républicains au Congrès ont subi les foudres de leurs administrés. Parmi les sujets de mécontentement qui reviennent le plus, les coupes budgétaires et les licenciements d’employés fédéraux opérés par Elon Musk.
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Le 20 février, alors que Trump entamait son deuxième mois à la Maison-Blanche, des parlementaires républicain·es de retour dans leurs circonscriptions ont eu la vie dure. Lors des traditionnelles réunions avec les électrices et électeurs – les fameux town halls –, en présentiel ou en ligne, ces élu·es ont fait face à une fronde inédite du public.
L’électorat a fait part de sa colère envers les actions d’Elon Musk à la tête du département extragouvernemental Doge (département de l’efficacité gouvernementale), qui coupe dans les dépenses publiques, les aides sociales et sanitaires et pousse au départ de milliers de fonctionnaires fédéraux. Le renforcement inquiétant du pouvoir exécutif au détriment des autres branches du pouvoir a également été évoqué. Tout comme le rapprochement avec Moscou.
Vidéos et reportages sur cette vague de contestation se sont multipliés, en provenance de tout le pays, y compris d’endroits qui avaient largement voté pour Donald Trump à la présidentielle de novembre.
En Géorgie, le représentant Rich McCormick a été soumis à rude épreuve.

Sous les applaudissements, une femme l’a apostrophé : « La tyrannie se lève à la Maison-Blanche, et un homme s’est déclaré notre roi. Alors j’aimerais savoir – plutôt, les gens aimeraient savoir ce que vous, membre du Congrès, et vos collègues membres du Congrès, allez faire pour contenir le mégalomane à la Maison-Blanche. »
Elon Musk, cible favorite
Interrogé sur Elon Musk et ses méthodes controversées, le parlementaire a répliqué : « C’est la question la plus fréquemment posée. » Il tente d’expliquer et de justifier l’action de l’homme le plus riche du monde, mais le public exprime son opposition, ce qui l’oblige à hausser le ton : « Laissez-moi finir, vous pouvez être en désaccord, mais je vous explique comment ça se passe […]. Vous pouvez penser que je ne vous dis pas la vérité, à moins qu’ils ne me mentent. » Cette dernière phrase provoque des applaudissements. Une femme intervient : « Je vais revenir sur le même sujet, car nous sommes tous très énervés par cette question. »
Elle interpelle également Rich McCormick, ancien militaire, sur l’Ukraine et « les mensonges » de Trump sur la guerre et l’agression russe. « C’est un dangereux précédent », dit-elle. Lui réplique en citant Ronald Reagan, président à la fin de la guerre froide de 1981 à 1989 : « L’isolationnisme n’a jamais été et ne sera jamais la réponse à un gouvernement tyrannique et expansionniste. Je suis allé à Kyiv et j’ai rencontré le président Zelensky. » Il se fait quand même huer quand il affirme que Trump veut la victoire de l’Ukraine.
Un homme l’interroge sur les coupes budgétaires : « Pourquoi ne pas taxer les milliardaires ? » Ce qui provoque aussi des acclamations du public.
Interrompu à plusieurs reprises, Rich McCormick a fini par s’avouer vaincu, à la fin de la réunion, en lançant : « Je suis venu ici pour avoir une discussion. Je pense que beaucoup d’entre vous ne sont pas venus de bonne foi pour discuter. Vous êtes venus ici pour me crier dessus et me huer. »
Être ici a de l’importance, la pression constante a de l’importance, nous résisterons, nous vaincrons, nous sommes plus nombreux qu’eux.
Alexandria Ocasio-Cortez, élue démocrate à New York
D’autres de ses collègues ont subi le même sort. À Belton (Missouri), dans un café bondé, Mark Alford a dû s’expliquer devant des fonctionnaires fédéraux victimes de la purge menée par Musk. Selon les médias locaux, le représentant républicain leur a lancé : « Dieu a un plan »… Ajoutant : « Vous pourrez retrouver un emploi et subvenir à vos besoins et à ceux de votre famille. J’en suis convaincu. »
Cette réponse n’a pas été du goût du public. « Nous n’avons pas besoin de pensées et de prières, a répondu Daniel Scharpenburg, vice-président de la section locale représentant les employé·es de l’Internal Revenue Service, agence fédérale qui collecte l’impôt sur le revenu et les taxes. Nous avons besoin de gens qui nous défendent et qui disent : “Je ne vais pas suivre la ligne du parti.” Ce qui se passe n’est pas acceptable. Elon Musk n’est pas le président. »

En dépit du climat hostile, le parlementaire républicain a continué de défendre la ligne trumpiste de son parti, demandant de la patience. « Je pense que vous vivez la période la plus faste de l’histoire américaine, a-t-il osé. Si nous nous retrouvons ici dans six mois, je pense que vous verrez un changement radical. Il y a beaucoup de résistance en ce moment parce que les gens sont effrayés et craintifs, et qu’ils n’aiment pas le changement. »
Dans une visioconférence, la représentante de l’Oklahoma, Stephanie Bice, a été interpellée par un homme se présentant comme membre du Parti républicain et ancien militaire. Est-il normal, lui-a-t-il demandé, que « quelques étudiants brillants »au sein du Doge puissent réduire les prestations des anciens combattants ?
Dans le Wisconsin, comme le montrent les images de la télévision TMJ4, le républicain Scott Fitzgerald a été confronté à une électrice qui lui a demandé quand il « se lèverait » contre l’administration Trump et dirait « ça suffit ». Une autre lui a lancé : « Comment pouvons-nous être représentés par vous si vous n’avez pas de voix au Congrès ? » Dans le public, un homme portait une pancarte sur laquelle était inscrit « Les présidents ne sont pas des rois ».
Dans l’Idaho, une militante démocrate a été évacuée violemment samedi de force par trois hommes d’une société de sécurité privée pour avoir interpellé un responsable local du Parti républicain : « S’agit-il d’une réunion publique ou d’un cours ? » Le shérif local a annoncé l’ouverture d’une enquête.
Les démocrates à l’offensive
Lors d’une réunion téléphonique avec plus de mille électrices et électeurs, une sénatrice républicaine a émis des critiques envers le 47e président. Lisa Murkowski a dénoncé le licenciement de milliers d’employés fédéraux. Elle a également jugé que le Congrès devait s’opposer à la toute-puissance du président. « Pour cela, il faut s’exprimer et se lever, et pour cela, il ne suffit pas d’un ou deux républicains. Il faut que nous, en tant que Congrès, le fassions. »
« Si le président, par exemple, cherche à retenir un financement fédéral qui a déjà été autorisé et affecté, cela […] viole la loi sur le budget, a-t-elle souligné. C’est une violation de la loi sur l’annulation de dépenses et cela ne peut pas être toléré. »
Mais les républicains fidèles à Trump dénoncent une instrumentalisation par les démocrates. « Ce ne sont que des conneries fabriquées de toutes pièces pour provoquer des likes et des clics », explique un républicain de la Chambre des représentants, cité de manière anonyme par le site Axios.
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20 février 2025
En tout cas, les démocrates sont reparti·es à l’offensive, en ayant à l’esprit le précédent de 2020, lorsque le parti avait pu remporter la Chambre des représentants pendant le premier mandat de Trump.
Dans un meeting de soutien aux employés fédéraux à New York, Alexandria Ocasio-Cortez a enjoint à la foule de maintenir une « pression constante ». « Chaque action compte […], parce qu’en fin de compte, ils ne sont personne, ils sont juste comme vous et moi », a-t-elle dit, évoquant Elon Musk qui, selon elle, pense être un « supercitoyen », car « il a un compte en banque avec beaucoup de zéros ». « Être ici a de l’importance, la pression constante a de l’importance, nous résisterons, nous vaincrons, nous sommes plus nombreux qu’eux. »
Le sénateur socialiste Bernie Sanders, candidat à la présidentielle à deux reprises, a lancé, lui, une tournée nationale sur le thème « combattre l’oligarchie ». Dénonçant notamment les abattements fiscaux pour les plus riches et les coupes dans les dépenses pour les plus pauvres, il a débuté par des circonscriptions républicaines, dans le Nebraska et l’Iowa. À 83 ans, l’heure n’est pas à la retraite lorsque l’autoritarisme frappe à la porte.