Gros chèque à une société savante, financement d’études économiques, pression sur les patients… Le laboratoire tisse discrètement sa toile pour peser dans ses négociations avec l’État et fixer le meilleur prix de remboursement du Wegovy.
2 mars 2025 à 13h25 https://www.mediapart.fr/journal/france/020325/le-lobbying-feroce-de-novo-nordisk-pour-obtenir-le-remboursement-de-son-traitement-contre-l-obesite?utm_source=quotidienne-20250302-173853&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20250302-173853&M_BT=115359655566
Obésité, grande cause nationale 2026. C’est l’annonce espérée par le Collectif national des associations d’obèses à la veille de la journée mondiale dédiée. Ce 3 mars, il organise dans cette optique les états généraux de l’obésité au ministère de la santé.
Le laboratoire Novo Nordisk, devenu richissime grâce à ses médicaments amaigrissants, attend aussi beaucoup de l’année 2026 en France. En l’occurrence, qu’elle soit celle du remboursement du Wegovy, son traitement anti-obésité. Il met donc tout en œuvre pour que médecins et patient·es fassent émerger la problématique, voire pressent l’État, quitte à ce qu’il paye le prix fort.
En 2022, Novo Nordisk a commencé par expérimenter et commercialiser l’Ozempic, un antidiabétique qui contient exactement la même molécule que le Wegovy. Le dosage est différent, mais surtout le prix. L’Ozempic est déjà pris en charge par la Sécurité sociale pour les personnes diabétiques et son tarif est de 76,58 euros pour un mois de traitement, soit 3,5 à 4,5 fois moins cher que le prix de vente des injections de Wegovy. Celles-ci coûtent entre 274 et 365 euros par mois en pharmacie depuis leur commercialisation le 8 octobre 2024.
Sans remboursement, en novembre 2024, moins de 7 000 Français·es ont pu se permettre d’acquérir ces stylos préremplis de Wegovy à s’auto-administrer chaque semaine. Toutefois, les chiffres progressent : environ 9 000 en ont acheté le mois suivant et 12 000 en janvier 2025, selon les données du cabinet Iqvia. Wegovy promet une perte de poids importante : − 15 % en un an.

Selon les premières projections, entre 800 000 et près de 1,6 million de Français·es pourraient bénéficier de la prise en charge de l’injection amaigrissante dans un premier temps : la Haute Autorité de santé entend la réserver aux obésités les plus sévères, aux personnes dont l’indice de masse corporelle (IMC) est supérieur ou égal à 35 (voir la boîte noire). L’enjeu des pourparlers avec l’État est d’éviter un dérapage incontrôlé du budget médicaments de la Sécurité sociale.
Pour l’heure, dans le cadre d’un accès précoce exceptionnel, près de 9 000 patient·es de l’Hexagone ont eu droit au Wegovy sans rien débourser depuis 2022, avec un suivi permettant au laboratoire de consolider ses données d’efficacité. Un vent de panique a soufflé dans le cabinet de leurs médecins quand le laboratoire leur a annoncé par courriel le 13 janvier 2025 « qu’une possible prise en charge dès février 2025, malgré des discussions déjà en cours, [était] hautement improbable ». Or Novo Nordisk avait prévenu qu’il fournirait les doses à ces patient·es pour leur permettre de poursuivre leur traitement jusqu’au 31 janvier seulement.
Un gros chèque pour s’inviter chez les scientifiques
Le sujet a agité la communauté médicale et occupé une bonne partie des discussions au café entre deux conférences à l’occasion des Journées scientifiques de l’Association française d’étude et de recherche sur l’obésité (Afero) qui se sont tenues les 16 et 17 janvier.
Sur le programme de l’événement, on pouvait justement remarquer l’apparition du nom de Novo Nordisk. Le laboratoire confirme avoir versé 50 800 euros à la société savante pour pouvoir y organiser une table ronde, inviter des participant·es au congrès et tenir un stand. Karine Clément, présidente de l’Afero, justifie : « C’est difficile de trouver un équilibre entre aborder ces traitements innovants dans une optique de formation tout en faisant très attention à ne pas en faire la promotion. »
Une étude économique financée par Novo Nordisk
Le coût de l’obésité est justement le sujet de l’étude présentée par Nicolas Bouzou, économiste habitué des plateaux télé, à la tribune de la table ronde sponsorisée par Novo Nordisk lors du congrès scientifique. Selon nos informations, son cabinet de conseil Asterès a été rémunéré 25 000 puis 30 000 euros par le laboratoire danois pour réaliser deux analyses. Il n’a pas répondu aux questions de Mediapart à ce sujet.
Novo Nordisk a d’abord indiqué ne pas « souhaiter dévoiler » ces montants avant d’y être bien obligé. Ils n’apparaissaient pas sur la base gouvernementale publique Transparence-Santé comme l’exige pourtant la loi : la firme a plaidé une « omission de publication », quand Mediapart le lui a fait remarquer, « à laquelle [l’]entreprise a immédiatement remédié ».
Avec sa casquette d’économiste, Nicolas Bouzou, déjà épinglé dans les « Uber Files » révélés par Le Monde, convainc de l’intérêt financier de lutter contre l’obésité sous une apparente neutralité. Un argument avancé par Novo Nordisk autour de la table des négociations avec l’État : même à un tarif élevé, son médicament permettrait de générer des économies liées aux frais évités grâce à l’amélioration de l’état de santé des personnes sous Wegovy. Une carte de plus dans des pourparlers qui s’annoncent particulièrement tendus.
L’enjeu pour les finances publiques est d’autant plus important que « ces médicaments sont possiblement à prendre à vie pour certains patients puisque quand ils les arrêtent, le poids est repris », souligne la médecin. « Cela génère effectivement une charge économique, mais ils permettent aussi d’éviter d’autres coûts liés à des maladies favorisées par l’obésité, notamment cardiovasculaires. »
Bercy « prend la main » dans les négociations
Après des semaines d’angoisse pour les concerné·es, in extremis, Novo Nordisk a fini par s’engager à fournir jusqu’au 31 décembre 2025 des doses aux 3 000 Français·es encore traité·es qui avaient démarré le Wegovy via l’accès précoce, le jour même de la date butoir de l’arrêt prévu de la fourniture. « Cela évite in fine à Novo Nordisk de détériorer son image », réagit un ancien responsable du ministère de la santé.
Les négociations à huis clos se tiennent au sein du comité économique des produits de santé. Virginie Beaumeunier, inspectrice générale des finances et ancienne du ministère de l’économie, en est devenue la présidente le 3 février. « C’est la preuve que Bercy a clairement pris la main lors des négociations de prix. Novo Nordisk a pour lui d’avoir un site de production en France, un argument auquel le ministère de l’économie est sensible », commente ce même ex-haut fonctionnaire.
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8 octobre 2024
Novo Nordisk joue aussi la carte de la diplomatie pour servir ses intérêts, tant l’économie danoise en dépend à présent. En 2023, dopé par son médicament anti-obésité, il est devenu plus riche que son propre pays en valeur boursière. Hanne Fugl Eskjær, ambassadrice du Danemark en France, se tenait ainsi aux côtés d’Étienne Tichit, directeur général de Novo Nordisk France, à l’occasion d’un webinaire dédié à la santé et à la prévention, une semaine après le lancement du Wegovy dans les pharmacies tricolores.
Le représentant du géant pharmaceutique en a profité pour dévoiler les chiffres issus de la toute dernière étude économique d’Asterès. En omettant de préciser que son propre laboratoire l’a financée. La bataille des prix passe par quelques chèques, et bien peu de transparence.
Boîte noire
L’obésité est définie comme « une accumulation anormale ou excessive de graisse qui présente un risque pour la santé » par l’Organisation mondiale de la santé. Une personne est considérée comme obèse si son indice de masse corporelle (IMC) est supérieur à 30 et comme atteinte d’obésité sévère quand il est au moins égal à 35.
Ces critères, repris par l’assurance-maladie, font débat : des associations qui luttent contre la grossophobie et des patient·es préfèrent le terme de grosseur plutôt que celui d’obésité, jugé stigmatisant. D’autres demandent que l’obésité soit définie comme une maladie. De même, l’IMC, calculé en fonction de la taille et du poids, est très imparfait. Il reste néanmoins un indicateur de référence pour les autorités sanitaires.
Voir aussi:
Obésité : le laboratoire Novo Nordisk soigne son implantation dans les quartiers défavorisés
Le groupe danois met tout en œuvre pour se faire connaître dans les quartiers les plus pauvres, importants marchés potentiels de son médicament Wegovy. À Strasbourg, il a ainsi signé un partenariat avec la ville pour des actions de prévention. Lille a refusé une proposition similaire.
2 mars 2025 à 13h25 https://www.mediapart.fr/journal/france/020325/obesite-le-laboratoire-novo-nordisk-soigne-son-implantation-dans-les-quartiers-defavorises?utm_source=quotidienne-20250302-173853&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20250302-173853&M_BT=115359655566
Strasbourg, commune écolo, a cédé aux sirènes d’un gros labo. C’est la seule ville française à avoir intégré dès 2020 le programme de prévention du diabète et de l’obésité de Novo Nordisk, laboratoire devenu richissime en vendant à un tarif exorbitant ses médicaments amaigrissants. L’Eurométropole, communauté de communes autour de Strasbourg, a suivi.
En l’espace de onze ans, le laboratoire a convaincu 51 villes dans le monde particulièrement touchées par l’obésité comme Philadelphie, Mexico City ou Johannesburg, d’entrer dans son réseau. Plus de la moitié se trouvent en Europe. Le laboratoire avance ainsi ses pions sur le Vieux Continent, son futur eldorado. Aux États-Unis, où il a commercialisé ses coupe-faim plus tôt, autour de 6 % de la population déclare être sous un traitement dit GLP-1, de la famille des médicaments antidiabétiques et anti-obésité de Novo Nordisk, Ozempic et Wegovy.
Le groupe cherche à imprimer sa marque dans les territoires les plus marqués par l’obésité, ses marchés au plus fort potentiel. Pour mieux en définir les contours, Novo Nordisk a déjà financé à hauteur de 104 200 euros une étude qui cartographie l’état de l’obésité en France.
https://datawrapper.dwcdn.net/SQTBE/1/La carte de la prévalence de l’obésité en France. © Mediapart
Le Grand Est n’est pas la région la plus dans le rouge, avec 19,2 % de sa population concernée. Elle a quand même été la première visée par Novo Nordisk. Le territoire est hautement stratégique car, depuis 1967, il s’agit du fief de son concurrent, Lilly. Le laboratoire américain le talonne sur le marché des médicaments anti-obésité avec un produit qui présente une meilleure efficacité, le Mounjaro.
Lilly le produira prochainement à Fegersheim, une ville de l’Eurométropole située à une dizaine de kilomètres de Strasbourg. Il est arrivé un mois après le Wegovy en pharmacie, en novembre 2024, mais son remboursement dans l’indication obésité devrait se faire attendre plus longtemps : la Haute Autorité de santé a besoin des résultats d’une évaluation du médicament attendus à partir de 2027 pour se prononcer avant la phase de négociation avec l’État.
Si Novo Nordisk se défend d’avoir porté son choix sur ce territoire pour cette raison, il entend clairement profiter de son avance sur son adversaire. Dès 2021, il a financé une cartographie très précise du diabète et de l’obésité en zoomant sur l’agglomération strasbourgeoise. L’étude présente de précieuses données sur l’obésité infantile par quartier. On y apprend que « la valeur la plus élevée est enregistrée au sein du quartier Neuhof-Polygone (quartier de type “populaire”) avec plus d’un élève sur cinq en surpoids (y compris obésité) ». Ce qui en fait une terre promise pour son médicament anti-obésité, dans les tuyaux à l’époque.
175 000 euros en trois ans
« Ils sont intelligents chez Novo Nordisk. Ils se positionnent dans les zones les plus défavorisées, les plus touchées par l’obésité. Mais ils ne me feront pas croire que leur médicament est magique et qu’il va tout changer. C’est surtout l’alimentation et l’activité physique qui jouent sur le long terme », réagit Alexandre Feltz, médecin généraliste, adjoint à la santé de la maire écologiste de Strasbourg et conseiller eurométropolitain.
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S’il a œuvré pour que Strasbourg soit la première ville française à mettre en place le sport sur ordonnance dès 2012, il a aussi signé le partenariat avec le laboratoire. « Cela a été un cas de conscience aigu, reconnaît Alexandre Feltz. J’ai été poussé par mes équipes et c’est vrai que nous n’aurions pas pu réaliser toutes les actions de prévention aujourd’hui menées sans le financement de Novo Nordisk. » La firme danoise a versé à la Maison sport santé de Strasbourg 65 000 euros en 2023, 65 000 euros en 2024 et 45 000 euros en 2025.
« Notre partenariat est assez propre. Le laboratoire ne nous demande pas de mettre son logo partout, il est sur les plaquettes de présentation globale, mais je n’ai pas à en faire la promotion. La santé publique est un parent pauvre des politiques, sans financement national suffisant pour mener de véritables actions de prévention », justifie l’élu (voir la boîte noire).

Le programme « Bouge ton école » promeut l’activité physique auprès des enfants de l’Eurométropole, sur les fonds de Novo Nordisk. « C’est assez nouveau qu’une entreprise pharmaceutique finance ce type d’action. Nous restons extrêmement prudents, car les laboratoires sont basés sur des modèles purement économiques, à anticiper combien leurs traitements rapportent », réagit Jean-Daniel Muller, cofondateur de l’association Siel Bleu qui pilote cette opération de sensibilisation.
Refus lillois
Mais le marché le plus en vue de Novo Nordisk demeure celui des Hauts-de-France, une des régions les plus pauvres de l’Hexagone et celle qui concentre le plus fort taux d’obésité, avec 22,2 % de la population touchée. Le laboratoire s’est d’abord rapproché d’un chercheur lillois de renom, Philippe Froguel, leader d’opinion dans le secteur du diabète et de l’obésité, pour faciliter la mise en relation avec les élu·es.
Les services du médecin transmettent la proposition en octobre 2023, mais pour Marie-Christine Staniec, adjointe à la santé de Martine Aubry, travailler avec le laboratoire est hors de question.
« La fondation McDonald’s ou Coca-Cola nous ont déjà proposé de nous aider également. Nous n’avons pas envie de leur faire de la publicité, nous sommes d’autant plus prudents sur les questions de santé. Nous préférons rester neutres sur les partenariats », tranche la conseillère municipale socialiste.
Novo Nordisk a tellement d’argent qu’il finance des tas d’actions qui se veulent altruistes sous couvert de prévention. En réalité, c’est hypocrite.
Philippe Froguel, chercheur
Depuis, Philippe Froguel, également professeur à l’Imperial College de Londres, a changé de position sur le sujet en découvrant dans un article du British Medical Journal que Novo Nordisk avait mené une campagne de promotion « déguisée » d’un de ses médicaments.
Outre-Manche, on reproche au laboratoire d’avoir financé des formations destinées aux professionnel·les de santé élogieuses sur son produit, en toute opacité. Cela lui a même valu d’être suspendu deux ans de l’organisme de lobbying de l’industrie pharmaceutique en Grande-Bretagne, une sanction rarissime.
« Novo Nordisk a tellement d’argent qu’il finance des tas d’actions qui se veulent altruistes sous couvert de prévention. En réalité, c’est hypocrite. Il s’agit de faire parler de l’obésité et de sa marque. Le secteur privé entend simplement gagner plus. Avec le recul, heureusement que la mairie de Lille n’a pas voulu de ce partenariat », commente aujourd’hui Philippe Froguel.
« Nous n’allons pas demander à une société privée de commander une enquête dans nos quartiers pour savoir qui a le plus de risques d’être malade, tacle encore Marie-Christine Staniec. Elle pourrait ensuite réaliser ses statistiques et, pourquoi pas, faire de la publicité avec son petit logo pour se faire connaître là où il est le plus intéressant de vendre son médicament. »
Projet abandonné à Lens
L’absence de retour du côté de Lille n’a pas arrêté Novo Nordisk. Le groupe a ensuite tenté sa chance dans une autre grande agglomération de la région, Lens-Liévin, dans le Pas-de-Calais, département au taux d’obésité également record. Étienne Vervaecke, directeur général de l’incubateur Eurasanté, est cette fois choisi pour jouer les intermédiaires avec les élu·es. Il reconnaît avoir « proposé aux deux parties un possible partenariat à partir du printemps 2024 ».
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Au départ, la communauté d’agglomération mord à l’hameçon. Des réunions ont lieu. Novo Nordisk fait miroiter 500 000 euros à utiliser dans les deux ans pour financer des actions de sensibilisation. Le rectorat du Nord, qui rapporte des « démarchages de la part de Novo Nordisk » par la voix de Delphine Bellynck, son infirmière conseillère technique, se range du côté de l’agence régionale de santé des Hauts-de-France.
Celle-ci signale préférer « travailler avec des acteurs publics » et oppose une fin de non-recevoir au laboratoire. Sébastien Casari, directeur de cabinet de l’agglomération Lens-Liéven, est bien obligé de « ne pas [donner] suite à cette sollicitation », provoquant ainsi l’annulation de l’opération de promotion en sous-main de Novo Nordisk, sous couvert de prévention.
Boîte noire
- Le ministère de la santé met en avant son programme national nutrition santé avec un budget annuel, en moyenne, de 1,3 million d’euros entre 2020 et 2024. Un soutien complémentaire de 10,3 millions d’euros a été attribué aux Maisons sport santé l’an dernier.
- L’obésité est définie comme « une accumulation anormale ou excessive de graisse qui présente un risque pour la santé » par l’Organisation mondiale de la santé. Une personne est considérée comme obèse si son indice de masse corporelle (IMC) est supérieur à 30 et comme atteinte d’obésité sévère quand il est au moins égal à 35. Ces critères, repris par l’assurance-maladie, font débat : des associations qui luttent contre la grossophobie et des patient·es préfèrent le terme de grosseur plutôt que celui d’obésité, jugé stigmatisant. D’autres aimeraient que l’obésité soit définie comme une maladie. De même, l’IMC, calculé en fonction de la taille et du poids, est très imparfait. Il reste néanmoins un indicateur de référence pour les autorités sanitaires.
Les médicaments anti-obésité, nouvelle poule aux œufs d’or de l’industrie pharmaceutique
Quentin Haroche | 10 Février 2025 https://www.jim.fr/viewarticle/médicaments-anti-obésité-nouvelle-poule-aux-2025a10003c9?ecd=mkm_ret_250304_jim_dossierspec_&uac=368069PV&impID=7253815&sso=true
Deux laboratoires, Novo Nordisk et Eli Lilly, se partagent un marché de plusieurs dizaines de milliards de dollars.
L’ambiance était radieuse mercredi dernier dans la capitale danoise, lorsque la société Novo Nordisk a présenté ses résultats pour l’année 2024. La firme pharmaceutique danoise a en effet, encore une fois, fait exploser tous les compteurs, affichant une forme financière étincelante.
Le chiffre d’affaires a ainsi augmenté de 25 % l’an dernier pour atteindre 38,9 milliards d’euros tandis que les bénéfices ont bondi de 21 %, atteignant 13,5 milliards d’euros.
Au quatrième trimestre, le bénéfice a flirté avec les 5 milliards d’euros et la firme vise en 2025 une hausse du chiffre d’affaires de 16 à 24 % et une augmentation des bénéfices comprise entre 19 et 27 %. Par ailleurs, avec une valorisation de 386 milliards de dollars, Novo Nordisk présente la plus grande capitalisation boursière d’Europe.
Cette bonne santé économique, la firme danoise centenaire le doit avant tout à son médicament star contre le diabète, l’Ozempic (sémaglutide) et à son dérivé contre l’obésité, le Wegovy.
Alors qu’on compte dans le monde près de 600 millions de diabétiques et un milliard d’obèses, le marché des analogues du GLP-1, médicaments « miracle » contre l’obésité est en effet gigantesque : il est évalué en 2025 à 30 milliards d’euros et l’augmentation de la prévalence de l’obésité ces prochaines années pourraient le porter à 150 milliards en 2030.
Les ventes de ces médicaments qui permettent de perdre 15 à 20 % de son poids en quelques semaines sont particulièrement importantes aux Etats-Unis, où plus de 40 % de la population adultes est obèse.
Novo Nordisk n’est plus seul sur le marché de l’obésité
Novo Nordisk, qui a lancé son Ozempic en 2021, détient toujours sa position dominante, contrôlant 74 % des parts de marché. Mais depuis l’an passé, la firme danoise doit faire face à un concurrent de choix, le géant américain Eli Lilly.
L’entreprise d’Indianapolis, spécialisée depuis des décennies dans les traitements du diabète, commercialise elle aussi un analogue du GLP-1, le tirzépatide, sous deux formes, l’une contre le diabète (Mounjaro), l’autre contre l’obésité (Zepbound).
La guerre est désormais déclarée entre les deux sociétés pour contrôler ce marché des médicaments anti-obésité. Selon plusieurs études publiés l’an dernier, le Zepbound permettrait une perte de poids plus importante que le Wegovy. Et, au dernier trimestre 2024, les ventes de l’anti-obésité d’Eli Lilly ont, pour la première fois, dépassé celle du médicament danois aux Etats-Unis.
Novo Nordisk a donc préparé la contre-attaque en développant un nouveau médicament, le Cagrisema, qui mélange le sémaglutide avec le cagrilintide, un analogue de l’amyline. Mais les premiers résultats du médicament, présentés en décembre, étaient décevants : le Cagrisema ne permet qu’une perte de poids que de 22 %, moins que les 25 % promis.
Une annonce qui a provoqué une chute de la valeur de la société en bourse de plus de 80 milliards de dollars ! Qu’à cela ne tienne, Novo Nordisk a annoncé qu’il allait investir plusieurs milliards de dollars supplémentaires dans la recherche.
Le brevet du sémaglutide en voie d’expiration
Les deux firmes se sont en effet lancées dans une véritable course à l’innovation. Eli Lilly prépare ainsi un médicament contre l’obésité par voie orale, plus simple à utiliser et moins couteux à produire que les stylos injectables actuellement utilisés. La firme américaine cherche également à réduire certains effets secondaires (problèmes intestinaux, perte de muscle…) du tirzépatide.
De son côté, Novo Nordisk prépare aussi un médicament actif par voie oral et tente d’investir d’autres domaines, comme la neurologie, avec un médicament contre la maladie d’Alzheimer en voie de développement.
Novo Nordisk et Eli Lilly cherchent enfin à élargir l’indication de leurs médicaments : aux Etats-Unis, le Wegovy est désormais indiqué en prévention des maladies cardiovasculaires et le Zepbound devrait bientôt l’être dans le traitement de l’apnée du sommeil.
Novo Nordisk et Eli Lilly savent qu’ils perdront bientôt leur main mise sur le marché. Des centaines de médicaments contre l’obésité élaborés par des dizaines de firmes sont actuellement en développement. Mais le moment fatidique pour ce marché colossal sonnera en 2026, quand le brevet du sémaglutide arrivera à expiration en Chine et en Inde.
Le monde commencera alors à être inondé de génériques du Wegovy.