Le site anti-complotiste Conspiracy a bénéficié du fond Mariane

CheckNews

Rudy Reichstadt, fondateur du site anti-complotiste Conspiracy Watch, a-t-il indûment bénéficié du Fonds Marianne ?

Article réservé aux abonnés

Je bu

Rudy Reichstadt, rédacteur en chef du site Conspiracy Watch, en 2019. (Jean-Francois Paga/Opale photo)

par François Vaneeckhoutte

publié le 19 avril 2023 à 22h20 https://www.liberation.fr/checknews/rudy-reichstadt-fondateur-du-site-anti-complotiste-conspiracy-watch-a-t-il-indument-beneficie-du-fonds-marianne-20230419_WQBDND75UBDPXGRT2S7VWODCSE/

Le site anti-complotiste Conspiracy Watch a-t-il perçu 60 000 euros du Fonds Marianne pour seulement quelques articles ? C’est ce que laisse entendre un thread Twitter publié par une internaute, dimanche 16 avril. Une accusation relayée entre autres par Myriam Palomba, une figure complotiste.

La polémique, nourrie par plusieurs internautes, fait suite à la révélation par CheckNews des dix-sept bénéficiaires du Fonds Marianne, une liste jusqu’à présent tenue secrète. Y figure donc Conspiracy Watch (CW), qui s’est vu attribuer 60 000 euros. Un financement indu, selon certains commentateurs (parfois en guerre de longue date avec le site), qui relèvent que l’activité de CW n’a qu’un rapport distant avec la lutte contre le séparatisme, objectif avoué du Fonds Marianne crée après l’assassinat de Samuel Paty. Certains internautes sont allés plus loin, accusant même Rudy Reichstadt d’avoir utilisé l’argent pour son propre profit et illustrant parfois leurs propos de menaces ou d’images de guillotine.

CheckNews

Fonds Marianne : la liste des 17 associations bénéficiaires, et les montants perçus

Article réservé aux abonnés

Parmi les structures ayant perçu un financement de ce fonds créé par Marlène Schiappa, seules deux associations, épinglées pour leur utilisation controversée des dotations, avaient été publiquement identifiées par la presse. CheckNews s’est procuré le nom des quinze autres, ainsi que les sommes reçues par chacune d’elle.

Marlène Schiappa, lors de la remise du Prix de la laïcité de la République française, en décembre 2022. (Stephane Mouchmouche/Hans Lucas via AFP)

par Service Checknews

publié le 14 avril 2023 à 18h35 https://www.liberation.fr/checknews/fonds-marianne-la-liste-des-17-associations-beneficiaires-20230414_JGZKBKVNIRCDPIS43DDXGCGMRQ/

Elle était gardée secrète jusqu’à présent. La liste des dix-sept bénéficiaires du Fonds Marianne, actuellement au cœur d’une polémique grandissante, a été maintenue dans l’opacité depuis l’origine. Dès le mois de juin 2022, le magazine Marianne, qui enquêtait sur cet appel à projets de 2,5 millions d’euros visant à lutter contre la «propagande séparatiste» et placé sous l’autorité de Marlène Schiappa, alors ministre déléguée chargée de la Citoyenneté auprès du ministre de l’Intérieur, se heurtait aux refus répétés du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), en charge du dossier, d’en communiquer les détails. «Il s’agit de ne pas porter atteinte à la sécurité de ces porteurs de projets» expliquait alors Christian Gravel, à la tête du CIPDR. Qui avançait également la menace de «certains mouvements à caractère extrémiste».

Quelques mois plus tard, en novembre 2022, la députée LFI Sophia Chikirou interrogeait le ministère de l’Intérieur sur l’attribution de ces fonds, déclarant ne pas comprendre les raisons d’une telle discrétion, visiblement à géométrie variable : «Les associations subventionnées en 2020 au titre du programme 216, sur des enjeux similaires,

Il vous reste 76% de l’article à lire.

Billet

Pourquoi «CheckNews» a révélé la liste des 17 associations bénéficiaires du fonds Marianne ?

Lors de son audition, Sonia Backès, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur et des Outre-Mer, chargée de la Citoyenneté, a déploré que «Libération» ait révélé en avril la liste des associations bénéficiaires du fonds Marianne. Nous expliquons pourquoi nous avions fait ce choix.

Marlène Schiappa lors de son audition au Sénat autour de l’affaire du fonds Marianne, le 14 juin. (Albert Facelly/Libération)

par Cédric Mathiot

publié le 15 juin 2023 à 15h36 https://www.liberation.fr/checknews/pourquoi-checknews-a-revele-la-liste-des-17-associations-beneficiaires-du-fonds-marianne-20230615_IGUXQUSCGRHA5CQ5YYNSDDINJY/

Lors de son audition devant la commission d’enquête du Sénat, mercredi 14 juin, Sonia Backès, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur et des Outre-Mer, chargée de la Citoyenneté, a loué le travail des associations bénéficiaires du fonds Marianne, ajoutant qu’elles étaient «en insécurité» depuis qu’un organe de presse en avait dévoilé la liste. L’allusion visait CheckNews, qui a effectivement révélé le 14 avril la liste des 17 associations bénéficiaires, ainsi que pour chacune d’entre elles, le montant des subventions perçues. Nous assumons ce choix, que nous n’avons pas pris de manière légère. L’ampleur prise par ce qui était déjà l’«affaire» du fonds Marianne exigeait, selon nous, que la lumière soit faite sur l’utilisation de cet argent public. Les développements et révélations intervenues depuis deux mois justifient notre choix.

Quand nous avons commencé à travailler sur le fonds Marianne, après les premières révélations de Marianne et de France 2, la liste était tenue secrète, comme le montant des subventions versées, interdisant de facto de se pencher sur l’utilisation des fonds, au-delà des deux structures dont le nom avait été dévoilé : l’USEPPM et Reconstruire le commun. «Il s’agit de ne pas porter atteinte à la sécurité de ces porteurs de projets», avait expliqué Christian Gravel, à la tête du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), au journal Marianne en juin 2022. Dès novembre 2022, alors que les soupçons prenaient de l’ampleur, la députée LFI Sophia Chikirou avait interrogé le ministère de l’Intérieur sur l’attribution de ces fonds, déclarant ne pas comprendre les raisons d’une telle discrétion, visiblement à géométrie variable : «Les associations subventionnées en 2020 au titre du programme 216, sur des enjeux similaires, n’avaient pas bénéficié de cette protection, cinq des associations financées par le fonds Marianne en 2021 non plus. Ces dernières étaient en effet valorisées sur le site internet de la Convention nationale des associations de protection de l’enfance (Cnape).»

Subventions préexistantes du CIPDR

Sophia Chikirou faisait ici allusion à une courte liste de cinq noms (pour partie erronée, comme nous l’avons constaté par la suite) accessible sur le site de la Cnape. Par la suite, trois médias ont eu accès, via le gouvernement, à la liste complète, contre la garantie de ne pas la dévoiler, ce qu’a confirmé Sonia Backès lors de son audition. Ce n’était pas notre cas. Nous avons reconstitué la liste à partir des rares données publiques, et d’échanges de mails entre le CIPDR et les associations que nous nous sommes procurés. Nous avons recoupé nos informations auprès des structures concernées, que nous avons toutes contactées, et qui nous ont toutes répondu, à l’exception d’une. Nous avons pu confirmer qu’un nombre important de ces associations étaient en fait déjà bénéficiaires – de manière parfaitement publique – des subventions du CIPDR, et que le fonds Marianne n’était pour elles qu’une forme de continuité d’une action préexistante. Cela a largement contribué à notre choix de faire la transparence.

Le fonds Marianne n’est pas qu’un potentiel scandale visant les deux structures dont le nom a été révélé par la presse, il est aussi, plus banalement, un coup de com, après la mort de Samuel Paty, qui a consisté à labelliser aux couleurs de Marianne des structures et des actions qui étaient déjà «habituellement» (et publiquement, donc) financées par le CIPDR. Cela méritait d’être raconté. Cela exigeait d’ouvrir largement le capot du dispositif, et donc d’en identifier les bénéficiaires.

Comme nous avons cru utile de raconter que le fonds Marianne, à rebours de la communication qui a été faite par Marlène Schiappa, a aussi servi à financer la lutte contre le conspirationnisme, dont on peut juger qu’il se distingue de la lutte contre la radicalisation, qui était l’objet revendiqué du fonds. Peut-être cette utilisation des subventions à cette fin peut-elle être justifiée, selon la manière dont on entend le terme «séparatisme». Le conspirationnisme est-il un «séparatisme» ? Mais ces justifications doivent être portées au débat public. Ce qui justifie l’article que nous avons consacré à Conspiracy Watch, dont le fondateur Rudy Reichstadt a totalement joué le jeu de la transparence.

Un harcèlement est injustifiable

Nous savons que l’association, depuis l’article, a été l’objet d’attaques de la part des complotistes, souvent sans aucun rapport – voire en contradiction – avec le contenu de notre enquête. Ce harcèlement est injustifiable. Il est d’autant plus odieux quand il s’assortit de menaces et de propos antisémites comme cela a été le cas. Mais l’opacité est le pire remède contre le complotisme. La commission d’enquête sénatoriale partage, au moins en partie, ce constat. Outre les dirigeants de l’USEPPM et de Reconstruire le commun, elle a déjà auditionné publiquement ces dernières semaines trois responsables d’associations(dont Conspiracy Watch) qui ont défendu l’utilisation de leur subvention.

Le fonds Marianne, qui n’a pas livré tous ses secrets, peut déjà être rangé parmi les dysfonctionnements majeurs du quinquennat. La manière dont cet argent public a été octroyé, utilisé, parfois si mal, souvent à rebours de la communication officielle, doit être racontée. Cela passe par la transparence.

Associations subventionnées

Union fédérative des sociétés d’éducation physique et de préparation militaire (USEPPM) 355 000 € Reconstruire le commun 330 000€

Civic Fab 315 400 OuiFraternité générale292 200 OuiLigue internationale contre le racisme et l’antisémitisme95 000 OuiMémoire et BD88 960 OuiInstitute for Strategic DialogueFrance80 000 OuiBibliothèques sans frontières70 320 OuiSpicee70 000 OuiConspiracy Watch60 000 OuiFrance fraternité60 000 OuiYahad-in Unum55 000 NonLumières sur l’info50 000 OuiLigue de l’enseignement40 000 NonGénération numérique25 000 Oui2P2L20 000 OuiLa Chance, pour la diversité dans les médias20 000 Oui

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire