Des évêques Français « rechignent à la tâche » pour bénir des couples d’homosexuels

Couples homosexuels et divorcés remariés : le Vatican défend son texte sur les bénédictions

Analyse 

Le dicastère pour la doctrine de la foi a publié, ce jeudi 4 janvier, un long communiqué pour préciser l’application du texte Fiducia supplicans autorisant les bénédictions des couples « irréguliers ». Une réaction qui intervient après les fortes critiques de la part de plusieurs conférences épiscopales, notamment en Afrique.

Couples homosexuels et divorcés remariés : le Vatican défend son texte sur les bénédictions

Le préfet du dicastère pour la doctrine de la foi (DDF), le cardinal Victor Manuel Fernandez, a répondu aux interrogations soulevées depuis le 18 décembre, dans un communiqué publié ce jeudi.YARA NARDI / REUTERS

Deux semaines après la publication de la déclaration Fiducia supplicans, et devant la levée de boucliers inédite provoquée par l’autorisation de bénir les couples de même sexe, Rome cherche à lever les doutes. Dans un long communiqué, publié jeudi 4 janvier, le préfet du dicastère pour la doctrine de la foi (DDF), le cardinal Victor Manuel Fernandez, ainsi que son secrétaire pour la section doctrinale, Mgr Armando Matteo, répondent point par point aux interrogations soulevées depuis le 18 décembre.

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Face aux réactions « compréhensibles » de certaines conférences épiscopales, les responsables du DDF réaffirment fermement l’immuabilité de la doctrine du mariage, déjà soulignée dans la déclaration ayant provoqué l’incompréhension voire l’opposition de nombreux évêques« Il est clair qu’il n’y aurait pas de place pour se distancer doctrinalement de cette déclaration ou pour la considérer comme hérétique, contraire à la Tradition de l’Église ou blasphématoire », écrivent les deux signataires, car « le document est clair et classique sur le mariage et la sexualité ».

Apaiser les évêques africains

En Europe de l’Ouest, Fiducia supplicans a été plutôt bien accueilli. De son côté, l’épiscopat français a réagi prudemment même si quelques divergences ont pu affleurer (lire les repères ci-dessous). Mais c’est surtout en Afrique que les réactions ont été le plus véhémentes ; plusieurs conférences épiscopales représentant plus d’une vingtaine de pays ont interdit à leurs prêtres de procéder à de telles bénédictions. À l’échelle continentale,…suite abonnés

Des bénévoles des Restos du cœur à Wasquehal (Nord) en mars 2023, lors de la précédente collecte nationale.

Bénédictions : le pape, plus pasteur que docteur

Éditorial 

Le pape François autorise la bénédiction des couples homosexuels ou « en situation irrégulière ».

Lecture en 1 min.

Bénédictions : le pape, plus pasteur que docteur

Arnaud Alibert.EMELINE SAUSER

Le pape François souhaite une Église ouverte à tout être humain, peu importent son histoire et sa vie, surtout si elles sont cabossées ou considérées hors des clous. Dès ses premiers textes, il a invité chacun à se tourner vers Dieu comme « un ami ». Lundi, sous son autorité, le dicastère pour la doctrine de la foi a donné un texte ouvrant les bénédictions aux personnes qui le demandent, y compris celles vivant en couple remarié ou homosexuel, deux situations vues comme irrégulières aux yeux de la discipline catholique. Les conditions énumérées – ni cadre liturgique, ni habit de noce, etc. – distinguent clairement ce moment du rituel du mariage. Il s’agit simplement de donner une bénédiction à des couples qui veulent grandir dans l’amour, comme on donne un verre d’eau à celui qui a soif. Pour des millions de chrétiens, cela a le caractère de l’évidence.

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Que Dieu aime chacun de ses enfants et veuille son bien, l’Église le pense depuis toujours. Que l’homme ait besoin de Dieu pour se tourner résolument vers le Bien, l’Église le croit depuis son origine. Que toute bénédiction donnée soit un signe de la proximité bienfaisante de Dieu, l’Église le pratique depuis deux mille ans. Ceci est vrai pour tous. Le texte publié lundi n’a donc rien de révolutionnaire.

S’informer avec calme, recul et confiance est plus que jamais nécessaire

Des réactions, cependant, montrent le trouble de certains fidèles face au risque de confusion : la bénédiction n’est-elle pas une manière de valider les situations problématiques ? Pour François, il s’agit avant tout d’un acte pastoral plus que doctrinal, qui rejoint ceux qui jusqu’à présent se sont peut-être sentis exclus de l’amour de Dieu. La main qui bénit est une main secourable. Le pape en appelle à l’intelligence du cœur et au discernement, maîtres mots de son pontificat.

Bénédictions des couples homosexuels : le pape défend son texte

Intervenant pour la première fois depuis l’autorisation, par le Vatican, de bénir les couples homosexuels, le pape a souligné dimanche 14 janvier que l’Église catholique devait accueillir le plus largement possible.

Bénédictions des couples homosexuels : le pape défend son texte
Le pape François lors de son audience générale hebdomadaire au Vatican, le 10 janvier 2024. Il a réitéré, dimanche 14 janvier, la nécessité pour l’Église d’accueillir tous ceux qui le souhaitent, à la suite de la publication du texte « Fiducia Supplicans ».VATICAN MEDIA / REUTERS

Face à la fronde, le pape François tient bon. Après les très vives critiques contre la possibilité, ouverte, par le Vatican mi-décembre, de bénir les couples homosexuels, le pape a réitéré, dimanche 14 janvier, la nécessité pour l’Église d’accueillir tous ceux qui le souhaitent. Une première prise de parole publique sur le sujet, alors que le texte est largement attaqué.

« Le Seigneur bénit tout le monde. Toux ceux qui viennent. Tous, tous, tous », a-t-il insisté, invité star du talk-show « Che Tempo Che Fa », une émission très populaire diffusée chaque dimanche soir à la télévision italienne. François a d’ailleurs présenté comme une « bénédiction pour tous » la possibilité de bénir les « couples en situation irrégulière », ouverte le 18 décembre par le dicastère pour la doctrine de la foi dans un texte intitulé Fiducia supplicans.

« Nous devons les prendre par la main »

« Le Seigneur bénit tous ceux qui sont capables d’être baptisés, c’est-à-dire chaque personne. Mais ensuite, les personnes doivent entrer en dialogue avec la bénédiction du Seigneur et voir quel est le chemin que le Seigneur leur propose. Mais nous devons les prendre par la main et les aider à parcourir ce chemin, et non pas les condamner dès le début »…suite abonnés 

Bénédiction des couples homosexuels : la position ambiguë des évêques de France

Près d’un mois après la déclaration du Vatican « Fiducia supplicans », autorisant la bénédiction des couples « en situation irrégulière », la Conférence des évêques de France a publié un communiqué, mercredi, suscitant des interprétations contrastées. S’ils prônent la bénédiction des « personnes », les évêques français restent flous au sujet des couples. 

Par Gaétan Supertino

Publié le 11 janvier 2024 à 18h18, modifié le 12 janvier 2024 à 01h38 https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/01/11/benediction-des-couples-homosexuels-la-position-ambigue-des-eveques-de-france_6210281_3224.html

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Une réunion de la Conférence des évêques de France, à Lourdes (Hautes-Pyrénées), en novembre 2021.
Une réunion de la Conférence des évêques de France, à Lourdes (Hautes-Pyrénées), en novembre 2021. VALENTINE CHAPUIS / AFP

Après la controverse internationale, place au débat national. La polémique née après la publication, le 18 décembre 2023, de la déclaration Fiducia supplicans – dans laquelle le Vatican autorise la bénédiction des couples de catholiques « en situation irrégulière », c’est-à-dire les divorcés remariés et les couples de même sexe – s’étend désormais dans l’Hexagone. La Conférence des évêques de France (CEF) a publié, mercredi 10 janvier, un communiqué pour délivrer son interprétation, après plusieurs prises de position divergentes à l’intérieur même du clergé français.

« La déclaration du dicastère pour la doctrine de la foi a eu un retentissement certain dans l’opinion publique, en particulier à cause des sujets sensibles qu’elle aborde : celui de l’accompagnement dans l’Eglise des personnes homosexuelles vivant en couple, d’une part, et celui des personnes divorcées engagées dans une vie de couple, d’autre part », justifie la CEF.

Les représentants des évêques français disent recevoir cette déclaration « comme un encouragement à bénir généreusement les personnes qui s’adressent [aux prêtres] en demandant humblement l’aide de Dieu », sans distinction quant à leur sexualité ou à leur situation. Tout en rappelant que le mariage désigne « l’union exclusive, stable et indissoluble, entre un homme et une femme », le communiqué français prône « l’accueil inconditionnel » de tous :« Ceux qui ne vivent pas dans une situation leur permettant de s’engager dans le sacrement de mariage ne sont exclus ni de l’Amour de Dieu, ni de son Eglise. »

Position de compromis

De telles déclarations sont-elles à même de clarifier la position attendue du clergé face aux fidèles demandant une bénédiction ? Rien n’est moins sûr, à en croire les réactions suscitées. « L’Eglise de France ne valide pas la bénédiction des couples homosexuels », titrait par exemple Le Figaro, au lendemain du communiqué. Le même jour, un éditorial de La Croix affichait un titre opposé : « Bénédiction des couples homosexuels : le oui des évêques ».

Par cette courte mise au point, la Conférence des évêques de France tente en réalité d’adopter une position de compromis entre les opposants et les soutiens à la déclaration Fiducia supplicans. S’ils se placent sous l’autorité du document romain, les évêques français se gardent de le reprendre intégralement à leur compte : alors que le Vatican invite à envisager « la possibilité de bénir les couples » jugés irréguliers, les évêques français se contentent d’appeler à une bénédiction des « personnes ».

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« Nous refusons de nous positionner dans un débat binaire : bénédiction du couple ou bénédiction des personnes, explique, pour sa part, Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges et membre du Conseil permanent de la CEF. De fait, nous ne reprenons pas à notre compte le terme de “bénédiction du couple” car nous voulons éviter toute confusion entre une bénédiction et une liturgie qui pourrait laisser penser à un mariage. Sur ce point, comme sur d’autres, nous assumons notre décalage avec une partie de la société civile en Europe occidentale : l’Eglise, au nom de la fidélité à Jésus, ne légitime pas les unions homosexuelles assimilables à un mariage. » La CEF invite en revanche « à accueillir et à accompagner chaque personne qui ne peut recevoir le sacrement du mariage et ne s’estime pas capable de vivre une vie de chasteté », poursuit le prélat.

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Pour appuyer ses propos, l’évêque de Limoges renvoie vers un communiqué publié par le dicastère pour la doctrine de la foi le 5 janvier, venu clarifier la déclaration Fiducia supplicans. Le Vatican y évoque un exemple fictif de bénédiction possible, où le prêtre ferait « un signe de croix sur chacun », bénissant ainsi les individus et non le couple en lui-même.

« L’enthousiasme est retombé »

Mais cet argument est loin de faire l’unanimité, y compris au sein de l’épiscopat. « Le terme “couple” est bien présent dans “Fiducia supplicans” qui, rappelons-le, a été validé par le pape. Je ne vois aucune raison de désobéir à Rome sur ce point », estime Mgr Hervé Giraud, archevêque de Sens-Auxerre.

S’il reconnaît une forme de « confusion » dans le communiqué de la CEF, Hervé Giraud perçoit néanmoins un message en faveur du « principe de subsidiarité » : « La bénédiction des couples irréguliers n’est ni validée en soi ni empêchée. La décision me semble laissée au discernement de chaque Eglise, ce qui est plutôt positif. »

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Du côté des fidèles concernés, certains se montrent moins optimistes et regrettent une polémique qui n’en finit plus.« La CEF, contrairement à certains évêques, ne minimise certes pas la portée de “Fiducia supplicans”, mais elle ne tranche rien et son communiqué reflète surtout les divergences des évêques », regrette Cyrille de Compiègne, porte-parole de D&J Arc-en-Ciel (anciennement David & Jonathan), association LGBTI+ chrétienne.

Et de conclure : « Le sentiment global, c’est que l’enthousiasme est retombé depuis le 18 décembre. Cela a même ravivé une certaine homophobie de l’Eglise, douloureuse à vivre pour certaines personnes. »

Gaétan Supertino

La bénédiction des couples homosexuels sème la confusion chez les catholiques français

La publication par le Vatican, en décembre 2023, du texte « Fiducia supplicans », autorisant la bénédiction des couples de même sexe, suscite hostilité et incompréhension chez certains prêtres et fidèles. 

Par Sarah BelouezzanePublié le 05 février 2024 à 05h00, modifié le 05 février 2024 à 10h13

https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/02/05/la-benediction-des-couples-homosexuels-seme-la-confusion-au-sein-de-l-eglise-de-france_6214798_3224.html#

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Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des êvèques de France (CEF),  à Lourdes (Hautes-Pyrénées), le 8 novembre 2023.
Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des êvèques de France (CEF), à Lourdes (Hautes-Pyrénées), le 8 novembre 2023.  LIONEL BONAVENTURE / AFP

Antoine était prêt. S’il n’avait pas encore décidé du moment où il allait annoncer son homosexualité à ses parents, le jeune homme de 24 ans, qui a grandi dans une famille de « catholiques fervents mais pas tradis », selon ses mots, se disait qu’il allait bientôt leur dire. Loin de vouloir en faire un acte militant, Antoine, qui se sent lui aussi proche de l’Eglise, voulait simplement « être en vérité avec ses parents ».

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Mais la publication par le Vatican du texte Fiducia supplicans, le 18 décembre, autorisant la bénédiction par les prêtres (le fait d’appeler la bienveillance de Dieu sur une personne) des couples « en situation irrégulière », à savoir divorcés et remariés, et des couples de même sexe, a tout changé. « Voyant les discussions vraiment tendues, voire violentes sur le sujet à Noël et même après, je me suis dit que j’allais attendre… voire complètement renoncer », explique le jeune homme.

Pourtant, tient-il à préciser, sa famille a toujours « été présente et soutenante » dans différents moments de sa vie. Mais « là, je ne pouvais tout simplement pas ». Comme beaucoup de jeunes catholiques homosexuels, Antoine a vu sur les réseaux sociaux ou dans son entourage se déchaîner la parole hostile et l’incompréhension à l’encontre de Fiducia supplicans depuis sa publication.

« Des tombereaux de haine »

Dans la doctrine catholique, la sexualité active dans l’homosexualité est considérée comme un péché, un acte « intrinsèquement désordonné » (d’après le paragraphe 2357 du catéchisme) ; les concernés sont donc appelés à la chasteté. Or, en autorisant la bénédiction des couples et ce, bien que ce soit en dehors de toute cérémonie liturgique, Rome donne l’impression d’accepter cette sexualité. Une décision qui a provoqué « des tombereaux de haine », commente Anna, une jeune fidèle qui se dit encore ahurie par l’effet paradoxal d’un texte romain dont le but était, au contraire, d’ouvrir l’Eglise à tous. Le sujet est tellement sensible que ceux qui acceptent de parler à visage découvert, parmi les fidèles ou les responsables religieux, sont l’exception.

Partout dans le monde, les réactions ont été vives et intenses face à une évolution qui reste parfois incomprise. Fiducia supplicans a tout simplement déchaîné les passions. Sur le continent africain, le symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar a refusé d’appliquer la bénédiction des couples homosexuels. Aux Etats-Unis et en Europe, des réponses négatives se sont aussi fait jour. A l’inverse, des évêques de toutes les nationalités ainsi que des associations pro-LGBTQ+ et des personnalités en faveur d’un meilleur accueil des homosexuels dans l’Eglise ont salué le texte.

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Dans ce maelström, la France n’a pas été en reste. Très vite, un groupe de neuf évêques de l’Ouest a appelé prêtres et diacres de leurs diocèses à ne bénir que les personnes et pas les couples. La Conférence des évêques de France (CEF) a, elle, publié en janvier une réaction dans laquelle elle ne tranche pas entre la bénédiction des couples et uniquement celle des personnes.

A les interroger, fidèles, prêtres ou encore évêques font le même constat : au-delà de la simple opposition pour ou contre, Fiducia supplicans a jeté la confusion dans l’Eglise de France. « C’est le désarroi total. Même pour ceux qui sont dans le sentiment que ça va dans le bon sens, la violence de certaines réactions a été telle que du coup, tout le monde se tait plus ou moins. Il en va ainsi aussi des évêques qui font face dans leurs diocèses à des réactions hostiles de jeunes prêtres qui les paralysent un peu », relate ainsi un prêtre des Hauts-de-France. « Les évêques sont mal à l’aise. Ils ont peur d’une partie de leur base qui serait contre », fait valoir un curé francilien.

« Personne n’a été prévenu »

Un imbroglio général qui s’explique par plusieurs facteurs. Il y a d’abord des raisons de forme. Le texte a été publié en décembre sans préavis, sans que personne ne l’attende. Et sans aucune explication donnée par Rome. « C’est arrivé soudainement et on ne savait pas comment le mettre en place », regrette ainsi un hiérarque. « Certains ont pu avoir le sentiment qu’on jetait la nouvelle sans se préoccuper de comment elle allait être mise en place », confirme ainsi une source au diocèse de Paris.

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« Est-ce que c’était le moment ? », interroge un évêque qui rappelle par ailleurs que le sujet d’une meilleure intégration des LGBTQ+ faisait partie des questions au cœur du synode sur la synodalité à l’automne 2023. Cette grande assemblée voulue par le pape afin de discuter de l’avenir de l’Eglise devait, à l’issue de sa deuxième session, en octobre 2024, formuler des suggestions sur nombre de thématiques dont celle évoquée dans Fiducia supplicans. La sortie du texte en dehors de ces deux rendez-vous a ainsi beaucoup surpris et alimenté l’impression que le pontife décidait seul.

Les raisons du « désarroi » français s’inscrivent ensuite dans la façon dont l’Eglise pense la sexualité, qui n’a pour cadre que le mariage entre deux personnes de sexe opposé. Et ne conçoit donc pas la possibilité même du couple homosexuel. « Voici des siècles que nous expliquons aux fidèles qu’ils doivent se marier ou alors rester célibataires et chastes. Le mariage devant être fécond et assurer la reproduction », analyse un prêtre. Ainsi tout ce qui est en dehors de ce cadre précis pose problème. Et d’aller plus loin : « Finalement, ce n’est pas la question de la bénédiction des couples gay qui est en jeu ici, mais plutôt celle de la possibilité d’être gay et chrétien. C’est ça le vrai débat. »

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Une analyse partagée par plusieurs personnes. « L’homosexualité est un impensé, juge Jean-Michel Dunand, fondateur de la Communion Béthanie, une fraternité œcuménique visant à rassembler et à écouter les fidèles LGBTQ+. Nous avons sur le sujet une pensée sclérosée, une interprétation des textes figée sur laquelle l’Eglise ne travaille pas, ne réfléchit plus… »

Dans un document qu’il s’apprête à publier, le père Laurent Stalla-Bourdillon, directeur du service pour les professionnels de l’information du diocèse de Paris, un point de contact entre l’Eglise et les médias, juge lui aussi nécessaire « une réflexion de fond sur l’homosexualité », laquelle aurait pu, selon lui, préparer le terrain à la réception du document romain. Dans ses observations, le père Stalla-Bourdillon estime « qu’au fond, c’est toute la signification de la sexualité qui est en question ». Il prévient qu’un « schisme anthropologique menace », si aucune vraie réflexion n’est faite sur le sujet au sein de l’Eglise, chacun s’accrochant alors à sa propre vision de ce que devrait être la place des LGBTQ+.

« Les choses bougeront par la réalité »

Car cette question sensible est devenue un point de cristallisation des fractures au sein de l’institution : d’un côté, une frange de croyants plus attachés aux traditions et de l’autre, des personnes désireuses de voir le catholicisme s’ancrer dans le monde moderne.

« C’est la différence entre une Eglise bureau de douane qui vérifie que les fidèles sont purs et conformes à la norme, et une autre hôpital de campagne qui accepte tout le monde », fait remarquer la responsable d’une congrégation religieuse. Or, selon elle, en dépit de ses limites et du rappel que l’homosexualité est un péché, Fiducia supplicanspromeut la seconde catégorie.

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Dans certaines familles, on espère aussi l’avènement d’une Eglise plus inclusive. Claire Bévierre, de l’association Reconnaissance, un collectif catholique de parents d’enfants gays, regrette, elle, que « le pape ait une parole compassionnelle, mais que l’Eglise affirme des choses qui ne sont pas dans la réalité de nos enfants ». Des jeunes souvent, explique-t-elle, réduits à leur sexualité et dont « la beauté et le caractère épanouissant de leur vie ne sont pas assez pris en compte » par l’institution dans son ensemble.

Elle voit pourtant une évolution qui passera « par le terrain », où « il se passe déjà beaucoup de choses, où l’accueil est réel dans certains endroits ». Le sens de son action, dit-elle, est justement de confronter l’Eglise à cette réalité. Antoine, lui, attendra avant de faire son coming out.

Sarah Belouezzane

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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