La Tribune de l’urgentiste le Dr Wargon dans « Le Monde » sur la réintégration des soignants exclus pour non vaccination a suscité des réactions

Publié le 03/06/2023

Réintégration des soignants : réponse à une tribune du Dr Wargon

https://www.jim.fr/medecin/jimplus/tribune/e-docs/reintegration_des_soignants_reponse_a_une_tribune_du_dr_wargon_197569/document_edito.phtml

Dans une tribune publiée le 11 mai dans Le Monde, le Dr Mathias Wargon, médecin urgentiste considérait que la réintégration des soignants ayant refusé de se faire vacciner contre la Covid 19 constituait une « réponse facile et démagogique ». Dans ce texte, le praticien qualifiait « d’incompréhensible » l’avis du 30 mars de la Haute autorité de santé « oùelle préconise de « recommander fortement la vaccination », tout en levant l’obligation vaccinale pour le Covid, la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, mais en conservant l’hépatite B. Où est la cohérence et, surtout, pourquoi tout mélanger ? », s’interrogeait-il. Il déplorait également que le gouvernement n’ait pas attendu pour agir l’éclairage du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Au-delà de ces observations, Mathias Wargon se montrait relativement pessimiste quant à l’accueil qui serait réservé aux soignants non vaccinés, notant : « Les rares médecins qui ont refusé la vaccination ne sont plus crédibles. On ne peut pas imaginer que ceux qui ont affirmé des inepties sur le vaccin, les traitements, dans l’ignorance complète des essais cliniques ou de l’épidémiologie, puissent se réinsérer dans la communauté médicale. On n’accueille pas une idée, mais on accueille un collègue. Les moins militants vont revenir dans un hôpital en grande souffrance, qui sera heureux, probablement, de les accueillir. S’ils arrivent à se réadapter, ces quelques soignants ne poseront pas de problème. Plus difficile va être la réintégration de ceux qui ont milité contre les vaccins et les mesures barrières, qui se sont radicalisés sur les réseaux sociaux et ont tenu un discours revendicatif. L’accueil par leurs collègues, qui, eux, ont fait leur devoir depuis deux ans, dans des difficultés inédites, avec un Covid toujours présent, désorganisant l’hôpital, et des problèmes de personnel chroniques aggravés par l’épidémie, risque de ne pas être aussi cordial qu’ils l’espèrent. Mais peut-être ne le souhaitent-ils pas. Pourquoi revenir quand on pense que la médecine est un vaste complot et que les collègues sont des moutons ? » s’étonnait-il encore. Enfin, le praticien s’inquiétait des conséquences d’une telle réintégration sur l’adhésion aux futures campagnes de vaccination, notamment au sein des établissements de santé. Beaucoup de professionnels de santé partagent plusieurs des positions de Mathias Wargon. De même au sein de la rédaction du JIM, qui a toujours marqué son adhésion et sa confiance dans la vaccination, tout en ne taisant pas ses réserves sur certains principes d’organisation, la réintégration des soignants non vaccinés a suscité interrogations et débats et nous avons consacré de nombreux articles au sujet (y compris en reprenant les remarques du Dr Wargon). Aussi, dans l’objectif de refléter la diversité des points de vue sur cette question, nous publions aujourd’hui dans nos colonnes la réponse mesurée et argumentée de Nicolas Védrines, kinésithérapeute à la tribune de l’urgentiste.

Par Nicolas Védrines, kinésithérapeute  

Quelques jours avant la réintégration des suspendus insuffisamment vaccinés, le docteur Mathias Wargon n’a pas souhaité faciliter un retour apaisé de ses confrères. Dans une tribune dans le Monde, il s’oppose à l’avis de la Haute Autorité de santé (HAS), et à l’éventuelle abrogation de la loi ayant permis ces suspensions. Mais son écrit est émaillé d’erreurs et de contradictions.

Le réquisitoire commence mal : M. Wargon « s’indigne de la décision DU gouvernement». Le ministre de la Santé, François Braun, lui a pourtant écrit sur Twitter : « Cher M. Wargon, c’est bien la loi qui prévoit que le gouvernement doit suivre l’avis de la HAS». Dont acte, avait-il répondu.

Ensuite, l’abandon dans la bataille que M. Wargon dénonce est un mauvais procès : la suspension effective des soignants concernés s’est faite le 15 septembre 2021, et non au premier trimestre comme il l’écrit. Les soignants non-vaccinés ont enduré quatre vagues et non deux. Ils étaient là face à un virus inconnu, sans moyens, dans des services tellement saturés que des confinements ont été imposés. Puis l’Etat leur a interdit de soigner, via une loi non sanitaire puisque même ceux qui travaillaient en téléconsultation y ont été soumis. Lors de la quatrième « vague » de l’été 2021, le variant Delta a provoqué beaucoup de cas mais peu d’hospitalisations. La vague suivante a été l’œuvre de Delta 2 puis d’Omicron, un variant rendant quasiment inefficace le vaccin contre l’infection, avec une efficacité incertaine, peut-être faible et éphémère. Un échec évident du vaccin, seulement trois mois après son obligation. Ni le procès en désertion, ni le prétendu « consensus scientifique » ne tiennent. Les autorités imposeront une troisième dose en janvier 2022.

M. Wargon reconnait qu’ « il y avait de multiples interrogations sur ces nouveaux vaccins, des incertitudes sur leur protection… », et « la peur des effets indésirables ». Jamais il n’évoquera l’erreur scientifique de la suspension des soignants qui avaient une immunité post-infection, ou le non-sens du travail des vaccinés et… positifs. Et une autre voie comme l’auto-dépistage régulier (protocole en vigueur d’août à octobre 2021) n’était-elle pas préférable ?

Pour le Dr Wargon, l’avis de la HAS, détaillé sur 97 pages, est « un texte incompréhensible et sans explication ». Il rappelle pourtant les critères d’évaluation, la situation épidémiologique, l’efficacité vaccinale, l’acceptation vaccinale, et les pratiques des différents pays. M. Wargon doute encore, cette fois du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui se serait « bien gardé de donner son avis ». Quelle défiance envers les autorités sanitaires ! Il se plaint d’une mauvaise loi, trop centrée sur la HAS. M. Wargon aurait préféré une évaluation plus globale… comme certains de ses opposants, certes pour des raisons différentes.

Puis le débat parlementaire sur l’abrogation de cette loi n’est pas épargné : selon M. Wargon, il s’agirait d’ « en finir avec l’obligation, ouvrant la porte à la fin de l’obligation vaccinale tout court et à une situation de non-retour en cas d’épidémie ». Pourquoi cette hostilité envers la représentation nationale ? En cas d’abrogation et si besoin ressenti, rien n’empêcherait d’avoir un débat Républicain avec une évaluation globale (souhaitée par M. Wargon) pouvant aboutir à une nouvelle loi pour l’obligation.

«Il fallait bien vivre » : reconnaissance d’un odieux chantage à la vie. Et non, ceux qui se sont résignés à prendre un travail alimentaire n’ont pas complétement abandonné leur volonté d’être soignant. Et ces personnes ne figurent pas dans les chiffres des suspendus… Étonnamment, M. Wargon s’inquiète – enfin ? – du sort réservé aux suspendus. Il ose avancer que l’opposition aurait dû agir plus tôt, et écrit : « On peut regretter qu’’aucune porte de sortie ne leur ait été proposée ». Que ne l’a-t-il dit plus tôt !

Loin d’être « extrémistes », ceux qui ont résisté ont espéré, chaque mois, une réintégration car cette loi d’exception ne pouvait durer. Sans aide ni recours, des soignants ont vécu des épreuves matérielles et morales terribles, jusqu’à se retrouver à la rue, certains se sont suicidés… Si les modalités des suspensions sont inadmissibles, pourquoi soutenir un possible retour ?

Trêve de compassion : pour M. Wargon, ceux qui ont critiqué la politique sanitaire (souvent à juste titre) devraient « être réadaptés ». Ce terme fait froid dans le dos… Il envisage de futurs problèmes relationnels (qu’il a attisés) : « L’accueil par leurs collègues… risque de ne pas être aussi cordial qu’ils ne l’espèrent ». Il est pour le moins paradoxal d’avoir minimisé le nombre des suspendus, argué qu’ils étaient quantité négligeable, tout en se plaignant des difficultés humaines que pose la réintégration !

Leur nombre n’était de toute façon pas un argument recevable : un médecin, c’est 1000 patients suivis, une infirmière qui manque, c’est toute une équipe à l’arrêt. L’hôpital public, dont la crise de ressources humaines est loin d’être résolue, n’a pas le luxe de se priver de renforts qui, in fine, représentent des vies sauvées. N’en déplaise au Dr Wargon, il est plus que temps que la France, pays le plus coercitif et dernier à réintégrer ses soignants, cesse ce cavalier seul dogmatique et punitif.

Oui, la confiance a été abîmée, mais de la crise du Mediator à celle, américaine, des opiacés (600 000 morts), les autorités sanitaires n’ont pas démontré une totale infaillibilité. Oui, cette crise de confiance atteint la vaccination, mais les responsables ne sont pas ceux que pointe M. Wargon. Oui, la réintégration ne réglera pas tout, et une refondation de notre système de santé est nécessaire. Mais la santé publique ne peut être l’otage de positions aussi violentes, contradictoires, et injustes, sauf à susciter toujours plus de rejet, notamment sur la vaccination. En ce sens, la tribune du Dr Wargon marque contre son camp.

Mathias Wargon, médecin urgentiste : « La réintégration des soignants non vaccinés est une réponse facile et démagogique »

Tribune

Mathias WargonMédecin urgentiste

Le médecin urgentiste s’indigne, dans une tribune au « Monde », de la décision du gouvernement de suspendre l’obligation vaccinale et d’autoriser le retour des personnels non vaccinés. Il s’agit, selon lui, d’un « coup de boutoir démagogique contre les devoirs des soignants ».

Publié le 11 mai 2023 à 18h30, modifié le 11 mai 2023 à 20h34  Temps de Lecture 3 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/05/11/mathias-wargon-la-reintegration-des-soignants-non-vaccines-est-une-reponse-facile-et-demagogique_6172983_3232.html

Il y a quelques années, lors de mes tentatives annuelles de promouvoir la vaccination antigrippale parmi le personnel des urgences, une aide-soignante m’avait interpellé sur l’obligation vaccinale. Si l’on tenait tant à ce que les soignants soient vaccinés, pourquoi ne rendait-on pas obligatoire la vaccination contre la grippe, d’autant qu’elle était jeune et ne craignait rien ? Et dans le cas où on ne la rendait pas obligatoire, pourquoi la forcer à se vacciner ? Une des cadres infirmières la soutint publiquement, en affirmant que la vaccination l’avait rendue plus malade que la grippe et qu’elle ne se ferait plus vacciner. De la transmission aux patients, il ne fut pas question.

Lire aussi :    William Dab : « Le débat sur la réintégration du personnel non vacciné contre le Covid-19 ne prend son sens que dans le cadre d’une politique globale »

Au premier trimestre 2021, la vaccination contre le Covid-19 est devenue disponible et obligatoire. Nous avions passé deux vagues très difficiles, avec de nombreux morts et malades, des hôpitaux débordés, des difficultés matérielles et d’organisation. Nous entrions dans la troisième vague. Il y avait de multiples interrogations sur ces nouveaux vaccins, des incertitudes sur la protection et déjà beaucoup de désinformation. Quand la plupart des soignants sont allés se faire vacciner, certains ont choisi de se retirer. Soit parce que la peur des effets indésirables a pris le dessus, soit parce qu’ils adhéraient aux thèses parfois farfelues qui déferlaient déjà sur les réseaux sociaux et dans les médias.

On oublie souvent que ce n’est pas le premier épisode. La vaccination contre l’hépatite B avait provoqué une énorme méfiance, déjà dans un contexte de « fake news » antérieur à l’avènement des réseaux sociaux. Mais, pour reprendre les termes de l’Académie de médecine : « Loin d’être une atteinte à la liberté individuelle, les obligations vaccinales qui s’appliquent aux professionnels de santé sont des mesures préventives indispensables pour éviter la transmission nosocomiale des infections ; admises par les soignants parmi les pratiques visant à protéger les malades (…), elles font l’honneur de leur profession. » Quelles qu’en soient les raisons, des soignants ont rompu avec les obligations de notre profession, dans une défiance de ce qui constitue la pratique médicale fondée sur les études et le consensus scientifique.

Situation de non-retour

Depuis, le virus a évolué, les patients graves sont devenus moins fréquents et le Covid est souvent le déclencheur d’autres pathologies chez des malades fragiles. Le taux de rappel des professionnels a aussi baissé, en même temps que le respect des mesures barrières. La Haute Autorité de santé (HAS) a publié le 30 mars un texte incompréhensible et sans explication où elle préconise de « recommander fortement la vaccination », tout en levant l’obligation vaccinale pour le Covid, la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, mais en conservant l’hépatite B. Où est la cohérence et, surtout, pourquoi tout mélanger ? On oublie aussi que la recommandation de l’HAS précise que sa décision se fait « sans préjuger de l’avis du CCNE [Comité consultatif national d’éthique] sur les aspects éthiques et d’acceptabilité sociale »,qui, lui, s’est bien gardé de le donner.

Lire aussi :    Vaccins : « Investir pour doter toutes les régions du monde d’infrastructures de production de pointe est un atout précieux pour notre sécurité sanitaire commune »

Le gouvernement non plus n’a pas attendu l’avis du CCNE pour « suspendre » l’obligation vaccinale et décider la réintégration des soignants qui n’ont pas respecté les règles de notre profession. Un dernier coup de boutoir démagogique contre les devoirs des soignants est venu de l’ensemble de l’opposition, droite et gauche réunies, pour en finir avec l’obligation vaccinale contre le Covid, ouvrant la porte à la fin de l’obligation vaccinale tout court des soignants et à une situation de non-retour en cas de nouvelle épidémie.

On sait très bien que de nombreux soignants laissés dans une situation sociale suspendue ont probablement quitté définitivement le secteur. Il fallait bien vivre. On peut regretter qu’aucune porte de sortie ne leur ait été proposée soit par le gouvernement, soit par les partisans les plus virulents de leur réintégration. Ce sont donc, probablement, les plus extrémistes ou ceux qui n’ont pas trouvé de solutions alternatives à qui l’on va proposer de revenir dans nos services. Il s’agira certainement, pour l’essentiel, de personnels paramédicaux et d’administratifs.

Accueil pas forcément cordial

Les rares médecins qui ont refusé la vaccination ne sont plus crédibles. On ne peut pas imaginer que ceux qui ont affirmé des inepties sur le vaccin, les traitements, dans l’ignorance complète des essais cliniques ou de l’épidémiologie, puissent se réinsérer dans la communauté médicale.

On n’accueille pas une idée, mais on accueille un collègue. Les moins militants vont revenir dans un hôpital en grande souffrance, qui sera heureux, probablement, de les accueillir. S’ils arrivent à se réadapter, ces quelques soignants ne poseront pas de problème. Plus difficile va être la réintégration de ceux qui ont milité contre les vaccins et les mesures barrières, qui se sont radicalisés sur les réseaux sociaux et ont tenu un discours revendicatif. L’accueil par leurs collègues, qui, eux, ont fait leur devoir depuis deux ans, dans des difficultés inédites, avec un Covid toujours présent, désorganisant l’hôpital, et des problèmes de personnel chroniques aggravés par l’épidémie, risque de ne pas être aussi cordial qu’ils l’espèrent. Mais peut-être ne le souhaitent-ils pas. Pourquoi revenir quand on pense que la médecine est un vaste complot et que les collègues sont des moutons ?

Lire aussi :    A la Guadeloupe, la difficile réintégration des soignants suspendus

Le secteur médico-social manque beaucoup de bras. Or, on ne peut pas croire que l’arrivée de quelques soignants dont on ignore encore le nombre et les fonctions, aux dispositions hostiles vis-à-vis de l’institution, lui rendra service. Ce mouvement de réintégration ne peut être une solution et semble être une réponse facile et démagogique à une question nécessitant une refondation difficile de notre système de santé.

Mathias Wargon est chef de service urgences-SMUR (service médical d’urgence et de réanimation) au centre hospitalier Delafontaine, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Mathias Wargon(Médecin urgentiste)

Publié le 15/05/2023

Réintégration des soignants non-vaccinés : c’est le grand jour

Paris, le lundi 15 mai 2023

https://www.jim.fr/medecin/debats/e-docs/reintegration_des_soignants_non_vaccines_cest_le_grand_jour_197337/document_actu_pro.phtml

– A compter de ce lundi, les soignants suspendus pour ne pas s’être fait vacciner contre la Covid-19 peuvent revenir à l’hôpital.

C’est la fin d’une polémique qui aura duré plus de 20 mois et qui aura connu son lot de psychodrames, jusque dans les derniers instants. Ce dimanche, le gouvernement a publié un décret, qui entre en application ce lundi, disposant que « l’obligation de vaccination contre la Covid-19 est suspendue ». Suspendue et non supprimée, comme le prévoit à l’inverse la proposition de loi du groupe communiste votée en première lecture par l’Assemblée Nationale le 4 mai mais qui doit encore être examinée par le Sénat. Pour le moment, le gouvernement a donc encore la possibilité théorique de rétablir cette obligation vaccinale, en vigueur depuis septembre 2021.

Une instruction ministérielle adressée aux établissements hospitaliers et médico-sociaux le 2 mai dernier indique la marche à suivre pour réintégrer ces soignants suspendus, si possible dans les deux semaines à venir. Les chefs d’établissements vont devoir « au plus tôt contacter chaque professionnel suspendu pour lui signifier la fin de la suspension et si possible lui indiquer le poste d’affectation et la date de reprise du travail ».

Très peu de soignants à réintégrer

Le principe posé par l’instruction ministérielle est celui d’une « réaffectation dans un emploi équivalent ». Si le soignant réintégré refuse ce poste, trois solutions sont possibles. En premier lieu, le directeur de l’établissement concerné peut lui proposer un changement d’affectation, via une procédure de médiation le cas échéant. Les deux parties peuvent également tenter de « trouver une solution pour mettre un terme à la relation de travail » par « la voie de la rupture conventionnelle individuelle ». Enfin, l’employeur peut se montrer plus intransigeant et procéder à la radiation du soignant récalcitrant, après mise en demeure.

L’importance pratique de cette réintégration est presque inversement proportionnelle au lot de polémiques qu’elle aura suscité. Si les chiffres divergent selon les sources, une seule certitude : ces soignants suspendus et bientôt réintégrés représentent une goutte d’eau dans l’océan de la fonction publique hospitalière. Selon la Fédération Hospitalière de France (FHF), il serait environ 4 000 agents encore suspendus (sur 1,2 million d’agents publics), une moitié dans le secteur sanitaire, l’autre dans le secteur médico-social (mais la CGT évoque entre 20 000 et 40 000 agents suspendus). Dans le secteur libéral, l’Assurance Maladie comptabilise environ 1 900 professionnels suspendus, dont 275 médecins. Et si l’on parle abusivement de soignants suspendus, la majorité des personnels non-vaccinés sont en réalité des agents administratifs ou des aides-soignants : les infirmiers et médecins hospitaliers qui ont refusé la vaccination obligatoire sont extrêmement peu nombreux.

Pas encore la fin des polémiques

Il n’y aura donc pas de grande vague de réintégration dans les hôpitaux. Selon les premiers décomptes, ils ne seront que 200 à l’AP-HP (sur 100 000 employés), 28 (dont un seul médecin) aux Hospices Civils de Lyon (sur 28 000 agents), une douzaine à l’AP-HM (dont une seule infirmière), 18 au CHU de Rennes (sur 8 000 employés). Et parmi ces personnels suspendus, tout le monde ne reviendra pas, car beaucoup ont changé de métier durant ces 20 mois d’exclusion. « A notre connaissance, beaucoup d’infirmiers suspendus ont tourné la page, quand ils n’avaient pas déjà en tête, lors de leur suspension, un projet de reconversion » explique Patrick Chamboredon, président de l’ordre des infirmiers.

Malgré ce petit nombre d’agents de retour, la réintégration risque de provoquer quelques tensions. « Les non-vaccinés ne sont pas attendus avec des fleurs dans tous les services » avait reconnu le ministre de la Santé François Braun le 28 avril dernier, qui estime que « l’enjeu est que cette étape se passe le mieux possible…ou en tout cas le moins mal possible ». Depuis que la Haute Autorité de Santé (HAS) a rendu, le 30 mars dernier, un avis favorable à la levée de l’obligation vaccinale, de nombreux médecins ont exprimé publiquement leur mécontentement face à cette réintégration. « Les rares médecins qui ont refusé la vaccination ne sont plus crédibles, on ne peut pas imaginer que ceux qui ont affirmé des inepties sur le vaccin, les traitements, dans l’ignorance complète des essais cliniques ou de l’épidémiologie, puissent se réinsérer dans la communauté médicale » s’indigne le Dr Mathias Wargon, chef du service des urgences à l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis, dans une tribune publiée dans le journal Le Monde ce jeudi.

La France était le dernier pays d’Europe à maintenir une obligation vaccinale pour les soignants. Avec cette réintégration, notre pays tourne peut-être définitivement la page de la Covid-19.

Quentin Haroche

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2023/06/01/que-deviennent-les-medecins-generalistes-suspendus/

https://environnementsantepolitique.fr/2023/05/17/la-reintegration-des-soignants-non-vaccines-a-un-gout-de-revanche-parfois-bien-amer-pour-les-principaux-interesses-dont-un-nombre-non-negligeable-se-sont-eloignes-du-soin/

https://environnementsantepolitique.fr/2023/05/15/la-reintegration-des-soignants-non-vaccines-ce-nest-pas-un-long-fleuve-tranquille/

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https://environnementsantepolitique.fr/2022/12/18/pour-les-soignants-nous-vaccines-suspendus-une-triple-quadruple-peine/

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https://environnementsantepolitique.fr/2022/07/24/le-gouvernement-maintient-la-suspension-des-personnels-soignants-non-vaccines/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/07/20/que-deviennent-les-medecins-suspendus/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/07/19/il-faut-annuler-la-suspension-du-personnel-non-vaccine-cela-donnerait-un-peu-dair-a-un-systeme-hospitalier-mal-en-point-f-pierru-et-i-sainsaulieu-sociologues/


Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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