Pourquoi la médecine libérale suscite-t-elle autant d’allergie?

Petit essai sur l’allergie à la médecine libérale. Pourquoi la médecine libérale suscite-t-elle autant d’allergie? Essai de démembrement:

1. Le médecin libéral est propriétaire de ses moyens de production, il peut être asins assimilé au régime de production capitaliste. Cela entretient la confusion sur le terme libéral

Les deux autres solutions sont employé par le secteur public et employé par le secteur privé

Toutefois la perte d’autonomie liée à la financiarisation y compris des services publics tend à maintenir l’attractivité de la médecine libérale

2 Le médecin libéral est payé à l’acte il est étroitement associé aux vices supposés de la médecine libérale. L’autre système possible est la capitation. La question de l’ONDAM reste entière

L’un est meilleur si on manque de médecins et l’autre s’il y en a beaucoup pour limiter les revoyures excessives. Le taux de revoyures n’est pas très élevé actuellement mais cela varie selon les spécialités

Aucun système ne garantit la qualité qui dépend en partie du temps disponible. On retombe sur les réflexions de Glouberman, la qualité augmentant certainement lorsque le médecin n’est plus préoccupé par son revenu ou la pression à la survie de son unité ou de son P4P. Notons que de nombreux syndicats sont moins attachés à l’acte, mais on ne peut pas dire que les forfaits aux objectifs de santé publique ou la capitation soient au point.

Vaut-il mieux être salarié d’un centre de santé qui est aussi rémunéré à l’acte ou d’un hôpital payé à la T2A? Cela garantit-il un comportement plus humaniste?

Il apparaît que les acteurs dominants du système ont une préférence marquée pour les boîtes noires: toute recherche de transparence par l’information médicale est vouée aux gémonies et renvoyée à la diabolique gouvernance par les nombres. Ainsi les gros, les aristocrates du système de santé  aiment-ils la dotation globale historique et bien opaque, le moins régulée possible par l’activité

La dotation populationnelle va être l’occasion de recréer des boîtes noires politiques et opaques à la main des ARS.

Et pendant ce temps la refonte de nos nomenclatures archaïques NGAP, CCAM, PMSI et GHM continuent à être laissées à la main des fédérations, des statisticiens et des comptables.

3. Le niveau de revenu met le médecin dans la catégorie des notables: dans les tableaux de la CARMF, quels revenus sont acceptables et lesquels ne le sont pas? En effet la question est politique plus que technique

4. Le corporatisme. Être corporatiste n’est pas forcément être niais. Une partie des syndicats savent que la nature a horreur du vide et que le vide médical conduit comme naguère aux officiers de santé et aux inégalités sociales de santé qui en résultent. Mais il semble que du côté nuancé des travaux de Déplaude, Hassenteufel ou d’autres sur le numerus clausus on ne veuille retenir pour des raisons politiques que les attitudes syndicales les plus stupides et court termistes en oubliant les autres raisons, donc l’élitisme universitaire, les possibilités limitées pour l’accueil des étudiants et la théorie de la demande induite par le trop plein d’offre.

Voilà. J’aimerais bien que les sociologues et politistes s’interrogent sur la préférence pour les boîtes noires, en continuant bien sûr à s’interroger de même sur la préférence pour l’inégalité.

Maintenir des nomenclatures insignifiantes et répulsives est le meilleur moyen de conserver des boîtes noires opaques et politiques.

Jean-Pascal DEVAILLYMédecin des Hôpitaux, AIHP – ACCAService de Médecine Physique et de Réadaptation (MPR)Groupe hospitalier Lariboisière – Fernand Widal – Saint Louis 01 40 05 42 05Hôpitaux Universitaires Paris Nord-Val de Seine 01.40.25.84.49

Commentaires Dr Jean Scheffer:

On est stupéfait par les écarts de revenus entre médecins libéraux . Il y a un monde entre les revenus d’un côté des neurologies, pediatres, internistes et de l’autre radiologues, isotopistes et cancérologues

http://www.carmf.fr/page.php?page=chiffrescles/stats/2022/bnc2020.htm

Ces derniers devraient être au moins interdits de dépassements d’honoraires .

Il ne faut pas fantasmer sur l’activité libérale des praticiens temps plein des hôpitaux publics. Certes il y a bien des patrons de CHU qui ont la « main lourde ».

Mais avant de condamner il faut connaître la réalité des chiffres :

Ce n’est qu’une minorité qui exerce une activité libérale et la moitié sans dépassement d’honoraire*, afin surtout de compléter leur future retraite, car un praticien hospitalier ne touche en moyenne que 30% de son dernier salaire.

Tant qu’il y aura un écart aussi important entre spécialistes libéraux travaillant en cliniques-hôpitaux privés lucratifs et spécialistes hospitaliers il sera impossible de maintenir l’attractivité des hôpitaux pour les jeunes en fin d’internat ou de clinicat.

*

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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