Obstétriques: des événements indésirables conduisant à un décès dans la 1/2 des cas et évitable une fois sur deux

En obstétrique, un événement indésirable sur deux est évitable

Dans un contexte d’augmentation de la mortalité néonatale, le bilan de la Haute Autorité de santé sur les événements indésirables graves associés aux soins souligne des dysfonctionnements dans les services d’obstétrique. 

Par Eva Desvigne-HanschPublié aujourd’hui à 09h16, mis à jour à 09h16 https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/11/30/en-obstetrique-un-evenement-indesirable-sur-deux-est-evitable_6152295_3224.html

Temps de Lecture 3 min. 

Une femme enceinte subit un monitoring fœtal, qui permet d’enregistrer simultanément le rythme cardiaque du fœtus et les contractions de l’utérus, à Paris, le 29 juin 2022.
Une femme enceinte subit un monitoring fœtal, qui permet d’enregistrer simultanément le rythme cardiaque du fœtus et les contractions de l’utérus, à Paris, le 29 juin 2022.  CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/AFP

Plus de la moitié des événements indésirables graves survenus en obstétrique seraient évitables, d’après un nouveau rapport de la Haute Autorité de santé (HAS). Pour la cinquième année de suite, l’instance a publié son bilan annuel des événements indésirables graves associés aux soins (EIGS), lundi 21 novembre. Depuis mars 2017, les professionnels de santé hospitaliers comme libéraux sont tenus de déclarer et de recenser ces incidents médicaux graves « inattendus au regard de l’état de santé et de la pathologie » du patient. En analysant les 5 000 déclarations recueillies en cinq ans, la HAS a pu identifier des facteurs d’augmentation des risques et adresser des recommandations aux professionnels de santé afin d’améliorer la sécurité médicale.

https://www.has-sante.fr/jcms/p_3388763/fr/evenements-indesirables-graves-associes-aux-soins-un-bilan-riche-d-enseignements

https://www.has-sante.fr/jcms/p_3388888/fr/abreiges-eigs-2021

https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2022-11/retour_experience_nationall_eigs_2021_2022-11-21_11-16-23_105.pdf

Le rapport de cette année 2022 s’intéresse plus particulièrement aux cas d’accidents en salle d’accouchement. Au total, 269 EIGS obstétriques ont été recensés sur cinq ans, dont 141 concernaient l’enfant, 102 la mère et 26 étaient mixtes. Un fait particulièrement marquant est que 55 % de ces événements ont conduit à un décès.

Si, dans beaucoup de situations, l’état de santé de la future mère s’est révélé être un des facteurs aggravants, dans 51 % des cas la situation clinique était jugée « non complexe ». Le rapport alerte également sur le fait que plus de la moitié des accidents étaient considérés comme évitables.

Communication difficile

L’analyse approfondie des déclarations a permis d’identifier que les EIGS étaient, pour la majorité, liés à un défaut de prise en charge ou de diagnostic. Cependant, ces causes immédiates d’accident sont, en réalité, le reflet de dysfonctionnements de la médecine périnatale en France. En effet, dans la majorité des cas, la surcharge de travail et les sous-effectifs sont mis en cause dans les accidents.

Ce constat n’est pas étonnant compte tenu de la crise des ressources humaines en périnatalité, souligne Jean-Christophe Rozé, chef de service de médecine néonatale au CHU de Nantes, qui n’a pas participé à l’élaboration du rapport. Pour lui, un des grands enjeux actuels du secteur est « la modification de la sociologie du travail chez les jeunes professionnels » qui n’acceptent plus les surcharges de travail, le niveau de stress élevé et les horaires contraignants. Cela se traduit par une fuite des médecins et des sages-femmes vers d’autres secteurs ou d’autres métiers.

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Les maternités et surtout les plus petites structures se retrouvent donc en manque de personnel et sont obligées de faire appel à des « mercenaires », des intérimaires qui ne possèdent pas la « culture du service », souligne Jean-Christophe Rozé. Pourtant, selon le praticien, la richesse des soins périnataux réside dans la collaboration entre les différents spécialistes impliqués : gynécologues-obstétriciens, sages-femmes, anesthésistes et pédiatres. Mais la communication est rendue difficile par un remodelage fréquent des équipes. Ce défaut de communication a d’ailleurs été mis en cause dans 120 des 269 déclarations d’EIGS.

Pour faire face à cette crise, Jean-Christophe Rozé et d’autres spécialistes proposent de réduire encore le nombre de petites maternités, en privilégiant les grandes structures qui garantissent de meilleurs horaires pour les soignants et plus de sécurité pour les patients.

Constat alarmant

Cette analyse vient s’ajouter à d’autres, qui constataient déjà que les soins périnataux en France se trouvaient dans une situation alarmante. Le dernier rapport sur la santé périnatale de Santé publique France (SPF), publié en septembre, avait alerté sur une augmentation du taux de mortalité néonatale depuis 2012, cet indice concernant les décès d’enfants avant le 28e jour de vie. La France est, par ailleurs, une mauvaise élève en matière de mortinatalité (les décès de fœtus survenus après six mois de grossesse), puisqu’elle se classe vingtième sur vingt-huit pays européens, d’après le rapport Euro-Peristat publié le 15 novembre. Une autre étude, menée par SPF, concernant la mortalité maternelle, et rendue publique en janvier 2021, avait révélé qu’une femme meurt en couches tous les quatre jours. Sur l’ensemble des décès maternels expertisés entre 2013 et 2015, plus de la moitié étaient « évitables » ou « peut-être évitables » et, dans 66 % des cas, les soins administrés n’étaient pas optimaux.

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Cependant, les causes de la mortalité maternelle comme infantile restaient souvent difficiles à analyser en raison, notamment, du manque d’autopsies réalisées. L’étude des déclarations d’EIGS, souvent assez complètes, permet de lever en partie cette difficulté en identifiant certains dysfonctionnements. C’était d’ailleurs l’objectif affiché par la HAS en lançant sa campagne de déclaration d’EIGS auprès des professionnels : mieux comprendre pour mieux prévenir. Le bilan de 2022 a ainsi permis de dresser un certain nombre de préconisations à l’attention des services obstétriques dans l’espoir de voir diminuer le nombre des accidents. Le nombre de déclarations d’EIGS reste toutefois insuffisant, la HAS espère le voir augmenter dans les années à venir.

Eva Desvigne-Hansch

Deux nouvelles analyses de risques autour de l’accouchement et en lien avec la Covid-19

Dans le cadre de ce bilan, la HAS a réalisé une première analyse spécifique des risques survenant autour de l’accouchement. Entre mars 2017 et décembre 2021, elle a ainsi recensé 269 EIGS survenus avant, pendant ou juste après l’accouchement dont 141 concernant l’enfant, 102 la mère, et 26 à la fois la mère et l’enfant. Ils sont majoritairement liés à un défaut de prise en charge ou de diagnostic. Plus de la moitié des EIGS déclarés ont conduit à un décès. L’analyse de ces causes profondes amène la HAS à préconiser :

  • de former en continu sur la lecture des rythmes cardiaques fœtaux « complexes » ou « douteux » ;
  • d’actualiser et d’harmoniser les protocoles de prise en charge d’une hémorragie du post-partum incluant le volet obstétrical et le volet anesthésique ;
  • et de former et d’organiser des ateliers de simulation en santé pour la prise en charge en urgence de la parturiente et du nouveau-né.

La HAS a mené une seconde analyse spécifique sur les EIGS survenant pendant la pandémie de Covid-19. Ceux-ci se répartissent en trois vagues, pour un total de 1341 évènements reçus : la première vague de mars à juin 2020 (314 EIGS), la deuxième vague d’août à décembre 2020 (513), et la troisième vague de janvier à mai 2021 (514). Plus d’une déclaration sur deux fait état d’un décès du patient toutes vagues confondues, avec un pourcentage de décès plus élevé lors de la 1ère vague (59% de décès parmi les EIGS recensés). Les défauts de prise en charge ou de diagnostic, mais également les erreurs médicamenteuses figurent parmi les causes d’EIGS les plus souvent recensées, même si globalement les huit thématiques spécifiques d’EIGS mises en évidence dans les rapports annuels précédents apparaissent également. Pour accompagner les professionnels de santé, la HAS préconise de les former, notamment par la simulation en santé, aux gestes d’urgence et à la gestion des risques. Elle souligne également la nécessité de former l’équipe à la transmission d’informations factuelles et explicites. Enfin, elle recommande de favoriser la télémédecine pour pouvoir bénéficier d’avis spécialisés dans les plus brefs délais.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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