EELV à la veille de son congrès, paralysé par l’affaire Bayrou, miné par les divisions, boudé par les jeunes malgré les coups d’éclat de Sandrine Rousseau, concurrencé par « Les jeunes pour le climat »

Congrès d’EELV : les écologistes boudés par la jeunesse militante

A l’approche de son congrès, le 10 décembre, Europe Ecologie-Les Verts, occupé par des querelles internes, peine à exister face aux actions de plus en plus visibles des militants pour le climat.

Par Julie Carriat et Sandrine Cassini Publié le 18 novembre 2022 à 05h30 Mis à jour le 18 novembre 2022 à 09h19

Temps de Lecture 4 min.

https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/11/18/congres-d-eelv-les-ecologistes-boudes-par-la-jeunesse-militante_6150392_823448.html?xtor=EPR-32280629-%5Ba-la-une%5D-20221120-%5Bzone_edito_2_titre_6%5D&M_BT=53496897516380

Mobilisation d'une douzaine d'activistes du collectif Dernière Rénovation qui lutte contre le réchauffement climatique sur le périphérique de Paris, à porte d'Ivry, le 11 novembre 2022.
Mobilisation d’une douzaine d’activistes du collectif Dernière Rénovation qui lutte contre le réchauffement climatique sur le périphérique de Paris, à porte d’Ivry, le 11 novembre 2022. CAMILLE MILLERAND POUR « LE MONDE »

Un Klimt ou un Van Gogh aspergés de liquide, des blocages routiers où des militants du collectif français Dernière Rénovation se collent une main au bitume… chaque jour appelle une nouvelle action directe de jeunes militants pour le climat en Europe et au-delà. Si les jeunes et l’écologie occupent le débat public et font la « une » des journaux, Europe Ecologie-Les Verts (EELV) est paradoxalement aux abonnés absents. « Nous devrions être le débouché naturel de ces mouvements », admet la députée de Paris Sandrine Rousseau, qui voit dans l’absence des écologistes dans ce débat public le résultat de la bureaucratisation du parti.

Lire aussi : Julien Bayou accusé de violences psychologiques par son ex-compagne : comprendre quatre mois de crise à EELV

De fait, les écologistes ont aussi et surtout été paralysés par l’affaire Bayou, dans laquelle la députée a pris toute sa part. Jamais les derniers pour l’autocritique, les écologistes, en pleine préparation de leur congrès, rivalisent d’analyses, sans s’accorder sur les solutions à apporter. « Je reconnais que notre mouvement pèche par sa crédibilité », abonde l’eurodéputé et ancien candidat à la présidentielle Yannick Jadot.

« La radicalité, ce n’est pas de stigmatiser les gens. Ou alors, c’est un cri permanent dans la société, entre les purs et les impurs »
Yannick Jadot

Mais cette prise de conscience n’empêche pas les Verts d’être accaparés par leurs luttes internes. Le 26 novembre, les 11 000 adhérents du parti voteront pour les six motions en lice, ces textes censés esquisser les lignes politiques de leurs signataires, avant la désignation du nouveau secrétaire national, le 10 décembre. Pour Yannick Jadot, les querelles qu’il entretient avec Sandrine Rousseau traduisent la « godille politique » qui mine le parti. « Nos électeurs sont très perturbés. S’ils s’interrogent, c’est que nous n’avons pas tranché. » L’eurodéputé revendique une « écologie de la responsabilité », visant les sorties clivantes de sa principale concurrente. « La radicalité, ce n’est pas de stigmatiser les gens. Ou alors, c’est un cri permanent dans la société, entre les purs et les impurs », estime-t-il.

Yannick Jadot et son positionnement central n’ont pourtant pas séduit la jeunesse en colère ou écoanxieuse. Le quinquagénaire a hésité sur les actions dans les musées – « une caricature imbécile », selon lui, mi-octobre, une forme de désobéissance civile désormais. De son côté, Sandrine Rousseau l’a brocardé à la suite du mauvais accueil réservé à l’ancien candidat à la présidentielle par des black blocs à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) lors de la manifestation contre les mégabassines. Et la députée écoféministe continue de lui reprocher une forme d’institutionnalisation. « Il faut retrouver une impertinence, ne pas avoir peur d’avoir des adversaires », assume-t-elle.

Querelles mortifères

EELV, parti écartelé entre une base radicale et un électorat mouvant, qualifié comme centriste par certains, ne sait plus comment s’y prendre. « Quelle est l’utilité d’EELV, et qu’est-ce qu’on fait collectivement ? », s’interroge l’adjoint écologiste à la Mairie de Paris David Belliard. Ce flottement et le bruit des divisions internes menacent de déconnecter les Verts de leurs propres combats. « Les jeunes ne se reconnaissent pas dans le parti écolo. C’est ce que Sandrine Rousseau a réussi à capter », reconnaît l’ex-député Noël Mamère, pas certain pour autant que « cette rhétorique binaire des bons contre les méchants » ne serve le projet des Verts. Au contraire, les deux cadres écologistes, qui ne sont pas « si différents », aux yeux de l’ancien journaliste et candidat à la présidentielle de 2002, doivent en finir avec ces querelles mortifères et réussir à faire vivre ensemble leurs sensibilités.

Lire aussi : EELV : sept motions en lice pour le congrès, afin de prendre la suite de Julien Bayou à la tête du parti *

Pas étonnant, dès lors, que le fossé se soit creusé entre les activistes pour le climat et le parti. « Si on veut que l’écologie et la démocratie fassent bon ménage, il faut inverser la tendance… », tranche Noël Mamère. A la dernière présidentielle, une poignée de jeunes militants ont rejoint la politique. Mais pas EELV. Claire Lejeune, figure des marches pour le climat, ou Alma Dufour, ex-porte-parole des Amis de la Terre (élue en juin députée La France insoumise de Seine-Maritime), ont apporté leur soutien à Jean-Luc Mélenchon. Dans ses discours, l’ancien sénateur socialiste a fait sa mue écologiste, puis sa radicalité et sa première place à gauche dans les sondages ont fait le reste. « Des gens comme Aymeric Caron, Alma Dufour ou Aurélie Trouvé [tous députés LFI] devraient être avec nous », se désole Sandrine Rousseau, qui déplore les débats internes « ésotériques » d’EELV et prône la mise en place « d’outils au service du monde militant » .

« Se distinguer pour exister »

Pour Noël Mamère, le parti souffre surtout d’un fonctionnement centré sur la proportionnelle, qui pousse chacun à « se distinguer pour exister ». Autre problème, y adhérer « peut prendre neuf mois », selon Sandrine Rousseau, qui estime que les nouveaux venus ne se sentent « pas accueillis à bras ouverts », alors que depuis des années, les directions successives promettent d’ouvrir les portes et les fenêtres pour y faire entrer la société civile. Pis, EELV est essentiellement composé de cadres diplômés peu représentatifs de la diversité française, alors même que ses dirigeants rêvent d’élargir l’électorat.

« Si la désobéissance civile monte en puissance, je ne suis pas sûre que les Verts résistent très longtemps. » Alma Dufour

Tout n’est pas de la faute des Verts. Les mouvements pour le climat se montrent frileux envers le système partisan et représentatif. Pour Noël Mamère, cette défiance puise en partie sa source dans l’espoir déçu de la convention citoyenne pour le climat, convoquée en 2019 par Emmanuel Macron pour sortir de la crise des « gilets jaunes ». « La colère des jeunes est aussi liée à cela, il y a un traumatisme comparable à celui du non au référendum de 2005 », estime-t-il.

Alma Dufour, ancienne militante des Amis de la Terre, raconte l’ambiguïté de ces mouvements vis-à-vis des partis : « Il y a une méfiance profonde vis-à-vis de l’appareil partisan. Pendant la présidentielle, certains militants avaient une double appartenance à EELV et entretenaient une forme de pression amicale. Cela a créé une difficulté supplémentaire pour afficher un soutien politique qui était majoritairement tourné vers Jean-Luc Mélenchon », explique-t-elle. Pour elle, d’ailleurs, « si la désobéissance civile monte en puissance, je ne suis pas sûre que les Verts résistent très longtemps ».

Lire l’entretien : « Les jeunes activistes ont remis à l’ordre du jour la sensibilité environnementale, ce n’est pas rien »

La France insoumise, soucieuse d’accompagner les miltants et de s’en faire des alliés, prévoit d’intégrer de nouveaux modes d’action dans son répertoire pour s’en rapprocher. Ancien secrétaire national d’EELV, David Cormand réfute l’idée que LFI puisse s’arroger le monopole du militantisme. « Dans l’histoire de l’écologie politique, il y a toujours eu une forme à la fois de lien et de différence d’approche entre les résistants et l’institution politique, Yannick Jadot [ancien militant de Greenpeace] en est la personnification. Dans ces allées et venues entre ces territoires militants, il y a parfois des frictions, ça a toujours existé. » D’ailleurs, ajoute-t-il, chez EELV, « il n’y a pas de coupure, ce n’est pas comme au Parti socialiste, où c’est assumé : une fois qu’on est élu, on n’est plus militant ». Une manière de dire que les Verts n’ont de leçon à recevoir de personne.

Julie Carriat et Sandrine Cassinil

*EELV : sept motions en lice pour le congrès, afin de prendre la suite de Julien Bayou à la tête du parti

Le congrès du parti pour désigner qui prendra les rênes du parti écologiste se tiendra en deux étapes, les 26 novembre et 10 décembre, sur fond d’éclatement de l’offre et de crise interne.

Le Monde Publié le 21 octobre 2022 à 08h38

Temps de Lecture 2 min.

Qui pour prendre la tête d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) après la démission de Julien Bayou ? La réponse à la question ne saurait tarder à l’approche du congrès. Il y aura en tout cas sept motions en lice, comme l’a annoncé mardi 20 octobre, date limite de dépôts des listes, la cosecrétaire nationale adjointe du parti, Léa Balage El-Mariky, à l’Agence France-Presse.

Ces dernières ont rassemblé les 112 signatures nécessaires pour être représentées au congrès qui se tiendra en deux temps, avec d’abord, le 26 novembre, un « congrès décentralisé », où les fédérations éliront leurs délégués qui seront ceux qui voteront ensuite, le 10 décembre, pour choisir la liste qui prendra la direction du parti, lors du congrès fédéral.

La liste menée par Marine Tondelier donnée comme favorite

Cette « offre éclatée » témoigne des différents courants qui coexistent et s’affrontent parfois au sein du parti.

Il y a d’abord la conseillère municipale d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) Marine Tondelier, qui mènera la liste « La Suite », avec pour ambition affichée de totalement « refonder » le parti, malgré l’échec du référendum qu’elle a porté en interne pour proposer la simplification des statuts du parti. Dans un courrier adressé aux militants de EELV début octobre, cette dernière s’affichait volontairement en alternative pour l’avenir du parti, estimant qu’il « a trop souffert des individualismes ».

Lire aussi : EELV : Marine Tondelier candidate à la direction du parti, pour mettre fin aux « individualismes »

Proche des anciens secrétaires nationaux Cécile Duflot, David Cormand et Julien Bayou, elle fait figure de favorite à la succession de ce dernier, qui a démissionné de son poste de secrétaire nationale fin septembre après les accusations de violences psychologiques formulées par son ex-compagne et rapportées publiquement par Sandrine Rousseau. Elle est également soutenue par plusieurs maires écologistes, dont l’édile de Grenoble, Eric Piolle, ou encore Léa Balage El-Mariky.

L’ancien candidat à la présidentielle et eurodéputé Yannick Jadot, tout comme la députée et ancienne numéro deux du parti Sandra Regol ont pour leur part signé la motion « Printemps écologiste », portée par la conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine Sophie Bussière.

La députée et militante « écoféministe » Sandrine Rousseau soutient quant à elle la motion « Terre », menée par une de ses proches, la conseillère municipale de Lille Mélissa Camara, annoncée comme deuxième en lice derrière Marine Tondelier. Derrière cette motion, Mme Rousseau s’est alliée avec une partie de l’aile gauche de la direction de EELV, représentée actuellement au bureau exécutif par le porte-parole du parti, Alain Coulombel.

Lire aussi : La décroissance, une politique qui divise les écologistes

L’ancienne candidate aux régionales en Bretagne Claire Desmares-Poirrier présente quant à elle la motion « Ce qui nous lie », tandis que la responsable des élections Hélène Hardy et l’eurodéputée Karima Delli se sont associées dans la motion « L’Arche ». La membre du bureau exécutif Géraldine Boyer mène de son côté la liste « Rébellion construction » tandis que Philippe Stanisière présente « Démocratie écolo ». Ces deux dernières listes doivent encore être validées vendredi, en raison de la faible marge de signatures obtenues au-dessus du quorum, a précisé Léa Balage El-Mariky.

Une « offre éclatée » sur fond de crise interne

Cette « offre éclatée » en sept motions, bien plus importante qu’au précédent congrès tenu en 2019, où elles étaient au nombre de quatre, ne signifie pas « qu’on est revenus à l’âge punk des écolos », assure Léa Balage El-Mariky.

Selon celle qui codirige EELV avec Jérémie Crépelle depuis la démission de Julien Bayou, cet épisode « ne sera pas le sujet du congrès mais a contribué à une ambiance » plus ou moins électrique en interne. S’ajoute à cela la lourde défaite de Yannick Jadot lors de la présidentielle, avec un score inférieur à 5 %, actant l’échec de l’écologie politique sur la scène nationale, après les encouragements des élections européennes et municipales.

Lire aussi : « La torpille Sandrine Rousseau fait d’autant plus mal qu’elle percute un parti brutalement ramené à ce qu’il est : une coquille fragile » **

Ainsi, Mme Balage El-Mariky l’assure : l’élection des nouveaux dirigeants va se jouer sur « le rapport aux territoires, le rapport à la Nupes et la refondation du parti ». « Ce serait mentir de dire qu’il n’y a pas de problèmes d’ego, mais pas tant que ça », « les gens entendent défendre tel point identifié voire identitaire » dans leur motion propre, analyse l’adjointe à la mairie du 18e arrondissement de Paris.

M. Bayou ayant été élu député en juin dernier – fonction non cumulable avec la fonction de secrétaire national selon les statuts du parti écologiste –, un congrès du parti pour le remplacer était d’ores et déjà prévu pour la fin d’année, avant sa démission.

Le Monde

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**« La torpille Sandrine Rousseau fait d’autant plus mal qu’elle percute un parti brutalement ramené à ce qu’il est : une coquille fragile »

Chronique

auteur

Françoise Fressoz

Editorialiste au « Monde »

Ce qu’il se passe chez EELV recouvre une évolution plus générale à gauche. La conquête du pouvoir ne se conçoit plus au centre mais aux extrêmes. A ce compte, toutes les surenchères sont bonnes à prendre.

Publié le 04 octobre 2022 à 04h00 Mis à jour le 04 octobre 2022 à 19h57 Temps de Lecture 4 min.

Qui se souvient encore du score de Yannick Jadot aux élections européennes de 2019 ? Des espoirs que l’ancien militant de Greenpeace avait alors suscités dans la famille écologiste ? Le 26 mai de cette année-là, la tête de liste d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) avait remporté 13,48 % des suffrages exprimés, laissant loin derrière ses concurrents de gauche. La liste conduite par Raphaël Glucksmann n’avait enregistré que 6,19 % des suffrages exprimés, celle de La France insoumise (LFI), menée par Manon Aubry 6,31 %, réduisant à néant l’espoir de Jean-Luc Mélenchon de s’imposer comme l’opposant numéro un à Emmanuel Macron.

Lire aussi : Julien Bayou accusé de violences psychologiques par son ex-compagne : comprendre quatre mois de crise à EELV

Pour les écologistes, une occasion historique se présentait de chambouler la hiérarchie de la gauche plurielle en supplantant le Parti socialiste, dynamité par la récente défaite de François Hollande.

La montée continue des préoccupations liées au réchauffement climatique donnait quelque crédit au pari. La stratégie était empreinte de bon sens. Elle consistait à renforcer l’assise locale du mouvement avant de revendiquer la conquête et l’exercice du pouvoir national dans le cadre d’un large rassemblement allant de la gauche au centre.

Lire aussi : Julien Bayou : « Le privé ne doit pas être instrumentalisé à des fins politiciennes »

La première partie du contrat a été remportée haut la main. En témoigne la vague verte de 2020, qui a vu plusieurs métropoles, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, basculer aux mains des écologistes. La seconde partie, beaucoup plus aléatoire au regard de l’histoire du mouvement, a en revanche débouché sur un fiasco. Yannick Jadot a terminé la présidentielle avec moins de 5 % des suffrages exprimés au terme d’une campagne qui n’a jamais décollé.

Déchirements

EELV, qui revendique 11 000 adhérents, est de nouveau en proie à de graves déchirements internes autour d’une réforme des statuts maladroitement conduite par sa direction. Seule l’élection de vingt-trois députés Verts en juin sauve un peu la mise, à ceci près que la plupart des élus écolos doivent leur victoire au bon vouloir de Jean-Luc Mélenchon.

En outre, le groupe est, en pleine rentrée parlementaire, déstabilisé par les accusations publiques portées par l’une de ses membres, Sandrine Rousseau, contre son coprésident, Julien Bayou. Désigné à la vindicte pour violence psychologique à l’égard de son ex-compagne, fait qu’il conteste, l’élu a dû se mettre en retrait de cette fonction avant de démissionner, quelques jours plus tard, de la présidence du parti. Selon le quotidien Libération, il vivait depuis trois ans sous la pression d’un collectif féministe informel qui lui reprochait sa conduite et enquêtait sur ses relations avec les femmes.

La torpille Rousseau fait d’autant plus mal qu’elle percute un parti brutalement ramené à ce qu’il est : une coquille fragile qui, en dépit de ses succès locaux, n’a su ni grandir ni se professionnaliser et reste en proie à des haines tenaces et à des règlements de comptes peu ragoûtants.

L’aventure malheureuse de Yannick Jadot renvoie à celle incarnée par Daniel Cohn-Bendit en 2009 : sur un marché porteur, un candidat joue le rassemblement à la faveur du scrutin européen, qui a la particularité de se dérouler à la proportionnelle à un tour. Ce faisant, il réussit à bouleverser le jeu, mais, lorsque les affaires sérieuses commencent, lorsque la présidentielle se profile, tout se dérègle, comme si la marche était trop haute. « Fondamentalement le mouvement écologiste reste rétif à l’exercice du pouvoir. Culturellement, il est issu du mouvement associatif. Son ADN, c’est l’influence, pas la prise de décisions », constate un ancien membre de la direction d’EELV.

Casser les codes

Un moment, Yannick Jadot avait songé faire l’économie de la primaire écologiste. Au nom du rassemblement, il n’a pu s’en abstraire. Dès le premier tour, la famille est apparue divisée en quatre morceaux d’importance à peu près égale : alors que le favori prônait une « écologie ouverte et majoritaire », Eric Piolle défendait un nouvel humanisme vert, Sandrine Rousseau portait l’écoféminisme, et Delphine Batho, la décroissance.

Au second tour, la victoire de Yannick Jadot a été presque éclipsée par le surgissement de celle qui n’allait plus quitter les micros. De même que la primaire du parti Les Républicains a créé et installé le phénomène Ciotti, celle des Verts a servi de tremplin à une quasi-inconnue qui, à coups d’attaques décomplexées et de formules-chocs, fait aujourd’hui la « une » des hebdos, en se jurant de mettre à bas le patriarcat.

Lire aussi L’écoféminisme, contre les « dominations croisées » des femmes et de la nature

On serait à première vue tenté de voir à travers l’épanouissement du phénomène Rousseau la énième manifestation de la marginalisation des Verts français. Comment prétendre un jour accéder au pouvoir quand on attaque, fustige, divise et indispose le plus grand nombre ? La dérive est d’autant plus spectaculaire qu’elle tranche avec l’évolution des écologistes outre-Rhin, fortement impliqués dans la transformation du modèle allemand.

Il ne faut cependant pas négliger le fait que la période se prête en France à la radicalité et que l’aura médiatique dont bénéficie la députée de Paris fait pâlir de jalousie ceux-là mêmes qu’elle indispose : non seulement elle réussit à prendre toute la lumière, mais, à force de casser les codes, ses thèmes finissent par infuser. « Cela dit quelque chose de l’évolution de la gauche en général, constate Simon Persico, professeur des universités à Sciences Po Grenoble. Les jeunes se mobilisent sur des thèmes nouveaux, le féminisme, l’intersectionnalité. ils réclament un changement radical de société. Sandrine Rousseau apparaît comme le pendant exact de la droite extrême qui cherche elle aussi à imposer son récit avec une position opposée dans la bataille culturelle. »

La dynamique dont a bénéficié Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle était déjà un indice. A gauche, la conquête du pouvoir ne se conçoit plus au centre, mais aux extrêmes. A ce compte, toutes les surenchères sont bonnes à prendre.

Pour la gauche modérée, la situation ressemble à un étouffoir, car plus les mots claquent, moins sa voix porte, plus le débat se polarise, moins elle a d’espace. C’est l’un des effets les plus spectaculaires de la recomposition en cours.

Françoise Fressoz (Editorialiste au « Monde »)

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2022/11/17/les-rapports-complexes-entre-europe-ecologie-les-verts-et-les-ecologistes-radicaux/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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