Macron: « donner plus de responsabilités aux infirmiers, aux pharmaciens et à tous les professionnels paramédicaux. »

Débats sur la santé : un virage symbolique dans le partage des tâches ?

Après le ministre de la santé, le président de la République a fait part de sa volonté de donner plus de responsabilités aux infirmiers, aux pharmaciens et à tous les professionnels paramédicaux. 

Par Mattea BattagliaPublié aujourd’hui à 07h00 https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/10/30/debats-sur-la-sante-un-virage-symbolique-dans-le-partage-des-taches_6147908_3224.html

Temps de Lecture 3 min. 

« Délégation de tâches », « partage de responsabilités », « décision médicale partagée »… : ces expressions rythment, depuis plusieurs semaines, les débats sur la santé. Ceux attendus à l’Assemblée nationale ont tourné court avec l’activation de l’article 49.3 de la Constitution. Mais les discussions qui vont démarrer dans le cadre des négociations de la convention médicale entre l’Assurance-maladie d’un côté, les syndicats de médecins de ville de l’autre, peuvent difficilement éluder la question : comment mieux faire travailler les professionnels de santé ensemble pour « libérer du temps médical », selon un autre élément de langage convenu ?

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Le sujet, technique, a pris un relief politique. Le chef de l’Etat l’a fait sien, mercredi 26 octobre sur France 2, en évoquant la lutte contre les déserts médicaux : « On va donner plus de responsabilités à nos infirmières et infirmiers, à nos kinés, à nos pharmaciens et pharmaciennes, à tous nos paramédicaux, à nos psychologues et autres, pour que beaucoup de tâches qui sont faites par nos médecins puissent aller vers ces derniers », a-t-il défendu. Questionné sur la pénurie d’ophtalmologues, Emmanuel Macron a renchéri : « On doit mieux organiser le temps de travail entre les médecins, en particulier spécialistes, et les paramédicaux ».

L’argumentaire résonne depuis un moment avenue de Ségur. A plusieurs reprises, depuis la rentrée, le ministre de la santé et de la prévention, François Braun, a formulé un avertissement : « Si les professionnels ne s’entendent pas entre eux, le gouvernement prendra ses responsabilités. » Il l’a fait en reprenant, dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2023, quelques amendements en ce sens. Ainsi, de l’expérimentation permettant à des infirmières de certains territoires, pour une durée limitée, d’établir des certificats de décès. Ou de l’ouverture, dans les déserts médicaux, de la « permanence de soins » à des infirmières, sages-femmes et kinés. « Le soir, le week-end, ces professionnels pourront apporter une réponse de premier recours dans la logique de responsabilisation des acteurs locaux que nous défendons », explique-t-on au cabinet Braun.

« Un verrou vient de sauter »

Dans une « maison de santé pluriprofessionnelle », ce mode d’exercice collectif souvent cité en exemple, les médecins vont pouvoir déléguer aux infirmières le suivi des patients chroniques, les renouvellements d’ordonnance… : François Braun l’a salué dans un entretien donné à Libération, le 13 octobre. * « Un verrou important vient de sauter », a-t-il ajouté.

Les ordres de santé y ont contribué. Dans leurs propositions communes remises mi-octobre pour lutter contre les déserts médicaux, ils ont très symboliquement reconnu le « partage d’actes » relevant aujourd’hui des seuls médecins. Mais les débats ont été houleux, en amont, en leur sein. Leur communiqué officiel, prudent, en porte la trace, ouvrant la porte, dans les territoires où la démographie médicale est « particulièrement insuffisante », pour les 6 millions de Français (dont 700 000 en affection longue durée) qui n’ont pas de médecin traitant, à une « mission d’orientation et de prise en charge de première intention aux autres professionnels de santé ». « A condition qu’un médecin reste le chef d’orchestre du parcours de soins », prévient Jean-Marcel Mourgues, vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins.

Lire aussi le reportage :   « On n’imagine plus un médecin qu’on puisse appeler vingt-quatre heures sur vingt-quatre ! » : une famille de quatre générations de médecins raconte les mutations de la profession

La prochaine bataille consistera à préciser, ordre par ordre, qui peut faire quoi. Les infirmiers, qui comptent désormais dans leurs rangs des « infirmiers de pratique avancée », se sont déjà positionnés en « recours » et ont listé leurs propositions. C’est aussi le cas des masseurs-kinésithérapeutes, des pharmaciens… Des accords ont été signés, cette année, entre l’Assurance-maladie et les pharmaciens d’un côté, les infirmiers de l’autre, dans leur convention respective, pour qu’ils puissent faire des rappels de vaccins. Et le projet de budget de la « Sécu » entend augmenter le nombre de professionnels habilités à vacciner.

Mais l’adhésion reste à emporter sur le terrain. « Cette dynamique du partage des tâches, qui a vocation à s’amplifier, a un impact sur les pratiques mais aussi sur les modèles économiques des médecins libéraux et des autres professionnels », explique le directeur général de l’Assurance-maladie, Thomas Fatôme.

A ce stade, l’inquiétude le dispute à la colère dans les rangs des syndicats de médecins : « Nous avons toujours appuyé les initiatives permettant de développer la coopération entre les professions mais nous n’accepterons pas un contournement du parcours de soins en vendant à la découpe certaines missions du médecin traitant », s’énerve Agnès Giannotti, de MG France. « La compétence ne se transfère pas ! Elle s’acquiert ! », fait valoir Philippe Vermesch du Syndicat des médecins libéraux, qui alerte contre la mise en place d’une « médecine à deux vitesses ». « L’accès direct, c’est la fausse bonne idée, et pour le patient en premier lieu, défend-il. Dans le cadre de soins protocolisés, nous ne sommes par contre un partage d’actes, mais cela nécessite que le médecin traitant reste impliqué… et qu’il bénéficie aussi d’un retour d’honoraires ! »Lire aussi :  Article réservé à nos abonnés  Face aux déserts médicaux, le pari de la « responsabilité collective »

Le débat devrait rebondir dans l’Hémicycle : une proposition de loi portant spécifiquement sur le sujet, portée par la députée du Loiret Stéphanie Rist (Renaissance) et d’autres membres de son groupe, doit y être examinée fin novembre. La députée n’en est pas, en la matière, à sa première initiative. L’occasion de vérifier si, une fois le verrou enlevé, la porte fait plus que s’entrouvrir.

Mattea Battaglia


Interview

*François Braun, ministre de la Santé : «Notre système construit sur l’offre de soins est à bout de souffle»

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Le ministre, nommé en juin, détaille son projet pour lutter contre les déserts médicaux et aspire à une action «plus en prise avec la réalité des besoins de santé des territoires».

Le ministre de la Santé, François Braun, mardi à Paris. (Marie Rouge/Libération)

par Nathalie Raulin

publié le 13 octobre 2022 à 19h51

Pas inquiet, mais embarrassé, François Braun. Le ministre de la Santé le dit : la gronde étudiante contre son projet d’instaurer une quatrième année d’internat de médecine générale sous forme de stage ambulatoire à réaliser «en priorité» dans les déserts médicaux, est le fruit d’un «malentendu» qu’il se charge de dissiper. Pour «répondre aux besoins de santé» de la population, l’ex-président du syndicat Samu-Urgences de France mise davantage sur la «responsabilité» des professionnels de terrain.

Les étudiants en médecine dénoncent ce qui n’aurait pour but que de les envoyer pallier la pénurie de généralistes dans les déserts médicaux. Comprenez-vous leur colère ?

C’est parti comme une traînée de poudre sur un malentendu. A l’origine, cette quatrième année de DES [diplôme d’études spécialisées, ndlr] de médecine générale, c’est une demande des étudiants ! Ils considéraient que leur cursus ne leur offrait pas une formation suffisante en gynécologie-obstétrique, en pédiatrie et même dans la gestion d’un cabinet médical. C’est dans cet objectif qu’on avait fait figurer cette mesure dans le programme présidentiel du candidat Macron. Ce qu’on leur propose aujourd’hui, c’est d’ajouter une année d’internat entièrement consacrée à des stages ambulatoires pour mieux les préparer à l’exercice professionnel en cabinet médical. En parallèle, on va se donner les moyens, en lien étroit avec les élus locaux, pour que les étudiants puissent les effectu

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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