De plus de plus de généralistes choisissent le salariat

« C’est mieux pour les patients, mieux pour les médecins » : de plus de plus de généralistes choisissent le salariat

France Info

écouter (6min)

Alors que la lutte des déserts médicaux est au cœur du volet « santé » du Conseil national de la refondation, franceinfo fait le tour des initiatives qui existent en France. Un modèle s’impose de plus en plus : celui des maisons de santé qui font le choix de salarier les médecins généralistes. 

Article rédigé par 

Solenne Le Hen

Radio France

Publié le 24/10/2022 06:31Mis à jour le 24/10/2022 09:10

 Temps de lecture :  5 min.

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-choix-franceinfo/c-est-mieux-pour-les-patients-mieux-pour-les-medecins-de-plus-de-plus-de-generalistes-choisissent-le-salariat_5407528.html

Patrick et son médecin traitant, le Dr Katya Zekri, au centre de Santé Porte de DrômArdèche à Saint-Rambert d’Albon (Drôme).  (SOLENNE LE HEN / FRANCEINFO)
Patrick et son médecin traitant, le Dr Katya Zekri, au centre de Santé Porte de DrômArdèche à Saint-Rambert d’Albon (Drôme).  (SOLENNE LE HEN / FRANCEINFO)

Et si, pour attirer les médecins, la solution était le salariat ? Alors que six millions de Français vivent dans un désert médical, des débats vont se tenir pendant trois mois dans toute la France dans le cadre du volet santé du Conseil national de la refondation (CNR°. Parmi les initiatives à recenser, il y a celle de salarier les médecins dans des maisons médicales pour les attirer, comme c’est le cas à Saint-Rambert-d’Albon, dans la Drôme. 

>> Déserts médicaux : il est six fois plus difficile de consulter un médecin en milieu rural qu’en ville, selon une étude des maires ruraux de France

Ici, quatre médecins généralistes accueillent leurs patients depuis mai 2021. Une belle aubaine pour Patrick, un habitant du secteur, qui se rend désormais chez son médecin avec le sourire. « Ça va pas mal, merci !« , répond-il au docteur Katya Zekri qui l’accueille et l’invite à s’installer. Patrick va en effet beaucoup mieux depuis qu’il peut venir ici. « Comme notre médecin est parti à la retraite, je n’avais plus de médecin traitant depuis un an et demi, explique-t-il. Heureusement que la maison médicale a pu ouvrir ses portes et recruter des médecins. Avec ma femme et mes enfants, on était toujours à la recherche et ça devenait de plus en plus compliqué. »

L’ouverture de ce centre a changé « énormément » de choses pour lui. « On vit mieux, on se sent plus tranquille, surtout quand on habite à la campagne« , résume-t-il. Comme lui, de nombreux autres patients étaient à la recherche d’un médecin. La demande était très forte, à tel point que lors du premier jour d’ouverture du centre, il a reçu 1 500 appels de patients. 

Des médecins salariés par la collectivité

Katya Zekri s’est donc installée dans ce centre après avoir travaillé à l’hôpital. C’est « le salariat en premier » qui l’a attirée ici pour échapper aux « contraintes » de l’hôpital, « les gardes, les astreintes« . « Je préfère gagner moins et rentrer le soir pour voir mes enfants et ma famille« , assure-t-elle. Même motivation pour le Dr Emeline De La Motte, qui venait de terminer ses études de médecin avant de s’installer ici, et qui « ne connaissait pas du tout » Saint-Rambert-d’Albon. « Je suis arrivée parce qu’il y avait cette maison médicale qui se montait. C’est vraiment ça qui m’a attirée« , reconnaît-elle. 

Ici, les médecins sont des salariés de la communauté de communes, et c’est une demande des jeunes aujourd’hui. Ils bénéficient d’un secrétariat, ils n’ont pas d’administratif à faire, ils ont des horaires fixes et des jours de congés. Leur salaire mensuel est fixe, il démare entre 2 500 euros et 3 000 euros net, puis augmente avec l’ancienneté. « On a un mercredi et un vendredi sur deux, ça permet de passer un peu de temps avec sa famille. J’ai 33 ans, quatre enfants, c’est ma première installation et je ne me serais jamais installée autrement« , explique Emeline De La Motte. 

« J’arrive le matin, je pose mes affaires, je vois mes patients et quand je rentre le soir j’ai fait de la bonne médecine. »Emeline De La Motte, médecin généraliste

à franceinfo

« C’est mieux pour les patients, c’est mieux pour moi », assure le médecin, qui ne se sentait pas forcément prête à s’installer toute seule et n’en avait pas forcément envie : « Je ne me voyais pas cheffe d’entreprise, maman de quatre enfants, médecin dans une région où il n’y a pas de médecin, sans avoir une secrétaire, toute une administration autour de moi, une comptable.« 

>> Le gouvernement veut prolonger d’un an l’internat des étudiants en médecine générale pour les envoyer dans les déserts médicaux

Cette solution permet un meilleur équilibre des médecins et qui fait du bien aux patients du territoire. « C’était très très dur, ça faisait un moment qu’ils n’avaient plus de médecin, les prises en charge étaient catastrophiques, il y avait des diabètes déséquilibrés, de l’hypertension déséquilibrée, des gens qui n’avaient pas consulté depuis cinq ou dix ans« , avance le docteur Emeline De La Motte. Il a donc fallu « reprendre les choses en main« , et désormais « les patients vont beaucoup mieux » et « il y a moins de demandes« . En tout, 2 000 patients sont suivis au centre de santé. Un cinquième médecin généraliste est attendu. 

Une solution de plus en plus plébiscitée par les collectivités

Aujourd’hui, il existe en France 350 centres de santé sur ce modèle, financés par des mairies, des communautés de communes, des départements. À Saint-Rambert-d’Albon, le projet a demandé plus de quatre années de travail. « Ça n’a pas été simple, dès qu’on touche au monde de la santé, on est dans un univers complexe qui n’est pas notre cœur de métier« , raconte Pierre Jouvet, le président socialiste de la communauté de communes Portes de DrômArdèche. « Il a fallu qu’on apprenne, qu’on travaille, qu’on se renseigne« , poursuit-il. Ils ont proposé aux médecins qui étaient en stage de fin d’études dans le territoire de venir, des universités ont aussi été démarchées.

« Ça a été difficile, ça l’est toujours. Aujourd’hui, on a quatre médecins généralistes, si on en avait cinq, six, sept ou dix, on remplirait le centre de santé de la même manière« , assure-t-il. Tout cela a forcément un coût assez important pour la collectivité. « Ça coûte 200 000 euros par an », explique le président de la collectivité. 

« Ça représente 100 euros par patient. C’est un choix, c’est un investissement politique. »Pierre Jouvet, président de la communauté de communes Portes de DromArdèche

à franceinfo

Pierre Jouvet explique par ailleurs que d’autres projets menés par les collectivités sont plus onéreux : « Quand on décide de construire des piscines, quand on refait une rue, ça coûte beaucoup plus cher. » « Ma volonté, c’est d’avoir des services publics forts de proximité« , conclut-il. Sa communauté de communes espère ne pas en rester là. En construisant le centre de santé, elle a laissé la possibilité de bâtir, un jour peut-être, une extension juste à côté.Voir les commentaires

Partager :Partager sur TwitterPartager sur FacebookPartager par mail

articles sur le même thème

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s