150 millions pour les hôpitaux: une mesure qui doit absolument s’accompagner d’une réforme de la pédiatrie sur le long terme, alerte Christèle Gras le Guen, présidente de la Société française de pédiatrie.

Plan d’action pour la pédiatrie : « Il est temps de réformer un système à bout »

Têtes blondes

Propos recueillis par Margot Brunet

Publié le 25/10/2022 à 10:34 https://redir.ownpage.fr/newsletter/6fcbf17a98be422f/eyJzIjoiMjg1YjhhNDIiLCJhciI6Im1hbnVhbF81IiwidSI6IjhhYTQ4MzMyMDFhNDA4ZThhNWQ3NzZhYzBiODQ0YmJjIiwidXIiOiJodHRwczovL3d3dy5tYXJpYW5uZS5uZXQvc29jaWV0ZS9zYW50ZS9wbGFuLWRhY3Rpb24tcG91ci1sYS1wZWRpYXRyaWUtaWwtZXN0LXRlbXBzLWRlLXJlZm9ybWVyLXVuLXN5c3RlbWUtYS1ib3V0P3V0bV9zb3VyY2U9bmxfcXVvdGlkaWVubmUmdXRtX21lZGl1bT1lbWFpbCZ1dG1fY2FtcGFpZ249MjAyMjEwMjUmeHRvcj1FUFItMSZfb3BlPWV5Sm5kV2xrSWpvaU9HRmhORGd6TXpJd01XRTBNRGhsT0dFMVpEYzNObUZqTUdJNE5EUmlZbU1pZlElM0QlM0QiLCJnIjoiMjMxMTM5IiwicCI6IjI0In0=

Plus de 4 000 soignants ont alerté Emmanuel Macron sur la dégradation de la prise en charge des enfants dans les services de pédiatrie, alors que l’épidémie de bronchiolites sévit chez les moins de deux ans. En réponse, le gouvernement a débloqué 150 millions d’euros pour les services en tension. Une mesure qui doit absolument s’accompagner d’une réforme de la pédiatrie sur le long terme, alerte Christèle Gras le Guen, présidente de la Société française de pédiatrie.

« Nous dénonçons ici la dégradation criante des soins apportés aux enfants qui les met quotidiennement en danger. » La tribune d’alerte à Emmanuel Macron publiée vendredi 21 octobre par 4 000 soignants en pédiatrie dans les colonnes du Parisien laisse présager des semaines à venir particulièrement difficiles. À peine un mois après le début de l’épidémie annuelle de bronchiolites, les services de pédiatrie sont déjà débordés : réanimations saturées partout en France, plus de 15 enfants parisiens transférés dans d’autres régions faute de place à l’hôpital, soins non urgents reportés… D’autant que l’épidémie n’en est qu’à ses débuts. Alors que 2 959 enfants de moins de 2 ans ont été vus aux urgences pour bronchiolite la semaine du 10 octobre, selon Santé Publique France, les indicateurs sont à la hausse.

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Notre mouveau ministre de la santé va faire le nécessaire.. L’hopital ne craquera pas ! On va instaurer une système de filtrage destiné à faire que l…Lire plus

« Pédiatrie sous tension : « Il ne faut pas croire que les annonces feront taire la colère » »

Libération 24 Novembre 2022

Libération publie un entretien avec le Dr Laurent Dupic, réanimateur pédiatrique à l’hôpital parisien Necker-Enfants malades et membre du collectif Inter-Hôpitaux pédiatrie, qui réagit à « l’activation de plans blancs dans les hôpitaux les plus en tension et le déblocage de 150 millions d’euros ».


Le médecin déclare ainsi que « c’est un outil de gestion de crise qui ne devrait être utilisé qu’en cas d’évènement sanitaire exceptionnel, et ça montre bien à quel point l’hôpital public est désossé. Le ministère de la Santé et la présidence de la République veulent gérer la séquence comme ils ont procédé durant la période du Covid-19 : en fermant des unités entières, principalement des blocs opératoires avec la déprogrammation des opérations, afin que les équipes paramédicales puissent venir en renfort dans les services de soins intensifs ».


Le Dr Dupic note que « les pédiatres ne vont plus pouvoir assurer la chirurgie orthopédique, cancéreuse, ophtalmique, pendant des semaines. On repousse ces interventions aux calendes grecques. On retarde la prise en charge de nos malades chroniques, qui risquent de décompenser derrière et revenir à l’hôpital dans des états très graves. On pénalise des enfants qui n’ont rien demandé. C’est dramatique et injustifiable ».


Il souligne qu’« aujourd’hui, la pédiatrie hospitalière est tellement sinistrée qu’elle ne peut même plus faire face aux évènements du quotidien, à la normalité ».


Libération poursuit : « Les 150 millions ne sont-ils pas une bonne nouvelle ? ». Laurent Dupic répond que « c’est du saupoudrage. On attend de voir comment ces 150 millions vont véritablement être utilisés derrière l’effet d’annonce, d’autant plus que tout n’est pas destiné au secteur pédiatrique. Peut-être que cet argent va permettre à certains soignants encore fidèles à l’hôpital public d’y voir un signal positif. De leur redonner une lueur d’espoir si cela aboutit, par exemple, sur des primes pour cet hiver ».


Il ajoute qu’« il ne faut pas croire que cela fera taire la colère. On sait déjà que ces 150 millions sont nettement insuffisants pour engager les réformes structurelles vitales au bon fonctionnement du système hospitalier. Il faut tout revoir de fond en comble ».
« Les gens quittent leur service parce qu’ils sont épuisés, et ne reviennent pas car l’hôpital public n’est plus en capacité de leur proposer un cadre de travail qui a du sens. Cette réalité est d’autant plus désastreuse en pédiatrie que cette spécialité n’existe quasiment pas dans le privé. Le gouvernement semble ne pas en avoir conscience », 
continue le médecin.


Le journal évoque les « «assises de la pédiatrie», fixées par le ministère de la Santé au printemps prochain… ».
Le Dr Dupic déclare : « Rien de moins qu’un affront. Ces assises sont une pure perte de temps. Les constats sont là, posés depuis longtemps. Il faut juste agir maintenant. […] Rien que ce week-end, à l’AP-HP, nous avons dû trouver de la place en réanimation pour 8 enfants de la région. On s’est démenés comme des dingues, en jouant aux jeux des chaises musicales dans nos hôpitaux, en créant sur le tas deux équipes supplémentaires de Structures mobiles d’urgence et de réanimation, en assurant deux transferts chez nos collègues non franciliens… Nous, ça fait plusieurs semaines qu’on prend nos responsabilités. Au gouvernement de les prendre ».

Interview

Pédiatrie sous tension : «Il ne faut pas croire que les annonces feront taire la colère»

https://www.liberation.fr/societe/sante/pediatrie-sous-tension-il-ne-faut-pas-croire-que-les-annonces-feront-taire-la-colere-20221024_BIXBOBMOPVA3FNJF7FPWCBYBKY/

par Anaïs Moran

publié le 24 octobre 2022 à 18h44

(mis à jour il y a 29 min)

Le gouvernement a annoncé dimanche «un plan d’action immédiat» et débloqué 150 millions d’euros pour les services sous pression à l’hôpital. Insuffisant pour les soignants, à l’instar du docteur Laurent Dupic, du collectif Inter-Hôpitaux, pour qui ces déclarations relèvent du «saupoudrage».

Pour le docteur Laurent Dupic, «la pédiatrie hospitalière est tellement sinistrée qu’elle ne peut même plus faire face aux évènements du quotidien». (Morcillo/BSIP/AFP)

par Anaïs Moran

publié le 24 octobre 2022 à 18h44

(mis à jour il y a 29 min)

Il a tenté tout le week-end de calmer la gronde des pédiatres hospitaliers. Sans véritable succès. Invité de France 2 samedi et de BFM TV dimanche, le ministre de la Santé, François Braun, s’est hâté de réagir à la lettre ouverte des plus de 6 000 soignants, publiée vendredi par le Parisien, s’alarmant de la saturation des services pédiatriques publics, et de «la dégradation criante des soins apportés aux enfants» qui les mettent «quotidiennement en danger» – et ce, alors même que le pic d’hospitalisations lié à l’épidémie de bronchiolite n’est prévu que dans un mois. Contraint de répliquer face à cette situation d’urgence, le ministre a annoncé un «plan d’action immédiat», avec l’activation de plans blancs dans les hôpitaux les plus en tension et le déblocage de 150 millions d’euros. Un chèque disponible de 15 millions d’€…. (suite abonnés)

Crise des urgences pédiatriques : le gouvernement lance un « plan d’action », sans convaincre

L’épidémie de bronchiolite vient aggraver, dans les services, une situation déjà dégradée. Dimanche, 150 millions d’euros ont été débloqués pour répondre aux « besoins urgents des hôpitaux ». Une réponse jugée insuffisante par les soignants. 

Par Mattea BattagliaPublié le 24 octobre 2022 à 09h15, mis à jour hier à 08h38

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/10/24/crise-des-urgences-pediatriques-le-gouvernement-lance-un-plan-d-action-sans-convaincre_6147070_3224.html

Il est le symbole d’une série de « dysfonctionnements » que les acteurs des urgences pédiatriques ne sont plus prêts à accepter : le nombre de jeunes patients transférés hors d’Ile-de-France, où les services adaptés ne sont pas en mesure de les prendre en charge, vers des hôpitaux en région (Reims, Rouen, Orléans, Amiens…), est passé, le temps d’un week-end, de quatorze à seize enfants. Durant l’hiver 2019, avant le Covid-19, le record de vingt-cinq transferts avait été atteint. A l’époque, déjà, la sonnette d’alarme avait été tirée. « On est bien parti pour dépasser ce chiffre », pronostique Gilles Jourdain, coordinateur des quatre structures mobiles d’urgence et de réanimation pédiatriques d’Ile-de-France.

Ce médecin n’en est plus à sa première crise : il est habitué à « réguler », selon l’expression consacrée, les hospitalisations d’enfants entre les cinq services franciliens de réanimation susceptibles de les accueillir (Necker, Raymond-Poincaré, Debré, Trousseau et Bicêtre). Avec l’objectif de leur trouver, explique-t-il, « une place au plus vite et au plus près ». « L’hiver est devant nous, et le système est déjà au bord de l’explosion, constate-t-il. Et non, ce n’est pas l’épidémie de bronchiolite, prévisible et habituelle, même si elle déferle un peu plus tôt cette année, qui est en cause : les ressorts de cette crise sont bien plus profonds. »

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Hémorragie de personnel, lits fermés, manque de moyens, gouvernance bureaucratique, perte de sens… Dans une lettre ouverte publiée par Le Parisien, samedi 22 octobre, plus de 4 000 soignants (dont le docteur Jourdain) ont couché sur le papier ce qui se joue dans des services pédiatriques saturés, et sommé le chef de l’Etat d’intervenir sans tarder. Une démarche portée par des collectifs de soignants – comme le Collectif inter-hôpitaux (CIH) –, de nombreuses sociétés savantes et de nombreuses associations de patients. « Notre objectif n’est pas d’affoler la population, mais de réclamer une réponse politique immédiate et forte », explique Mélodie Aubart, neuropédiatre à Necker, coordinatrice de ce courrier. Onze régions métropolitaines sont en alerte rouge pour la bronchiolite.

« Mise en danger des enfants »

Transferts d’enfants, donc, mais aussi hospitalisations dans des lieux inadaptés, reports d’interventions programmées, sorties prématurées… La situation, écrivent les signataires, conduit à « des retards de soins » et à « la mise en danger des enfants ». Cette lettre qui, dimanche soir, dépassait les 6 500 paraphes, a été accompagnée de la diffusion d’un communiqué collectif. Le titre donne le ton : « Santé des enfants : l’inaction politique est irresponsable »« Nous sommes contraints de trier nos patients par manque de place », peut-on y lire.

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La réponse politique est venue sans tarder. Et sans satisfaire, à ce stade, les soignants mobilisés. Invité sur le plateau de BFM-TV, dimanche 23 octobre, le ministre de la santé, François Braun, a dégainé un « plan d’action immédiat » et débloqué 150 millions d’euros pour l’ensemble des services « en tension » à l’hôpital – notamment la pédiatrie, mais pas exclusivement. « On a une épidémie de bronchiolite plus précoce que d’habitude qui arrive sur un hôpital à bout de souffle et sur lequel il faut faire un travail de fond », a-t-il admis. « Nous allons prendre en charge tous les enfants qui requièrent d’aller à l’hôpital, mais il faut nous aider », a-t-il aussi martelé à l’adresse des parents, en leur conseillant d’« éviter » d’aller à l’hôpital quand ce n’est pas nécessaire, mais d’appeler le 15 en première intention. Un recours déjà généralisé à l’entrée des services d’urgences pour adultes, cet été, et dont M. Braun a confirmé, dimanche, la pérennisation.

L’enveloppe de 150 millions d’euros, débloquée « de manière immédiate », couvrira d’autres dépenses : l’objectif est de « pouvoir répondre à des besoins urgents », comme des renforts de personnels soignants et infirmiers, précise-t-on Avenue de Ségur, avec l’espoir d’impliquer, aussi, les médecins libéraux. Ou de valoriser à l’hôpital les gardes du week-end et le travail de nuit. La répartition sera discutée, territoire par territoire, avec les agences régionales de santé.

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Quelques heures plus tôt, dimanche, le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, insistait sur un autre volet de ce plan d’action : « On déclenchera, là où c’est nécessaire, les plans blancs pour rappeler du personnel supplémentaire et pour avoir une meilleure coopération dans les territoires », annonçait-il sur CNews.

« Enième » rendez-vous

Cette réplique ministérielle n’a pas levé les craintes. Au contraire. « Lancer un plan blanc aujourd’hui, c’est contre-productif, estime Julie Starck, médecin réanimatrice à l’hôpital Trousseau. On va finir d’épuiser les collègues et, demain, on ne pourra pas les retenir quand ils voudront partir… » Les critiques sont vives, aussi, dans les rangs syndicaux, où l’on rappelle que l’objectif national des dépenses d’assurance-maladie hospitalier pour 2023, bien qu’en hausse de 4,1 %, ne peut suffire. « Le gouvernement s’en félicite mais il reste inférieur à l’inflation », observe Christophe Prudhomme, de la CGT Santé, qui estime à au moins 20 % les lits fermés en Ile-de-France. « Ces annonces sont très en dessous de nos attentes, réagit Olivier Milleron du Collectif inter-hôpitaux. On balance un chiffre, on fait quelques plateaux télé, mais concrètement, qu’est-ce qui change demain en pédiatrie à l’hôpital ? Rien ! »

« Nous ne sommes qu’au début de l’épidémie, et il n’y a plus de “réserve”, les services sont exsangues, alerte Jean Bergounioux, chef des réanimations pédiatriques de l’hôpital Raymond-Poincaré, à Garches (Hauts-de-Seine). On nous propose des primes, des demi-mesures, des conférences… La réponse n’est pas à la hauteur de l’enjeu. »

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Les mesures d’urgence devront « s’articuler avec des mesures structurelles », défend-on dans l’entourage du ministre François Braun. Celles dont accouchera le Conseil national de la refondation-santé, désormais lancé. Mais aussi celles qui émergeront de futures « assises de la pédiatrie », un nouveau rendez-vous fixé aux acteurs de la santé pour le printemps 2023. Un « énième » rendez-vous, s’agace la neuropédiatre Mélodie Aubart : « On a déjà eu droit à un Ségur, à une mission flash, à une grande concertation… Ces assises, si rien ne change rapidement, nous les aborderons en restant debout ! »

Stéphane Dauger, chef de service à Robert-Debré, ne décolère pas lui non plus. « Entendre que tout est sous contrôle, ça relève presque de la provocation pour ceux qui, sur le terrain, se confrontent à cette crise, dit-il. Même en travaillant jusqu’à l’épuisement, on doit refuser des patients… C’est avec le président que nous voulons désormais discuter. »

Mattea Battaglia

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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