Après les médecins se sont les sages femmes qui fuient l’hôpital

« Les jeunes sages-femmes fuient l’activité en structure hospitalière qui n’apporte que des contraintes sans valorisation »

TRIBUNE

Collectif

Face à l’hémorragie de sages-femmes à l’hôpital, des soignants en périnatalité du public, du privé libéral et du privé d’intérêt collectif de la région Rhône-Alpes appellent, dans une tribune au « Monde », à une réforme profonde des conditions d’exercice.

Publié hier à 20h00, mis à jour hier à 20h00    Temps de Lecture 4 min. 

Depuis la nuit des temps, des femmes ont accompagné d’autres femmes à donner la vie. Avec l’avènement de la médecine moderne, les sages-femmes sont restées au centre du parcours de soins des parturientes.

Depuis la réforme de l’internat en 1985, elles ont aussi pris, au fil des années, une place centrale dans la santé sexuelle, comblant petit à petit le manque de gynécologues de ville que la réforme a engendré. Alors que l’installation libérale des sages-femmes était une seconde vie après des années en salle de naissance, de plus en plus de sages-femmes s’installent en cabinet dès leur sortie de l’unité de formation et de recherche (UFR) de maïeutique.

C’est un fait, et la charge contre Israël Nisand, qui évoquait cette réalité dans une tribune au Monde, nous semble excessive, car le propos du professeur n’est, pour nous, sages-femmes et obstétriciens de maternité, qu’un cri d’alarme face à cette réalité que nous constatons tous.Lire les témoignages :  Article réservé à nos abonnésManque de considération, maltraitance et burn-out : la grande fatigue des sages-femmes

Depuis deux ans, nos services éprouvent les plus grandes difficultés à trouver des remplaçantes durant les congés. Cet été s’est révélé particulièrement difficile avec la fermeture temporaire de certaines structures, pendant que d’autres ont continué à suivre et accoucher des femmes en mode dégradé.

« Le métier de sage-femme en maternité est une profession difficile et astreignante, dont la rémunération est sans commune mesure avec la prise de responsabilité et la pénibilité »

Chaque garde en mode dégradé est source de stress, de mise en danger d’autrui et pousse encore un peu plus les sages-femmes à fuir les maternités pour l’exercice en ville. Est-ce du « paternalisme » que de souligner cette réalité ? Nos maternités souffrent, les sages-femmes qui continuent à alterner jours, nuits et week-ends pour assurer vaille que vaille la continuité des soins souffrent !

Alors peut-être faut-il analyser les causes de cette « grande démission » et mettre en place une réflexion pour répondre à ce problème. Ce dernier est à la fois propre à la profession, et notamment à ses conditions de rémunération, mais est aussi un problème sociétal, générationnel et conjoncturel.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnés« Faire de la santé des femmes une priorité de la prochaine mandature »

Le métier de sage-femme en maternité est une profession difficile et astreignante, dont la rémunération est sans commune mesure avec la prise de responsabilité et la pénibilité des alternances jours/nuits des plannings. Les salaires des sages-femmes ont été augmentés à la suite de la pandémie, de manière cependant insuffisante pour les retenir dans les structures hospitalières.

Si les sages-femmes se tournent de plus en plus tôt vers l’activité libérale, ce n’est pas pour gagner plus mais pour rechercher un équilibre entre le travail et la vie privée, avec un curseur qui penche de plus en plus vers le bien-être, à l’instar du mouvement que l’on observe dans le reste de la société. Ce mouvement ira en s’amplifiant et le travail en maternité ne pourra jamais supprimer les nuits, les week-ends, le stress ou les plannings contraignants…

Une forme d’indécence

Valoriser la pénibilité du travail de nuit, du samedi, du dimanche et des jours fériés est une des solutions que nous devons tous appuyer et soutenir au sein de nos institutions syndicales ou collégiales. C’est la proposition qui a été faite pour l’ensemble du système hospitalier par le ministre de la santé, François Braun, dans son rapport sur la situation de l’hôpital remis en juin à la première ministre, Elisabeth Borne.

Actuellement, dans les maternités Espic (établissements de santé privés d’intérêt collectif), une sage-femme qui effectue une nuit dans le cadre de son roulement ne gagne que 11 euros de plus qu’en journée ! Cela s’apparente à une forme d’indécence et on comprend que les jeunes sages-femmes fuient l’activité en structure hospitalière qui n’apporte que des contraintes sans valorisation. Il nous paraît donc indispensable de revaloriser le salaire des sages-femmes et de valoriser la pénibilité du travail de nuit et de week-end pour rendre l’activité hospitalière plus attractive.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnés« Redonnons du sens aux métiers de la santé, donnons enfin de l’attractivité au métier de sage-femme »

Dans le même temps, il semble primordial d’entendre la revendication des médecins de la périnatalité et des sages-femmes, qui demandent depuis de nombreuses années la révision des critères de niveau de personnels des décrets de 1998. Ces derniers sont incompatibles avec les exigences actuelles de la société en termes de bientraitance et d’attention à la personne dans nos maternités.

Les travaux conduits en 2018 et 2019 par la profession avec le ministère ne sont pas arrivés à leur terme, alors qu’ils ont abouti pour les autres spécialités. Pourtant, il semble bien qu’une des raisons principales du départ des sages-femmes vers l’activité libérale soit la possibilité de consacrer plus de temps à leurs parturientes. Pour que les jeunes générations cessent de se détourner de la salle d’accouchement, il faut certainement, et de façon urgente, en améliorer les conditions d’exercice.

Une ou deux années dans les structures hospitalières

Faut-il contraindre les jeunes sages-femmes sortant de l’école à pratiquer une ou deux années dans les structures hospitalières, tel que cela a été proposé par Israël Nisand ? Si contraindre n’est jamais la meilleure solution, cela présente l’avantage de permettre aux jeunes professionnelles et professionnels une année de pratique supplémentaire avant l’installation en libéral, pour celles ou ceux qui en ont fait le choix. Après les années d’études, ce seront les seules années où les sages-femmes seront autonomes en salle d’accouchement.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnésClaudine Schalck : « Les sages-femmes ont droit à la reconnaissance du travail fait et des services rendus »

Quant aux carrières extrahospitalières des sages-femmes, en pleine expansion ces dernières années, il ne s’agit nullement de les limiter, mais de leur donner la place qu’elles méritent dans le système des soins liés à la santé sexuelle.

Dans cette quête d’une solution afin de maintenir la qualité et la sécurité de nos naissances en France, il est important que les professionnels, médecins et sages-femmes, du public comme du privé, continuent à travailler ensemble et restent unis.

La coordination des soins autour des femmes, délivrés par nos professions respectives, doit être la clé de voûte des discussions futures. Nos professions ne sont ni concurrentes ni superposables, et nous avons chacun notre propre rôle à jouer ensemble dans le maintien d’une maternité sûre pour le XXIe siècle.

Signataires : Stéphan Bretones, gynécologue-obstétricien, centre hospitalier Saint-Joseph-Saint-Luc, Lyon (Rhône) ; Marie-Pierre Fernandez, gynécologue-obstétricienne, hôpital de Valence (Drôme) ; Pascal Gaucherand, gynécologue-obstétricien, hôpital Femme-Mère-Enfant, Bron (Rhône) ; Béatrice Guyard, sage-femme libérale, Septème (Isère) ; Julie Large, sage-femme libérale, Arnas (Rhône) ; Anna La Mela-Jumel, gynécologue-obstétricienne, hôpital privé Natecia, Lyon (Rhône) ; Claire Mossan, gynécologue-obstétricienne, clinique du Val d’Ouest, Ecully (Rhône) ; Emmanuel Peigné, gynécologue-obstétricien, polyclinique du Beaujolais, Arnas (Rhône) ; Isabelle Poidevin, gynécologue-obstétricienne, hôpital Nord-Ouest, Villefranche-sur-Saône (Rhône) ; Coralie Rival, sage-femme parcours d’accès spécifique santé (PASS), Lyon (Rhône)

Collectif

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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