A la Fête de « L’Huma », la gauche se déchire sur l’« assistanat »
Le mot, importé de l’imaginaire de la droite, a mis le feu aux poudres. C’est aussi un énième chapitre dans le débat plus général sur le désamour d’une partie des classes populaires pour les partis de gauche.
Par Sandrine Cassini et Julie Carriat
Publié le 12 septembre 2022 à 09h11 Mis à jour le 12 septembre 2022 à 15h22
Temps de Lecture 4 min.

A la Fête de L’Humanité, Fabien Roussel a réussi le double exploit de « faire le buzz » et de liguer contre lui tous les membres de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), y compris ceux issus de son propre camp. La sortie du secrétaire national du Parti communiste français (PCF) sur « la gauche du travail » face à « la gauche des allocations [et] des minima sociaux » aura alimenté la chronique tout le week-end, à Brétigny-sur-Orge (Essonne), et suscité un vent de réactions hostiles.
Samedi 10 septembre, Jean-Luc Mélenchon s’est démarqué du leader communiste, en renvoyant le statut d’assisté aux grandes entreprises qui ont touché « 140 milliards d’euros » durant la crise sanitaire. « L’assistanat, c’est eux », a-t-il lancé lors de son discours, rappelant sa volonté de « taxer les superprofits ». Quelques heures plus tard, Mathilde Panot décochait avec « fraternité » sa flèche contre Fabien Roussel. « Nous ne pouvons combattre ni les libéraux ni l’extrême droite en reprenant leurs mots », lançait la députée de La France insoumise (LFI), immédiatement ovationnée.
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« Assistanat », que vient faire ce mot ancré à droite et à l’extrême droite dans la rentrée des communistes et de la gauche en général ? « Il y a le constat évident auquel tout le monde est confronté : le RN [Rassemblement national] s’implante chez les ouvriers, détaille l’historien du PCF, Roger Martelli. Cette catégorie a le sentiment d’être méprisée. C’est une population tentée par l’idée qu’on est dans une société d’assistance. » Un paradoxe en forme de drame pour un parti, qui, historiquement, était celui de la classe ouvrière.
A gauche, deux députés parlent « assistanat » ; ils ont fait campagne contre le RN dans des circonscriptions du nord de la France, anciens bassins miniers : Fabien Roussel et François Ruffin. Toutefois, le second s’est désolidarisé du premier. « Opposer la France qui bosse à la France des allocs, ce ne sont pas mes mots », a réagi le député de la Somme sur Twitter.
Un sésame
Si la manière d’exprimer ce thème diffère sur le fond, leur analyse a de nombreux points communs. « De “parti des salariés”, nous voilà, dans l’esprit commun, le “parti des assistés” », écrit ainsi François Ruffin dans son dernier livre, Je vous écris du front de la Somme (Les Liens qui libèrent, 144 pages, 10 euros). L’« assistanat » devient le sésame pour accéder à la grille de lecture du monde des électeurs du RN.
Le sociologue Olivier Schwartz a notamment théorisé cette nouvelle conscience sociale dite « triangulaire », dans son texte intitulé « Vivons-nous encore dans une société de classes ? » : pour les classes populaires, « le sentiment d’être non pas seulement soumis à une pression venant du haut, mais aussi à une pression venant du bas, venant de plus bas qu’eux ». Le nouveau monde ouvrier, plutôt que de se résumer à l’opposition entre riches et pauvres, inclurait désormais les plus pauvres que soi, les « assistés » et les « cas soc’ », perçus avec ressentiment par les travailleurs pauvres ne touchant pas d’aide de l’Etat.
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Sauf que, contrairement à ce que laisse entendre Fabien Roussel, il n’y a pas de séparation claire entre le monde du travail et celui des aides sociales. « La réalité est plus poreuse, beaucoup plus hybride. La prime d’activité [complément versé aux revenus situés autour du smic], n’est-ce pas de l’aide d’Etat ? », interroge Nicolas Duvoux, professeur de sociologie spécialisé dans les inégalités sociales à Paris-VIII, qui rappelle aussi que, « chaque année, un tiers des allocataires du RSA sortent du système. Etablir une frontière morale au seuil des prestations sociales était une idée qui venait plutôt de Nicolas Sarkozy ou de Laurent Wauquiez ».

La gauche n’en est cependant pas à sa première incursion. Pendant la campagne présidentielle de 2007, Ségolène Royal avait lancé, depuis Limoges : « Je ne suis pas favorable à une société de l’assistanat. » « La gauche, ce n’est pas cela. La gauche, c’est la dignité du travail. La société que je vous propose, c’est une société du donnant-donnant », avait-elle déclaré dans son duel face à Nicolas Sarkozy.
« Une bataille idéologique »
Dix ans plus tard, la campagne de 2017 avait été marquée à gauche par la proposition de revenu universel du candidat Benoît Hamon. La présidentielle d’avril 2022 n’a, quant à elle, suscité que peu de remises en question de cette « valeur travail ». Pour le politologue Rémi Lefebvre, derrière ce débat réactivé, « il y a l’idée que la gauche dédaigne les catégories populaires. Le sous-texte, c’est la sociologie de l’électorat auquel on s’adresse. Autour de cette question-là se rejoue le débat de la “gauche barbecue”, des mots que l’on utilise, et à qui l’on s’adresse ». Draguer l’électorat populaire, voilà l’ambition.
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Le député socialiste de l’Essonne Jérôme Guedj admet que la Nupes doit encore faire des efforts pour le « reconquérir », « mais pas en opposant les uns aux autres. Pour nous, le travail est intimement lié à la redistribution ». Pour Manuel Bompard, en utilisant le vocabulaire de la droite ou de l’extrême droite, Fabien Roussel fait le jeu de l’adversaire. « C’est une bataille idéologique, quand vous reprenez ses mots, vous renforcez son hégémonie », assure le député (LFI) des Bouches-du-Rhône. « Les gens préféreront toujours l’original à la copie », corrobore Roger Martelli.
En faisant l’éloge du travail, Fabien Roussel fait ressurgir une autre des divisions au cœur de l’alliance de la gauche. « La culture communiste, c’est d’être du côté des ouvriers qui souffrent, mais aussi de ceux que le travail émancipe », poursuit l’historien du PCF. Cette vision libératrice du travail est aux antipodes de la pensée des écologistes.
« La valeur travail doit être relativisée, rétorque, pour sa part, la conseillère municipale écologiste d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) Marine Tondelier. Nous sommes pour travailler moins et mieux, afin de permettre aux citoyens de mieux s’occuper de leur famille, d’avoir des loisirs, d’être dans des associations, autant de rôles qui ont une utilité sociale. » A moins qu’avec cette sortie répétée à l’envi ce week-end, Fabien Roussel ne cherche simplement à continuer à marquer sa différence vis-à-vis de la Nupes.
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Sandrine Cassini et Julie Carriat
JE VOUS ÉCRIS DU FRONT DE LA SOMME – PAR FRANÇOIS RUFFIN

© Pablo Porlan / HANS LUCAS pour LVSL
06 septembre 2022
https://lvsl.fr/je-vous-ecris-du-front-de-la-somme-par-francois-ruffin/
Pourquoi la gauche n’est-elle plus perçue comme le camp du « travail » mais comme celui des « assistés » ? Dans son dernier ouvrage Je vous écris du front de la Somme, François Ruffin tire son bilan de la séquence politique passée, où le vote pour le Rassemblement national continue de progresser au cœur des anciens bastions rouges et dans les zones « hors-métropole ». Partant des interactions et des anecdotes recueillies lors de la campagne des élections législatives, le député de la Somme partage son analyse de l’éloignement historique entre la gauche et le travail. Son ouvrage ne s’arrête pas à signer un constat froid, il constitue également l’esquisse d’une voie pour que la gauche renoue avec le projet d’une émancipation collective et individuelle par le travail et que la France retrouve un dessein commun. Extraits.
J’entends que « de toute façon, ces électeurs sont racistes », sous-entendu perdus à jamais, à quoi bon se casser le tronc ? J’entends que « ces territoires, ces habitants, n’ont jamais assimilé la démocratie, la République ». J’entends que « cette France est isolée, repliée sur elle-même, sur le passé, toute la journée devant sa télé, éloignée des réseaux sociaux… »
Mais de quels territoires, de quels habitants parle-t-on ? Du Nord, qui fut le cœur battant de la gauche, le creuset du socialisme français ! Du Pas-de-Calais et de ses mineurs qui, durant un siècle, ont porté le mouvement ouvrier ! De la Picardie égalitaire, qui offrit à la Révolution Condorcet, Camille Desmoulins, Saint-Just, Robespierre, Gracchus Babeuf ! Des Hauts-de-France (nom que je récuse, mais bon…) qui, les années de victoire, 1981, 1988, 1997, comptaient plus de quarante députés de gauche, la carte électorale presque entièrement rose ou rouge ! Qui, les années de défaite, résistaient encore, envoyaient un paquet d’opposants au Parlement : 30 en 1986, 17 en 1993, 26 en 2002, 32 en 2007… Voilà les terres, les esprits, qui seraient désormais, intrinsèquement, ou définitivement, « fachos ». Ces jugements signent surtout notre renoncement.
J’entends, en même temps, et des mêmes, qu’il n’y a « pas de déterminisme géographique », qu’« il ne faut pas opposer quartier et campagne ». Soit, et c’est tout mon but, de ne pas opposer quartier et campagne, de les faire marcher main dans la main, de les ajouter l’une à l’autre. Mais aujourd’hui, ce sont les chiffres, ce sont les résultats électoraux, qui les opposent. D’après Elabe, Jean-Luc Mélenchon fait 24 % en agglomération parisienne (+8 points comparé à 2017). Contre 14 % dans les communes entre 20 000 et 100 000 habitants (-7 points). À Arras, à Tourcoing, à Beauvais, dans cent lieux, les candidats insoumis gagnent dans la grande ville… mais perdent à cause des villages alentours.
Cette tension, ma circo en offre un reflet, un cas chimiquement pur. À la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon arrive en tête à Amiens, avec plus de 30 %. Il caracole dans les quartiers, plus de 60 %. Mais il plonge ici, à Flixecourt, à 15 %… là où Marine Le Pen grimpe à 45 %.
Après mille mini-ressentis, cent interpellations, nous avons mené deux campagnes : une avec Jean-Luc, et l’autre sans. Dans les immeubles d’Amiens-Nord, la tête à Mélenchon, en bien gros, sur les tracts, c’était le succès presque assuré, son nom servait de passe-partout, une icône, l’étendard d’une dignité retrouvée. Mais dès qu’on s’éloignait, pour le dire avec un euphémisme, cette affection n’était guère partagée, et mieux valait le gommer de nos affiches, de nos documents.
J’en ai parlé, depuis, avec d’autres députés, des vainqueurs en province. Eux aussi ont pratiqué la « double campagne » : JLM bien en avant dans les cités, en retrait dans les zones pavillonnaires.
J’entends que « cette analyse est trop simpliste », que « “la campagne”, le singulier ne va pas, il y a “des campagnes” », que « l’expression France périphérique est minée », et tout cela est vrai, j’en conviens. Les mots me manquent, à moi aussi, je tâtonne : préfèrera-t-on « Frances périphériques » au pluriel ? « France des ronds-points » ? « France des Gilets jaunes » ? Ou, pour reprendre du Braudel, « la France des bourgs » ? Je voudrais bien raffiner, distinguer entre le « rural choisi » et le « rural subi », entre le « nord déchristianisé » et l’« ouest encore sous influence catho », oui, je finasserais volontiers. Mais avec quel but, au bout du bout : noyer le débat, ou le trancher ? Se croiser les bras, ou agir ? Ergoter sur la « complexité du monde social », ou se retrousser les manches ?
J’entends que « c’est le social qui domine, plus que la géographie ». J’en suis bien d’accord. Sauf que, en l’occurrence, le social a produit la géographie : la lutte des classes est aussi une lutte pour l’espace. Que s’est-il passé, côté foncier ? Le prix du mètre carré, loué ou acheté, mais aussi l’appel du pavillon, de la petite maison, ont poussé, repoussé, les familles d’ouvriers-employés hors des métropoles.
Ainsi, avant la fermeture du fabricant de pneus Goodyear, j’avais mené une enquête auprès des mille et quelques salariés : seuls un quart d’entre eux habitaient à Amiens même, et à peine plus, un tiers, dans la « communauté d’agglomération » (qui s’étend pourtant jusqu’à 16 kilomètres du centre). La plupart donc, la très large majorité, les deux tiers, logeaient, non pas dans les quartiers HLM, pas davantage dans des communes alentour, mais carrément dans les campagnes, à Beauval, à Fouilloy, à Hangest, dans un rayon de 30 kilomètres autour de l’usine. Justement là où nous perdons.
J’entends, enfin, dans la presse, que c’est parce que « François Ruffin a bien travaillé », que « là où les insoumis travaillent, ils l’emportent ». Mais ce bon point pour élève modèle, je le refuse, je refuse que mon élection soit utilisée à cette fin : faire briller l’exception pour masquer la règle. Parce que, avec des moyens humains, financiers, hors norme, nous sommes parvenus à remonter la pente, voilà qui annulerait cette pente. Avec cet implicite, absurde : si des régions entières passent sous influence RN, c’est juste parce que les militants ne « travaillent pas ». Ce serait de la faute aux petits soldats.
C’est que la mondialisation a tracé comme un fil à couper le beurre entre vainqueurs et vaincus : tandis que le chômage stagnait chez les CSP+, il était multiplié par quatre chez les ouvriers non qualifiés, dont les revenus plongeaient (-5 % entre 1984 et 1994). Les ressources des ménages employés ne bougeaient pas (0 %). Les cadres, eux, ne connaissaient pas la même austérité (+13,2 %). Quand les professions libérales ramassaient discrètement le pactole (+38,7 %).
Les enseignants, les cadres, la fonction publique, les journalistes, les parlementaires, eux ne furent guère frappés, leurs enfants ne furent pas en première ligne. Aussi ne sont-ils pas, ou pas forcément, les partisans acharnés d’une « mondialisation heureuse ». Néanmoins, ils la tolèrent, ils laissent faire, ils l’habillent de « valeurs », de « multiculturalisme », d’ « ouverture à l’autre », voire pointent l’esprit étriqué, xénophobe, des prolétaires. C’est le « passivisme des éduqués », comme le nomme Emmanuel Todd.
Avec « la massification des études », avec 20 % du corps social, les « diplômés du supérieur » forment désormais un groupe suffisant pour « se refermer sur lui-même », pour vivre dans un entre-soi, pour se croire la société toute entière. D’autant que dans les partis, dans les médias, dans les mairies, dans les assemblées, départementales, régionales, nationales, et parfois même dans les syndicats, ces éduqués occupent toutes les places, classe hégémonique. Et avec cet « inconscient inégalitaire », au fond, jamais prononcé mais bien présent : l’ordre mondial broie les plus fragiles ? On s’apitoie, certes, mais sans agir. C’est de leur faute, au fond. Ils l’ont mérité. Ils n’avaient qu’à mieux étudier, mieux se former.
Qu’a fait la gauche, face à ça ? Ou même, qu’ont fait les gauches ?
Le socialiste Jacques Delors, à la tête de la Commission européenne, a préparé l’Acte unique, Maastricht, les élargissements à la Pologne, à la Slovaquie… Son dauphin, le socialiste Pascal Lamy, s’est retrouvé à l’Organisation mondiale du commerce. La gauche raisonnable, de gouvernement, a mené une politique économique, commerciale, qui a détruit le monde ouvrier ! Qui a laminé sa base sociale !
Quant à l’autre gauche, elle s’est tournée vers l’altermondialisme, avec des sommets à l’autre bout de la Terre, proclamant « Un autre monde est possible ». Qui ne répondait pas à l’urgence d’ici : les Goodyear, les Whirlpool, les Abélia aspiraient-ils à l’harmonie universelle, à des pays qui se donnent la main et à un « juste échange » ? Sans doute, c’est une perspective que j’approuve, mais en franc décalage avec des attentes plus immédiates : arrêter, tout de suite, ici, maintenant, cette folle machine. Ou du moins la ralentir.
À la place, on a donc joué les pleureuses, d’une délocalisation à la suivante. Les ministres, bien tristes, en promettant « cellule de reclassement » et « plan de revitalisation ». Les révolutionnaires, en colère, défilant dans des manifestations.
Voilà le sketch qui dure depuis quarante ans.
C’est là que le Front national remporte une deuxième fois la mise.
Et l’on ne saisit rien à son enracinement, ici, si on rate cela : dès les années 1990, le FN s’aligne sur cette demande populaire, sur cette exigence de protection. Le parti de Jean-Marie Le Pen, ultra-libéral jusqu’alors, pro-européen, qui regardait Bruxelles comme « un rempart contre le bolchévisme », ce parti bascule avec le mur de Berlin. Aussitôt l’URSS tombée, il se déclare « contre les importations sauvages » et « la concurrence sauvage » : « Afin de rétablir la prospérité économique en France et en Europe, énonce son programme de 1995, il faut contrôler les échanges commerciaux. Cela peut se faire, soit en contingentant les importations aux frontières françaises et européennes, soit en mettant en place des droits de douane équilibrant les écarts de coûts de main-d’oeuvre. L’une et l’autre de ces techniques doivent être utilisées, parce qu’on ne traite pas de la même façon l’importation de produits textiles chinois et celle de logiciels fabriqués aux États-Unis ». C’est ainsi qu’il a trouvé un plus large écho, plus « populo », avant que Marine Le Pen ne creuse encore ce sillon.
D’où ma bataille, et depuis un bail, pour du protectionnisme. D’où ma lutte, au sein de la gauche, de la bonne gauche, pour qui une taxe à 17 % sur les pneus importés de Vietnam relèveraient quasiment du « racisme anti-asiatique », pour qui ce serait « monter les peuples les uns contre les autres », etc. D’où mon combat pour que cette « folie », la mondialisation, soit bridée, régulée, entravée, et non qu’on signe de nouveaux traités, avec la Chine, le Vietnam, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, etc.
J’ai bien sûr épluché la cuvée 2022 de Marine Le Pen : « M la France. »
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« Bénéfices » : 0 occurrence.
« Dividendes » : 0 occurrence.
Alors que, en un an de crise sanitaire, les milliardaires français se sont enrichis de +67 %, pas un mot dans son « Projet présidentiel ». Alors que, avec la guerre en Ukraine, le CAC 40 bat les records de tous les temps : pas un mot, à nouveau. Alors que, d’après les « OpenLux », 15 000 Français, les plus riches bien sûr, Hermès, Mulliez, Arnault, cachent leurs millions au Luxembourg, 100 milliards en tout, l’équivalent de 4 % de notre PIB : pas un mot, toujours.
Pourtant, elle se montre martiale : « Présidente de la République, je ne laisserai plus les Français être volés par ceux qui, depuis tant d’années, minent la prospérité collective en toute impunité. » Mais à qui s’attaque-t-elle ? Aux firmes, à Total, Sanofi, Stellantis, qui paient zéro euro d’impôt sur les sociétés en France ? Non, à la « fraude sociale », qui aura son « ministère dédié », avec « autorité sur toutes les administrations compétentes », avec « des cartes vitales biométriques », avec des « corps d’inspection spécialisés », avec des « prérogatives de police judiciaire », avec des « suspensions temporaires de droits sociaux », etc. Une page entière est accordée à ce « fléau ». Voilà l’injustice vécue par l’ensemble de nos compatriotes, dont les plus modestes sont les premières victimes.
Et elle vise juste.
En plein dans le mille
« La gauche des allocations », il est où le dessin par l’exemple ?
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Pourquoi ça fait si mal ? Ce renvoi de nos concitoyens à la petite phrase, aux reportages chocs et après on oublie mais ça reste, me terrifie. Alors je ne sais pas ce qu’il veut faire, Fabien Roussel, à part renverser la table, mais maintenant qu’elle est renversée, il va falloir ramer dur pour reconstruire un socle idéologique qui permette, quand même, quelques explications de fond.
Il y a deux ou trois ans, je me trouvais dans un magasin de bricolage, non pas à Paris ni même en banlieue, mais dans une région plutôt campagnarde (comme on disait autrefois) et, au détour d’une allée, je croise un client en grande discussion avec un vendeur. Le gars était à la recherche de matériel pour isoler sa maison ou pour changer ses fenêtres en double-vitrage, je ne sais plus, et il trouvait que c’était bien cher… Il se tenait au milieu de l’allée à hésiter, et son épouse opinait du chef à ses côtés.
À ce moment-là, le vendeur lui dit : Oui, mais vous savez, il y a des aides, l’Anah, les certificats d’économie d’énergie…
– Oh, non, répond le gars, je suis contre l’assistanat !
J’ai vraiment pouffé de rire et j’étais à deux doigts de m’arrêter pour lui faire un cours de finances publiques, à ce monsieur. Voyons, ce n’est pas parce qu’on prononce le mot « aides » qu’on est dans les allocs : souvenez-vous de la prime à la casse pour les voitures, du crédit d’impôt pour la transition énergétique, maintenant c’est Ma Prim’rénov, il faut bien des instruments budgétaires ou financiers pour mener des politiques d’incitation, sinon on ne ferait jamais rien… C’est comme si vous disiez que vous êtes contre la politique économique et les taux d’intérêt…
Ce que je n’ai pas fait, bien évidemment, d’autant que je cheminais munie d’un sécateur géant (afin d’aller tailler les rosiers) et d’une clé anglaise (en vue de décoincer la cuvette des WC) et qu’il aurait pu se méprendre sur mon ardeur pédagogique, vu que les serial-killers ou killeuses, comme chacun le sait, ça pullule dans les magasins de bricolage paumés dans la cambrousse. Si vous ne me croyez pas, allez revoir Fargo ou Massacre à la tronçonneuse.
N’empêche que ça m’a chiffonnée, cette réflexion. Je trouve qu’elle est faite d’un mélange d’inculture et d’une certitude opiniâtre qui, années après années, s’est ancrée dans le cerveau des gens. Comme le dessin par l’exemple. Dans un autre magasin de bricolage (des endroits que je fréquente beaucoup et qui sont comme des terrains de camping pour sociologues), situé cette fois-ci en plein Paris, deux vendeurs étaient relégués au premier étage. Il s’agit d’un petit magasin de quartier miteux, que l’on s’attend à voir faire faillite incessamment sous peu, et le premier étage, qui ne compte que des produits que le particulier achète peu souvent, comme un piton golo ou une pince à sertir, est en général assez vide. Le vendeur le plus bavard parlait à voix basse, si bien que j’ai immédiatement tendu l’oreille, bien évidemment, tout en farfouillant parmi les boulons. C’était un petit être malingre et souffreteux, comme l’auraient dit Balzac ou Zola, et manifestement, il avait une dent contre la caissière du rez-de-chaussée, dont j’ai cru comprendre qu’elle avait été augmentée ou peut-être qu’il s’agissait d’une prime et, soudain, il sort l’argument définitif :
– Les Noirs qui gagnent plus que les Blancs, alors moi j’le dis, bravo la France !
Réponse inaudible du deuxième vendeur, tandis que je manque de m’évanouir au milieu des boulons, du coup ils s’éloignent, mais j’ai le temps d’en entendre encore un peu…
– Ah non, parce que moi maintenant, j’ose le dire, j’ai pas peur…
Encore une fois, l’effet de sidération que j’ai ressenti était en partie lié à ma perception du propos, en soi raciste, mais également à ma perception du contresens. Parce que oui, les Français d’aujourd’hui sont de toutes les couleurs, on n’est plus dans les années cinquante, c’est comme ça, on n’est pas non plus aux États-Unis où en Afrique du Sud et une opposition pareille entre « les Blancs-les Noirs » n’a aucun sens ni fondement historique et que, ben oui, coco, le consultant de chez Boston Consulting Group, qui est noir, il gagne plus que toi…
Sauf qu’un contresens, ça ne se voit pas. Ça ne se voit pas et, continuons encore un peu les explorations, ce n’est pas réservé aux ploucs de la cambrousse ou aux vendeurs souffreteux et mal vêtus des magasins miteux. Le spécialiste de cardiologie dont le cabinet est situé dans un quartier très haussmannien de la capitale m’a dit l’autre jour : « Vous vous rendez compte, madame Rougegorge, les logements sociaux, en face, il n’y a que des immigrés avec plein de gosses, et les HLM on les leur donne. Quand on connaît le prix au m2, c’est sidérant.
– Euh, non, c’est pas vrai… À la limite, l’hôtel zéro étoile situé en bas de chez-moi qui sert de logement d’urgence ou les tentes que les associations distribuent aux SDF, je veux bien…
Alors dire que les allocations, notamment de chômage, sont principalement fondées sur des cotisations, qu’heureusement d’ailleurs il y a encore des Français issus de l’immigration pour cotiser en face des retraites, que les minima sociaux sont une roue de secours qui ne permet pas de s’enrichir, qu’on ne mesure jamais le coût de la « non aide », en terme de dégâts psycho-sociaux et de santé publique, qu’au plan macro-économique et… d’ailleurs lisez les rapports de l’OFCE ou les études de la Dares, ça ne servira jamais à rien. Encore moins de brandir la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, ou que je vous fatigue avec le genre, la question de savoir s’il faut dire « sans préjuger de » ou « sans préjuger le » – monceau de conneries que j’entends tous les jours -, ça ne servira jamais à rien. Et ce n’est pas le moment non plus de dire que plus de travail n’est pas forcément l’avenir de l’humanité, étant donné que ce travail contribue aussi à produire quantité d’objets parfaitement inutiles voire néfastes, c’est inaudible.
C’est pour ça qu’elle est terrible, la phrase de Fabien Roussel. Aussi percutante que le « dire tout haut ce que les gens pensent tout bas ». D’accord, le terrain a été préparé depuis des années et depuis le « pognon de dingue » ou cette phrase si choquante sur les kwassas qui « ramènent du Comorien » à Mayotte, on ne voit vraiment pas pourquoi le populo devrait se priver. Je trouve que c’est leur échec mais aussi mon échec, nos échecs. Dans les années soixante-dix, mon grand-père, qui était ouvrier-artisan et qui votait Mitterrand (comme quoi tout le monde peut faire des contresens) n’a jamais dit un mot un seul contre les immigrés ou les chômeurs. Et pas non plus lorsque son atelier a été balayé par la crise de 1974, ni plus tard. Aujourd’hui, le délaissement idéologique est tel que chacun trouvera un exemple pour dire que, oui, y’a de la fraude, y’a de l’insécurité, y’a de l’abus, d’ailleurs je l’ai vu, en bas de chez moi, sur les réseaux sociaux ou dans la télé.
Ce renvoi de nos concitoyens à la petite phrase, aux reportages chocs et après on oublie mais ça reste, me terrifie. Au début du XIXe siècle, les ouvriers cassaient les machines, ça s’appelait le luddisme, et les élites étaient impuissantes à les en empêcher. Ils avaient peur, c’est normal. Les élites avaient beaucoup de défauts mais s’opposer aux chemins de fer n’avait pas tellement de sens… En revanche, l’exploitation du prolétariat pendant la Révolution industrielle est indéniable et il a fallu ensuite des années pour que la classe ouvrière s’organise.
Alors je ne sais pas ce qu’il veut faire, Fabien Roussel, à part renverser la table, mais maintenant qu’elle est renversée, il va falloir ramer dur pour reconstruire un socle idéologique qui permette, quand même, quelques explications de fond. Mettre aussi le sens des formules au service d’une pensée plus pédagogique et profitable, sinon c’est plié ce sera un cauchemar.
PS : pour le dessin, voir le 1er commentaire.
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Ruffin-Roussel, même combat ?
https://blogs.mediapart.fr/ruffin-francois/blog/140922/ruffin-roussel-meme-combat
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« Ruffin dit la même chose ! » C’est devenu un classique : Roussel me donne à intervalle régulier le baiser de la mort ! Nous sommes d’accord, peut-être, sur le diagnostic, mais pas sur l’horizon : s’agit-il de diviser le peuple ? Ou de le rassembler ?
« Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire
Le nez dans le ruissel, c’est la faute à Roussel ! »
« Je ne suis pas pour une gauche des allocs… J’en appelle à mettre fin à un système qui nourrit le chômage par les allocations et le RSA… Je ne partage pas la proposition de garantie d’emploi, on va se couper du monde ouvrier, qui travaille dur ! » Fabien Roussel balançait ça, vendredi, en intro de La Fête de l’Huma. Et critiqué par le reste de la Nupes, il ajoutait : « Votre camarade François Ruffin dit la même chose. » C’est devenu un classique, depuis ce printemps : le premier secrétaire du Parti me donne, à intervalles réguliers, le baiser de la mort ! Et non, avec Fabien Roussel, nous ne sommes pas d’accord. D’accord peut-être sur le diagnostic, mais pas d’accord sur l’horizon : s’agit-il de diviser le peuple ou de le rassembler ? De diviser la gauche ou de la réunir ?
Ce qui nous rapproche : le diagnostic
Depuis nos terres d’élection, nous sommes inquiets : nous voyons nos régions industrielles, nos coins de campagne, non pas être grignotés, mais avalés, à vitesse grand V, par le Rassemblement national. 8 sur 17 en Picardie, 6 sur 12 dans le Pas-de-Calais, 6 encore dans le Nord, et la Moselle, et le Midi Rouge… dans des endroits qui furent le creuset du socialisme et du communisme, qui, durant un siècle, ont envoyé des bataillons de députés de gauche à l’Assemblée, même les années de défaite.
Nous sommes inquiets de la fracture électorale : autant Jean-Luc Mélenchon l’a emporté dans les métropoles (et tant mieux), a triomphé dans les quartiers populaires (et tant mieux), autant nous avons échoué à parler à cette France des bourgs, des sous-préfectures. Mais Fabien Roussel, au vu de son score présidentiel, n’y a pas non plus réussi…
Nous sommes inquiets parce que, après l’élection, nous n’apercevons aucun électrochoc. Il fut un temps où la moindre mairie tombée au FN suscitait des tribunes d’intellectuels dans la presse, des pétitions, des manifestations… Ce sont aujourd’hui des pans entiers du pays qui tombent à l’extrême droite, et sans secousse, sans diagnostic, sans révision stratégique. Depuis Paris et l’Île-de-France, qui concentrent les députés Nupes, et encore davantage les députés qui dirigent la Nupes, on voit la vie en rose. Les alertes sont gênantes, presque moquées comme des gémissements.
Ce qui nous sépare, maintenant : l’horizon
Voilà quinze ans que je le répète : « Nous avons un bloc social à construire, aujourd’hui traversé par un double divorce : les classes intermédiaires et les classes populaires. Et au sein des classes populaires, celles des quartiers et des campagnes. » Tel est mon dessein : rassembler, par-delà les frontières sociales, d’origines, ou géographiques. Ajouter, et non pas retrancher.
Quand j’entends, ainsi, et Dieu sait que je l’entends, le refrain sur « les assistés », « les cas sociaux », « l’assistanat », qui – d’après des chercheurs – est devenu « la principale disposition au vote Rassemblement national », ça n’est pas pour flatter cette division entre les modestes et les pauvres, mais comme un chirurgien constate une fracture : pour la réparer. Avec des propositions : le conflit haut/bas, les droits universels, le travail pour tous, le faire-ensemble…
Mon espoir, mon pari, c’est que nous embarquions toute la société, tout notre « bloc social », dans un dessein commun.
Alors que Fabien Roussel agit comme un chef marketing. Il tente d’occuper un segment électoral, négligé de fait par la France insoumise : « les travailleurs des campagnes ». Mais non pour les recoller au bloc, au contraire pour les séparer. Pour les mettre en opposition avec les autres, et au final les isoler.
C’est vrai, aujourd’hui, sur l’« assistanat » : lui ne répare pas la fracture, il ne cherche pas à la dépasser, il l’approuve, la valide. Et quel comble qu’un communiste impute le chômage de masse, non à un travail maltraité depuis quarante ans, écrasé par le capital, la mondialisation et le libre-échange, les usines qui ont fui nos terres, mais aux rustines qu’on a posées sur ce désastre, le RSA et les minimas sociaux.
Mais c’est vrai aussi, par exemple, sur l’écologie. On assiste à une espèce de tandem mortifère : les uns dénoncent le « barbecue viriliste » – une pratique populaire, qu’on trouve autour de tous les stades de foot, sur les piquets de grève, en bas des tours et dans les jardins. Et l’autre, en contrepoint, fait l’éloge de l’avalage de saucisses. Chacun sur son « segment », écolos des villes contre prolos des champs. Alors qu’il nous faut aller vers le « moins de viande, mais mieux de viande » : moins de viande pour la planète, et pour la santé. Mieux de viande, pour les non-végétariens, c’est-à-dire produite ici, pas en Nouvelle-Zélande et au Canada, nourrie dans les pâturages, et non aux hormones, pas élevée dans une ferme industrielle.
C’est tous les jours qu’il nous faut œuvrer au dépassement des contradictions, de contradictions internes au bloc à construire.
Je dis cela aux communistes en toute sympathie : parce que nous avons besoin de vous. Parce qu’avec votre histoire, le seul parti qui au fond fut un jour populaire, avec votre implantation dans le pays, nous avons besoin de votre diagnostic, de votre critique et de votre pratique : qu’est-ce qui coince ? Que pouvons-nous améliorer ? Nous avons besoin de vous pour bâtir une gauche du XXIème siècle, qui n’oublie pas « Ma France », comme la chantait Jean Ferrat, mais qui la conjugue avec d’autres Frances, « Nos Frances ».
Camarades, je suis bien sûr ouvert à la discussion pour trouver ce chemin.
Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.
Gauche du travail » contre « gauche des allocs » : on vous explique le débat
Pour le député Insoumis Manuel Bompard cette opposition est artificielle et dangereuse DDM – NATHALIE SAINT-AFFRE
Les coulisses de la politique, Politique, France – Monde
Publié le 16/09/2022 à 07:27
l’essentiel
Le patron du PC Fabien Roussel a ouvert un débat qui a heurté une partie de la France Insoumise qui refuse d’idée qu’il ne faudrait pas défendre les « allocs ».
C’est une controverse qui déchire la gauche de la gauche depuis la fête de l’Huma, le week-end dernier. Fabien Roussel, y prononce alors un discours au cours duquel il fustige « la gauche des allocs », préférant, pour sa part, se battre pour de meilleurs salaires et des emplois pour tous. « La gauche doit défendre le travail et le salaire. Je ne suis pas pour une France du RSA et du chômage », a-t-il lancé, ajoutant que la gauche devait parler « autant aux Français des champs qu’à ceux des villes ».
Dans son livre, François Ruffin lui emboîte le pas. Réponse immédiate d’Alexis Corbière sur Twiter : « Ce vocabulaire n’est pas le mien, ni le nôtre, ni celui de mes amis communistes, ni celui des milliers de gens avec qui je suis ce soir à la fête de l’Humanité. Les « allocs », magnifique conquête sociale, n’ont rien d’indignes, elles sont notre fierté ! »
Pourtant, pour certains, Fabien Roussel et François Ruffin reviennent là aux origines. « Le vrai socle marxiste, ce ne sont pas les aides sociales mais le partage du capital et le partage de la valeur. C’est là que se passe le conflit social, la lutte des classes », nous explique le patron d’un think tank de gauche qui ajoute : « Or ce que fait La France Insoumise depuis des années c’est dire : il se passe des choses pas belles dans les grandes entreprises, on ne sait pas trop, mais on va faire passer la voiture balaie des aides sociales. Finalement, ce que disent Ruffin et Roussel c’est back to basics ».
Pour Manuel Bompard, député LFI, les choses ne sont pas aussi simples : « Je pense que l’opposition qui est ainsi construite est inacceptable, nous assure-t-il. On se bat pour que le travail paie mieux, c’est ce qu’on a fait cet été à l’Assemblée, mais notre combat est aussi que chacun ait des revenus décents ».
Cette opposition entre gauche du travail et gauche des allocations raconte cependant une fracture bien réelle au sein des classes populaires. « Elles n’existent plus en tant que groupe uni », assure notre chercheur qui ajoute « elles ne font plus bloc, elles se détestent même. La première chose que font les employés, les ouvriers et les ménages biactifs, dès qu’ils ont les moyens, c’est de s’éloigner des cités or les propos de Roussel et Ruffin s’adresse à cette partie de la population ».
D’autant que ces ouvriers, ces employés ne se sentent plus représentés et se sont, selon notre chercheur, réfugiés dans l’abstention. « Au sein de cette catégorie, le vote Marine Le Pen arrive après l’abstention et très loin derrière on trouve Mélenchon et Macron à peine plus loin », nous assure-t-il. Mais Manuel Bompart refuse d’opposer monde des cités et monde de la péri urbanité. « Mon objectif c’est de réunir ces deux blocs, nous assure-t-il, car « ils ont des préoccupations communes ». Des préoccupations communes certes, mais des priorités peut-être différentes.
Christelle Bertrand
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François Ruffin, député Insoumis : « Pour moi, la gauche c’est le travail »
Le député LFI de la Somme François Ruffin. AFP – JULIEN DE ROSA
Politique, Société, France – Monde
Publié le 16/09/2022 à 06:43 , mis à jour à 07:45
00:00/07:10
l’essentiel
Le député LFI de la Somme François Ruffin publie un livre « Je vous écris du front de la Somme » (éditions Les liens qui libèrent). L’Insoumis sera ce dimanche sur les terres de Jaurès, dans le Tarn, pour rencontrer « les Français de la deuxième ligne ». Interview.
Le député France insoumise François Ruffin sera en Occitanie pour rencontrer les « Français de la deuxième ligne » ce vendredi 16 septembre au Vigan (Gard), samedi à Bédarieux (Hérault), dimanche à Laboutarié (Tarn) sur les terres de Jaurès, mardi 20 septembre à Pujols (Lot-et-Garonne). Il répond aux questions de La Dépêche du Midi.
La gauche a-t-elle un problème avec la valeur travail ?
Deux choses m’ont fait écrire ce livre : les résultats des dernières législatives d’abord. En Picardie, c’est huit circonscriptions sur dix-sept qui basculent au Rassemblement national. En symétrique, la même chose advient dans le Midi rouge. Ce sont d’anciennes terres de gauche qui chavirent alors qu’elles ont envoyé des députés socialistes et communistes pendant un siècle à l’Assemblée. Et puis, pendant ma campagne, j’ai beaucoup entendu le refrain « moi je ne peux pas voter à gauche, je suis pour le travail ». Quand on a Jaurès, le Front populaire, les mineurs dans notre patrimoine, pour moi la gauche, c’est le travail.
Vous parlez beaucoup des « cassos » dans votre livre. Comment expliquer que ce sujet porte le RN?
Quand je montre cette fracture, que des travailleurs modestes s’en prennent aux « assistés », je ne le fais pas pour diviser, mais pour réparer cette fracture. Comment ?En ramenant à l’injustice majeure : si on compte jusqu’à trois, c’est 10 000 euros pour Jeff Bezos, le patron d’Amazon qui ne paie pas d’impôts en France alors que le boulanger est taxé à 24%. En trois secondes, il a gagné autant que ma suppléante Hayat en un an, elle qui est assistante d’enfants en situation de handicap. C’est une injustice flagrante mais elle est invisible. À nous de la montrer, par des statistiques, par des images comme les jets, les yachts. Deuxième réponse, c’est sur l’universalisation des droits. Il faut en finir avec les effets de seuil. Exemple : quand on a 1 300 euros de revenu, on n’a pas droit à une bourse pour ses enfants à l’université, on se demande comment on va payer un logement à sa fille. L’histoire de la gauche, c’est une histoire de droits universels. L’école est gratuite pour tous, pour les enfants de Bernard Arnault, comme pour les enfants des agriculteurs et des ouvriers. La Sécurité sociale, la retraite, c’est pour tous. Le seuil crée de la petite jalousie.
Vous évoquez aussi les travailleurs de la deuxième ligne.
Oui, la crise Covid a mis en lumière les camionneurs, les caristes, les auxiliaires de vie, les caissières, etc. Ce sont cinq millions de travailleurs et un rapport du ministère du Travail l’a montré : ils sont sous-payés de 30 %, souvent en contrats courts, avec des horaires instables. La gauche pour moi, doit s’adresser à eux : « Nous allons vous construire statuts et revenus. »Et puis, il faut redonner une fierté comme le Parti communiste de l’après-guerre avait héroïsé les mineurs et les métallos qui reconstruisaient la France. Aujourd’hui, on doit héroïser l’auxiliaire de vie et le manutentionnaire parce qu’ils permettent au pays de se tenir debout.

La phrase de Fabien Roussel qui défend « la France du travail face à celle des allocs » a fait polémique à gauche. Est-ce que vous vous retrouvez dans ces propos ?
Qui en est responsable ? Qui a délocalisé le textile, chez moi comme chez vous ? Ce ne sont pas les gens au RSA. Qui a construit cette mondialisation folle ? Le but, pour moi, est simple. Les Français doivent vivre de leur travail, mais sans culpabiliser, sans stigmatiser, sans opposer. Le cap, c’est le « faire ensemble », pas seulement « vivre ensemble » mais être porté par un projet. Ce projet c’est le grand défi climatique qui suppose du travail. Si on veut une agriculture avec moins d’intrants chimiques, c’est du travail. Si on veut demain faire de la rénovation thermique, ce sont des milliers d’emplois. Je suis par exemple, pour un atelier de réparation par quartier et par canton pour arrêter d’acheter en permanence en électronique en informatique, c’est du travail. Il faut dire que personne n’est inutile dans cette bataille-là. Mais pour tout le monde, temps plein et salaire plein, 1 500 €, parce que qui vit avec moins que ça ?
Au sujet du RSA, vous faites le constat que ça ne fonctionne pas.
Le revenu de solidarité active suppose un accompagnement. L’État ne met rien pour l’accompagnement vers le soin, vers un logement décent, vers la formation et l’emploi. Le gouvernement qui prétend mettre le RSA sous condition, c’est le même qui a supprimé les contrats aidés. Le résultat, c’est plein de gens qui peinaient à trouver du boulot et qui voulaient se rendre utiles à la société dans des écoles, des associations… on les a renvoyés chez eux.
Dans votre livre vous faites la critique de la gauche dans son ensemble qui n’a pas fait campagne auprès de la France périphérique ?
Oui, l’impasse a été faite dessus. Jean-Luc Mélenchon est très fort dans les quartiers populaires. Tant mieux. Il est très fort dans la jeunesse urbaine. Tant mieux. Mais on n’a pas cherché à parler à la France populaire des bourgs, des sous-préfectures et des campagnes. C’est un énorme trou dans la raquette. Je ne vois pas comment on peut être demain majoritaire dans le pays si on ne parle pas à cette France-là.
Une Marine Le Pen élue en 2027 vous croyez que c’est possible ?
Je ne suis pas prophète mais je vois une dynamique. C’est sur des terres de gauche, le Nord, le Pas de Calais, la Moselle, le Midi rouge qu’elle prospère. Il fut un temps où quand une mairie passait au FN, des intellectuels signaient des tribunes, des pétitions circulaient. Aujourd’hui, on a 89 députés RN mais ça ne produit aucun électrochoc.
Le Président et sa Première ministre appellent à des compromis, vous y croyez ?
Eux ne font aucun compromis. J’ai proposé un amendement pour dire que la prime Macron ne soit pas versée pour les entreprises qui opèrent dans des paradis fiscaux.ça a été refusé. Sans parler de l’indexation des salaires sur l’inflation, refusée. La réforme des retraites, ils envisagent de la faire passer en force alors qu’il y a une opposition dans le pays. C’est ça des compromis ?
Jean-Luc Mélenchon laisse entendre qu’il pourrait ne pas être candidat en 2027. La succession est-elle ouverte ?
La question que je pose, ce n’est pas celle-là, c’est quel projet on porte aujourd’hui. Est-ce qu’on abandonne ou pas cette France qui me tient à cœur ?
Croyez-vous en l’avenir de la Nupes ?
Cette union est une condition nécessaire mais non-suffisante. Si on part en ordre dispersé, les gens ne voient même pas l’intérêt. Mais dire « on est ensemble, on est unis », les gens s’en moquent. Ce qui les intéresse, c’est : est-ce qu’on va relever leur salaire, est-ce qu’on va affronter le changement climatique, leurs enfants pourront-ils faire des études et bien vivre ? Va-t-on se faire rogner les retraites ?
Propos recueillis par Eric Berger
« Comment espérer détourner les électeurs populaires du vote Le Pen lorsque certains à gauche alimentent des polémiques qui les hérissent ? »
CHRONIQUE

Philippe Bernard
La gauche est souvent plus mobilisée sur les questions sociétales que sur les problématiques sociales, déplore Philippe Bernard, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.
Publié aujourd’hui à 05h00, mis à jour à 05h00 Temps de Lecture 4 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/09/17/comment-esperer-detourner-les-electeurs-populaires-du-vote-le-pen-lorsque-certains-a-gauche-alimentent-des-polemiques-qui-les-herissent_6142000_3232.html
Existe-t-il un danger politique plus grand pour la France que l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir ? Or comment l’empêcher si les électeurs des classes populaires continuent de se tourner de plus en plus vers les Le Pen – 17 % des ouvriers en 1988, 39 % en 2017 et 42 % en 2022 au premier tour de la présidentielle ? Ces questions se posent au pouvoir en place et renvoient à la condescendance, voire au mépris, qu’a souvent manifesté Emmanuel Macron. Le grand mérite du député La France insoumise de la Somme, François Ruffin, est d’oser affirmer qu’elles concernent en premier lieu et de façon vitale la gauche.
La force de son petit livre Je vous écris du front de la Somme (Les Liens qui libèrent, 144 pages, 10 euros) est de reposer sur une réalité vécue : la petite musique des « Je ne peux pas voter pour la gauche, je suis pour le travail » et la hargne répétée contre « ceux qui “ne se lèvent pas le matin (…), touchent des aides” pendant que “nous, on n’a droit à rien” », entendues lors de porte-à-porte dans sa circonscription, entre Amiens et Abbeville.
A partir d’un double constat – le succès de Jean-Luc Mélenchon chez les bourgeois de centre-ville et parmi les habitants de banlieue issus de l’immigration, et son échec face à Marine Le Pen dans les zones pavillonnaires et rurales –, l’élu de la Somme appelle à réconcilier ces deux électorats, condition sine qua non des victoires passées et futures de la gauche et d’un affaiblissement de l’extrême droite. La gauche, devenue aux yeux de bien des électeurs le « camp des assistés », doit, dit-il, redevenir celui du travail justement rémunéré et de la fierté qu’il procure.
« Parfum d’abandon »
Dérobée par l’extrême droite à l’instar de la laïcité ou du patriotisme, la « valeur travail » – également mise en avant par Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti communiste français – doit être défendue et reliée à l’impératif de la lutte contre le changement climatique, elle-même pourvoyeuse d’emplois et d’espoir collectif. Sous le « parfum d’abandon » de la France des périphéries que ressent François Ruffin, sous sa plaidoirie en faveur de droits sociaux universels « sans obligation de misère », se devine la critique d’une gauche plus mobilisée sur les questions sociétales que sociales, plus encline à magnifier les particularismes que l’universalisme.
Lire aussi **:Fabien Roussel : « J’assume défendre le parti du travail »
De fait, comment espérer détourner les électeurs populaires du vote Le Pen lorsque certains, à gauche, dépensent l’essentiel de leur énergie dans des polémiques qui les hérissent, attisent l’anxiété et les peurs sans proposer de solution et exacerbent inutilement les clivages ? Avec sa défense des burkinis dans les piscines, le maire (EELV) de Grenoble, Eric Piolle, n’a probablement fait que conforter les préjugés sur une supposée complaisance de la gauche à l’égard de l’islam radical.
Dans un tout autre registre, la députée (EELV) Sandrine Rousseau a-t-elle vraiment fait avancer la cause du changement climatique en se focalisant sur l’aspect « genré » de la consommation de viande, au lourd impact en CO2, et en semblant montrer du doigt les hommes ? Isoler le critère du sexe des consommateurs de steak, c’est faire oublier que le marqueur essentiel reste la classe sociale : plus on est pauvre, plus on mange de viande et moins on en a réduit récemment la consommation, sans doute par manque d’information.
Lire aussi : Reconnaître que les hommes mangent plus de viande que les femmes, un progrès pour la santé et le climat
Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a peut-être satisfait une partie de ses électeurs en affirmant que « la police tue », mais il n’a sûrement pas gagné de points dans les zones pavillonnaires.
Classe laborieuse
Dans son passionnant Retour à Reims (Fayard, rééd. Flammarion, 2018), le sociologue Didier Eribon a décrit dès 2009 de façon limpide le processus qui a conduit ses parents, dont la forte identité ouvrière s’est longtemps exprimée par un vote communiste systématique, à voter pour l’extrême droite. Il en rend responsable la gauche qui a dédaigné les catégories populaires et leur identité de classe au profit de la défense de l’autonomie et de la responsabilité des individus.
Abandonné par la gauche, affaibli par la désindustrialisation et la précarisation consécutive à la mondialisation libérale, explique Didier Eribon, le peuple s’est reconstitué dans le vote FN, en privilégiant son identité nationale – par opposition aux immigrés –, sur son appartenance à la classe laborieuse. Soutien de Jean-Luc Mélenchon, le sociologue appelle la gauche à « rapprocher » le vote ouvrier, largement acquis à Marine Le Pen, du vote urbain, capté par le chef des « insoumis », et à croiser différentes approches : classe, genre, race et écologie.
« Si vous voulez seulement vous occuper du féminisme, de l’écologie et du mouvement LGBT (et je n’ai pas besoin de préciser à quel point ces mouvements sont importants à mes yeux), délaissant les questions sociales, dit Didier Eribon dans un entretien publié par Mediapart, vous laissez des pans entiers de la société en déshérence politique, sans cadre pour se penser, et qui finissent par voter FN. »
Lire aussi**** : A la Fête de « L’Huma », la gauche se déchire sur l’« assistanat »
C’est sans doute en cherchant à s’adresser à la fois à son public habituel, mêlant électeurs aisés et éduqués et jeunes victimes de discrimination, et aux classes populaires, inquiètes de l’inflation et du délitement des services publics, que la gauche peut imaginer sortir de son enclavement. Le torrent de critiques par lequel les proches de Jean-Luc Mélenchon ont accueilli le livre de François Ruffin augure mal de la capacité de LFI à admettre la réalité de sa coupure avec une large partie du peuple.
Se faire entendre de cette dernière suppose par exemple de cesser de mépriser la demande de sécurité, de réhabiliter la « valeur travail » et d’imaginer de façon prioritaire les mesures concrètes (fiscales, sociales, etc.) destinées à éviter sur le long terme, en matière de transport comme de chauffage, d’emploi comme d’alimentation, que le coût et la charge de la transition climatique ne pèsent de façon disproportionnée, injuste et insupportable sur les personnes les plus fragiles.
Philippe Bernard
*François Ruffin : « On ne doit pas devenir la gauche des métropoles contre la droite et l’extrême droite des bourgs et des champs »
Le député LFI pense que le blocage des institutions peut être « positif » et permettre « la réorientation » de la politique d’Emmanuel Macron.
Propos recueillis par Abel Mestre et Julie CarriatPublié le 22 juin 2022 à 04h26 Mis à jour le 22 juin 2022 à 11h56
Temps de Lecture 6 min. https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/06/22/francois-ruffin-on-ne-doit-pas-devenir-la-gauche-des-metropoles-contre-la-droite-et-l-extreme-droite-des-bourgs-et-des-champs_6131453_823448.html
Fraîchement réélu député de la Somme sous la bannière de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), François Ruffin veut faire entendre sa différence au sein de La France insoumise (LFI). Pour lutter contre la montée de l’extrême droite, il plaide pour un discours de gauche tourné vers la classe ouvrière. Quitte à contester la ligne de Jean-Luc Mélenchon.
Quelle est votre analyse des résultats des législatives ?
Macron est mis en minorité ! C’est une victoire et un fait inédit dans la Ve République : que la présidentielle ne débouche pas sur un raz-de-marée. L’Assemblée nationale cessera d’être une chambre d’enregistrement des désirs du président, il n’y aura plus de votes automatiques, pléthoriques. On retrouvera la place pour le débat.
Et même, enfin, ça bloque ! C’est positif. Ils ont foncé dans le mur pendant des décennies, avec leurs réformes, leur obsession de la « concurrence libre et non faussée » partout, à l’université, sur le rail, dans l’agriculture… Là, enfin, c’est un point d’arrêt, et il faut tout faire pour le transformer en réorientation.
Comment regardez-vous le score du Rassemblement national (RN) ?
Je suis sur le front de la Somme. Je parle de là où j’habite. Je réussis un exploit électoral : 65 % à Flixecourt contre le RN, où Marine Le Pen fait le même score à la présidentielle… Mais c’est une exception. En Picardie, c’est huit députés RN sur dix-sept circonscriptions, il y en a six sur douze dans le Pas-de-Calais, six sur vingt-quatre dans le Nord.
Vous avez été surpris par le nombre de députés d’extrême droite ?
Non, pas du tout. Je n’ai pas eu un moment d’étonnement. Quand on vit en Picardie, on a d’autres lunettes que quand on vit à Paris, que l’on est en Ile-de-France, où le RN n’existe pas.
L’entre-deux-tours était polarisé entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Etait-ce une erreur ?
C’est très bien d’avoir posé l’idée du troisième tour, d’une revanche sur Macron. Même si je ne pensais pas possible d’avoir une majorité : encore une fois, parce qu’avec mes lunettes picardes, je ne voyais pas vraiment la vie politique en rose…
Lire aussi : Législatives 2022 : la coalition présidentielle accusée d’avoir « facilité » les résultats historiques du RN
Après la présidentielle, au vu des résultats, d’un Mélenchon très fort dans les quartiers, dans les métropoles, mais plus en difficulté dans les Frances périphériques, des « gilets jaunes », j’interrogeais : on va les rechercher, ceux-là, ces territoires, ou on les abandonne au RN ? La question se pose avec encore plus d’acuité aujourd’hui.
Le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, dit que la Nupes n’a parlé qu’à une partie du pays. C’est un constat juste ?
En tout cas, on ne doit pas devenir la gauche des métropoles contre la droite et l’extrême droite des bourgs et des champs, qu’on leur laisserait.
C’est d’autant plus tragique dans d’anciennes terres rouges, industrielles, comme chez moi, ou dans le Midi rouge. C’est pour moi un devoir moral, et un devoir électoral : comment prétendre devenir majoritaire, sans eux ?
Quels sont les sujets par lesquels vous pouvez reconquérir ces territoires ?
Faire campagne, c’est passer un message en trente secondes. Je demandais aux gens : « Vos salaires ont triplé ? Vos retraites ont triplé ? Vos APL [aides au logement] ont triplé ? » Les gens rigolaient, ou protestaient : « Bah non, non… » Et j’expliquais : « Parce que les grandes fortunes ont triplé sous Macron. Donc, il ne faut pas qu’ils se gavent en haut pendant qu’on nous rationne en bas. »
Les habitants approuvent, ça leur paraît juste. Et poser le partage, c’est repartir d’une base de gauche. Chez moi, je gagne sur ça : la division entre « les petits » et « les gros », sur une exigence de justice.
Comment expliquer cette pénétration des idées du RN ?
On ne comprend rien sans partir des années 1980, de la chute de l’industrie. Je l’ai déjà répété mille fois, mais la mondialisation a tracé une ligne entre vainqueurs et vaincus.
Le textile, dans la Somme, est laminé en dix ans, la métallurgie suit, avec des délocalisations en série. Le taux de chômage chez les ouvriers quadruple, pendant qu’il stagne dans les professions intermédiaires. Or, dès les années 1990, dès la chute du mur de Berlin, le RN a répondu à cette demande de protection des classes populaires, en passant du libéralisme au protectionnisme, pendant que la « gauche » signait des traités européens, des accords du GATT, présidait l’OMC [l’Organisation mondiale du commerce].
Lire aussi : Face à l’extrême droite, l’érosion toujours plus forte du front républicain
A cette crise s’est ajoutée celle de 2005, du non au traité constitutionnel européen : 80 % des ouvriers votent contre. C’est désormais clair : le projet libéral devient minoritaire dans le pays. Et pourtant, ils ont continué. Et ça se traduit avec la crise des « gilets jaunes ».
Cela pouvait être un moment salvateur pour le pays, de dialogue, avec une France jusqu’alors silencieuse. Mais à la place d’un compromis, Emmanuel Macron les désigne comme factieux, efface leurs traces sur les ronds-points, les maltraite par la matraque, et noie tout ça dans le blabla du grand débat. Il a cru gagner. Mais ce qui est refoulé revient par le plus mauvais des biais.
Pour revenir sur la campagne, quand Jean-Luc Mélenchon dit que « la police tue », cela peut heurter l’électorat ouvrier dont vous parlez. A-t-il été un repoussoir pour certains électeurs ?
Jean-Luc Mélenchon a permis à la gauche de ressusciter, et il a fait sauter un verrou électoral dans les quartiers populaires. Mais il y a des endroits, comme le mien, où ce genre de propos, oui, heurte.
Ça peut être contre-productif ?
Oui. Mais l’essentiel, pour demain, c’est sur quoi on se concentre : la gauche doit, à mon sens, se concentrer sur la valeur du travail. Durant ma campagne, j’ai entendu ça : « Je ne peux pas voter pour la gauche, je suis pour le travail », ou encore « Comme on travaille, on n’a droit à rien », et bien sûr, plein de critiques sur « les assistés »…
Je réplique que les assistés sont surtout là-haut. Mais le sentiment est là, répandu, que malgré le travail, on parvient difficilement à en vivre. C’est pour cette raison que, en plus du smic à 1 500 euros, je suis pour une indexation des salaires sur l’inflation. Car comment vit-on avec 2 000 euros aujourd’hui ? La gauche doit évidemment défendre les pauvres, mais aussi les modestes, les « moyens ».
Cette question, vous l’avez portée depuis la Somme, pendant la campagne législative, mais peu dans la campagne de la Nupes au niveau national. Pourquoi ?
A côté de la note majeure du candidat à la présidentielle, les notes mineures sont inaudibles, et elles risquent même d’apparaître contraires, de nuire au concert. Et, surtout, je suis dans un endroit où si je lâche ça craque, j’ai dix fois plus d’efforts à fournir pour aller contre la pente. Tous les jours, c’est une bataille.
Lire aussi : Au lendemain des législatives, la Nupes peine à rester groupée
Quant à la Nupes, c’est une condition nécessaire mais non suffisante. Pas un électeur ne m’a interpellé sur la Nupes. Tant mieux si on ne se divise pas. Mais l’élargissement à chercher aujourd’hui, c’est l’élargissement des gens, du socle.

Ce débat, vous allez le déclencher au niveau national ?
Oui, sinon je n’en causerais pas ici ! L’objet, c’est de parvenir à un diagnostic partagé : où sont les millions de voix qui nous manquent pour devenir majoritaire ? Pas seulement pour accéder au second tour d’une présidentielle, mais pour la remporter. Pas seulement pour titiller Macron, ou son remplaçant libéral demain, mais pour le renverser dans l’Assemblée.
Les meetings de la présidentielle se sont déroulés dans les métropoles. Ne faut-il pas faire une tournée des sous-préfectures ? Qu’est-ce qu’il nous reste comme militants dans ces coins-là pour porter ça ? Comment les aide-t-on ? C’est un travail, long et difficile. Et je ne prends pas les élus RN pour des imbéciles, je ne méprise pas mon adversaire : une fois qu’ils sont installés, ce ne sera pas aisé de les dégager. Pas du tout.
Comment faire pour reconquérir ces électeurs désormais acquis au RN, allergiques à la gauche ?
Il y a une question de ligne politique. Est-ce qu’on rompt avec la mondialisation ou pas ? Est-ce qu’on incarne le travail ou pas ? Est-ce qu’on se bagarre contre les ultrariches ou pas ? C’est une vraie distinction avec le RN : Marine Le Pen, à aucun moment, elle ne parle des firmes ou de McKinsey ou de Total. Elle ne dit rien du fait que les grandes fortunes ont triplé sous Macron.
Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas représenté à la députation, il prend du champ. Est-ce un moment propice pour faire entendre votre voix ?
Je l’ignore. Est-ce qu’on se retrousse les manches ou pas ? Est-ce qu’on y va ou pas ? Moi je suis Fort Alamo. Je ne suis pas le seul, il y a d’autres circonscriptions comme la mienne et qui arrivent à tenir. Est-ce que je suis un bastion sur lequel on s’appuie pour dire « allez on repart de l’avant » ou bien est-ce qu’on m’abandonne, et d’autres, dans nos coins ?
Mais je ne compte pas y aller tout seul, il y faut des intellectuels, des militants, des associatifs… Je ne sais pas si le moment est propice, mais même si ça ne l’était pas, je le ferais quand même : c’est une nécessité.
Abel Mestre et Julie Carriat
**Fabien Roussel : « J’assume défendre le parti du travail »
TRIBUNE
Fabien Roussel
Secrétaire national du PCF
Le secrétaire national du PCF répond, dans une tribune au « Monde », aux critiques suscitées par ses propos sur « la gauche du travail » face à « la gauche des allocations [et] des minima sociaux ». Et persiste. Selon lui, le défi de la gauche est de « travailler à une société qui garantit à chacun d’avoir un emploi, une formation et un salaire tout au long de sa vie ».
Publié le 13 septembre 2022 à 16h34 Mis à jour le 13 septembre 2022 à 16h53 Temps de Lecture 2 min.
En déclarant préférer le travail au chômage, je n’imaginais pas provoquer pareille polémique. Que n’avais-je dit ? Certains ont pris leurs plus beaux airs indignés et y ont vu une saillie inspirée des pires discours de la droite réactionnaire. D’autres sont allés jusqu’à s’élever contre un racisme à peine larvé. Quel délire !
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Quand on parle des autres, on parle d’abord de soi. En s’indignant ainsi, que disent-ils d’eux-mêmes ? Qu’ils ont démissionné. Qu’ils ont renoncé à la grande ambition qui devrait rassembler la gauche : celle d’éradiquer le chômage. Si l’esclavagisme revenait demain, ils négocieraient avec le Medef le poids des chaînes. Pas moi. Car le chômage tue, il bousille des vies. Il fait basculer des familles entières dans la pauvreté. Il instille partout le venin de la division entre ceux qui ont un emploi et ceux qui en sont privés. De là où je vous parle, dans ce Nord ouvrier depuis si longtemps fier de ses usines et du savoir-faire de ses travailleurs, on sait la dureté du travail et le coût du chômage. On sait intuitivement que le chômage est « l’armée de réserve » du capital, comme le disait si bien Marx.
Remettre en cause la logique libérale du chômage
C’est la menace du chômage qui permet au Medef et aux libéraux d’imposer les bas salaires, les horaires élargis sans supplément de rémunération, le quotidien infernal d’une vie sans pause et sans plaisirs. Et nous devrions accepter le chômage de masse et nous contenter de garantir un revenu d’existence ? Il est temps, au contraire, de remettre en cause les logiques libérales qui ont toujours entretenu le chômage plutôt que de l’éradiquer, qui ont préféré l’accompagner plutôt que d’empêcher le déménagement de pans entiers de notre industrie.
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Ouvrons les yeux. L’industrie représentait 24 % de notre PIB en 1980 et seulement 10 % en 2019. Notre flotte de pêche est passée de 11 500 bateaux, en 1983, à 4 500, aujourd’hui. Quant à la saignée paysanne, elle nous a fait passer de 1 263 000 exploitations agricoles, en 1979, à 429 000, en 2017. Résultat : 5 millions de privés d’emplois, 2 millions de bénéficiaires du RSA, 4,5 millions de primes d’activité versées par la CAF. Et 10 millions de Français sous le seuil de pauvreté. Beau succès.
Alors, j’assume. Je me bats pour une société qui se fixe comme horizon de garantir un emploi, une formation, un salaire à chacun de ses concitoyens. Et je m’inscris en faux contre ceux qui théorisent la « fin du travail ». Ce discours passe totalement à côté des réalités qui se font jour. Ayons de l’ambition pour notre pays.
Tant de besoins mériteraient d’être satisfaits. De quoi permettre à chacun de trouver sa place dans la société et de retrouver sa dignité par le travail.
Redonner du sens au travail
Regardez ces classes sans professeurs, ces trains qui ne circulent pas faute de conducteurs, ces services d’urgences fermés faute de personnels. Qui peut croire que nous relèverons le service public sans fonctionnaires en plus ? Qui peut imaginer que nous conduirons la transition écologique sans créer d’emplois ? Qui peut penser que nous pourrons reconquérir notre souveraineté énergétique, industrielle, alimentaire sans millions d’emplois supplémentaires ni formations massives ?
Bien sûr, à titre transitoire, les salariés ont besoin de protections, d’accompagnement et je serai à leur côté pour dénoncer toutes les attaques du gouvernement contre eux, avec cette réforme de l’assurance-chômage ou encore le projet de travail obligatoire en échange du RSA.
Mais quel beau défi pour un pays, pour la gauche, que de travailler à une société qui garantit à chacun d’avoir un emploi, une formation et un salaire tout au long de sa vie professionnelle. Un projet révolutionnaire qui va de pair avec l’amélioration des conditions de travail, la hausse des salaires, la réduction du temps de travail et le rétablissement de la retraite à 60 ans et vise à sécuriser tous les âges de la vie. Redonnons du sens au travail en l’émancipant de la puissance aveugle du marché et en se posant partout la question : comment produire et répondre à nos besoins, en respectant autant les êtres humains que la planète ? C’est l’ambition qui m’anime. Ni plus ni moins.
Fabien Roussel est député du Nord et secrétaire national du PCF.
Fabien Roussel(Secrétaire national du PCF)
***« Contrairement à ce qu’affirme Fabien Roussel, il n’y a plus de séparation claire entre le monde du travail et celui des prestations sociales »
TRIBUNE
Nicolas Duvoux
Professeur de sociologie à l’université Paris-VIII
En opposant « la gauche du travail » et celle des « allocations [et] des minima sociaux », le secrétaire national du PCF occulte un phénomène majeur : la porosité croissante entre ces deux mondes, explique le sociologue Nicolas Duvoux.
Publié le 14 septembre 2022 à 18h00 Temps de Lecture 4 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/09/14/contrairement-a-ce-qu-affirme-fabien-roussel-il-n-y-a-plus-de-separation-claire-entre-le-monde-du-travail-et-celui-des-prestations-sociales_6141624_3232.html
Le discours fracassant de Fabien Roussel opposant, lors de la Fête de L’Humanité, « la gauche du travail » à « la gauche des allocations » a créé une intense polémique. Inspirées par la rhétorique conservatrice de la critique du « cancer de l’assistanat » (Laurent Wauquiez) ou de la valorisation, symétrique et inverse, de « la France qui se lève tôt » (Nicolas Sarkozy), ces déclarations sont destinées à réarmer moralement des classes populaires laborieuses et menacées. Elles ont cependant le tort d’être fondées sur une idée fausse : contrairement à ce qu’affirme le dirigeant communiste, il n’y a plus de séparation claire entre le monde du travail et celui des prestations sociales.
En opposant « la gauche du travail » à « la gauche des allocations [et] des minima sociaux », Fabien Roussel occulte en effet un phénomène majeur : la porosité croissante entre le monde du travail et celui de l’assistance. Masquée par les positionnements volontairement clivants et binaires des discours politiques, cette réalité est aujourd’hui l’un des traits saillants de notre organisation sociale.
Depuis le début des années 2000, la dichotomie entre ce qui relève de l’assistance et ce qui relève du soutien au travail – notamment au travail précaire et mal rémunéré – ne tient plus. Avec la création de la prime pour l’emploi, en 2001, l’Etat a pris acte du fait que nombre de travailleurs et surtout de travailleuses modestes ne parvenaient plus à joindre les deux bouts malgré les salaires qui leur étaient versés par leurs employeurs privés ou publics : ils avaient du mal à acquitter ce que l’on appelle aujourd’hui leurs dépenses contraintes – le logement ou la facture d’électricité, par exemple.
Profondes dynamiques
Pour pallier cette difficulté, l’une des lignes directrices de la politique sociale française a consisté à soutenir le revenu des travailleurs modestes – ce qui a eu pour conséquence d’entremêler le monde du travail et celui des allocations. En faisant de la prestation sociale un complément de salaire pour les salariés rémunérés jusqu’à un smic et demi, cette politique a peu à peu effacé la frontière entre ce qui tient du travail salarié et ce qui relève des prestations sociales. Créé en 2008, le revenu de solidarité active (RSA), qui a pérennisé les possibilités de cumul de revenus d’activité et de solidarité, et qui les a étendues à des emplois à temps très partiel, a renforcé ce phénomène.
Lire aussi la tribune (2010) : La France qui se lève tôt est malade, par Xavier Lacoste
En apportant un complément de revenu aux salariés modestes, la prime d’activité instaurée huit ans plus tard, en 2016, a contribué, elle aussi, à nourrir ce rapprochement entre le monde du travail et celui de l’assistance. Si elle a permis de soutenir des personnes en difficulté, elle a, en concentrant l’effort de redistribution sur les moins pauvres d’entre les pauvres, institutionnalisé une perméabilité grandissante entre l’univers des salariés et celui des allocataires des prestations.
Ces politiques publiques ont profondément modifié la réalité sociale : souvent dépeint, dans les discours politiques, comme un ensemble homogène et immobile, le monde des allocataires du RSA est aujourd’hui marqué par une forte volatilité – et une forte hétérogénéité. Selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques de 2021, un quart des bénéficiaires de cette prestation, qui est accusée d’entretenir une atavique culture de l’assistanat, sortent du dispositif chaque année. Cette réalité, qui entraîne un coût de gestion immense, montre que ces espaces sociaux que l’on croit figés sont en fait traversés par de profondes dynamiques.
Ultime recours contre la misère
Une partie significative des allocataires de cette prestation emblématique qu’est le RSA circulent en effet constamment entre l’assistance et le travail salarié, souvent dans des conditions précaires et dégradées. Pour certains, ces prestations constituent un soutien ponctuel, un ancrage pour une reconversion professionnelle ou une manière de pallier une séparation. Pour d’autres, elles sont un ultime recours, souvent de longue durée, contre la misère – raison pour laquelle les stigmatiser est aussi indécent que politiquement contre-productif. Plusieurs publics et plusieurs problématiques sociales coexistent donc dans ces dispositifs perçus à tort comme homogènes.
C’est paradoxalement cette proximité entre le monde du travail et celui des « allocs » qui attise aujourd’hui les déclarations polémiques – et trompeuses – comme celles de Fabien Roussel. Parce que les classes populaires fragilisées sont objectivement proches des seuils d’éligibilité aux prestations sociales, elles luttent activement pour s’en démarquer : elles sont d’autant plus tentées d’adhérer au discours critique de l’assistanat que la précarité de leurs conditions de vie les rapproche de plus en plus de la « chute » redoutée dans l’assistance. C’est finalement la perméabilité de ces espaces sociaux et le risque de réversibilité des situations acquises qui constituent le soubassement social et moral de la défense acharnée de la frontière entre travail et assistance.
Lire aussi la tribune : RSA : « Conditionnalité et automaticité sont deux objectifs contradictoires »
Le sociologue Olivier Schwartz a documenté cette « conscience sociale triangulaire » : les ménages modestes ont aujourd’hui le sentiment d’être soumis à une double pression – l’une « venant du haut » (les classes moyennes et supérieures), l’autre « venant du bas » (les fractions précaires des classes populaires). Parce que les « privilégiés d’en bas » semblent bien traités, ils jouent le rôle de repoussoir : quand les fondements d’une vie sociale intégrée sont menacés, le rejet des « assistés » structure les comportements et la revendication d’une existence qui ressemble à celle des « autres ». Dans les classes populaires laborieuses, la mise à distance du monde de l’assistance est en fait une demande de respectabilité – et elle s’exprime d’autant plus violemment que la proximité sociale encourage la distance symbolique et morale.
Loin des discours simplistes, le travail et la protection sont désormais entremêlés sous des formes nouvelles et complexes. Si l’on veut refonder une protection sociale qui apporte aux populations modestes et précarisées la sécurité dont elles ont besoin, il faut les affronter avec détermination – sans s’appuyer sur des idées fausses.
Nicolas Duvoux est professeur de sociologie à l’université Paris-VIII. Spécialiste des questions de pauvreté, d’inégalités sociales et des politiques publiques, il est notamment l’auteur de L’Autonomie des assistés (PUF, 2009) et des Oubliés du rêve américain. Philanthropie, Etat et pauvreté urbaine aux Etats-Unis (PUF, 2015).
Nicolas Duvoux(Professeur de sociologie à l’université Paris-VIII )