Réformer à long terme en amont des urgences en tablant avant tout sur les SAS (service d’accès aux soins universel) – Commentaires Dr Jean SCHEFFER et revue de presse

Système de santé : au-delà de la crise de l’été, des axes pour réformer à plus long terme

PAR 

MARIE FOULT – 

PUBLIÉ LE 08/07/2022

En amont des urgences, la plateforme numérique du service d'accès aux soins (SAS) devrait se déployer sur tout le territoire national (ici, celui de Metz)

https://t.eml.lequotidiendumedecin.fr/r/?id=h235fa9b5,1c97509,d5b7a5&xtor=EPR-10-%5BNL_magazine-hebdo%5D-%5B20220708%5D&utm_content=20220708&utm_campaign=NL_hebdo-magazine&utm_medium=newsletter&utm_source=qdm&newsToken=9fdf3cc2-1f50-4e0e-bed2-8d090d5d6d29

En amont des urgences, la plateforme numérique du service d’accès aux soins (SAS) devrait se déployer sur tout le territoire national (ici, celui de Metz)
Crédit photo : SEBASTIEN TOUBON

Au-delà des mesures immédiates pour passer l’été, la mission Braun a tracé huit axes de « réformes en profondeur », à travailler dans le cadre de la prochaine grande conférence des parties prenantes sur la santé, censée proposer une nouvelle méthode.

En complément de la future campagne d’information grand public sur le bon usage des urgences – qui invitera à appeler le 15 avant de se déplacer –, les auteurs du rapport proposent de « comprendre le comportement »des patients fort consommateurs de soins non programmés (généralement hors parcours de soins), à l’échelle d’un territoire de santé, et de mieux les accompagner.

Face à ces demandes de soins non programmés non couverts par les médecins traitants, la mission estime qu’il faudra faire du service d’accès aux soins universel (SAS) « le chef d’orchestre de la réponse » à ces besoins de consultations imprévues. « Appeler avant de consommer du soin devrait devenir un geste citoyen », résume le rapport, qui appelle à généraliser le schéma du SAS dans tous les territoires (au-delà des 22 sites pilotes) avec une « juste rémunération » des acteurs.

Toujours à l’échelon territorial, la mission invite à mieux structurer la réponse aux demandes de soins non programmés (SNP), aussi bien au niveau du premier recours (maisons de santé, centres, CPTS), des services d’urgences, du deuxième et troisième recours (spécialistes libéraux) tout en développant la « transparence »Par exemple, une « labellisation et une cartographie » de l’offre de soins non programmés, accessible via une appli, serait bienvenue.  

Moins de bureaucratie

Dans les territoires fragiles, la mission recommande une politique nationale plus ambitieuse de déploiement de la télémédecine (projetée, assistée), l’installation de bornes à proximité des services d’urgence, dans les Ehpad ou même le développement d’unités mobiles.

Côté installation, la mission balaie toute forme de coercition mais suggère pour chaque praticien libéral « une présence régulière en zone sous-dotée » pour les médecins libéraux, avec une aide forte de l’État et des collectivités pour leur « faciliter cet effort ».

Pour redonner du temps de soins aux soignants en ville, « submergés de contraintes bureaucratiques », elle mise sur l’exercice collaboratif, interpro et aidé (assistants médicaux, IPA de premier recours, déploiement de nouvelles CPTS, généralisation des protocoles de coopération). De manière globale, elle appelle à « fluidifier les parcours de soins ».

Dynamiser la politique RH à l’hôpital

À l’hôpital cette fois, la mission juge urgent de redynamiser la politique RH à long terme avec plusieurs priorités : la qualité de vie au travail (QVT), la meilleure rétribution du travail de nuit (« un symbole ») au-delà des mesures prises cet été, le déploiement de nouveaux métiers intermédiaires paramédicaux (IPA urgences, gestionnaire de lits) et nouvelles technologies. Il conviendrait aussi de redonner du temps soignant en confiant les tâches paperassières à des « assistants administratifs au sein des services ». 

Cette « réforme » au long cours du système de santé et de l’organisation des soins devra s’accompagner d’une évaluation médico-économique et de critères d’impact pour s’assurer de son efficience et de son efficacité.

Source : Le Quotidien du médecin

Commentaires Dr Jean SCHEFFER:

Moins de bureaucratie, certes mais toujours plus de numérique, comme si cela allait tout résoudre. Le nouveau ministre de la santé mise beaucoup sur le SAS (Service d’accès au soins universel), expérimenté dans 22 sites dont celui de Metz ou exerçait quand il avait le temps (très peu d’après les échos locaux) notre nouveau ministre, le Dr François Braun. Le bilan de ces premières expériences ? En tout cas sur Metz cela n’a pas beaucoup amélioré le fonctionnement des urgences. Cela n’a rien d’étonnant car des études ont montré que seulement 10 à 15% des patients se rendant aux urgences auraient pu avoir une prise en charge en amont.

En réalité le SAS n’est rien d’autre que le Samu couplé à Doctolib (voir *). On utilise de l’argent public pour engraisser une société privée qui aura en plus aura accès à des données médicales gratuitement. Quelles sont les accords entre le ministère et Doctolib ?

Le numérique à travers des cabines de téléconsultations dans les services d’urgence, c’est à mourir de rire: c’est déjà la pagaille dans nos services d’urgence, 40% des postes de praticiens hospitaliers sont vacants et c’est la faillite de la garde libérale pour les soins non programmés. Qui va répondre rapidement au patient qui sera dans la cabine de consultation ? Le centre 15 va être saturé (il l’est déjà), par tous les appels des petits ayant besoin d’aller aux urgences, et étant désormais obligés d’avoir l’aval du 15.

Il y a un refus obstiné de tous les gouvernements depuis 20 ans à ne pas toucher à la liberté d’installation des médecins libéraux, refus renouvelé par le Dr Braun, Agnès Firmin le Bobo **

Demander aux médecins libéraux d’aller aider dans les zones déficitaires, c’est vraiment « pisser sur un violon » ! D’ici peu une majorité de zones va être déficitaire ? Il y a déjà 4 ans le Pr Vigneron, géographe faisant autorité, chiffrait dans un article du « Monde » le nombre de Français ayant des difficultés d’accès à un généraliste à 12 millions.

Les 41 mesures de la mission flash***proposées par le Dr Braun ne sont que des rustines. Il y a fort à parier que dans une an, nous n’aurons guère avancé dans les difficultés d’accès aux soins de nos concitoyens.

Voir aussi:

* https://environnementsantepolitique.fr/2022/07/07/obligation-de-sinscrire-a-doctolib-en-tant-que-professionnel-de-sante-dans-le-cadre-du-developpement-du-sas/

** https://environnementsantepolitique.fr/2022/07/06/agnes-firmin-le-bodo-pharmacie-dofficine-pour-relever-le-defi-de-lacces-aux-soins-et-de-la-lutte-contre-les-deserts-medicaux-ministre-deleguee-a-lorganisation-territoriale-et-aux-professions-de/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/07/07/elisabeth-borne-a-fixe-son-cap-sante-devant-les-deputes-au-milieu-dun-discours-de-1h30/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/07/07/les-medecins-publics-et-prives-tous-reunis-somment-le-gouvernement-daller-plus-vite-et-plus-loin-pour-solutionner-lacces-et-laccueil-aux-urgences/

*** https://environnementsantepolitique.fr/2022/07/04/la-mission-flash-de-mr-braun-acte-le-recul-de-lacces-aux-soins-et-le-demantelement-de-lhopital-public-collectif-inter-hopitaux/

*** https://environnementsantepolitique.fr/2022/07/01/elisabeth-born-retient-les-41-mesures-de-la-mission-flash-du-docteur-francois-braun-aucune-ne-solutionne-la-faillite-de-la-garde-liberale-des-soins-de-proximite-et-le-manque-de-lits-hospitaliers/

*** https://environnementsantepolitique.fr/2022/06/30/la-fin-du-service-public-hospitalier-ouvert-24h-24/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/06/26/le-service-dacces-aux-soins-sas-doit-etre-progressivement-generalise-a-lensemble-de-la-france-en-lien-avec-les-acteurs-locaux-et-les-agences-regionales-de-sante-ars-l/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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