Un travail commun entre ces deux approches, innovation organisationnelle centrée autour du patient (PASS) et sécurisation par une gestion des risques en santé pour et par l’humain (FHS), a permis de mettre en avant la place fondamentale de l’humain dans un soin en quête de sens.

Pour faire face à la crise de l’hôpital, inspirons-nous des permanences d’accès aux soins de santé

TRIBUNE

Un collectif pluridisciplinaire propose de s’appuyer sur l’approche innovante des Permanences d’accès aux soins de santé (PASS) afin d’accompagner le changement de paradigme nécessaire à la survie du système de santé.

Publié aujourd’hui à 13h00 Temps de Lecture 5 min.

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/06/15/pour-faire-face-a-la-crise-de-l-hopital-inspirons-nous-des-permanences-d-acces-aux-soins-de-sante_6130424_1650684.html

Après une crise sanitaire historique et bouleversante, à l’heure où 20 % des lits d’hospitalisation sont fermés par manque de personnel, où des services des urgences sont contraints de fermer et où deux tiers des étudiants en médecine et des internes rapportent des signes d’épuisement professionnel, il est urgent de repenser le modèle du système de santé.

En effet, le soin ne peut être réduit à des approches techniques, technologiques ou technocratiques. Dans une quête de sens, il est urgent de remettre l’humain au cœur du soin, enrenouant avec l’idée que nous sommes fondamentalement des corps porteurs d’intentionnalité et de sens. L’humain au cœur du soin, c’est considérer l’individu dans son unité, ses failles mais aussi dans toutes ses capacités, en particulier d’inventivité et de capacité à entrer en lien, avec des critères de santé singuliers.

Ce changement de paradigme pourrait s’appuyer sur l’approche innovante des permanences d’accès aux soins de santé (PASS), l’expertise du groupe Facteurs humains en santé (FHS) et l’approche concrète du soin centrée sur l’humain d’un nouveau collectif, L’Humain au cœur du soin, dont la conférence inaugurale a lieu ce mardi 14 juin à l’hôpital Saint-Louis (AP-HP).

En permettant l’accès aux soins pour les personnes démunies, les PASS proposent une approche globale dépassant des clivages structurels, sanitaire-social, somatique-psychique, préventif-curatif et ville-hôpital en particulier. Il en existe environ 400 en France, situées le plus souvent dans des hôpitaux.

Réunissant des professionnels de champs variés dans une même unité de lieu, ce modèle bouscule les approches hospitalo et techno-centrées. Les PASS constituent ainsi de véritables observatoires des problématiques du système de santé, un système cloisonné et aux procédures souvent trop rigides, empêchant la prise en charge adaptée des situations imprévues et complexes.

Allégement du poids administratif

Le groupe Facteurs humains en santé développe depuis plusieurs années une réflexion sur les risques attribuables à l’humain en santé : biais cognitifs, organisation défaillante… Il propose des stratégies permettant de limiter leur incidence et leurs conséquences, en privilégiant une place pour l’humain dans la restructuration des organisations, la sécurité psychologique, le partage des décisions. Ce groupe intègre des professionnels de santé, mais aussi des professionnels issus d’horizons variés, et notamment dans des contextes à risque comme dans l’aéronautique, le nucléaire, ou encore la haute montagne, où a déjà été expérimenté l’allégement du poids administratif pour permettre une décision proche du terrain.

Un travail commun entre ces deux approches, innovation organisationnelle centrée autour du patient (PASS) et sécurisation par une gestion des risques en santé pour et par l’humain (FHS), a permis de mettre en avant la place fondamentale de l’humain dans un soin en quête de sens.

Prendre en considération la singularité du contexte spécifique des patients est essentiel pour permettre un soin véritablement personnalisé. Ainsi, pour les patients atteints de cancer, une chimiothérapie adaptée d’un point de vue médico-technique (type de tumeur…) peut s’avérer inappropriée, voire néfaste, si l’on ne prend pas en compte la globalité et la spécificité du contexte d’un patient en situation de précarité (absence d’hébergement, insuffisance alimentaire, isolement, barrière de la langue…).

De la même façon, le modèle des PASS, qui privilégie une prise en charge globale et sur la durée des situations médico-sociales complexes, propose une solution alternative et complémentaire aux recours souvent ponctuels et répétés aux urgences.

L’acte de soin est fort lorsqu’il est porté par des valeurs, une charge symbolique. Les normes et les référentiels sont essentiels mais ils ne suffisent pas. Ils ne servent qu’à fixer une ligne, des limites pour mettre en place, avec le patient et à son seul profit, l’approche thérapeutique la plus juste. Pour trouver la bonne place et la juste intervention de soin, il faut « habiter les situations », les ressentir, partager des mots et les faire circuler entre les membres de l’équipe. Un mélange d’émotionnel et de rationnel, d’adhésion et de distance, de doutes et de certitudes.

La complexité de l’humain permet de répondre à la complexité des situations. Et la prise en compte de l’humain, à travers ses failles et surtout ses forces, est essentielle pour les patients et pour les soignants.

La prise en charge globale des patients, les échanges en équipe, les partages d’expérience et les décisions en commun apportent le sens recherché par les patients et les soignants. Quand il manque, les conséquences sont dramatiques, à titre individuel et collectif. Démission ou dépression… Nous pensons qu’une autre voie est encore possible, celle de la libération de toutes les énergies humaines, des ressources encore très insuffisamment utilisées.

Pour rendre l’hôpital à nouveau attractif, pour enthousiasmer les futures générations de soignants, pour prodiguer des soins globaux et efficaces, il est urgent de retrouver du sens. Puisons alors dans ces expériences pour réinventer des modèles de soins plus justes, plus équitables et plus respectueux pour tous.

Un collectif pluridisciplinaire :

Claire Georges-Tarragano, responsable médicale de la PASS de l’hôpital Saint-Louis, présidente du Collectif national des PASS (CNDP) et de L’Humain au cœur du soin (HCS) ; François Jaulin,anesthésiste-réanimateur, président de Facteurs humains en santé (FHS), vice-président de HCS ; Christophe Adam, médecin généraliste, professeur associé au département de médecine générale de l’université de Bordeaux ; Nazmiye Aras, médecin PASS à l’hôpital Saint-Louis, chef de service de médecine polyvalente à l’hôpital d’Argenteuil, HCS ; Laetitia Audiffred, médecin PASS à l’hôpital Saint-Antoine, CNDP ; Cédric Basquin, anesthésiste-réanimateur, cofondateur et membre du conseil d’administration de FHS ; Côme Bommier, hématologue, secrétaire de la Société française et francophone d’éthique médicale, HCS ; Philippe Bordon, médecin généraliste, PASS de l’hôpital Saint-Louis, HCS ; Karine Bréhaux, docteur à Sciences Po, habilitation à diriger des recherches en neurosciences, chercheuse en sciences mixtes, HCS ; Eida Bui, médecin PASS à Saint-Antoine, CNDP ; Régis Buzier, anesthésiste-réanimateur, FHS ; Auriane Cabannes, médecin généraliste, PASS de l’hôpital Saint-Louis, HCS ; Mathilde Catala, médecin généraliste, PASS de l’hôpital Saint-Louis, HCS ; François Clapeau, journaliste FR3, membre fondateur FHS ; Laurent Degos, hématologue, ancien président du collège de la Haute Autorité de santé, HCS ; Gisèle Face,assistante sociale au centre de traitement des brûlés de l’hôpital Saint-Louis ; Sébastien Follet, contrôleur aérien, DGAC Nantes, membre du bureau FHS ; Régis Fuzier, anesthésiste-réanimateur, FHS ; Bertrand Galichon, médecin PASS à l’hôpital Saint-Louis, HCS ; Cyril Goulenok, réanimateur médical, membre du conseil d’administration de FHS ; Florence Marie Jegoux, contrôleuse aérienne, infirmière, expert Facteurs humains à la DGAC, FHS ;Frédéric Martin, cofondateur de la SafeTeam Academy et de la Patient Safety Database, anesthésiste-réanimateur, membre fondateur de FHS ; Laura Maspeyrat, diplômée de Sciences Po, étudiante en médecine à Marseille, HCS ; Denis Mechali, médecin, CNDP, HCS ; Fabrice Midal, philosophe et écrivain ; Ludovic Mieusset,contrôleur aérien, DGAC Rennes, membre du bureau FHS ; Christian Morel, sociologue, auteur et membre fondateur de FHS ; Véronique Normier,IADE et membre fondatrice de FHS ; Jackie Platon, ancienne cadre socio-éducative à l’hôpital Saint-Louis, CNDP ; Franck Renouard, chirurgien-dentiste, pilote d’hélicoptère, membre fondateur de FHS ; Nathalie Robinson, cadre IADE, expert FH et membre fondatrice de FHS ; Maude Royant,médecin, équipe mobile de dépistage et de traitement des maladies du foie, réseau de lutte contre l’obésité infantile, Strasbourg, CNDP ; Thierry Saint-Val, chef de service de la PASS de Bayonne, médecin du centre de rétention administrative d’Hendaye, CNDP, HCS ; Safae Terrisse, oncologue à l’hôpital Saint-Louis, HCS ; Claude Valot, ergonome et membre fondateur de FHS ; Renaud Vidal, chercheur en haute fiabilité organisationnelle, université de Californie, Berkeley, Atrisc, HCS.

Le Monde

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s