Thérapies ciblées contre le cancer: une inégalité d’accès en France dans la prise en charge des patients. 

Cancer : l’essor des thérapies ciblées freiné par le manque d’accès au remboursement

En attente d’un remboursement de l’Assurance-maladie, les tests qui permettent d’accéder à ces traitements restent en grande partie à la charge des hôpitaux publics et des cliniques privées. Une situation qui pèse sur leurs finances et conduit à une inégalité d’accès en France dans la prise en charge des patients

Par Zeliha ChaffinPublié aujourd’hui à 06h15, mis à jour à 09h48  https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/06/13/cancer-l-essor-des-therapies-ciblees-freine-par-le-manque-d-acces-au-remboursement_6130060_3234.html

Temps de Lecture 3 min. 

Le laboratoire britannique AstraZeneca a fait de l’oncologie son principal cheval de bataille.
Le laboratoire britannique AstraZeneca a fait de l’oncologie son principal cheval de bataille.  DADO RUVIC / REUTERS

« Il y a quinze ans, on sautait de joie à l’annonce ne serait-ce que d’une seule nouvelle thérapie ciblée ou immunothérapie. Aujourd’hui, il y en a des dizaines présentées à chaque congrès », se réjouit le professeur Jean-Yves Blay. De retour de l’ASCO, la grand-messe mondiale de la cancérologie, qui se tenait du 3 au 7 juin à Chicago, le directeur général du centre Léon-Bérard, à Lyon, et président d’Unicancer ne boude pas son plaisir : « Il y a encore beaucoup à découvrir pour mieux soigner les patients, mais c’est impressionnant de voir tous les efforts et progrès réalisés. »

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Depuis deux décennies, la lutte contre le cancer, première cause de mortalité prématurée en France, qui emporte chaque année près de 360 000 femmes et hommes dans l’Hexagone, vit une révolution grâce au bouillonnement de la recherche académique et industrielle. Les chiffres en témoignent : entre 2002 et 2021, plus de deux cents nouvelles substances actives anticancéreuses ont obtenu une approbation commerciale dans le monde, dont plus de la moitié ces cinq dernières années seulement, calcule l’institut Iqvia.

Une ébullition due en partie à l’intérêt renouvelé des industriels pharmaceutiques pour ce marché, dont la valeur ne cesse de croître (en 2021, son chiffre d’affaires atteignait 176 milliards d’euros), mais aussi aux progrès effectués dans la compréhension des mécanismes de fonctionnement des cancers.

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« Convergence de la science, de la technologie et des données »

Ces avancées scientifiques ont conduit à l’arrivée d’une médecine dite de précision, dont les thérapies ciblées, en plein essor, sont l’un des bras armés. L’idée est simple : adapter le traitement de chaque malade aux caractéristiques spécifiques de sa tumeur pour qu’il soit le plus efficace possible. Ainsi, un patient traité, par exemple, pour un cancer du poumon se verra prescrire des médicaments différents des traitements standards pour ce type de cancer, selon la mutation du gène qu’il présente.

Les thérapies ciblées sont plus efficaces et occasionnent moins d’effets secondaires chez les patients que les traitements classiques par chimiothérapie

De quoi aiguiser l’appétit des Big Pharma, nombreux à avoir pris le virage de la cancérologie ces dernières années, à l’instar du britannique AstraZeneca. Avec près d’une centaine de publications dévoilées à l’occasion de l’ASCO, dont l’une sur un traitement contre le cancer du sein constituait l’un des points d’orgue de cette édition 2022, le laboratoire a fait de l’oncologie son principal cheval de bataille. « Nous sommes à une époque inédite. La convergence de la science, de la technologie et des données va nous permettre d’offrir aux patients des thérapies qui vont au-delà de tout ce que nous avons pu imaginer auparavant », observe David Fredrickson, vice-président exécutif chargé de la division oncologie d’AstraZeneca.

L’essor des thérapies ciblées, plus efficaces et qui occasionnent moins d’effets secondaires chez les patients que les traitements classiques par chimiothérapie, a notamment été rendu possible par la généralisation des tests moléculaires. Ce sont ces derniers qui permettent, grâce à la technique du séquençage, de cartographier les mutations génétiques éventuellement présentes sur les tumeurs afin d’y associer le traitement existant adéquat.

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« Alors que le premier génome séquencé au début des années 2000 avait pris trois ans et coûté plusieurs milliards, il est aujourd’hui possible de le faire en quelques heures et pour quelques centaines d’euros », explique Nicolas Philippe, fondateur de SeqOne. En pleine croissance, cette société montpelliéraine fournit aux laboratoires et aux établissements publics un logiciel qui permet d’analyser et de faciliter l’interprétation de ces tests, dont les données sont complexes.

Autant de progrès qui laissent l’espoir de soigner et de guérir toujours plus de patients. Encore faut-il que ces tests et traitements soient facilement accessibles aux malades en France, soufflent plusieurs spécialistes. Car là réside le problème : alors même qu’ils sont recommandés par les sociétés savantes et ont prouvé leur intérêt médical, ces tests ne sont toujours pas remboursés par l’Assurance-maladie. Un mécanisme permet bien de le faire en attendant qu’ils soient évalués par la Haute Autorité de santé (HAS) pour être pris en charge, mais il ne les couvre pas en intégralité, laissant un coût de près de 50 % aux établissements publics et privés qui les prescrivent.

« Il faut revoir le système »

Cette situation contraint certains d’entre eux à limiter, voire à renoncer à leur prescription, faute de budget. « Concrètement, cela veut dire qu’il y a une inégalité d’accès qui se crée, et que selon l’endroit où un patient est pris en charge en France, ses chances ne seront pas nécessairement les mêmes. C’est une situation inquiétante. N’oublions pas que ces tests peuvent sauver des vies », insiste le professeur Pascal Pujol, président de la Société française de médecine prédictive et personnalisée.

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Une préoccupation également soulignée dans un rapport de l’inspection générale des affaires sociales, en 2020. « On est en retard par rapport aux autres pays européens sur ces remboursements. Pourtant, il y a un vrai besoin : quand les tests pour identifier la mutation BCR-ABL dans les leucémies myéloïdes chroniques ont, par exemple, enfin été pris en charge, la demande auprès de nos laboratoires a immédiatement augmenté de plus de 50 % », note le biologiste médical Benoît Quilichini, chez Eurofins Biomnis.

Après des années de lutte, la HAS devrait enfin régler le problème, mais les lenteurs administratives et le manque de personnel suffisant laissent présager qu’il ne sera pas résolu avant au moins 2023. Sans compter un autre problème : certaines thérapies ciblées, pourtant approuvées par l’Europe, ne sont pas disponibles en France, ajoute le professeur Jean-Yves Blay. « Il faut revoir le système. La science bouge plus vite que l’administration. Souvenez-vous du Trodelvy, ce traitement contre le cancer du sein. Il a fallu que les patientes descendent dans la rue pour qu’il soit enfin accessible. C’est dysfonctionnel. »

Zeliha Chaffin

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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