Le Cambodge a des problèmes concernant l’eau et les forêts

6 000 hectares de terres protégées du Tonlé Sap ouverts à l’agriculture

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 05/06/2022 à 02:03 | Mis à jour le 05/06/2022 à 02:03 

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Photo : Des agents de la police militaire de Siem Reap patrouillent dans les eaux des forêts inondées du Tonle Sa, à la recherche de terres illégalement accaparées fin novembre. (GRK News)

Photo : Des agents de la police militaire de Siem Reap patrouillent dans les eaux des forêts inondées du Tonle Sa, à la recherche de terres illégalement accaparées fin novembre. (GRK News)

La protection de milliers d’hectares de la réserve de biosphère du lac Tonle Sap est en train d’être assouplie pour permettre l’agriculture, dans le sillage d’une campagne de répression de l’utilisation illégale des terres qui a permis de récupérer de vastes étendues comme propriété de l’État.

La répression, déclenchée en novembre par le Premier ministre Hun Sen en réponse à des rapports faisant état d’empiètements généralisés, a impliqué certains responsables provinciaux et policiers dans des appropriations de terres présumées et a conduit à des interdictions plus strictes à l’encontre des agriculteurs et des résidents.

L’imagerie satellitaire a montré une perte importante d’arbres dans les forêts inondées à partir de 2019 environ, mais la déforestation se poursuit depuis des années, laissant peu de couverture arborée substantielle dans de nombreuses zones.

Islands in flooded forest areas in Kampong Chhnang province in January 2022. (Kuoy Langdy/VOD)Islands in flooded forest areas in Kampong Chhnang province in January 2022. (Kuoy Langdy/VOD)

La semaine dernière, le Premier ministre Hun Sen a déclaré que les personnes qui vivaient et cultivaient depuis plus de dix ans dans les zones protégées autour du Tonlé Sap devraient voir les interdictions qui les frappent assouplies. La répression devrait viser les personnes qui empiètent nouvellement sur la zone, et non les résidents de longue date, a-t-il ajouté.

Selon le ministère de l’information, La réserve de biosphère est classée en trois zones : La zone 1 permet aux gens de vivre avec des certificats fonciers, la zone 2 autorise la culture et la zone 3 doit être protégée, selon le ministère de l’information.

Un sous-décret gouvernemental publié mardi indique que plus de 6 000 hectares dans les provinces de Kampong Thom et de Banteay Meanchey seront reclassés de la zone 3 à la zone 2.

La majeure partie se trouve à Kampong Thom et serait divisée en 2 025 parcelles, selon le décret, tandis que 60 hectares à Banteay Meanchey sont destinés à 22 familles. D’autres sous-décrets sont attendus.

Un habitant des environs du Tonlé Sap dans une autre province, Phuong Rim, à Kampong Chhnang, a déclaré qu’il faisait partie des 400 familles qui ne pouvaient plus cultiver une zone qu’elles exploitaient depuis des années depuis la répression.

Il n’a toujours pas reçu d’informations sur les protections assouplies qui lui permettraient de cultiver à nouveau, a-t-il dit.

Les habitants vivent en fonction des terres agricoles. Si elles sont interdites, ils n’ont pas les moyens de gagner de l’argent, donc il y a de plus en plus de dettes.

En annonçant cette politique la semaine dernière, Hun Sen a insisté sur le fait qu’elle devait profiter aux résidents à long terme, et non aux riches courtiers en terres empiétant sur les zones protégées – comme cela se produit depuis longtemps dans tout le pays. Il a déclaré :

Nous nous opposons fermement à l’utilisation du pouvoir des puissants et à l’utilisation de l’argent des riches pour se réfugier sous la bannière du peuple et s’emparer des terres inondées pour leur propre bénéfice

Khan Leakhena

Article traduit avec l’aimable autorisation vodenglish.news, afin de permettre au public francophone d’y avoir accès

La pêche sur le Tonlé Sap menacée

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 29/12/2020 à 08:30 | Mis à jour le 29/12/2020 à 14:13 

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https://lepetitjournal.com/cambodge/la-peche-sur-le-tonle-sap-menacee-295339

Au Cambodge, la fin de l’année marque le début de la saison traditionnelle de fabrication du prahok, un élément essentiel de la gastronomie cambodgienne. Mais l’approvisionnement alimentaire du Cambodge – et celui des 70 millions de personnes qui dépendent du Mékong – est menacé par les effets des grands barrages hydroélectriques et du changement climatique.

Chaque année, vers le mois de décembre, les pêcheurs, les agriculteurs et les familles du Cambodge commencent la saison de fabrication du prahok, spécialité cambodgienne que le monde entier nous envie. Mais cette tradition, ainsi que l’approvisionnement alimentaire et les moyens de subsistance de millions de personnes, sont menacés par une crise écologique croissante.

Des rapports récents montrent que le Tonlé Sap qui est l’étendue d’eau douce la plus poissonneuse au monde, connaît un déclin de plus en plus marqué ce qui a des répercussions sociales majeures.

Une baisse des prises

Le 23 décembre, le Ministère de l’Agriculture du Cambodge a annoncé que les prises  de certains des pêcheurs autorisés avaient chuté de 31 % par rapport à l’année dernière. La valeur annuelle des prises de poissons du Cambodge est estimée à 600 millions de dollars US.

Cette baisse est due à des niveaux d’eau extrêmement bas. Au cours des 20 dernières années, le niveau moyen du lac a baissé de deux mètres. Cette baisse est liée à la fois au changement climatique et à la construction de barrages hydroélectriques en amont du Mékong.

« Nous, les pêcheurs, nous dépendons de l’eau, des poissons et des forêts, donc quand tout ceci aura disparu, nous pouvons nous attendre à ce que tout soit fini », a déclaré  à l’AFP  Leng Vann, un habitant qui vit à environ une heure de bateau de Siem Reap.

Le Tonlé Sap est sujet à un phénomène hydrographique unique au monde. Habituellement, il se jette dans le Mékong au niveau de Phnom Penh. Mais durant la saison des pluies qui coïncide avec celle de la fonte des neiges himalayennes, le Mékong se gorge de toutes les eaux de son bassin et son niveau devient plus élevé que celui du Tonlé Sap. Il se déverse alors dedans, inversant le cours du lac.

Les terres et forets inondées offraient un lieu de frai idéal pour les poissons, faisant ainsi du Tonlé Sap, un des lacs les plus poissonneux du monde.

Mais maintenant le cycle naturel est perturbé. En 2019 et 2020, le Tonlé Sap n’a inversé son cours que des mois après la normale. En 2019, il ne s’est écoulé dans le lac que durant six semaines environ.

La diminution du Tonlé Sap met en danger les réserves alimentaires

Plus d’un million de personnes dépendent directement du lac Tonlé Sap pour leur subsistance, et beaucoup d’autres en dépendent pour leur alimentation. Selon certaines sources, plus de 80 % de la population cambodgienne a le poisson comme principale source de protéines. Le Cambodgien moyen consomme environ 50 kilos de poisson par an.

La baisse du niveau du lac met en danger les réserves de poissons. Selon Om Savath, directeur exécutif de la Fisheries Action Coalition Team, les niveaux d’eau ont stagné à un point bien inférieur à la profondeur nécessaire pour que certaines espèces de poissons atteignent leur pleine maturité.

Historiquement, les forêts de mangrove situées le long des limites du lac en saison sèche sont inondées par la mousson, ce qui fournit des zones vitales pour la pêche. Au cours des dix dernières années, la superficie des forêts inondées à chaque saison des pluies est passée de 634 000 hectares à environ 300 000 hectares, selon le groupe local Fisheries Action Coalition Team.

La pêche sur Tonlé Sap est une source majeure d’emplois. L’industrie de la pêche offre directement des moyens de subsistance à environ 2 millions de personnes, soit à plus de 20 % de la main-d’œuvre totale du Cambodge.

Un pêcheur de la région de Koh Chivang, Sim Suom, a déclaré à l’AFP que le déclin de la pêche pousse les jeunes à quitter la région.

« Les enfants de cette communauté vont maintenant travailler dans des usines parce qu’il n’y a plus de poisson dans le lac », a déclaré le pêcheur Sim Suom, 59 ans, ajoutant que sa fille travaille maintenant dans une usine de cigarettes à Siem Reap.

Les grands barrages et le changement climatique

La population locale et les défenseurs de l’environnement pointent le double facteur du changement climatique et des barrages hydroélectriques en amont du Mékong dans la crise du Tonlé Sap. Selon certains, le niveau du lac a été sévèrement affecté par deux barrages hydroélectriques au Laos – le barrage de Xayaburi et le barrage de Don Sahong – qui ont ouvert en 2019. Les barrages limitent les crues du Mékong. Or plus de la moitié de l’eau du Tonlé Sap provient du Mékong.

De plus en plus de preuves montrent également que les barrages sur le haut Mékong en Chine sont un facteur clé de la baisse du niveau d’eau. Les recherches menées par les universitaires et la Commission du Mékong montrent les impacts spécifiques des barrages. Ils bloquent les sédiments et les nutriments et  empêchent les migrations . Ils sont à l’origine du déclin des pêcheries du bassin du Mékong.

Ici comme ailleurs, l’accès à l’eau devient un enjeu majeur du XXIe siècle. Les solutions à apporter ne peuvent être que multinationales. Le bassin du Mékong s’étendant sur la Chine, la Birmanie, le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam. Concilier les besoins légitimes des peuples riverains en énergie électrique et la préservation de la nature au sens large et des populations qui en dépendent n’est pas une mince affaire.

Les difficultés pour la gestion du réchauffement climatique sont encore plus grandes. Chacun des états de la planète est impliqué et les conséquences de ses comportements ne se font pas forcement ressentir chez lui mais à des milliers de kilomètres de là.

Que voilà de beaux challenges pour nos décisionnaires.

Victoire du groupe Bolloré sur l’ethnie Bunong du Cambodge

Par Raphaël FERRY | Publié le 06/07/2021 à 02:00 | Mis à jour le 06/07/2021 à 12:20 

https://lepetitjournal.com/cambodge/victoire-groupe-bollore-ethnie-bunong-cambodge-316346

Déforestation au Cambodge

L’action des 80 villageois Bunong contre les groupe Bolloré qu’ils accusaient de spoliation de leurs terres sacrées a été jugée irrecevable par le tribunal de Nanterre.

80 villageois de Busra, dans la province du Mondulkiri, poursuivaient la Compagnie du Cambodge et à la Socfin-KCD deux sociétés appartenant au groupe Bolloré pour s’être accaparé de leurs terres en 2007 afin d’y développer des plantations d’hévéas 

En 2019 une dizaine de membres de l’ethnie Bunong ( en khmer Pnong: ជនជាតិព្នង) avait témoigné devant le tribunal de Nanterre. Le mode de vie des  Bunongs est fondé sur la sacralisation de leurs forêts, une agriculture itinérante et la collecte des produits de la forêt. 

Ils reprochaient à Bolloré la destruction de lieux de culte et d’arbres centenaires considérés comme des divinités. Ils s’estiment spoliés de leur forêt ancestrale.

Les plaignants affirmaient aussi que leur expropriation a entraîné à la fois une perte de revenus et les a privés des moyens de subsistance.

L’action contre le groupe Bolloré jugée irrecevable

Les plaignants ont été déboutés vendredi, par le tribunal judiciaire de Nanterre.

« Il résulte qu’aucun des 80 demandeurs et intervenants volontaires ne justifie d’un droit réel ou personnel pour exploiter les terres litigieuses ».

« L’action engagée par chacun d’eux sera dès lors déclarée irrecevable pour défaut de qualité et d’intérêt à agir », précise la décision.

En novembre 2019, le tribunal de Nanterre avait invité les paysans à produire des preuves établissant leurs droits sur ces terres et un document justifiant l’état civil de chacun.

« Ce jugement est stupéfiant et en décalage avec le droit international pour les peuples indigènes, car le tribunal a rejeté les documents permettant d’établir l’identité et la relation avec les terres de mes clients »a réagi auprès de l’AFP l’avocat des paysans Me Fiodor Rilov, qui a fait appel de ce rejet devant la cour d’appel de Versailles.

Selon le jugement de vendredi, les paysans doivent payer une  » indemnité de procédure » de 20 000 euros, à Bolloré ainsi qu’à la société Compagnie du Cambodge.

La forêt cambodgienne sous la menace de la corruption

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 12/02/2022 à 02:00 | Mis à jour le 12/02/2022 à 02:00 

https://lepetitjournal.com/cambodge/foret-cambodgienne-menace-corruption-331036

Photo : Cambodianess

Coupe de bois dans la foret cambodgienne

Les communautés indigènes font état de harcèlement, d’intimidation et de corruption parmi les fonctionnaires du ministère de l’Environnement, qui sont accusés d’être de connivence avec les sociétés d’exploitation forestière pour vider les forêts cambodgiennes.

Les communautés indigènes du sanctuaire de faune sauvage de Prey Lang et du sanctuaire de faune sauvage de Prey Preah Roka sont profondément préoccupées par la disparition progressive des forêts causée par le commerce illégal du bois par des entreprises privées.

Malgré les preuves présentées, le gouvernement continue de nier l’existence de délits commis à grande échelle dans les forêts et de rejeter les rapports des militants locaux et d’Amnesty International.

Srey Thy, membre de la communauté autochtone Kuy du district de Chey Saen, dans la province de Preah Vihear, a déclaré que depuis que Prey Lang a été envahi par les entreprises forestières en 2018, aucune intervention du gouvernement n’a été constatée, car on voit les troncs d’arbres abattus être transportés chaque jour depuis la zone centrale de Prey Lang.

Il a déclaré que le bois est stocké dans leur dépôt et sera vendu à des pays étrangers après que les autorités l’aient tamponné comme marchandises prêtes à être exportées.

« Les responsables de l’environnement sont venus dans la forêt mais n’ont pas empêché les tracteurs des entreprises d’entrer. Ils les ont simplement laissés entrer », a déclaré Thy, qui est également coordinateur provincial du réseau communautaire de Prey Lang (PLCN).

L’une des sociétés impliquées, PNT, s’est vu accorder en 2010, un bail de 75 ans, sur une concession de 7 900 hectares dans le district de Roveang, dans la province de Preah Vihear, pour le développement d’une plantation d’hévéas. Thy a déclaré que les véritables intentions de la société se situaient dans le commerce du bois.

« Les entreprises sont entrées à Prey Lang en 2018 ou 2019 », a déclaré Thy. « Elles ne cultivent rien, mais elles font le commerce du bois. L’officier de la police militaire Chap Saron est impliqué dans le système d’exploitation forestière. »

« Les activités de la société PNT s’étendent sur les provinces de Kampong Thom, Preah Vihear et Stung Treng » a-t-il ajouté.

Heng Sros, un militant de la forêt qui a enquêté sur les infractions commises à Prey Lang, a déclaré que la déforestation ne cesse d’augmenter, et qu’à Prey Lang, des entreprises comme PNT, Angkor Plywood, Macle Logistics Cambodia et Think Biotech déploient activement des bûcherons dans la forêt.

« La pire déforestation a eu lieu à Prey Lang, et la partie sud de Kratie est la cible de la déforestation. Les autorités semblent toutefois ignorer la situation« , a-t-il déclaré.

Le bois exploité sera livré aux entreprises, puis exporté au Vietnam, et ensuite à nouveau exporté vers les pays européens en tant que produit vietnamien, a déclaré Sros, ajoutant que certains types de bois sont directement exportés du Cambodge vers la Chine et Hong Kong.

Heng Sros a déclaré : 

Si les autorités ne les laissaient pas passer, les exploitants ne pourraient pas entrer dans la forêt pour couper les arbres, car chaque porte est gardée par les agents de l’environnement et les exploitants transportent toujours le bois avec eux

Le rapport d’Amnesty international dur l’exploitation forestière au Cambodge

Le 28 janvier, Amnesty International a publié un rapport soulignant l’impact des opérations d’exploitation forestière illégale à Prey Lang et Prey Preah Roka sur les communautés autochtones Kuy qui considèrent ces forêts comme sacrées et se battent depuis longtemps pour que ces zones protégées le restent.

Le rapport allègue que la corruption des fonctionnaires facilite le commerce de l’exploitation forestière illégale, indiquant que des fonctionnaires du ministère de l’Environnement auraient accepté des pots-de-vin de la part des négociants et des exploitants forestiers.

« Bien que les syndicats d’exploitants forestiers et les sociétés agroalimentaires soient généralement accusés de diriger le commerce, leurs activités illicites ne seraient pas possibles sans la facilitation des gardes forestiers et de la police du ministère de l’Environnement, qui assurent la protection des exploitants forestiers et l’accès aux forêts protégées au niveau local« , indique le rapport.

Selon M. Sros, ces entreprises doivent vendre leur bois à Angkor Plywood avant qu’il soit transporté du port de Phnom Penh au Vietnam via Kaom Somnor, à la frontière entre le Cambodge et le Vietnam.

Actuellement, le bois est transporté depuis la région de Prey Lang, dans la province de Preah Vihear, par PNT et Macle Logistics, tandis que dans la province de Kratie, le bois est acheminé par Think Biotech, situé dans le district de Sambor, a-t-il précisé. Les bûcherons doivent payer 150 000 riels – environ 37,5 dollars – par tracteur pour sortir le bois de Prey Lang.

Le gouvernement cambodgien récuse ces affirmations

Neth Pheaktra, porte-parole du ministère de l’Environnement, a affirmé à plusieurs reprises que les délits à grande échelle n’existaient plus, et  que de petits groupes de gardes forestiers appliquent les lois de prévention et de répression des crimes à petite échelle contre les ressources naturelles.

« La protection et la conservation de la forêt se sont améliorées et le niveau de dégradation de la forêt a diminué », a-t-il déclaré. « Le Cambodge a protégé et conservé sans relâche les forêts naturelles existantes ».

En ce qui concerne l’allégation de corruption, M. Pheaktra a répondu au rapport d’Amnesty International en disant que l’organisation avait l’intention de diffamer l’ensemble du ministère de l’Environnement car, a-t-il dit, elle n’a pas fourni les éléments concrets sur des personnes qui se sont livrées à la corruption ou qui ont accepté des pots-de-vin.

Il a déclaré :

S’il existe des preuves claires, le ministère de l’Environnement les accueillera favorablement et ouvrira une enquête sur cette affaire.

« Mais l’anonymat laisse penser qu’Amnesty International ne fait que fabriquer un rapport pour ternir l’image du Cambodge et se venger de ses factions dans le pays qui violent la loi et mènent des activités subversives contre le Cambodge. Ils  ne font que se réfugier sous l’étiquette d’amoureux de l’environnement et des ressources naturelles. »

So Khorn, membre de la communauté Kuy vivant dans le district de Sambor, dans la province de Kratie, a déclaré que les pots-de-vin pour que les autorités ferment les yeux sur le transport de bois illégal sont courants. Certains bûcherons doivent payer régulièrement les autorités, tandis que ceux qui ne le font pas seront arrêtés.

« Les autorités locales arrêtent les bûcherons et leur demandent de l’argent avant de les relâcher« , a-t-il déclaré. « Ils prennent parfois 2 000 000 riels [500 dollars] aux bûcherons qui n’ont pas réglé avant. S’ils ne paient pas, leur bois sera confisqué comme propriété de l’État. »

La perte des moyens de subsistance liée à la déforestation

Suth Savun, un autochtone Kuy de la commune de Prame, district de Tbaeng Meanchey, province de Preah Vihear, a déclaré que la disparition de la forêt de Prey Preah Roka a affecté le mode de vie traditionnel de son peuple, dont les moyens de subsistance consistaient à exploiter la résine et à récolter des légumes pour se nourrir.

Thart Sokhy, également de la commune de Prame, a déclaré que les arbres à résine que la plupart des Kuy appréciaient et exploitaient à des fins économiques ont été détruits par les bûcherons.

N’ayant pas d’autres choix, certains groupes de Kuy se sont joints aux opérations d’exploitation forestière pour gagner suffisamment pour survivre, a déclaré Sokhy, mais il a noté que beaucoup ont été arrêtés parce que, contrairement aux bûcherons qui ont payé des pots-de-vin aux fonctionnaires, les bûcherons Kuy n’ont pas la protection ou la permission du ministère de l’Environnement.

« Ils veulent protéger la forêt mais ne peuvent pas résister aux forces extérieures des exploitants forestiers« , a-t-il déclaré. « Ils tentent donc de trouver un nouveau moyen de gagner leur vie, car certains ont perdu leurs rizières à cause de l’invasion l’entreprise exploitant la canne à sucre en 2013. »

Sokhy a ajouté que certains Kuy ont envisagé de chercher un emploi à l’étranger car, tôt ou tard, ils ne pourront plus dépendre uniquement de la forêt.

Selon le rapport d’Amnesty International, le ministère de l’Environnement ayant restreint les activités de protection de la forêt, l’exploitation illégale des forêts a exercé une pression intense sur les résineux au cours des deux dernières années. Les Kuy ont également du mal à trouver des fruits de saison, ainsi que des rayons de miel, du rotin, des champignons et des vignes.

Le rapport indique :

La perte d’une telle source de revenus a poussé les gens à migrer à la recherche de travail, voire à s’endetter.

Sokhy a déclaré que les pertes des résineux et d’autres arbres utiles, ainsi que le manque de fruits, constitueront une grande menace pour le peuple Kuy.

Cependant, M. Pheaktra, du ministère de l’Environnement, a déclaré que les préoccupations d’Amnesty International concernant la communauté de Kuy, détaillées dans le rapport, sont toutes des mensonges sans fondement, motivés par des considérations politiques. Il n’a pas dit comment il savait que ces allégations étaient des mensonges ni précisé à quelles allégations il faisait référence.

Le gouvernement a maintes fois accusé les ONG étrangères de mentir dans un but politique inavouélorsque des rapports donnent une mauvaise image du gouvernement, même lorsque ces rapports semblent être justifiés par des mesures gouvernementales.

Interdiction faites aux patrouilles forestières conduites par la communauté

So Khorn, membre de la communauté Kuy dans la province de Kratie, a déclaré que lui et son équipe tentent toujours de patrouiller dans Prey Lang afin de documenter les activités illégales, mais une nouvelle interdiction stricte du ministère de l’Environnement, imposée en 2020, prévoit de lourdes sanctions pour les journalistes, la société civile et les membres de la communauté qui tentent de pénétrer dans Prey Lang.

En tant que tel, Khorn a déclaré qu’il n’osait pas publier des images ou divulguer des informations sensibles en raison des représailles possibles des autorités.

« Aujourd’hui, les autorités locales arrêtent même les journalistes qui enquêtent sur les activités d’exploitation forestière. Donc, nous, les citoyens normaux, n’osons pas le faire », a-t-il déclaré, ajoutant que son équipe doit tenir des réunions secrètes pour éviter d’être repérée.

Malgré ces difficultés, de nombreux militants forestiers continuent à pénétrer dans les zones protégées et à rapporter de nouvelles preuves des opérations d’exploitation forestière illégale menées par ces entreprises en collaboration avec les gardes forestiers du ministère de l’Environnement et les fonctionnaires locaux.

Khorn a déclaré : 

Je ne veux pas voir la forêt disparaître un jour, ce serait une grande tristesse pour le peuple cambodgien si cela arrivait.

Sokhy, de Prame Commune, a déclaré que le département provincial de l’environnement a rejeté toutes leurs demandes d’autorisation de patrouiller dans les forêts, tandis que Thy, le coordinateur du PLCN dans la province de Preah Vihear, a rapporté que le ministère de l’environnement voulait coopter le réseau communautaire en le forçant à s’enregistrer auprès du gouvernement afin de réduire les critiques qu’il émet.

Thy a également noté que les gardes forestiers du ministère de l’Environnement ont poursuivi les patrouilles du PLCN dans la forêt, menaçant de les arrêter au motif que leur forêt sacrée est une propriété de l’État.

« Nous continuons à nous rendre dans la forêt malgré l’interdiction, car nous sommes déterminés à la protéger, même si nous sommes confrontés à de nombreuses menaces« , a-t-il déclaré.

Jusqu’à présent, malgré l’interdiction de leurs patrouilles et l’augmentation des violences juridiques et physiques auxquelles ils sont confrontés, le PLCN a refusé d’accepter les plans du gouvernement.

C’est un thème commun aux écologistes cambodgiens. Khorn, de la province de Kratie, note également que le ministère de l’Environnement ne veut travailler avec les communautés que pour pouvoir les réduire au silence, restreindre leurs actions et réduire leur capacité à protéger les forêts.

« La communauté ne veut pas car les rejoindre signifie qu’ils vont dessiner un cadre dans lequel nous devrons évoluer. Nous ne pourrons pas faire les activités librement. Nous ne pourrons pas les critiquer librement. Nous devrons faire ce qu’ils nous diront de faire. Nous ne pouvons pas faire cela », a-t-il déclaré.

En réponse, le porte-parole du ministère de l’Environnement, Pheaktra, a déclaré qu’il y avait maintenant huit communautés Kuy coopérant avec le gouvernement dans la province de Preah Vihear et a nié les allégations de menaces et d’intimidation.

Il a ajouté : 

Ils ont toute liberté de patrouiller dans la forêt. C’est autorisé par la loi et a débouché sur  une bonne coopération de la part du ministère de l’Environnement, ainsi que de nombreux avantages pour améliorer leurs moyens de subsistance par la création d’emplois

Selon le rapport d’Amnesty International, les autorités cambodgiennes chargées de l’environnement ont empêché les militants et les populations autochtones de patrouiller dans la forêt, tandis que l’exploitation illégale des forêts et la corruption se poursuivent sans relâche.

Ces restrictions ont aggravé la déforestation à Prey Lang et Prey Preah Roka au cours des deux dernières années, selon le rapport d’Amnesty, qui note que les populations indigènes n’ont pas non plus le droit de pratiquer leurs cérémonies de bénédiction dans la forêt.

 » L’interdiction de facto par le ministère de l’Environnement de leurs activités de conservation indépendantes a constitué un défi important pour la conservation dans leur région. Des gardes forestiers armés déployés par le ministère de l’Environnement ont intercepté, harcelé et, dans certains cas, détenu temporairement des membres du PLCN, des moines et des membres de la communauté qui souhaitaient participer à la cérémonie annuelle de bénédiction des arbres organisée par le PLCN. La cérémonie a été interrompue et les participants ont été physiquement empêchés de pénétrer dans certaines parties de la zone protégée de Prey Lang « , peut-on lire dans le rapport.

Selon Amnesty International, au moins 6 271 hectares, soit une superficie équivalente à 8 784 terrains de football, ont été déboisés dans les zones protégées de Prey Lang et Prey Preah Roka en 2021.

Prey Lang s’étend sur environ 500 000 hectares dans quatre provinces – celles de Kampong Thom, Preah Vihear, Kratie et Stung Treng – et abrite plus de 250 000 autochtones.

La réserve naturelle de Prey Preah Roka couvre 90 000 hectares dans les districts de Tbaeng Meanchey, Chheb et Choam Ksan, dans la province de Preah Vihear.

Teng Yalirozy

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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