Covid-19 : les patients en réanimation sont de plus en plus jeunes
Sous l’effet de la campagne de vaccination, la part des plus de 70 ans en réanimation recule depuis le début de l’année. Celle des moins de 60 ans progresse en revanche, un effet potentiel du variant britannique.
Par Gary Dagorn, Camille Stromboni et Léa Sanchez
Publié le 24 mars 2021 à 21h45 – Mis à jour le 25 mars 2021 à 15h22
Temps de Lecture 5 min.

C’est l’une des particularités de la « troisième vague » épidémique observée depuis le début de l’année. A mesure que le variant B.1.1.7 du SARS-CoV-2 (le variant dit britannique) progresse partout en France et que la pression se fait plus forte sur les hôpitaux, les patients admis en soins critiques sont plus jeunes que ceux que les médecins réanimateurs ont pris en charge lors des précédentes vagues.
A l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), plusieurs indicateurs viennent, désormais, confirmer cette impression.
« Depuis un mois, l’évolution s’est stabilisée et confirmée », relate Antoine Vieillard-Baron, chef de service en médecine intensive-réanimation à l’hôpital Ambroise-Paré. L’âge médian des patients Covid-19 en réanimation est passé de 65 ans en 2020 à 63 ans en 2021, selon l’AP-HP. « Cette baisse peut paraître faible, mais ce chiffre ne suffit pas à refléter l’importance du signal que nous voyons », ajoute le professeur Vieillard-Baron.
Constat identique dans les hôpitaux
En regardant l’âge des nouveaux entrants, depuis près d’un mois, c’est plus spectaculaire : « Ces dix derniers jours, plus de 40 % des patients admis en réanimation ont moins de 60 ans, c’est bien supérieur à ce que l’on a observé lors des précédentes vagues, où les moins de 60 ans représentaient plutôt 30 % des entrées », affirmait-il au Monde le 19 mars. Depuis, la part des moins de 60 ans atteint ces derniers jours presque 50 % des nouveaux entrants en réanimation.
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Le constat est le même dans plusieurs autres hôpitaux en première ligne du rebond épidémique : à Nice, par exemple, l’âge moyen est passé de 64 à 62 ans lors des précédentes vagues, à Lille, de 63 à 60 ans.
Ce « rajeunissement » se matérialise aussi par une baisse des patients les plus âgés admis à l’hôpital. En Ile-de-France, la part des plus de 80 ans chute de 14 points en deux mois et demi, passant de presque la moitié à un petit tiers des hospitalisés. Celle des moins de 60 ans, en revanche, grimpe de presque neuf points, passant de moins de 16 % des hospitalisés à près du quart.L’âge des patients en Ile-de-FranceDonnées sur la part des hospitalisations représentée par chaque classe d’âge dans les hôpitaux de la région Ile-de-France.

L’âge des patients dans les Hauts-de-France

Des écarts plus grands encore sont parfois constatés à l’échelle d’un établissement, sur ces toutes dernières semaines : en Seine-Saint-Denis, le professeur Yves Cohen, patron des réanimations d’Avicenne (Bobigny), s’occupe ainsi depuis plus de quinze jours de patients de 57 ans en moyenne, contre 63 ans lors de la deuxième vague. Des malades qui, comme lors des précédentes vagues, sont nombreux à présenter un surpoids, mais qui semblent moins touchés par d’autres comorbidités, comme l’hypertension et le diabète.
Séjours en réanimation plus longs
Finalement, ces patients plus jeunes restent en moyenne plus longtemps en réanimation, car leur état se dégrade moins rapidement que les malades reçus avant eux. A l’AP-HP, la durée des séjours en réanimation avec intubation est passée de dix-sept jours en moyenne en 2020 à vingt et un jours ces dernières semaines, avec un nombre croissant d’admissions directes dans les services de soins critiques, sans passer par une hospitalisation « classique ».
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Dans son point épidémiologique du jeudi 18 mars, l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France (SpF) note également une croissance des taux d’admission chez les 15-44 ans. « Ces résultats suggèrent une augmentation moyenne de la sévérité des cas chez les patients âgés de 15 à 64 ans, plus marquée chez les jeunes adultes », écrit l’agence.
« La seule explication que je vois, c’est le variant anglais, glisse, pour sa part, Yves Cohen, car cette courbe de l’âge a évolué chez moi en parallèle de celle de la progression du variant. »
« La seule explication que je vois, c’est le variant anglais, car cette courbe de l’âge a évolué en parallèle de celle de sa progression », note Yves Cohen, chef du service de réanimation de l’hôpital Avicenne à Bobigny
« Ce qui est significatif, c’est que nous avons beaucoup moins de patients en réanimation de plus de 70 ans, ce qui participe fortement à faire baisser la moyenne, souligne, de son côté, le professeur au CHU de Lille, François-René Pruvot. Ils ne sont plus que 25 % des patients, contre 36 % en deuxième vague, cela peut donc être un effet de la vaccination. »
Dans les rangs des hospitaliers, on avance différentes pistes d’explications. « Ce qui est certain, c’est que le phénomène est corrélé à une augmentation du taux d’incidence qui a explosé chez les 20-60 ans, alors que sa progression est moindre chez les plus âgés, l’infection circule plus dans cette tranche d’âge plus jeune », relève Antoine Vieillard-Baron. « Ce qui est plus inattendu, en revanche, c’est que le virus mène autant ces personnes moins âgées en soins critiques, relève-t-il. Est-ce l’effet du variant plus sévère, ce n’est pas exclu. »
Pour Daniel Lévy-Bruhl, épidémiologiste à SpF, deux effets se combinent : « une diminution de la contribution des personnes les plus âgées (…), en grande partie le reflet de la campagne de vaccination », et « une tendance à la hausse du risque d’hospitalisation chez les adultes, en particulier les jeunes adultes ».
Il subsiste encore de nombreuses incertitudes sur les données, mais le tableau qui se dessine va dans le même sens que les observations faites dans d’autres pays touchés par le variant anglais. « Il semble bien qu’en moyenne les cas soient plus sévères que fin 2020 », avertit M. Lévy-Bruhl.
Le variant B.1.1.7 pourrait être plus mortel
De fait, plusieurs études récentes, danoises et britanniques notamment, ont montré une mortalité plus forte chez les malades touchés par le variant B.1.1.7. Des travaux menés par l’équipe de Peter Bager, du Statens Serum Institut danois (SSI), et prépubliés le 2 mars, ont conclu que ce variant causait des formes cliniquement plus sévères de Covid-19. En étudiant tous les cas positifs détectés par un test RT-PCR entre le 1er janvier (moment où le variant était encore peu présent) et le 9 février (moment où il représentait 45 % des contaminations), les chercheurs danois ont mis en évidence un risque d’hospitalisation accru d’environ 64 % en cas d’infection au variant anglais, comparé aux autres versions du SARS-CoV-2. Cet accroissement atteint 84 % pour les moins de 30 ans.
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Bien que limitées statistiquement, ces estimations concordent avec plusieurs études de la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM), de l’Imperial College London (non publiée) et de l’université d’Exeter (non publiée), dont les résultats ont été rapportés le 22 janvier dans une note du Nervtag, un groupe d’experts conseillant le ministère britannique de la santé. Les estimations divergent selon les méthodes statistiques employées pour ajuster les données, mais donnent quasiment toutes un risque accru de mortalité associé au B.1.1.7 (de + 29 % à + 91 %). Seule une étude menée sur une large cohorte de patients hospitalisés par le Covid-19 Clinical Information Network (CO-CIN) n’a pas conclu à un risque accru de mourir de ce variant du virus dans les hôpitaux britanniques.
En revanche, il n’existe pas encore de preuve qu’il serait nettement plus dangereux chez les patients plus jeunes (moins de 50 ans). Le taux de létalité est, certes, plus élevé dans ces tranches d’âge qu’avec la souche historique du virus, mais il a cru dans toutes les tranches d’âge. Et si le gain relatif du risque est non négligeable, le risque absolu reste très faible.Notre sélection d’articles sur le Covid-19
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