Le vaccin d’Oxford et AstraZeneca au coeur de controverses scientifiques et entre l’Europe et Londres

Le vaccin d’Oxford et AstraZeneca, une aventure scientifique marquée par les controverses

La formule autorisée vendredi dans l’Union européenne est le fruit du mariage inédit entre l’université anglaise et une firme anglo-suédoise. Après avoir suscité les réserves des experts, il se trouve désormais au centre d’une bataille entre Bruxelles et Londres. 

Par Nathaniel HerzbergCécile Ducourtieux(Londres, correspondante) et Chloé AeberhardtPublié le 30 janvier 2021 à 10h19 – Mis à jour le 31 janvier 2021 à 06h12  

Temps de Lecture 18 min.

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Le premier ministre britannique, Boris Johnson, tient un flacon du vaccin Oxford-AstraZeneca contre le Covid-19, à Londres, le 25 janvier.
Le premier ministre britannique, Boris Johnson, tient un flacon du vaccin Oxford-AstraZeneca contre le Covid-19, à Londres, le 25 janvier. STEFAN ROUSSEAU / AP

Les Britanniques y voient un triomphe de leur génie national ; d’autres en Europe y décèlent les travers d’un patriotisme sanitaire exacerbé. A Londres, on célèbre le mariage inédit entre le vénérable campus d’Oxford et la firme anglo-suédoise AstraZeneca. A Paris et à Berlin, on s’étonne de cet étrange tandem réunissant des scientifiques brillants mais peu rompus aux arcanes du médicament et un géant de la pharmacie sans réelle compétence vaccinale.

Outre-Manche, on voit dans ce vaccin sûr, peu coûteux, facile à conserver et à distribuer, le remède miracle pour sortir le monde de la terrible pandémie de Covid-19 qui a déjà fait plus de 2 millions de morts. Ailleurs en Europe, et aux Etats-Unis, on observe avec circonspection un produit dont on doute encore de l’efficacité réelle…

Voici l’histoire tumultueuse du vaccin Oxford-AstraZeneca, une aventure très politique sur fond d’intense nationalisme post-Brexit. Une planche de salut pour le gouvernement de Boris Johnson, qui compte sur lui pour sortir de la crise sanitaire le Royaume-Uni, pays le plus durement touché par la pandémie en Europe (désormais plus de 100 000 morts). Un objet de dispute pour les Vingt-Sept, qui malgré leurs critiques, misent aussi sur lui pour enfin faire décoller leur campagne vaccinale.

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Pour bien comprendre la genèse de ce vaccin, dont l’Agence européenne des médicaments (AEM) a approuvé l’utilisation, vendredi 29 janvier, « il faut revenir un peu en arrière », nous prévient Sarah Gilbert, la chef du projet vaccinal à Oxford, avec son collègue Andrew Pollard, directeur du Oxford Vaccine Group. La chercheuse britannique, 58 ans, a accepté de raconter une année de travail exceptionnelle.

Pédagogue et précise, cette mère de triplés travaille au prestigieux Jenner Institute (du nom du père de la vaccinologie, Edward Jenner, 1749-1823), un des tout premiers centres de recherches du monde en la matière. Elle a tenté d’y développer un vaccin contre le paludisme, puis s’est affrontée à la grippe. « En 2014, à l’occasion de l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola, j’ai fait partie de l’équipe qui cherchait à obtenir un vaccin le plus vite possible. A l’époque, nous sommes parvenus à réaliser les développements cliniques très rapidement. Mais les essais d’efficacité et de sécurité ont mis du temps à démarrer, les choses n’avaient pas été préparées en amont, personne n’arrivait à s’entendre. » L’épidémie mortelle finira par s’arrêter seule.

Il faut bien choisir son vecteur

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) publie alors une liste des virus à risque pandémique. « J’ai commencé à travailler sur le développement de ChAdOx1, une plate-forme technologique pour des vaccins contre le coronavirus MERS-CoV, le virus Nipah et la fièvre hémorragique de Crimée-Congo », indique Sarah Gilbert. Le pari est de taille. Le dispositif doit pouvoir s’adapter à plusieurs pathogènes et il s’appuie pour cela sur une méthode nouvelle : le vecteur viral. Depuis, trois vaccins de ce type ont été commercialisés dans le monde : deux contre Ebola, un contre la dengue. Mais à l’époque, la technologie fait ses premiers pas.

Le principe en est simple : prendre un virus qui ne présente aucun danger – c’est le vecteur – et insérer dans son génome un fragment de l’ARN du pathogène contre lequel on veut se protéger. L’ensemble entre alors dans les cellules et libère ledit fragment. La machinerie cellulaire fait son travail, synthétise une protéine (l’antigène) qui va déclencher une réaction immunitaire et la production d’anticorps. Comme dans toute vaccination, l’organisme se trouve ainsi préparé à une attaque ultérieure. Belle idée, mais pas évidente à réaliser. Il faut notamment bien choisir son vecteur, pas dangereux, capable d’infecter les cellules humaines, mais pas non plus connu du système immunitaire humain, qui sinon l’éliminerait avant qu’il ait réalisé son œuvre.

Décryptage : Ce que l’on sait de la sûreté des vaccins à ARN messager

Pour jouer ce rôle de transporteur, l’équipe de Sarah Gilbert a choisi un adénovirus de chimpanzé. « On a lancé pas mal d’essais ChAdOx1, avec différents antigènes à l’intérieur, comme celui du coronavirus MERS-Cov. L’avantage, c’est que nous disposions déjà d’informations sur ses conditions de fabrication, à grande échelle, la stabilité thermale, sa sûreté, quelle réponse immunitaire pour quel dosage. » Ne manquait plus qu’à déterminer le bon colis à délivrer.

Accélérer la cadence

Le 1er janvier 2020, sur la base d’alertes épidémiques ProMED, la chercheuse tombe sur un rapport signalant l’apparition d’une sorte de pneumonie en Chine. « Personne ne savait de quoi il s’agissait, ni même s’il s’agissait d’un virus. On apprend rapidement que ce n’est pas un virus grippal ni le SRAS [syndrome respiratoire aigu sévère], et que c’est un coronavirus. Mais on ne sait toujours pas s’il se transmet d’humain à humain. » La séquence ADN est rendue publique par des chercheurs chinois le 11 janvier 2020. « J’avais déjà discuté avec des membres de mon équipe, on avait décidé qu’on allait utiliser la séquence, ne serait-ce que pour prouver à quel point nous pouvions aller vite avec notre plate-forme. Nous n’avions qu’à concevoir l’antigène et le laisser s’exprimer dans notre système »,explique Sarah Gilbert.

L’opération est bouclée le 13 janvier au matin, en 48 heures donc, réalisée en partie par Teresa Lambe, une collègue du Jenner Institute. Cette dernière y a travaillé non-stop « depuis mon lit, en pyjama, ma famille ne m’a pas beaucoup vue ce week-end-là », plaisante la chercheuse dans « Panorama », l’émission d’investigation phare de la BBC (qui a consacré une édition à l’aventure, diffusée fin 2020). La fabrication du vaccin proprement dite peut démarrer immédiatement, le très riche campus d’Oxford disposant d’une petite unité de production (la Clinical Biomanufacturing Facility) à deux pas du Jenner Institute.

Dès que la preuve de la transmission d’humain à humain est établie, Sarah Gilbert accélère encore la cadence. Elle fait des demandes de fonds, s’entend très vite avec son collègue Andrew Pollard, directeur de l’Oxford Vaccine Group, pour qu’il conduise les essais cliniques ultérieurs. Cet éminent vaccinologue de 55 ans, spécialiste en immunité pédiatrique, préside par ailleurs le Joint Committee on Vaccination and Immunisation (JCVI), l’organe conseillant le gouvernement Johnson sur les campagnes vaccinales (le site du JCVI précise que pour éviter les conflits d’intérêts, M. Pollard ne participe pas aux décisions concernant le coronavirus). Un essai sur des singes est lancé en partenariat avec les Rocky Mountain Laboratories américains.

Alignement des planètes

En avril, les chercheurs sont prêts pour les essais cliniques. Pour une fois, l’argent n’est pas si difficile à trouver. Le gouvernement britannique est au rendez-vous, par le biais des financements du National Institute of Health Research et du UKRI (UK Research and Innovation). Au début du mois, le premier ministre britannique, Boris Johnson, est hospitalisé en urgence après avoir attrapé le virus. L’épidémie fait des ravages, le pays est à l’arrêt. Tout à la célébration du Brexit – intervenu formellement le 31 janvier 2020, les dirigeants britanniques n’ont pas vu venir le danger. Les masques et les tests manquent, le confinement a été décrété avec une semaine de retard sur le reste de l’Europe. Pour autant, l’abondant dispositif de recherche national, lui, est déjà sur le pied de guerre.

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Patrick Vallance, conseiller scientifique en chef du gouvernement, a été le patron de la recherche et développement du laboratoire GSK dans les années 2010. Dès avril, il lance la « UK Vaccine Taskforce », afin de « sécuriser les vaccins les plus prometteurs le plus vite possible pour la population britannique ».

Kate Bingham est nommée le mois suivant présidente de ce nouvel organisme. Cette biochimiste de 55 ans diplômée d’Oxford est une spécialiste du capital investissement dans les biotechnologies. « Nous avons l’opportunité de faire du Royaume-Uni un centre d’excellence pour les nouvelles générations de vaccins »,explique l’experte dans le rapport annuel sur la « Taskforce », paru fin 2020.

Les planètes s’alignent décidément très vite pour le projet de vaccin « ChAdOx1 nCoV-19 » : un accord de licence avec le géant pharmaceutique AstraZeneca – 70 600 salariés, 20 milliards d’euros de chiffres d’affaires en 2019 – qui s’engage à fabriquer et à commercialiser le vaccin, est annoncé le 30 avril. « De nombreuses firmes pharmaceutiques développaient déjà leur propre projet de vaccin, trouver un partenariat dans le contexte n’était pas si simple. L’élément clé, pour l’université, a été l’engagement absolu d’AstraZeneca à développer et à produire le vaccin sans faire de profit », explique au Monde Andrew Pollard.

Une capacité industrielle considérable

Le choix peut pourtant surprendre. Sous la direction du Français Pascal Soriot, le groupe s’est certes éloigné de la quête effrénée de « blockbusters » – ces médicaments de masse qui rapportent gros – qui le caractérisait. Mais son nouveau cœur de métier, l’oncologie, paraît bien éloigné du projet d’Oxford. « Nous travaillions à l’époque sur d’autres projets avec Johnson & Johnson, nous avions rapidement pris contact mais ils avaient leurs propres projets de vaccin »,précise Sarah Gilbert. Quant à GSK, le géant britannique dans le domaine, il s’est rapproché de Sanofi. « AstraZeneca a quand même une expérience vaccinale, ils ont un vaccin intranasal contre la grippe – un autre agent pathogène respiratoire », tempère Sarah Gilbert.

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« Se lancer dans la course avec l’université d’Oxford était très malin de la part d’AstraZeneca, commente Sébastien Malafosse, analyste financier au cabinet Oddo-BHF. L’épidémie a donné au laboratoire l’opportunité de se positionner sur un secteur dont il était jusque-là quasiment absent. » Olivier Nataf, président d’AstraZeneca-France, livre une explication plus lénifiante : « Nous nous définissons par la signature “le pouvoir de la science”. Quand il y a une innovation scientifique qui demande à être mise à disposition du monde, il n’est pas étonnant qu’AstraZeneca s’engage. » Dans la corbeille de mariage, l’entreprise apporte aussi une capacité industrielle considérable. Rapidement, elle s’engagera sur un chiffre vertigineux : 3 milliards de doses pour 2021, produites grâce à des partenariats signés avec vingt sous-traitants répartis dans quinze pays.

Dans un article du 21 octobre 2020, le Wall Street Journal révèle une partie des coulisses de ce « deal » inédit entre des universitaires, peu habitués à négocier des contrats de royalties, mais pas prêts à céder facilement leur licence à une « big pharma ». Des contacts avancés ont été pris avec le laboratoire Merck en mars 2020, mais à en croire le journal, le groupe américain ne proposait que 1 % de royalties à Oxford pour la licence du vaccin. AstraZeneca aurait été préféré parce qu’Oxford touchera des royalties « d’environ 6 % ».

A l’époque, le gouvernement britannique craint aussi qu’un des projets vaccinaux les plus prometteurs du pays passe sous la coupe des Américains. « L’université n’a pas entamé les pourparlers avec l’idée de faire beaucoup d’argent », explique au Wall Street Journal John Bell, un des responsables de la stratégie de recherche du campus. Mais pas question d’être naïf pour autant : « Imaginons que le vaccin devienne saisonnier comme dans le cas de la grippe, et qu’il fasse un chiffre d’affaires de 1 milliard de dollars [824 millions d’euros] par an. Ne pas en tirer d’argent, pour nous, ce serait quand même stupide. »

« Nous avons réalisé en quatre mois un travail qui prend d’habitude cinq ans, nous nous concentrons pour l’instant sur les essais cliniques », explique Sarah Gilbert

Les essais de phase 2 sont engagés dès le mois de mai avec 1 000 volontaires enrôlés au Royaume-Uni afin de recevoir deux doses, à quatre semaines de distance. Le gouvernement britannique donne un très gros coup de pouce au projet, annonçant une promesse d’achat, le 17 mai, allant jusqu’à 100 millions de doses. De quoi vacciner presque toute la population du pays (66 millions d’habitants). Le fait qu’un grand nombre de membres du gouvernement (à commencer par M. Johnson) soient d’anciens élèves d’Oxford a-t-il pu jouer ? « Les personnes qui conseillent le gouvernement étaient au courant de nos travaux depuis le début de l’année. Mais ils avaient besoin que nous ayons un partenariat solide pour fabriquer les vaccins », explique Mme Gilbert. « Je ne pense pas qu’il faille chercher du côté d’un réseau de connexions entre Oxford et le gouvernement. Ce dernier a procédé à un examen très rigoureux de tous les projets de vaccins », insiste Andrew Pollard.

« On pourra dire que c’est une invention britannique ! »

Plus d’une douzaine d’autres projets sont déjà entrés en phase d’essais cliniques mais celui d’Oxford semble faire la course en tête. Même les Américains les plébiscitent : le New York Times les voit largement favoris et les pouvoirs publics dégagent près de 1,2 milliard de dollars en leur faveur. La confiance est au zénith.

Un vaccin qui fonctionne en septembre, « serait possible si tout se déroule parfaitement », a déjà avancé Sarah Gilbert dans les colonnes du Times, le 11 avril 2020. « On pourra dire que c’est une invention britannique ! Est-ce que les Britanniques seront vaccinés en premier ? », lui demande Andrew Marr, l’intervieweur vedette de la BBC, le 19 avril. « Nous avons réalisé en quatre mois un travail qui prend d’habitude cinq ans, nous nous concentrons pour l’instant sur les essais cliniques », évacue Mme Gilbert.

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Mais les choses se compliquent sérieusement à l’été 2020. Les retards s’accumulent et les critiques émergent. « A en croire les spécialistes des modélisations épidémiques, les contaminations devaient être tellement élevées au Royaume-Uni [dans la première partie de l’année 2020], que nous pourrions mener tous nos essais cliniques dans le pays, pour de premiers résultats des essais à l’automne. Mais avec le confinement [qui n’a été définitivement levé qu’en juillet], nous n’avons pu commencer les essais [de phase 2] qu’à la fin de la première vague. Nous avons donc étendu les sites pour les essais à tout le pays [dix-neuf sites en tout] », explique Andrew Pollard.

Des essais de phase 2 et 3 sont lancés en parallèle au Brésil et en Afrique du Sud, où la pandémie fait désormais rage. « Ce n’est que quand la deuxième vague est apparue ici, fin septembre, que nous avons pu rapidement accumuler davantage de cas entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis », ajoute M. Pollard.

Des décisions prises au fil de l’eau

Un deuxième pépin survient début septembre 2020, en plein déploiement des essais de phase 3. L’un des volontaires développe une myélite transverse, une pathologie neurologique rare et sérieuse. Tout est immédiatement arrêté. En Grande-Bretagne, au Brésil et en Afrique du Sud, les essais dirigés par l’université d’Oxford reprennent au bout de quelques jours, le lien entre l’injection et l’accident n’étant pas établi. Mais aux Etats-Unis, le programme, conduit sous la responsabilité d’AstraZeneca, est gelé pendant six semaines. Un retard jamais comblé. Et c’est sans aucune donnée américaine que le duo présentera ses résultats définitifs en décembre.

Dernier incident, un étonnant cafouillage dans les dosages. Andrew Pollard livre la version officielle : « Quand nous sommes passés aux essais de phase 3, nous avons fait appel à une unité de production de vaccins différente. Des écarts sont apparus dans la manière de doser le vaccin dans cette unité par rapport au dosage effectué pour les essais de phase 1. Et il est apparu que ces différences conduisaient à des concentrations différentes. Nous avons consulté le régulateur britannique du médicament, le MHRA [Medicines and Healthcare products Regulatory Agency], et discuté de la manière d’interpréter ces données. Il a été décidé de n’administrer qu’une demi-dose au premier groupe de volontaires. Les volontaires avaient moins d’effets réactogènes. On a de nouveau consulté le MHRA et nous sommes convenus d’ajuster la dose. Nous travaillions en pleine pandémie, beaucoup de décisions ont dû être prises au fil de l’eau. » La version d’AstraZeneca diffère légèrement mais elle aboutit à une même conclusion : l’injection d’une demi-dose à un millier de volontaires, suivie d’une pleine dose quelques semaines plus tard.

Lorsque le 21 décembre 2020, AstraZeneca livre, dans la revue The Lancet(britannique, là encore) les résultats de son essai de phase 3, cette erreur de cuisine laisse un drôle de goût dans la bouche des observateurs.

Début novembre, les équipes Pfizer-BioNTech ont annoncé que leur vaccin culminait à plus de 90 % d’efficacité. Une semaine plus tard, le vaccin Moderna, conçu avec la même technologie révolutionnaire de l’ARN messager, a affiché la même performance. Si bien que l’efficacité globale de 70 % annoncée par l’équipe britannique, pourtant largement supérieure aux 52 % réclamés par l’OMS, n’impressionne personne. D’autant qu’elle est le résultat d’une étonnante moyenne entre l’essai à une demi-dose suivie d’une dose (90 % d’efficacité) et de l’essai à deux pleines doses (62 % d’efficacité).

Manque de personnes âgées parmi les volontaires

Si à Londres, on salue la réussite du champion national, aux Etats-Unis et ailleurs en Europe, on s’étonne ou on s’étrangle. A Paris, l’infectiologue Odile Launay, responsable du centre de vaccinologie Cochin-Pasteur, dénonce un article scientifique « ni fait ni à faire (…) qui rassemble en vérité cinq essais différents, dans des lieux différents, des périodes différentes, des dosages différents ». L’immuno-oncologiste Eric Billy est plus sévère encore. Lui ne croit pas à l’accident fructueux. « Ils ont amendé leur essai de phase 3 en cours de route, ce qui ne se fait jamais. Puis ils ont mélangé les deux protocoles pour remonter le résultat de 62 %, inaffichable face aux 95 % des concurrents ».

Ce n’est pas tout. L’essai manque cruellement de personnes âgées parmi ses volontaires. Personne ne dépasse les 55 ans dans le fameux groupe à une demi-dose. Et même dans le chapeau principal, les plus de 70 ans ne représentent qu’à peine 7 % de l’ensemble. Un excès de prudence, admet-on à l’université d’Oxford. L’université n’aurait pas voulu faire prendre de risques à des personnes fragiles. Sauf que c’est cette population qui meurt en masse du Covid-19, elle aussi qui sature les services de réanimation.

L’autorité sanitaire américaine fait immédiatement savoir qu’elle exige des essais complémentaires aux Etats-Unis. Le programme est donc amplifié, sur plusieurs dizaines de sites dans le pays, sous l’égide du laboratoire pharmaceutique cette fois, mais supervisé par Ann Falsey, professeure de médecine à l’université de Rochester (Etat de New York).

Deux mois plus tard, chez AstraZeneca, on reste très discret. Ann Falsey, elle, répond brièvement, par mail, aux questions du Monde. Le recrutement de 30 000 volontaires s’est achevé le 15 janvier. Parmi eux, 25 % de personnes âgées de plus de 65 ans et de nombreuses personnes à risques (obèses, hypertendues, insuffisantes cardiaques ou pulmonaires), précise-t-elle. Quant aux résultats, elle les annonce « dans les semaines à venir ». En espérant que d’ici là les volontaires « à risques » n’auront pas été trop nombreux à quitter l’essai pour profiter des vaccins à ARN délivrés par la campagne officielle, admet-elle.

Pour inonder le marché américain, AstraZeneca devra donc attendre. Mais peu lui importe, pour l’heure, dix-huit pays ont déjà accordé au vaccin une autorisation provisoire, parmi lesquels le Royaume-Uni, bien sûr, depuis le 30 décembre, mais aussi l’Inde, l’Argentine, le Pakistan, le Mexique, le Brésil, la Thaïlande, la Hongrie. Des accords décrochés en douceur.

La fin de l’union sacrée contre le virus

Avec l’Union européenne (UE), en revanche, le vaccin n’en finit plus de susciter la polémique, d’une manière pour le moins paradoxale. D’un côté, les experts européens de l’AEM n’ont cessé de discuter de son efficacité. « Les essais de Pfizer et Moderna étaient clairs, constatait l’un d’eux, à la veille de la décision. Cette fois, on dispose d’un ensemble d’études universitaires agglomérées. On nous donne des pommes, des poires et des bananes et on nous demande de juger de la corbeille de fruits. »

En outre, AstraZeneca, qui réclame une autorisation pour tous les adultes de plus de 18 ans, a réinterprété ses données : constatant que son protocole le plus efficace présentait un espacement de huit à douze semaines entre les deux injections, ce n’est plus à la fameuse demi-dose qu’elle attribue son succès, mais à ce délai supplémentaire né du fameux cafouillage. « C’est plus convaincant sur le plan immunologique mais ce changement de pied est un peu baroque », avance un autre expert.

De l’autre côté, les autorités communautaires réclament au contraire le plus de doses possible, le plus vite possible. Il faut dire que le contexte est extrêmement tendu : la campagne vaccinale européenne ne décolle pas alors que la britannique mène un train d’enfer, grâce en grande partie au vaccin « national ». Depuis fin janvier, environ 300 000 doses sont administrées chaque jour dans le pays, les usines sous-traitantes d’AstraZeneca Oxford Biomedica à Oxford, Cobra Biologics dans le nord-est de l’Angleterre et Wrexham au Pays de Galles (qui s’occupe de la mise en flacons), produisant environ 2 millions de doses par semaine pour le Royaume-Uni.

Pire, le 22 janvier, AstraZeneca a annoncé abruptement qu’il ne pourra pas livrer comme prévu toutes les doses dues à l’UE. « Un problème de calibrage de la culture cellulaire sur le site belge chargé de produire la substance active », avance une source proche du laboratoire. La Commission européenne, qui a pris en charge à l’été 2020 la signature des contrats d’approvisionnement, refuse les explications du groupe. Depuis le 10 Downing Street, Boris Johnson refuse d’entrer dans la polémique. Il glisse juste, le 26 janvier, que « ce vaccin est très important pour notre pays et le monde ».

Peu habituée à ces brutaux bras de fer commerciaux, l’université d’Oxford laisse Pascal Soriot, le PDG d’AstraZeneca, monter au front pour défendre la bonne foi de son laboratoire devant un groupe de journalistes européens. Et expliquer pourquoi les Britanniques, qui ont signé les premiers, ont été servis les premiers. La Commission européenne réplique en annonçant un mécanisme de contrôle des exportations de vaccins à ses frontières. Objectif non avoué : que les doses produites dans les usines sous-traitantes du groupe anglo-suédois sur le continent ne traversent pas la Manche…

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Terminée la grande aventure scientifique, oubliée l’union sacrée contre le virus… Le vaccin d’Oxford et d’AstraZeneca se trouve au cœur d’une vraie « bataille des vaccins » entre Londres et Bruxelles, sur fond de Brexit tout juste – et très laborieusement – conclu (le retour des frontières entre le Royaume-Uni et le continent est intervenu au 1er janvier).

A la veille de la décision de l’AEM, la commission vaccinale allemande a fait savoir, jeudi 28 janvier, qu’elle déconseille le vaccin aux plus de 65 ans, faute de résultats suffisants. Une gifle infligée aux deux champions britanniques. « Le vaccin est bon, j’ai toute confiance en lui », réplique sans se démonter Boris Johnson, le 28 janvier.

Le lendemain, fin d’un long suspense : l’AEM donne son feu vert « à tous les adultes de plus de 18 ans », sans restriction pour les plus âgés. « Les données concernant les plus de 55 ans manquent encore », souligne l’agence « mais une protection [vaccinale] est attendue, puisqu’une réponse immunitaire est observée dans cette classe d’âge ». Soupirs de soulagement à Oxford et au siège d’AstraZeneca, à Cambridge : « C’est une étape importante », assure Andrew Pollard, dans un communiqué de presse du groupe, publié promptement après la décision européenne. Fin de la saga ? A voir…Notre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19

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Nathaniel Herzberg,  Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante) et  Chloé Aeberhardt

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https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/02/01/lagence-europeenne-autorise-curieusment-le-vaccin-dastrazeneca-chez-le-sujet-age/

Covid-19 : AstraZeneca au cœur de la guerre des vaccins entre Londres et Bruxelles

Le laboratoire prévoit de baisser ses livraisons européennes de 60 %, selon ses calculs, au premier trimestre, quand aucun retard n’a été notifié, à ce stade, aux Britanniques. 

Par Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen)Publié le 28 janvier 2021 à 01h49 – Mis à jour le 29 janvier 2021 à 15h01  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/28/covid-19-le-groupe-pharmaceutique-astrazeneca-au-c-ur-de-la-guerre-des-vaccins-entre-londres-et-bruxelles_6067858_3244.html

Temps de Lecture 5 min. 

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, visite le laboratoire BioMedica, où sont contrôlés les vaccins d’AstraZeneca, le 18 janvier, à Oxford.
Le premier ministre britannique, Boris Johnson, visite le laboratoire BioMedica, où sont contrôlés les vaccins d’AstraZeneca, le 18 janvier, à Oxford. HEATHCLIFF O’MALLEY / POOL via AFP

Après s’être écharpés sur leur relation post-Brexit, l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni se battent désormais pour les vaccins d’AstraZeneca contre le Covid-19. Et, pour l’heure, Londres a marqué des points.

Alors que l’Agence européenne des médicaments (AEM) devrait donner son autorisation de mise sur le marché au vaccin britannico-suédois vendredi 29 janvier, il est déjà administré depuis plusieurs semaines outre-Manche. Qui plus est, le laboratoire a, de fait, pris fait et cause pour le Royaume-Uni : il prévoit de livrer moins de 40 %, selon ses calculs – seulement « un quart », selon une source bruxelloise –, de la centaine de millions de doses à laquelle pensaient avoir droit les Vingt-Sept au premier trimestre, quand aucun retard n’a été notifié, à ce stade, aux Britanniques.

Mercredi 27 janvier, la Commission s’est voulue ferme : il n’y a aucune raison que l’UE soit moins bien servie que son ex-membre, et, s’il le faut, AstraZeneca n’a qu’à importer sur le continent des doses aujourd’hui produites outre-Manche.

Un contrat, deux interprétations

C’est en tout cas, affirme-t-on à Bruxelles, ce que prévoit le contrat que l’industriel et l’exécutif communautaire ont signé. « Les usines britanniques [du laboratoire]font partie du contrat de précommandes et c’est pourquoi elles doivent fournir » les doses que l’UE a réservées, a martelé la commissaire européenne à la santé, Stella Kyriakides. Avant de poursuivre : « L’idée selon laquelle l’entreprise ne serait pas tenue d’honorer ses engagements n’est ni correcte ni acceptable. »

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En août 2020, la Commission et AstraZeneca ont signé un contrat, par lequel les Européens s’engageaient à acheter 400 millions de doses au laboratoire, si son vaccin s’avérait performant. Bruxelles promettait par ailleurs de verser 336 millions d’euros à l’industriel, afin de l’aider à mettre à niveau ses capacités de production – le contrat mentionne plusieurs usines : deux au Royaume-Uni, deux en Europe continentale (Belgique et Allemagne) et une cinquième aux Etats-Unis mobilisable en cas de problème –, et qu’il soit en mesure, le moment venu, de livrer au plus vite les Vingt-Sept. A charge ensuite aux Etats membres de passer leurs commandes et de les régler.

La commissaire européenne à la santé, Stella Kyriakides, le 27 janvier à Bruxelles. OLIVIER HOSLET / AFP

« AstraZeneca a été sélectionné sur sa capacité à produire et non sur la réalité d’un vaccin encore hypothétique à l’époque. Le risque a été pris sur le vaccin, pas sur les capacités de production. Donc AstraZeneca doit produire les doses convenues », a insisté Stella Kyriakides.

Mardi, dans un entretien à plusieurs quotidiens européens, le PDG du groupe a livré une tout autre interprétation du contrat en question. « L’accord britannique a été conclu en juin [2020], trois mois avant l’accord européen (…). Londres a stipulé que l’approvisionnement provenant de la chaîne d’approvisionnement britannique irait d’abord au Royaume-Uni », y a ainsi déclaré Pascal Soriot. Dans un passage repris par le quotidien italien La Repubblica, le patron français du laboratoire insistait : « L’UE voulait plus ou moins autant de doses que le Royaume-Uni alors qu’ils signaient trois mois après. On a donc dit : on fera de notre mieux, mais nous n’allons pas nous engager contractuellement. » A l’en croire donc, les usines britanniques servent prioritairement la demande locale, et le groupe s’est engagé à faire au mieux pour livrer les Vingt-Sept à la hauteur de leurs commandes, rien de plus.

« Le Royaume-Uni paye plus cher ses vaccins que l’UE »

A Bruxelles, on ne décolère pas depuis qu’AstraZeneca a annoncé, le 17 janvier, à moins de quinze jours de la date à laquelle son vaccin doit être autorisé sur le marché européen, qu’il devrait réduire drastiquement ses livraisons prévues aux Vingt-Sept au premier trimestre. Pour expliquer cette décision, le groupe a invoqué des « baisses de rendement » sur le site belge, qu’il n’avait jusqu’alors jamais mentionnées.

« Les explications d’AstraZeneca ne sont pas satisfaisantes. Elles varient d’une heure à l’autre, d’un interlocuteur à l’autre », s’énerve un haut fonctionnaire européen. Et la réunion de mercredi soir, avec la Commission et des représentants des Etats membres, à laquelle le PDG du groupe a finalement assisté (après avoir, la veille au soir, informé ses interlocuteurs qu’il n’y participerait pas), n’a pas vraiment permis d’y voir plus clair, même si Stella Kyriakides a évoqué « un ton constructif ».

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« Il faut s’assurer qu’AstraZeneca ne favorise pas les mieux-disants, et plus particulièrement le Royaume-Uni qui paye plus cher ses vaccins que l’UE », juge l’eurodéputée (Renew, France) Véronique Trillet-Lenoir. Même si la Commission ne formule pas aussi crûment les choses, elle ne se prive pas, en filigrane, de suggérer un tel scénario. « Est-ce qu’il y a vraiment un problème de production ? Est-ce que Boris Johnson interdit l’exportation à partir des usines britanniques ? Est-ce que c’est un sujet juridique ? Dans tous les cas, nous avons des leviers, plus ou moins coopératifs », ajoute un diplomate.

Mercredi, l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé belge a envoyé ses experts à l’usine locale d’AstraZeneca pour évaluer la situation. Et la Commission va mettre en place un mécanisme d’autorisation des exportations des vaccins, sur le modèle de ce qui s’était fait sur les masques en avril. Avec un objectif assumé : s’assurer que les doses produites en Europe qui lui sont normalement destinées ne partent pas ailleurs. « Nous savons que beaucoup de vaccins ont été exportés à partir de l’UE ces derniers temps. Mais nous ne savons pas par qui », explique une source européenne.

Un besoin urgent

Dans la foulée des déclarations venues de Bruxelles tout au long de la journée de mercredi, Londres a rappelé qu’il attendait d’AstraZeneca qu’il respecte son engagement de fournir 2 millions de doses par semaine (et au total 100 millions de doses) au Royaume-Uni. « Nous sommes très confiants dans nos approvisionnements, nous sommes très confiants dans nos contrats et nous allons de l’avant sur cette base », a commenté le premier ministre Boris Johnson.

Une chercheuse d’un laboratoire de l’Institut Jenner, à l’Université d’Oxford, travaille sur le vaccin contre le coronavirus d’AstraZeneca. JOHN CAIRNS / UNIVERSITÉ D’OXFORD via AP

« AstraZeneca, c’était le premier vaccin de masse qu’on attendait », développe une source européenne. Et même si le laboratoire britannico-suédois a pris un certain retard dans son développement, Bruxelles comptait sur lui pour donner un sérieux coup d’accélérateur aux campagnes de vaccinations en cours en Europe. « Ils ont de l’expérience et des capacités de production », poursuit cet interlocuteur.

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Davantage que Pfizer-BioNTech et Moderna, dont les vaccins, technologiquement plus innovants et logistiquement plus compliqués à administrer, ont été autorisés par l’AEM fin décembre 2020 pour le premier et à la mi-janvier pour le second. Pfizer-BioNTech a déjà pris du retard, mais assure que d’ici à la mi-février, le groupe aura livré tout ce qui devait l’être à cette date-là. Dans le scénario le plus optimiste, 150 millions de doses de ces deux laboratoires seront livrées aux Vingt-Sept d’ici à la fin mars. Ce qui, au mieux, aura permis de vacciner 75 millions de personnes… Voilà pourquoi la Commission a un besoin urgent des vaccins d’AstraZeneca.Notre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19

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Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen)

Vaccins contre le Covid-19 : l’Union européenne prend ses distances avec AstraZeneca

Le laboratoire anglo-suédois accuse des retards de livraisons pour l’Europe. La Commission européenne se tourne désormais vers les vaccins BioNTech-Pfizer et Johnson & Johnson, a déclaré sa directrice générale de la santé. 

Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 06h33, mis à jour à 15h05  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/02/vaccins-l-union-europeenne-prend-ses-distances-avec-astrazeneca_6068451_3244.html

Temps de Lecture 1 min. 

La Commission européenne a indiqué, lundi 1er février, prendre ses distances avec le laboratoire AstraZeneca, après les importants retards de livraison de l’entreprise anglo-suédoise.

AstraZeneca, dont le produit « allait être le vaccin de masse pour le premier trimestre » 2021, n’a pu garantir que 25 % des plus de 100 millions de doses promises, ce qui représente « un vrai problème » pour les Vingt-Sept, a déclaré la directrice générale de la santé au sein de la Commission, Sandra Gallina, devant des députés européens.

La Commission européenne se tourne désormais vers les vaccins fabriqués par les laboratoires BioNTech-Pfizer et Johnson & Johnson, a-t-elle souligné. Le laboratoire allemand BioNTech a promis lundi de livrer à l’UE jusqu’à 75 millions de doses supplémentaires au deuxième trimestre du vaccin développé avec l’américain Pfizer.

« Il y aura beaucoup plus de doses au deuxième trimestre car un nouveau contrat entrera en vigueur. Nous ne disposerons pas seulement de BioNTech et de Moderna mais nous aurons BioNTech avec un nouveau contrat, c’est le double des quantités », a rappelé Mme Gallina.Lire l’entretien avec Ursula von der Leyen : « La stratégie de vaccination européenne est la bonne »

« Recevoir les produits ou se faire rembourser »

Le ton est monté ces dernières semaines entre les dirigeants européens et AstraZeneca, qui a accumulé les retards de livraisons de son vaccin anti-Covid, le troisième à avoir été avalisé dans l’Union européenne (UE) après ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna.

AstraZeneca avait expliqué ne pouvoir livrer qu’« un quart » des doses initialement promises à l’UE au premier trimestre, accusant une « baisse de rendements » dans une usine européenne. Mais l’Union européenne accuse implicitement AstraZeneca d’avoir favorisé la Grande-Bretagne dans la livraison de ses vaccins, au détriment de ses obligations contractuelles avec Bruxelles. Le PDG d’AstraZeneca, Pascal Soriot, avait assuré que l’entreprise avait seulement promis de « faire de son mieux » pour honorer son contrat.

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« Les calendriers sont contraignants quand il s’agit du bon de commande du vaccin (…) Je ne vois donc pas où sont vos efforts là-dedans », a rétorqué Mme Gallina.

Elle a également souligné que, dans le cadre des contrats passés entre l’UE et les fabricants de vaccins, « nous pouvons soit recevoir les produits soit [nous faire rembourser] les montants que nous avons payés » et a résumé la position européenne :

« Je n’ai pas le vaccin, vous n’avez pas le paiement de la Commission. »

La Commission européenne a alloué 336 millions d’euros à AstraZeneca pour développer son vaccin et accroître ses capacités de production, même si l’intégralité de la somme n’a pas été versée.Notre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19

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Le Monde avec AFP

Covid-19 : la Haute Autorité de santé ne recommande pas le vaccin d’AstraZeneca aux plus de 65 ans

La HAS considère qu’« il manque des données pour les personnes âgées de plus de 65 ans », qui sont pourtant les plus à risque. 

Par Nathaniel HerzbergPublié aujourd’hui à 17h46, mis à jour à 18h19  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/02/la-haute-autorite-de-sante-recommande-le-vaccin-d-astrazeneca-aux-moins-de-65-ans_6068532_3244.html

Temps de Lecture 5 min. 

La Haute Autorité de santé (HAS) a proposé, mardi 2 février, de recommander le vaccin d’AstraZeneca aux personnes âgées de moins de 65 ans. Dans son avis, la HAS considère qu’« il manque des données pour les personnes âgées de plus de 65 ans » dans les essais de phase 3, réalisés par l’université d’Oxford, qui a conçu le produit, et la firme pharmaceutique anglo-suédoise, a déclaré, la présidente de la HAS, Dominique Le Guludec, lors d’une conférence de presse. La Haute autorité, chargée de conseiller le gouvernement, ne recommande donc pas de l’administrer aux plus âgés, catégories pourtant les plus à risque.

Néanmoins, la haute autorité française n’a pas choisi d’aller aussi loin que son homologue allemande, qui avait clairement écarté une vaccination pour ce même groupe des plus de 65 ans. Les experts semblent prendre acte des difficultés que pourrait rencontrer la campagne de vaccination pour immuniser ces catégories prioritaires avec les deux premières préparations autorisées, celles de Pfizer-BioNTech et de Moderna.

Vendredi 29 janvier, l’Agence européenne des médicaments (EMA), confrontée au même dossier, avait pris une position sensiblement différente. Elle avait enregistré le résultat de 62 % d’efficacité annoncé par le groupe pharmaceutique et décidé d’ouvrir la vaccination à tous les adultes âgés de plus de dix-huit ans.

« Il n’y a pas encore assez de résultats chez les participants plus âgés (plus de 55 ans) pour fournir un chiffre sur la façon dont le vaccin fonctionnera dans ce groupe, avait-elle reconnu. Toutefois, une protection est attendue, étant donné qu’une réponse immunitaire est observée dans cette tranche d’âge et sur la base de l’expérience acquise avec d’autres vaccins ; comme il existe des informations fiables sur la sécurité dans cette population, les experts scientifiques de l’EMA ont estimé que le vaccin peut être utilisé chez les personnes âgées. »

Lire notre décryptage : A quel point les vaccins sont-ils efficaces ? Quels effets secondaires ont-ils été observés ? Nos réponses à vos questions

Essais cliniques complémentaires

Le collège de la HAS a conclu différemment, suivant en cela sa commission technique vaccinale, qui s’était réunie lundi 1er février. Les experts français souhaitent ainsi que se poursuive la vaccination des 6,4 millions de Français de plus de 75 ans avec les vaccins à ARN messager. Comme il paraît peu probable qu’ils puissent achever cette première phase avec les seuls produits de Pfizer et Moderna, ils espèrent une habilitation rapide du vaccin à une dose de Johnson & Johnson. La firme a rendu publics, vendredi, des résultats proches de ceux d’AstraZeneca, mais sur un panel de volontaires comportant davantage de personnes âgées. Leur second espoir tient dans les essais cliniques complémentaires engagés par AstraZeneca sur 30 000 volontaires américains, dont 25 % ont plus de 65 ans. Si ces essais devaient être positifs, la HAS corrigerait sa recommandation pour l’ouvrir aux plus âgés. Toutefois, selon nos informations, AstraZeneca n’envisageait pas de disposer de résultats avant la mi-mars.

« Dans l’intervalle », la HAS conseille donc de cibler en priorité « deux catégories », a précisé sa présidente. D’une part, « tous les personnels de santé et du secteur médico-social, quelles que soient les conditions d’exercice, y compris en ville », ce qui représente plus de 3 millions de personnes. D’autre part, « les personnes âgées de 50 à 64 ans ». Pas question toutefois d’immuniser ces treize millions de Français d’un coup. Le vaccin a vecteur viral anglo-suédois sera donc d’abord administré aux personnes « présentant des comorbidités », autrement dit souffrant de pathologies qui les rendent particulièrement susceptibles de contracter des formes graves du Covid-19 (obésité, diabète, insuffisance rénale, cardiaque, pulmonaire…).

Ce vaccin est « nettement plus facile à manier », a insisté Dominique Le Guludec. La HAS propose donc d’« élargir les compétences vaccinales » et de permettre aux pharmaciens et aux sages-femmes d’administrer les injections. Les personnes souffrant de pathologies particulières sont toutefois invitées à consulter au préalable leur médecin. La HAS souligne enfin que s’il protège contre les formes symptomatiques et notamment sévères, on ignore encore s’il permet d’éviter l’infection par le virus et sa transmission. Elle insiste donc sur la nécessité de « ne pas baisser la garde » et « maintenir les gestes barrières ».

Enfin la Haute autorité recommande d’espacer les deux doses de ce vaccin « à vecteur viral » de neuf à douze semaines. En effet, alors qu’AstraZeneca prévoyait au départ un intervalle de quatre semaines entre les deux injections, une distance de deux à trois mois s’est révélée la plus pertinente au cours des essais cliniques pour assurer la meilleure efficacité. La présidente de la HAS a précisé que les engagements pris par le laboratoire devrait conduire la France à disposer de 10 millions de doses de son vaccin d’ici fin avril.

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Le gouvernement va devoir maintenant se prononcer. La HAS s’est trouvée à deux reprises en porte-à-faux, ces dernières semaines, vis-à-vis du pouvoir politique. Le ministère de la santé avait ainsi décidé d’ouvrir la vaccination aux soignants de plus de 50 ans, alors que la HAS avait recommandé de la réserver aux résidents des Ehpad et au personnel qui y travaillaient. Puis Olivier Véran avait décidé de ne pas suivre la Haute Autorité qui recommandait d’espacer les doses jusqu’à six semaines. Les experts estimaient indispensable un tel espacement pour protéger plus rapidement, au moins avec une dose, davantage de personnes âgées, dans un contexte marqué par l’arrivée des variants. Au contraire, le ministre avait choisi de suivre le régime prôné par les industriels, validé par les essais cliniques : trois semaines pour le vaccin Pfizer, quatre pour Moderna.

« Paradoxe »

Cette fois, la HAS ne devrait pas souffrir pareille gifle. Sa position paraît parfaitement en ligne avec celle avancée par le président de la République, lui-même. Dans un entretien avec un groupe de journalistes étrangers, Emmanuel Macron avait déclaré, vendredi 29 janvier : « Le vrai problème d’AstraZeneca est qu’il ne fonctionne pas comme nous l’attendions. (…) Tout porte à croire qu’il est quasi inefficace sur les personnes de plus de 65 ans. »

Reste une difficulté sérieuse : la protection des 7,4 millions de personnes âgées de 65 à 74 ans. « Le paradoxe, c’est qu’on va protéger les moins de 65 ans mais pas les 65-74 ans qui sont pourtant beaucoup plus à risque », déclarait un haut responsable sanitaire, qui voyait venir la difficulté dès la semaine dernière. La HAS a bien compris le piège. Elle s’est donc gardée d’interdire, ni même de déconseiller le vaccin pour cette catégorie charnière, laissant à la campagne un degré suffisant de liberté.

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Nathaniel Herzberg

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Un avis sur « Le vaccin d’Oxford et AstraZeneca au coeur de controverses scientifiques et entre l’Europe et Londres »

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