Harcèlement à l’Hôpital d’Albi

Un médecin de l’hôpital d’Albi victime de harcèlement moral

Après l’échec de la médiation, l’affaire a été portée devant les tribunaux. Photo DDM, M.-P.V.

 Publié le 28/11/2020 à 05:07 , mis à jour le 03/12/2020 à 08:30

https://www.ladepeche.fr/amp/2020/11/28/un-medecin-de-lhopital-dalbi-victime-de-harcelement-moral-9225197.php

Hélène Cristofol, médecin de l’hôpital d’Albi, a été victime de harcèlement moral. Le tribunal correctionnel d’Albi a condamné son chef de service qui a fait appel.

Soulagée et déterminée. Hélène Cristofol, médecin au service de médecine nucléaire de l’hôpital d’Albi, se dit soulagée au lendemain du délibéré du tribunal judiciaire albigeois qui a condamné son chef de service Fabrice Rezungles à 10 mois de prison avec sursis pour harcèlement moral. Contactée, Me Françoise Duverneuil, l’avocate de M. Rezungles, confirme avoir interjeté appel de ce jugement de première instance. L’appel est suspensif en attendant un nouveau procès devant la cour d’appel. « Le docteur Rezungles conteste les faits et les propos qui lui ont ainsi été imputés à tort dans ce procès pénal par le docteur Cristofol lesquels ne reposent que sur ses seuls dires, ressentis et interprétations fallacieuses dans un contexte professionnel où deux visions du service public hospitalier sont de toute évidence en opposition sur fond d’arrivisme.

On peut donc légitimement se poser la question de savoir qui est la victime et qui est le bourreau dans cette affaire qui est à suivre dans son prochain dénouement devant la Cour d’appel » souligne Me Françoise Duverneuil

« Propos humiliants »

Les faits remontent à 2015 quand Hélène Cristofol, arrivée en 2010 dans ce service, veut consacrer une partie son temps professionnel à la pratique libérale. Son patron ne l’a-t-il pas supporté ? Elle le pense.

Commence alors ce qu’elle décrit comme « une descente aux enfers. Il ne me parlait plus. Il tenait à mon encontre, parfois en ma présence, des propos humiliants et dégradants » affirme Hélène Cristofol qui évoque « un climat de terreur. » Elle dénonce encore une absence de réponse à ses mails, une difficulté pour faire valider ses demandes de congés… « Cela a empiré. »

Plusieurs tentatives de médiation sont engagées notamment par l’intermédiaire du conseil de l’ordre des médecins. Sans résultat. Un climat qui ne facilite pas la grossesse d’Hélène Cristofol. Elle part en arrêt maladie. En 2017, à son retour à l’hôpital après son congé maternité, le médecin n’a plus de bureau. « On m’avait installé un bureau dans un réduit de 2 m2 sans fenêtre… Il m’a dénigré au sein de l’hôpital et auprès de mes collègues. À un moment, j’ai voulu partir. J’ai postulé ailleurs » rappelle-t-elle. Sans succès. La situation se tend à nouveau jusqu’au 28 juillet 2017 à l’occasion d’une violente altercation verbale. Pour Hélène Cristofol, la coupe est pleine. Elle décide de déposer plainte. Elle demande également des mesures de protection fonctionnelle à la direction de l’hôpital.

« Il m’a pourri la vie »

Dans le même temps, elle entame une psychothérapie. « J’en suis à une quarantaine de séances. Cela me permet de ne plus pleurer quand j’en parle, confie Hélène Cristofol. Mais c’est récent. Il m’a pourri la vie durant des années. Au pire moment, j’ai même pensé au suicide. Heureusement qu’il y avait la photo de mes enfants sur mon bureau. » La machine judiciaire se met en marche. Le résultat des investigations tient dans un dossier de 600 pages qui a été largement évoqué lors des huit heures d’audience.

Aujourd’hui, Hélène Cristofol est satisfaite de se voir reconnue comme victime par la justice même si elle sait qu’il y aura un nouveau procès en appel. Réclamant toujours des mesures de protection fonctionnelle, elle a attaqué le centre hospitalier devant le tribunal administratif. « J’ai gagné mais aucune mesure n’a été prise » affirme-t-elle. Contacté le centre hospitalier précise que ses représentants réagiront la semaine prochaine.

Déterminée, Hélène Cristofol a décidé d’attaquer l’hôpital au pénal. « Une enquête préliminaire a débuté » précise-t-elle.

Du côté de l’ordre des médecins, Etienne Moulin, le président regrette que « les tentatives de médiation n’aient pas fonctionné. Cette affaire jette l’opprobre sur une profession. »

L’affaire a été déboutée devant la chambre disciplinaire du conseil régional de l’ordre des médecins. Elle est désormais en appel au niveau du conseil national de l’ordre des médecins.

Ar.P.

Témoignage d’ Hélène Cristofol, victime de harcèlement moral à l’hôpital d’Albi, « cinq longues années d’humiliation »

Hélène Cristofol exerce au sein du service de médecine nucléaire à l’hôpital d’Albi (Tarn). Elle  avait porté plainte en 2017 contre le docteur Fabrice Rezungles qui vient d’être condamné à 10 mois de prison avec sursis pour harcèlement moral. Ce dernier a fait appel. Témoignage.


 Publié le 30/11/2020 à 18h00 •  Mis à jour le 30/11/2020 à 18h56

https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/tarn/albi/temoignage-helene-cristofol-victime-harcelement-moral-hopital-albi-cinq-longues-annees-humiliation-1900380.html

Témoignage d'Hélène Cristofol, victime de harcèlement moral à l'hôpital d'Albi
Témoignage d’Hélène Cristofol, victime de harcèlement moral à l’hôpital d’Albi • © FTV

TarnAlbi

Le docteur Hélène Cristofol est aujourd’hui sortie de l’impasse, même si son chef de service, le docteur Fabrice Rezungles condamné pour harcèlement moral a fait appel du jugement du tribunal correctionnel d’Albi. « Comme une délivrance » pour Hélène Cristofol, après des années de souffrance et de combat au sein du service de médecine nucléaire. Récit.

Cinq longues années « d’humiliation »

J’avais la boule au ventre en allant travailler, je ne savais pas comment il allait se comporter, de quelle manière il allait m’agresser verbalement. Je ne dormais plus, j’ai beaucoup perdu de poids, j’étais complètement éteinte, je n’arrivais plus à m’occuper de mes enfants, j’ai eu des idées suicidaires.

Hélène Cristofol, médecin

Hélène Cristofol est entrée à l’hôpital d’Albi en 2010 comme médecin nucléaire, elle a été titularisée comme praticien hospitalier en 2013.
Les relations avec son chef de service le docteur Fabrice Rezungles ont commencé à se dégrader en 2015, lorsque la jeune femme décide de consacrer une partie de son temps professionnel à une activité libérale.
« Il a commencé à ne plus m’adresser la parole, ni me dire bonjour ou au revoir, il y a eu une rupture totale de communication. J’ai essayé de lui parler, d’échanger par mail, rien à faire. »

« Exclusion et dénigrement professionnel ».  

Hélène Cristofol explique qu’elle est écartée de toutes les réunions et que le médecin n’hésite pas à la rabaisser devant des confrères. Souvent, concernant ses diplômes en cancérologie, allant même jusqu’à déplacer ses rendez-vous professionnels avec ses patients. Elle vit un stress permanent :

Il a demandé à mon secrétariat de déplacer mes rendez-vous pour ne plus que j’ai de patients sur mes vacations, à m’interdire certains types d’examens, notamment ceux en rapport avec la cancérologie, c’était très dur à vivre.

Hélène Cristofol sollicite alors la direction de l’hôpital d’Albi qui engage une médiation sans que les relations s’améliorent. Entre temps, son chef de service est promu chef de pôle. Un statut qui rend encore plus difficile la situation d’ Hélène Cristofol.
« Pour mes demandes de congés par exemple il ne répondait jamais, il ne validait pas. Il fallait que j’attende une semaine avant la date butoir et solliciter en vain la direction pour faire valider ces congés. »   

Visionnez l’entretien d’Hélène Cristofol avec Miryam Brisse de France 3 Tarn :https://www.youtube.com/embed/2Cp7VmH-FcM

La goutte qui a fait déborder le vase

J’ai eu une deuxième grossesse compliquée, il m’interdisait même de porter des tabliers de plomb en médecine nucléaire

Hélène Cristofol

Hélène Cristofol poussée à bout n’a pas voulu rendre les armes. Elle aurait pu demander un arrêt maladie ou comme l’ont fait d’autres confrères, quitter ce poste. Mais la jeune femme résiste tant bien que mal jusqu’au jour où elle décide de lui tenir tête, après une violente altercation verbale. Elle portera plainte au commissariat de police d’Albi, le 28 juillet 2017.

J’étais en train de rédiger un courrier après une consultation et ce jour-là alors que le patient allait partir, Fabrice Rezungles énervé dit vouloir prendre ce dossier. C’est une situation que j’ai vécu à plusieurs reprises, je me suis souvent écrasé… mais là j’ai eu un regain de force et je lui ai tenu tête. Il s’est mis en hurler. J’étais tétanisée. Après mes consultations, je suis allée déposer plainte. Et quand le commissariat m’a annoncé queques semaines plus tard, qu’une enquête était ouverte, j’ai vraiment eu l’impression d’être enfin entendue.

Le médecin a entamé une psychothérapie au sein de l’hôpital depuis 2017. Des séances avec un psychologue spécialisé en victimologie.

Protection fonctionnelle à l’amiable refusée par l’hôpital

Après avoir déposé plainte, Hélène Cristofol demande à l’hôpital « une protection fonctionnelle à l’amiable« . Il s’agit d’un protocole qui permet de protéger une personne lorsqu’il y a harcèlement moral et d’éloigner le harceleur.

« Cette demande m’a été refusée, j’ai donc engagé une procédure au tribunal administratif que j’ai gagné en juin 2019. L’hôpital avait fait appel de cette décision et avait été débouté en juin 2020. L’hôpital s’est même pourvu en cassation devant le Conseil d’Etat pour lequel il a été débouté en juillet 2020. »

Malgré cela, le médecin confie que « l’hôpital n’applique toujours pas cette protection fonctionnelle« . Hélène Cristofol ne se sent absolument pas soutenue par sa direction, d’autant plus, dit-elle, que l’hôpital était informé

de ma décision de porter plainte et du caractère récidiviste de mon harceleur. L’enquête le prouve, je ne suis pas la seule dans ce dossier, il y a eu une instruction judiciaire où plusieurs personnes ont témoigné des mêmes agissements. Des médecins, des secrétaires, des manipulatrices en radiologie, il a été mis en évidence que cela était vrai et que je n’étais pas la seule.

« J’ai eu la chance d’être soutenue par ma famille et mes amis. Je devais sortir de cette impasse. Depuis que je suis toute petite je rêve d’être médecin. 10 ans d’étude pour se dire à 35 ans j’arrête… J’ai tenu tête. J’ai vécu des moments très difficiles. Pendant cinq ans, j’ai regroupé des éléments pour prouver que j’étais victime de  harcèlement moral. »

Le tribunal correctionnel d’Albi vient de condamner le docteur Fabrice Rezungles à 10 mois de prison avec sursis pour harcèlement moral. Le médecin a fait appel de cette décision.

Commentaire du Dr Jean SCHEFFER:

Les affaires de harcèlement ou d’incompétence dans nos Hôpitaux arrivent rarement à sortir au grand jour, en particulier dans notre région.

Surtout quand il s’agit de médecins connus, à fortiori Président de commission médicale d’établissement (CME).

En 2018, l’affaire du harcèlement exercé par le Président de la CME de l’hôpital de Lavaur, en est un excellent exemple. Combien a-t-il fallu d’années avant que l’on mette fin aux méfaits de ce praticien ? L’ ARS était déjà informée officiellement en 2016.

Personnellement ma famille a souffert pendant une vingtaine d’années, à travers le harcellement de mon épouse pédiatre, de la part de son chef de service, avec plusieurs pédiatres qui ont succesivement démissionné, en raison de son attitude inadmissible. La direction et l’agence régionale d’hospitalisation n’ont pas bougé, proposant comme seule solution la mutation de mon épouse pédiatre en gériatrie !

Il faut se souvenir de la difficulté pour les chirurgiens viscéraux du CH d’Albi de se débarasser de l’un des leurs, incompétent et dangereux, pour lequel l ‘ARH n’avait rien trouvé de mieux que de le muter à Lavaur, ou il a été finalement exclu.

De plus le Centre. Hospitalier d’Albi (CH) est coutumier d’affaires médiatiques: nous avons eu – Avec l’ancien Directeur Mr Plazanet, l’hémophile refusé aux urgences en raison d’un traitement trop onéreux, le scandale des travaux somptueux et onéreux dans la ferme de la Renaudié aux fins d’un logement de fonction, camouflé sous l’étiquette crêche pour le personnel ! Il a eu droit à une promotion-sanction habituelle pour un cadre hospitalier, en étant muté directeur d’un CHU dans un petit pays d’Afrique -En cardiologie dans les années 2000, nous avons connu un audit qui a eu une conclusion déroutante, en fait voulue par le directeur du moment: « vous faites trop de consultations externes » (comme si nous portions tord au secteur libéral, ou bien qu’il falait nous concentrer sur l’hospitalisation au lieu de demander des créations de postes qui nous manquaient cruellement – 3 temps plein contre 12 à la clinique Claude Bernard). -En 2009 fermeture en plusieurs phases du service d’endocrinologie, contre toute logique car le diabète et l’obésité sont en constante augmentation. Grande manifestations sous l’égide du syndicat CGT de l’hôpital et du Comité de défense de l’hôpital et de la santé d’Albi. Soutien pour la fermeture du Président de la CMC de l’époque le Dr Rezungles. -En 2012 fermeture d’une unité de soins pour personne âgées (Unité de Soins de Longue Durée) avec l’aval du même président de CME et là aussi contre toute logique avec le vieillissement de la population et l’explosion des maladies chroniques. -En 2016 le CH d’ALBI est le seul hôpital en France à fermer le service de soins de suite et de réadaptation (SSR) indispensable pour les suites de chirurgie ou de maladie grave , encore sous la Présidence du Dr Rezungles. -Enfin en 2018 l’affaire de la vente de la ferme de la renaudié, soit-disant pour financer des opérations importantes au CH d’albi. En réalité cette vente fortement soutenue par le Dr Rezungles, a servie à financer le « petscan » en médecine nucléaire et non pas pour la priorité des priorités qui était la construction du nouveau service d’urgences, repoussée à plus tard !

En résumé ce président de CME que fut pendant longtemps le Dr Rezungles, a été un des piliers de la politique d’austérité appliquée par les gouvernements de droite et de gauche au CH d’Albi et non pas le soutien aux besoins de santé de notre territoire. Pour en revenir au problème du harcèlement dans le service de médecine nucléaire, ce conflit était connu de tout l’hôpital et encore une fois la direction et l’ARS ont laissé faire, et malheureusement aussi les autres médecins de l’hôpital, tout comme du temps de mon épouse. Mais les temps ont changé, et cette praticienne a eu le courage de porter plainte. Dans la mesure ou un appel a été interjetè, il faut attendre le second jugement pour savoir définitivement de quoi il ressort. Le Dr Rezungle espère à ma connaissance mobiliser ses confrères, on va voir ce qu’ils vont faire.

L’activité libérale que souhaitait pratiquer Madame la Docteure Christofol, est parfaitement légitime. Il faut savoir qu’elle est légale et c’est actuellement la seule solution pour qu’un praticien hospitalier parte en fin de carrière avec une retraite descente. En effet avec le statut actuel, un praticien part en retraite avec 30 à 40% de son dernier salaire, alors que son directeur touche au moins 90 % des sa dernière traite. Si les conditions d’exercice des deux activités publique et libérale sont similaires, il n’y pas lieu pour un chef de service à ce qu’un de ses assistants ait une activité libérale. Pendant toute ma carrière à travers mes actions syndicales j’ai essayé de revaloriser nos retraites, n’y étant pas parvenu j’ai exercé une activité libérale lors du dernier tiers de mon exrercice et je n’en éprouve aucune honte en tant qu’homme de gauche militant de toujours pour la défense de l’hôpital public.

Mais il est primordial de préciser que le service de médecine nucléaire est un service de grande qualité et les patients n’ont aucune crainte à avoir de venir y faire des examens.

« Porter plainte, c’était une question de survie », une PH obtient la condamnation de son chef de service pour harcèlement 

PAR STÉPHANE LONG – PUBLIÉ LE 12/12/2020

https://www.lequotidiendumedecin.fr/hopital/conditions-de-travail/porter-plainte-cetait-une-question-de-survie-une-ph-obtient-la-condamnation-de-son-chef-de-service

Crédit photo : Phanie

Le Dr Hélène Cristofol n’entrevoit pas encore le bout du tunnel. Mais la victoire qu’elle vient de remporter devant la justice lui redonne espoir. Le 26 novembre dernier, le tribunal correctionnel d’Albi a condamné son chef de service à 10 mois de prison avec sursis pour harcèlement moral. « C’est un soulagement, confie la médecin au “Quotidien”. J’avais besoin de cette reconnaissance. »La bataille judiciaire n’est pas finie pour autant. Le médecin mis en cause conteste les faits qui lui sont reprochés. Il a fait appel de cette décision.

La jeune femme, PH spécialiste en médecine nucléaire à l’hôpital d’Albi, avait porté plainte le 28 juillet 2017 après une violente altercation verbale avec son chef de service. Depuis plus de 5 ans, elle subit des « humiliations » de sa part, un « dénigrement » incessant, devant le personnel de l’hôpital, parfois en présence de patients, des mises à l’écart injustifiées, des refus de formations, des demandes de congés ignorées… « Tout a commencé en 2015 lorsque je lui ai dit que je voulais consacrer une partie de mon temps à une activité libérale, relate le Dr Cristofol. Depuis cette époque il m’a pourri la vie. »

Un climat délétère, des souffrances récurrentes

Dans le jugement rendu par le tribunal, dont le « Quotidien » a eu connaissance, plusieurs témoins, médecins, soignants et personnels administratifs, font état d’un « climat délétère au sein du service », évoquent « les souffrances récurrentes » du Dr Cristofol suite à sa « mise à l’écart », et confirment « certaines brimades » dont elle faisait l’objet, notamment en tentant de limiter son activité.

Selon un autre témoignage, son responsable hiérarchique aurait émis « des critiques sur sa façon de s’habiller », la traitant de « TEPU » devant d’autres médecins. L’accusé aurait eu le même comportement avec la prédécesseur du Dr Cristofol, relate le jugement, après qu’elle eût demandé elle aussi à exercer en libéral.

Le tribunal a estimé que ces « agissements répétés » avaient eu « pour conséquence de dégrader considérablement les conditions de travail et la santé mentale de madame Cristofol qui s’est retrouvée isolée, dénigrée avec des conséquences très importantes et durables sur le plan psychologique, cela pouvant aller jusqu’à des idéations suicidaires. »

Idées suicidaires

La jeune femme avoue avoir pensé au pire. « J’ai des enfants, c’est ça qui m’a fait tenir », explique la médecin qui a également eu recours à un suivi psychothérapeutique depuis 2017. La PH a bien tenté de quitter l’hôpital en postulant dans un autre établissement, sans succès, en raison de l’influence de son chef de service, estime-t-elle, et des difficultés à trouver des postes dans sa spécialité.

Elle a également entrepris toutes les démarches possibles auprès des instances médicales et administratives, à commencer par la direction de l’hôpital qui aurait systématiquement pris parti pour son chef de service. Dans son jugement, le tribunal a d’ailleurs reconnu que la direction de l’hôpital d’Albi a « gravement participé à la dégradation de cette situation et a majoré sensiblement les préjudices causés à la victime ».

Malgré le soutien d’un syndicat, du CHSCT de l’hôpital, et du conseil départemental du Tarn de l’Ordre des médecins, qui organise plusieurs conciliations, sa situation ne s’est jamais améliorée significativement.

Dépression post-traumatique

« Porter plainte au pénal, c’était la seule solution. C’était une question de survie », explique le Dr Cristofol. L’expertise psychiatrique dont elle a fait l’objet en 2017 a confirmé l’importante dépression post-traumatique qu’elle avait subie. La condamnation il y a quelques jours de son chef de service lui permet d’avancer dans sa guérison, dit-elle. Mais sa situation professionnelle reste bloquée.

L’hôpital d’Albi, qui n’a pas répondu aux sollicitations du « Quotidien », n’aurait à ce jour pas pris de décision à l’encontre de son chef de service, invoquant la présomption d’innocence en attendant le jugement en appel.

« Ce que je demande aujourd’hui, c’est que le harcèlement cesse et que l’hôpital prenne une mesure d’éloignement », dit la médecin qui réclame la stricte application de la protection fonctionnelle, à laquelle elle a droit. Le centre hospitalier se serait contenté de lui proposer « 5 000 euros au titre des honoraires d’avocat et des séances de psychothérapie », ce que la praticienne juge insuffisant. « Selon les textes, il devrait également prendre des mesures de prévention pour me protéger des agissements perpétrés au quotidien par mon harceleur », insiste-t-elle. La cour d’appel de Bordeaux doit se prononcer prochainement sur la prescription éventuelle de mesures de protection fonctionnelle.

Déterminée, le Dr Cristofol ne compte pas céder d’un pouce. Elle a porté plainte contre son établissement. Une enquête préliminaire est en cours, dit-elle. Une autre procédure contre son chef de service a été engagée par le conseil départemental de l’Ordre devant la chambre disciplinaire nationale. Celle-ci pourrait aboutir dans les prochains mois.

« J’ai voulu plusieurs fois me suicider »: victime de harcèlement moral, une médecin raconte son calvaire   7 

Par Louise Claereboudt le 18-12-2020 

https://www.egora.fr/actus-pro/temoignage/62967-j-ai-voulu-plusieurs-fois-me-suicider-victime-de-harcelement-moral-une?nopaging=1

Dix ans après avoir fait son entrée à l’hôpital d’Albi (Tarn), le Dr Hélène Cristofol, praticienne hospitalière spécialisée en médecine nucléaire, se dit aujourd’hui épuisée. Depuis près de cinq ans, la médecin tente d’alerter par tous les moyens sur des faits de harcèlement quotidiens qu’elle incombe à son chef de service : “rabaissement”, “humiliations”, “critiques”, “demandes de congés ignorées”… Le 26 novembre, le tribunal correctionnel a condamné ce dernier à dix mois de prison avec sursis pour harcèlement moral. Mais si le Dr Cristofol se réjouit d’avoir enfin obtenu une reconnaissance de la justice, le combat est encore long puisque le médecin mis en cause a fait appel de la décision. Pour Egora, la praticienne raconte son “combat pour sa survie”.

“Tout a débuté en juin 2015, quand j’ai commencé à faire de l’activité libérale dans le cadre de mon activité statutaire. Dès les premières semaines, mon chef de service, avec qui j’entretenais de bonnes relations, a commencé à ne plus me parler : Ni bonjour ni au revoir. Quand je lui posais une question, il ne se retournait même pas. Comme si je n’avais pas parlé.

Un jour je lui ai demandé s’il avait un problème avec moi. Il m’a répondu ‘Non non, ça va’. Mais il a continué. Donc je me suis mise à lui envoyer des mails. Aucune réponse là encore. Au bout de plusieurs semaines de silence, j’ai alerté la direction en expliquant ce qu’il se passait. La direction m’a reçue. Lui aussi. Il y a alors eu une courte accalmie. Ça n’a duré que quelques jours, et c’est reparti.

A côté de ça, mon chef de service demandait aux secrétaires de déplacer mes rendez-vous pour ne pas que j’ai de patients sur mon activité libérale. Il m’interdisait de faire certains actes, etc. Lors de l’unique réunion annuelle de service, il a commencé un monologue au cours duquel il critiquait l’activité libérale. Il disait que, depuis quelques mois, les chiffres d’activité de médecine nucléaire baissaient. Il essayait de dire que je créais une sorte de déficit pour l’hôpital. Sans jamais dire que c’était moi. C’était assez sournois.Président de CME, il porte plainte contre le directeur de l’hôpital pour harcèlement moral

Il fallait toujours que je me justifie. Je lui ai pourtant répété que l’activité libérale était un droit statutaire. Mais lui me répondait que j’avais surtout des devoirs. Pour lui, je ne méritais pas de faire du libéral parce que je n’avais pas de concurrence, étant donné qu’on est le seul service de médecine nucléaire du Tarn.

Devant plus de 15 personnes, il a lâché qu’il avait des dossiers sur moi, que des patients n’étaient pas contents de moi, alors que je n’ai jamais eu aucun souci en dix ans. Quand je lui ai répondu que c’était faux et que je voulais voir ces fameux dossiers, il n’a fait que dire ‘J’en ai plein, j’en ai plein’ et me traiter de menteuse.

“J’ai perdu énormément de poids”

Dès les jours suivants, une première médiation a donc été organisée. Le président de CME nous a reçus. Ça a fini dans les hurlements. Il hurlait en disant que je m’attribuais des pouvoirs que je n’avais pas. Ce n’était que le début. Comme il ne répondait toujours pas à mes mails, je ne pouvais plus prendre mes congés ni m’inscrire à des formations. Il fallait sans cesse que…

je saisisse la direction pour savoir s’ils avaient été validés. Ce n’était jamais le cas. C’était l’horreur. J’ai perdu énormément de poids, je ne faisais que pleurer. J’en parlais constamment à mon mari, à mes parents.

Comme je voyais que les choses ne s’arrangeaient pas, je me suis tournée vers le conseil de l’Ordre des médecins. J’ai fourni un courrier avec tous les éléments de ma situation, tout ce que je subissais, comme la fois où, en pleine consultation, il a pris le dossier devant la patiente et l’a jeté par terre en disant qu’on faisait de la médiocrité dans ce service. Le président du conseil de l’Ordre de l’époque m’a rappelé de suite et a dit : ‘Je ne pensais pas un jour relire la même histoire’. C’est là que j’ai appris que ma précédente consœur avait vécu la même chose avec lui. Elle aussi lorsqu’elle s’est mise à faire du libéral.

En janvier 2016, on a donc effectué une première médiation au conseil de l’Ordre. Il n’a pas voulu reconnaître ses torts. Le président avait proposé qu’on ait un audit externe et qu’on mette en place une charte de fonctionnement pour que les vacations soient par exemple prédéfinies, établies et ne puissent pas atterrir sur ma vacation. L’audit a conclu que l’organisation était sournoise. En avril, on a signé une charte de fonctionnement. Elle mettait en place une répartition paritaire des congés, des formations… des choses assez précises.

Mais l’arrivée d’un nouveau directeur à l’hôpital le mois d’après a été pour moi la descente aux enfers. Les précédents m’ont entendue et ont mis des choses en place. Avec ce nouveau directeur, tout ce que je disais était faux. Pour lui, mon chef de service ne relevait d’aucune sanction. En entretien, il m’avait même dit : ‘Libre à vous d’engager des procédures, mais, prévenez-nous suffisamment tôt car l’hôpital ne vous soutiendra pas’. J’étais sortie de là en pleurs.

A ce moment-là, j’étais enceinte de ma deuxième fille. J’ai développé un retard de croissance intra-utérin. La direction ne m’a pas crue. Je suis partie en grossesse pathologique début septembre jusqu’en mars 2017. Quand je suis revenue, je n’avais plus de bureau. Mon chef de service l’avait donné aux secrétaires. Et les plannings avaient aussi été complètement modifiés, je me suis retrouvée lésée sur les vacations.« Votre activité fait perdre de l’argent » : deux pédiatres du CHU de Grenoble dénoncent le harcèlement « économique »

“Grosse altercation verbale”

Le 28 juillet, à la veille de mon départ en vacances, il y a eu une grosse altercation verbale au sujet d’un patient que je suivais depuis des mois, qu’il ne connaissait absolument pas. Souvent il me prenait les dossiers des mains. Il fallait que je m’écrase. Ce soir-là, j’ai eu un regain de force, j’ai refusé de le lui donner. Alors il s’est enfermé avec moi dans une pièce…

Il a claqué la porte, et s’est mis à hurler. J’étais complètement tétanisée. J’ai fait une déclaration d’accident de travail le soir même, une déclaration de violence au travail, prévenu le CHSCT. Et je suis allée déposer plainte pour harcèlement moral.

Ça faisait longtemps que j’essayais de demander de l’aide, j’avais contacté les syndicats, des associations, pour savoir comment m’en sortir mais on m’avait dit que c’était difficile à prouver. Donc j’avais gardé tous les écrits. Quand j’ai déposé plainte, j’étais tellement mal. J’ai passé mes trois semaines de vacances à ne faire que pleurer, à prendre des anxiolytiques. Je n’ai pas voulu me mettre en arrêt maladie parce que le retour de ma grossesse avait tellement été compliqué, que je me suis dit que si je repartais à nouveau, ce serait encore pire en revenant.

J’ai donc essayé de postuler ailleurs, j’avais eu un entretien avec la cheffe de service d’un hôpital proche de chez mes parents. Ça se passait bien. Le président de CME m’avait dit que mon CV les intéressait et m’avait demandé d’envoyer la lettre officielle. Une semaine après que j’ai envoyé cette lettre, il y avait une réunion régionale de médecine nucléaire où étaient présents cette cheffe de service et le mien, extrêmement ‘réseauté’. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé mais trois jours après, elle m’a envoyé un courrier hyper froid en me disant qu’elle n’avait pas de poste. C’est là que je me suis dit que j’étais clouée ici…« Je pense très prochainement arrêter la médecine » : le coup de gueule d’un généraliste, « épuisé » par la « bêtise » de ses patients face au Covid

“J’ai commencé à voir une psy”

J’ai voulu plusieurs fois me suicider, j’avais même envisagé le scénario dans mon bureau. J’ai tenu grâce à mes enfants. Quand il y a un tel acharnement, que la direction ne vous croit pas et que vous ne pouvez même pas partir, vous ne voyez pas d’issue. Les deux seules solutions que je voyais à l’époque étaient d’engager toutes les procédures possibles ou de me suicider. Je ne savais pas ce que j’étais capable de faire, jusqu’où j’étais capable d’aller. J’ai commencé à voir une psychologue, et je continue aujourd’hui d’être suivie. Ça m’a permis de comprendre que ce n’était pas moi le problème.

Dans le dossier pénal, il disait que…

j’étais ‘folle’ et que je m’habillais ‘comme une TEPU’, surtout tout ce que je faisais était ‘médiocre’.Heureusement, j’ai eu aussi beaucoup de soutien de la part d’autres médecins de l’hôpital qui avaient vent de l’histoire qu’il y avait eu avec la précédente médecin et qui m’ont soutenue et ont même témoigné pour certains. Ça a été un soulagement quand ma plainte a été retenue. J’avais enfin une reconnaissance, la sensation d’être entendue. Je n’étais pas la fille médiocre qu’il décrivait.

Suite à ça, j’ai fait une demande de protection fonctionnelle que l’hôpital m’a refusée. En 2018, j’ai donc saisi le tribunal administratif et en juin 2019, il a donné l’injection à l’hôpital d’Albi de m’accorder la protection fonctionnelle. L’hôpital n’a jamais exécuté ce jugement. Il m’a proposé, en août 2020, 5.000 euros au titre de mes honoraires d’avocat, nullement versés, et des séances de psychothérapie alors que selon les textes, il devrait également prendre des mesures de prévention pour me protéger des agissements perpétrés au quotidien par mon harceleur. J’ai fait une demande d’ouverture de procédure en exécution et la présidente de la Cour d’Appel de Bordeaux a ouvert l’ordonnance de procédure en exécution en mars 2020. Je suis en attente de l’audience qui ne devrait pas tarder.

J’ai également déposé plainte au pénal contre l’hôpital et le directeur cet été.La directrice de Santé publique France mise en cause dans une affaire de harcèlement

Le conseil de l’Ordre du Tarn a également porté plainte contre mon chef de service, au vu de la récidive, et le poursuit devant la chambre nationale disciplinaire. On attend l’audience courant 2021.

“C’est de la survie”

Le 26 novembre, mon chef de service a été condamné au pénal à dix mois de prison avec sursis. Mais comme il a décidé de faire appel, l’hôpital n’a rien fait*. Donc à nouveau, j’ai renvoyé des lettres au CNG, à la DGOS, au ministère, à l’ARS… J’avais mis tellement d’espoir dans cette condamnation, je pensais qu’on l’éloignerait de moi, que quand j’ai vu que personne ne faisait rien, j’étais en plein désespoir. La médecin du travail m’a reçue deux fois la semaine dernière. Et pour la première fois j’ai pleuré devant un patient. Je ne savais plus à quelle porte taper.

Finalement, j’ai contacté la déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité et à la directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité qui m’ont répondu immédiatement. Elles ont saisi l’ARS et le directeur de l’ARS m’a contactée. Le fait d’avoir eu des retours et de ne plus voir mon chef de service, qui s’est mis en arrêt depuis, m’a enlevé cette pression, cette peur, l’angoisse de venir travailler. Donc je tiens, c’est de la survie. Au point où j’en suis, je ne lâcherai pas. Je veux qu’on m’accorde la protection, qu’il soit suspendu ou muté.”

*Selon le jugement correctionnel, qu’Egora a pu consulter, le tribunal note que “le positionnement de la direction du centre hospitalier d’Albi a gravement participé à la dégradation de cette situation et a majoré sensiblement les préjudices causés à la victime en ne prenant jamais en compte la juste mesure des difficultés rencontrées par la victime et en n’apportant que des réponses parcellaires ou en refusant une protection fonctionnelle à la plaignante qui était pourtant parfaitement légitime. De tels manquements, gravement coupables, de la direction de l’hôpital n’ont pu que majorer de manière significative le conflit existant entre les deux praticiens.”La réponse de l’hôpital d’Albi
Contactée par Egora, la direction de l’hôpital d’Albi a souhaité répondre en ces termes : “Le Centre Hospitalier prend acte de la condamnation par le tribunal correctionnel d’Albi de l’un de ses médecins, à l’occasion d’une procédure pour laquelle il n’a jamais été envisagé la mise en cause de la responsabilité pénale de l’établissement. Dans la poursuite des actions déjà réalisées pour s’assurer du bon fonctionnement du service dont il souligne la très grande qualité des activités, et du respect des conditions d’exercice de ses praticiens, l’établissement envisagera toutes les mesures utiles à l’occasion du prononcé d’une éventuelle condamnation définitive. Le CH ALBI a toujours montré la plus grande vigilance à la préservation de la santé au travail de son personnel, les enquêtes administratives et l’audit extérieur réalisés jusqu’alors sur le service concerné n’ayant révélé aucun dysfonctionnement ou manquement sur ce point.”

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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