Un tiers des cosmétiques contiennent encore trop de substances « indésirables », selon « 60 millions de consommateurs »
La revue éditée par l’Institut national de la consommation a « passé au crible » chaque substance présente dans la liste d’ingrédients de 160 cosmétiques.
Le Monde avec AFPPublié le 10 décembre 2020 à 09h52
Les fabricants de produits cosmétiques doivent faire davantage d’efforts pour éviter d’utiliser certaines substances, affirme le magazine 60 millions de consommateurs, jeudi 10 décembre, dans son nouveau hors-série intitulé « La Crème des cosmétiques ».
Les marques « ont encore des efforts à faire pour substituer des composés indésirables, irritants ou allergisants par d’autres, plus sains », estime la revue, qui analyse près de 160 produits d’hygiène ou de beauté, répartis en 14 catégories, allant du gel douche au dentifrice, en passant par la crème hydratante et le fond de teint.
La revue éditée par l’Institut national de la consommation a « passé au crible »chaque substance présente dans la liste d’ingrédients de ces cosmétiques. Son verdict est sans appel : 50 articles de la sélection sont jugés sûrs et donc « à privilégier ». « Moins d’un tiers de produits [sans substance problématique], c’est toutefois trop peu ! », pour 60 millions de consommateurs. « Pas besoin de payer une fortune pour s’offrir ces produits : bon nombre d’entre eux ont un prix modique. Et ils sont présents dans toutes les familles de cosmétiques », ajoute encore la revue.
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Gels et crèmes de douche, dentifrices, crèmes pour le visage…
A l’inverse, plus d’une trentaine de cosmétiques se trouvent dans la catégorie rouge, « à proscrire », car ils contiennent ce type de substance. Mais la majorité des articles évalués se retrouvent dans la catégorie « orange », intermédiaire. Elle contient les produits que les consommateurs peuvent utiliser « faute de mieux ». Parmi eux, les cosmétiques « qui présentent cinq allergènes ou plus », souvent apportés par le parfum ou parfois par les agents lavants et les conservateurs.
Les gels et crèmes de douche sont majoritairement classés orange et rouge « car ils contiennent beaucoup trop d’allergènes et de tensioactifs irritants et polluants », explique la revue. Dentifrices, baumes à lèvres et crèmes pour le visage sont logés à la même enseigne.
« Mais ce sont les fonds de teint qui remportent la palme des produits problématiques : 7 sur 12 sont rouges ! », souligne 60 millions de consommateurs. Ils contiennent notamment des « substances suspectées de perturber le système hormonal (BHT, filtre UV ethylhexyl méthoxycinnamate, etc.) ».
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Le Monde avec AFP
160 cosmétiques décryptés : certains posent un vrai problème
Shampooings, déos, dentifrices, crèmes… Un tiers des produits étudiés sont bons. Dans les autres, trop de toxiques pour la santé ou l’environnement !

Et si, avant Noël, on offrait un grand ménage à notre trousse de toilette ? Exit les produits allergisants et agressifs pour la peau. Bienvenue aux ingrédients doux et vertueux pour la planète !
C’est ce que propose 60 Millions de consommateurs dans son nouveau
hors-série La crème des cosmétiques (janvier-février 2021).
Shampooings, gels douche, savons, déodorants… Nous avons décrypté la formule de 160 produits, dans 14 familles de cosmétiques et une centaine de marques – des classiques de supermarché (Garnier, Dove, le Petit Marseillais…) aux produits des enseignes spécialisées (Sephora, Yves Rocher) en passant par les marques de distributeur, de luxe ou bio.

Choisir les cosmétiques les plus sûrs
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Des produits sains et pas chers, ça existe
Bonne nouvelle : un tiers des cosmétiques de notre échantillon sont classés « à privilégier » (signalétique verte). Ils ne contiennent pas ou que très peu d’ingrédients problématiques pour la santé (moins de cinq allergènes, par exemple).
Leurs fabricants ont sélectionné les agents moussants – les « tensioactifs » – les moins irritants. Ils ont exclu les substances issues de la chimie du pétrole, à la fabrication polluante, et choisi des composés naturels, en quantité suffisante pour figurer en bonne place dans la liste des ingrédients…
Pas besoin de payer une fortune pour s’offrir ces produits : bon nombre d’entre eux ont un prix modique. Et ils sont présents dans toutes les familles de cosmétiques.
Trop d’ingrédients irritants ou polluants
Mais un tiers de produits classés « à privilégier », c’est trop peu ! Certaines catégories et marques affichent majoritairement des « faute de mieux » (orange) et des « à proscrire » (rouge) synonymes d’ingrédients indésirables.
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Dans les gels douche et les shampooings, nous regrettons l’emploi trop fréquent de sodium lauryl sulfate et d’ammonium lauryl sulfate, des tensioactifs irritants pour les yeux et la peau, toxiques pour la vie aquatique.
Certains fabricants les remplacent par des agents dits éthoxylés, plus doux… mais difficilement dégradables une fois rejetés dans l’environnement ! Une alternative existe pourtant, comme le coco-glucoside, un dérivé de sucres végétaux doux pour la peau et la planète.
Perturbateurs endocriniens, encore et encore
Bon nombre d’industriels ont également des difficultés à limiter les allergènes. Ces derniers peuvent être apportés par les parfums, les huiles essentielles, mais d’autres ingrédients, comme certains conservateurs, peuvent être sensibilisants.
Enfin, nous relevons la présence dans plusieurs familles de produits, notamment les hydratants et les sticks à lèvres, de substances soupçonnées d’interférer avec le système hormonal. Il s’agit là d’un vrai problème.
Nous estimons que ces perturbateurs endocriniens suspectés, tels que le BHT ou le méthylparabène, n’ont pas leur place dans un cosmétique, a fortiori s’il ne se rince pas et s’utilise tous les jours.
Les produits solides ne sont pas toujours vertueux
Échappe-t-on aux ingrédients nocifs en achetant des produits solides ? Nous en avons pour la première fois passé 24 au crible. La moitié des déodorants et un tiers des shampooings solides de notre échantillon répondent effectivement à la promesse environnementale et de santé mise en avant par leurs fabricants.
Mais certains produits présentent bel et bien des perturbateurs endocriniens suspectés ou des tensioactifs agressifs et allergènes.
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Les marques lancent une nouvelle génération de cosmétiques. Solides, ils sont présentés comme plus sûrs et naturels. Le point avec nos experts.

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Une nouvelle génération de produits
Les fabricants ont donc lancé une nouvelle génération de produits, les cosmétiques solides, qui ne contiennent pas ou que très peu d’eau. Présentés comme plus sûrs et plus naturels, ils ouvrent de belles perspectives. Les pionniers du genre (Lamazuna, Pachamamaï…) ont doublé leur chiffre d’affaires en 2019.
Les premiers shampooings solides (N.A.E., Ma Provence, Corine de Farme) ont fait leur apparition dans les rayons des supermarchés ces derniers mois. D’autres marques (Ultra Doux de Garnier et DOP de L’Oréal) devraient en commercialiser avant l’automne.
Des composants plus naturels
Toutes les enseignes étiquetées Slow cosmétique (une mention délivrée par l’association éponyme), telles Lamazuna, Pachamamaï, Comme avant et Druydès, assurent ne vendre que des produits naturels, d’origine végétale ou minérale. Exit les substances synthétiques issues de la pétrochimie !
On ne doit trouver dans ces cosmétiques ni plastiques (d’origine synthétique) ni perturbateurs endocriniens. « Hormis deux exceptions (la génistéine et l’acide kojique), les perturbateurs endocriniens utilisés en cosmétique sont, en écrasante majorité, des substances de synthèse »,rappelle Marie-France Corre, consultante, spécialiste des produits de consommation.
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Autant éviter les perturbateurs endocriniens
Sachant qu’un groupe de 14 substances suspectées de perturber notre système endocrinien (triclosan, acide formique, BHA…) fait actuellement l’objet d’une évaluation scientifique auprès de la Commission européenne, c’est plutôt rassurant.
Toujours présentes dans les cosmétiques conventionnels (dentifrice, crème solaire…), ces substances pourraient être interdites à l’issue de l’évaluation. Pour l’heure, autant les éviter, puisqu’on connaît mal le mécanisme des perturbateurs endocriniens.
Vertueux pour l’environnement
Y a-t-il aussi un intérêt écologique à éviter les molécules de synthèse présentes dans de nombreux cosmétiques ? Oui, puisque ces substances peuvent se retrouver dans l’environnement après être passées par le lavabo de notre salle de bains.
C’était, entre autres, le cas des silicones (cyclopentasiloxane et cyclotétrasiloxane), deux microplastiques difficilement biodégradables, qui ne sont interdits d’utilisation dans les cosmétiques rincés que depuis le 31 janvier 2020.
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« On sait aussi depuis déjà une vingtaine d’années que le mélange des composés chimiques impacte le fonctionnement hormonal des organismes aquatiques », explique Hélène Budzinski, chimiste et chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).
Un article publié dans la revue scientifique Proceedings of the Royal Society-Biological Sciences, qui fait le point sur l’impact des perturbateurs endocriniens sur la faune sauvage, rappelle que même ceux qui ne sont plus utilisés depuis plusieurs dizaines d’années continuent de faire des dégâts sur la physiologie de certains animaux.
Vendus en vrac ou dans des emballages recyclables
Répondant aux attentes écoresponsables des consommateurs, les cosmétiques solides prônent le zéro déchet avec des produits vendus en vrac ou emballés dans du carton ou papier recyclé et recyclable.
Un sérieux progrès, puisque, selon une étude Ipsos de 2010, les emballages de produits cosmétiques et d’hygiène jetés chaque année en France pèsent 75 000 tonnes, soit 2 % des déchets ménagers.
« Mais, pour limiter l’impact environnemental, c’est encore mieux si l’emballage est imprimé avec des encres végétales sur du papier FSC [un label qui garantit une bonne gestion des forêts] », précise Claire Secondy, fondatrice de Natur’Aile, une savonnerie artisanale de l’Hérault, au pied du pic Saint-Loup.
Plus chers mais plus économiques à l’usage
Ces produits antigaspi sont-ils aussi plus économiques ? « Ils coûtent plus cher à la fabrication puisqu’ils contiennent moins d’eau et plus de matières premières », explique Christine Lafforgue, dermopharmacologue et présidente de la Société française de cosmétologie.
Ils sont cependant plus intéressants à l’usage, car un shampooing solide (compter 8 € en moyenne pour un pain de 100 g) dure de cinq à six mois. On utilise chaque fois juste la quantité nécessaire au lavage. Même constat pour un tube de dentifrice de 30 g, que l’on peut garder six mois.
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Sans conservateurs et sans risque d’infection
Par ailleurs, sans eau, ou très peu comparé aux cosmétiques liquides, les solides ne nécessitent pas de conservateurs antibactériens ni antifongiques (parabens, triclosan…), puisque les micro-organismes ne peuvent pas s’y développer.
Depuis 1965, plusieurs études scientifiques ont prouvé l’absence de risque d’infection due à l’usage de savons solides, même en y insérant volontairement des bactéries. Celles-ci ne se transmettent pas d’une personne à l’autre. À condition de respecter les conditions d’utilisation (pas d’eau sur le dentifrice) et de les tenir à l’abri des éclaboussures et de l’humidité, ces produits se conservent longtemps sans fondre ni se dessécher.
Des propriétés identiques à celles des cosmétiques conventionnels…
Les cosmétiques solides se déclinent pour toutes les gammes ou presque : dentifrice, shampooing, baume, déodorant… Et leurs propriétés sont a priori identiques à celles des cosmétiques conventionnels.
« Leur utilisation n’a d’ailleurs rien de nouveau, rappelle Christine Lafforgue. Les propriétés protectrices et apaisantes du beurre de karité, par exemple, sont connues depuis très longtemps. Il n’y a aucune contre-indication à s’en mettre sur la peau. »
… mais des ingrédients pas adaptés à toutes les peaux
On peut remplacer sa crème de jour par un baume solide à condition, bien sûr, de choisir celui qui est le plus adapté à son type de peau. Car tous les ingrédients ne se valent pas.
Si le beurre de karité ou l’huile d’argan ont un indice de comédogénicité nul (0 sur une échelle de 0 à 5), ce n’est pas le cas du beurre de cacao ou de l’huile de coco (indice 4). Or les indices les plus hauts signalent des matières grasses susceptibles de boucher les pores de la peau : celles-ci peuvent donc aggraver les imperfections des peaux à tendance grasse et acnéique.
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Ni hydratants ni anti-âge
Et en ce qui concerne les peaux sèches ou ridées ? « Un baume solide a une action antidéshydratante en formant un film gras sur la peau, mais il n’est pas à proprement parler hydratant comme une crème liquide qui apporte de l’eau, répond Christine Lafforgue. Il ne peut pas y avoir non plus de crème anti-âge dans une gamme de cosmétiques solides, car les actifs connus pour leur efficacité, comme le rétinol ou la vitamine C, ont besoin d’eau pour être ajoutés à la formulation. »
Des irritants dans les shampooings
Produit phare des cosmétiques solides, le shampooing est aussi le plus répandu d’entre eux. On en trouve en grande surface. Mais, alors qu’un shampooing liquide contient entre 60 et 80 % d’eau, celui-ci est deux à trois fois plus concentré : il contient donc de 30 à 60 % de tensioactifs contre seulement de 15 à 25 % en version liquide.
Dans ces conditions, y a-t-il un risque d’irritation du cuir chevelu ? Oui si les tensioactifs utilisés dans la formulation sont irritants.
Le sodium lauryl sulfate pas très écologique
La présence de sodium cocoyl isethionate (SCI), ou de sodium lauryl sulfate (SLS) dans la composition peut se révéler très irritante pour le cuir chevelu, d’autant que ces tensioactifs ne sont pas dilués dans une grande quantité d’eau.
Utilisé pour son pouvoir moussant et détergent, le SLS est critiqué depuis longtemps pour ses effets asséchants et sensibilisants. Et bien qu’autorisé en bio, il n’est pas très écologique. Ce tensioactif est, la plupart du temps, produit à partir de l’huile de palme. Il est difficilement biodégradable et connu pour avoir des effets toxiques sur les organismes aquatiques.
Risque d’allergie accru par la présence d’alcool
Attention aussi à la présence d’alcool, qui favorise la pénétration des allergènes dans l’épiderme. En effet, l’exposition répétée aux substances sensibilisantes augmente le risque de développer une allergie de contact.
« Rougeurs, démangeaisons, sécheresse cutanée, vésicules, plaques, croûtes sont les principaux symptômes d’une allergie de contact. Mais la désensibilisation est impossible. À condition d’identifier l’allergène incriminé, l’éviction est la seule protection », explique Éric Thomas, allergologue et membre de l’Association de recherche clinique en allergologie et asthmologie.
Les formulations courtes, un bon critère de choix
Pour choisir un shampooing solide, mieux vaut tester et comparer les produits plutôt que faire une confiance aveugle à la mention “naturel”.
Comme tous les cosmétiques, les solides dépendent du règlement européen, qui oblige les fabricants à mentionner la présence des 26 allergènes le plus à risque (limonène, linalol, citral…) dans la liste des ingrédients sur l’étiquette.
Et là, le critère le plus simple pour s’y retrouver relève du bon sens : privilégier les compositions courtes. « Moins il y a d’ingrédients dans une formule, mieux c’est ! », affirme Christine Lafforgue.
Journaliste : Emmanuelle Figueras. Ingénieur : Emmanuel Chevallier