Effet adverse en phase 3 du vaccin d’AstraZeneca-oxford (Myèlite transverse)

Coronavirus : le laboratoire britannique AstraZeneca fait une pause dans son test de vaccin

Décidée après la mauvaise réaction d’un patient, la pause affecte l’un des projets occidentaux parmi les plus avancés. Des essais mondiaux avaient été lancés dans plusieurs pays, dont le Royaume-Uni et les Etats-Unis. 

Par Arnaud Leparmentier  Publié aujourd’hui à 02h48, mis à jour à 10h20

Des chercheurs du laboratoire pharmaceutique AstraZeneca travaillent sur un vaccin contre le coronavirus, à Garin (Argentine), le 14 août.

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Des chercheurs du laboratoire pharmaceutique AstraZeneca travaillent sur un vaccin contre le coronavirus, à Garin (Argentine), le 14 août. NATACHA PISARENKO / AP

Donald Trump rêve d’un vaccin contre le Covid-19 qui lui sauverait la mise avant l’élection présidentielle américaine du 3 novembre. Le chemin s’annonce délicat : le laboratoire britannique AstraZeneca a annoncé, mardi 8 septembre, dans la soirée, la suspension de l’essai clinique de phase 3 sur son vaccin, développé conjointement avec l’université d’Oxford, en raison de la réaction négative d’un des patients au Royaume-Uni.

« Nous avons déclenché une pause dans la vaccination dans le cadre de notre processus pour permettre l’examen des données de sécurité », a déclaré au Financial Times un porte-parole d’AstraZeneca. « Il s’agit d’un contrôle de routine qui doit se produire chaque fois qu’il existe une affection potentiellement inexpliquée dans l’un des essais, afin de garantir le maintien de l’intégrité de nos essais. » Les données seront revues par un comité indépendant. La pause affecte un test lancé auprès de 30 000 personnes aux Etats-Unis, fin août, avec des financements fédéraux.

L’annonce, qui a provoqué une chute de l’action AstraZeneca dans les échanges officieux après la clôture de Wall Street, intervient alors que les patrons de neuf groupes pharmaceutiques, dont AstraZeneca, avaient mis en garde Donald Trump, sans le citer, contre une autorisation précipitée d’un vaccin. Dans leur communiqué, ils avaient réaffirmé leur « engagement à développer et à tester des vaccins potentiels contre le Covid-19 avec des normes éthiques élevées et de principes scientifiques solides ». Les laboratoires précisent notamment qu’ils ne demanderont « une autorisation d’utilisation d’urgence d’un vaccin qu’après avoir démontré son innocuité et son efficacité via une étude clinique de phase 3 ».Article réservé à nos abonnés Lire aussi  A deux mois de la présidentielle américaine, d’inquiétants signaux à Wall Street

Course contre la montre politique

En cause, la course contre la montre politique qui s’est substituée à la course contre la montre médicale. « Nous allons avoir le vaccin très rapidement, peut-être avant une certaine date. Vous savez de quelle date je veux parler », a déclaré M. Trump, lundi 7 septembre, tandis que ses équipes de campagne, citées par le New York Times estiment qu’un vaccin avant l’élection serait le « Saint Graal ». Parmi les neufs signataires (AstraZeneca, BioNTech, GlaxoSmithKline, Johnson & Johnson, Merck, Moderna, Novavax, Pfizer et Sanofi), trois étaient en phase 3 d’essais clinique (Moderna, Pfizer, en association avec BioNTech, et AstraZeneca). Si le patron de Pfizer a estimé qu’il pourrait avoir des résultats dès octobre, Moderna a évoqué la fin de l’année, tandis que l’annonce du contretemps par AstraZeneca montre que rien n’est acquis.Lire aussi  Calendrier, essais cliniques, financements : où en est-on de la course au vaccin contre le Covid-19 ?

Les autorités fédérales ont baptisé le plan pour avoir un vaccin « opération à la vitesse de l’éclair », mais son chef scientifique, Moncef Slaoui, a déclaré, la semaine dernière, que les chances d’obtenir un vaccin d’ici à la fin octobre étaient « très, très basses ». Depuis le début de la pandémie, 189 000 sont mortes du Covid-19 aux Etats-Unis.

La semaine dernière, les autorités fédérales des Centers for Disease Control ont invité les gouverneurs et autorités sanitaires des cinquante Etats fédérés à se préparer à une possible distribution du vaccin dès cet automne, aux personnels médicaux, stratégiques et aux personnes à risque (plus de 65 ans, population indienne, notamment) : les produits sont nommés « vaccin A » et « vaccin B », mais il s’agit, selon la presse américaine, des vaccins développés par Pfizer-BioNTech et Moderna.

Défiance de la population

L’affaire mérite en effet préparation, ces vaccins potentiels devant être conservés à très basse température (moins 20 degrés Celsius, moins 70 pour Pfizer-BioNTech). Le gouvernement s’est engagé à mettre à disposition 300 millions de doses d’ici à janvier 2021, ce qui implique de commander d’avance des injections dont on ne connaît pas l’efficacité. Cette stratégie a sa logique : mieux vaut prendre le risque financier de perdre les doses si les essais ne sont pas concluants, que celui d’un retard à la fabrication, coûteux humainement et financièrement, en cas d’issue favorable. Mais elle peut susciter la défiance.

Les laboratoires pharmaceutiques s’inquiètent cependant de la politisation de la science, qui pourrait conduire à une mise sur le marché d’un vaccin ne répondant pas aux normes habituelles de la Food and Drug Administration (FDA) et accentuer la défiance de la population américaine. Celle-ci était habituellement réduite à des mouvements antivaccins puissants – les Etats-Unis ont été frappés eux aussi par la résurgence mondiale de rougeole en 2019 –, mais elle est aujourd’hui plus large, en raison des craintes de manipulations politiques. Selon le New Yorker, entre un tiers et la moitié des Américains pourraient refuser le vaccin contre le Covid-19. Le ministère de la santé compte lancer une campagne publicitaire en faveur de la vaccination d’ici à novembre, avec le soutien de célébrités américaines.

La FDA a annoncé qu’elle n’autoriserait pas un vaccin qui n’aurait pas une efficacité supérieure à 50 %, comparé à un placebo. Mais l’attitude du président Trump a affecté sa crédibilité. Ce dernier a défendu bec et ongles la prétendue efficacité de l’hydroxychloroquine, autorisée en urgence par la FDA fin mars, avant que celle-ci ne soit révoquée mi-juin. La FDA a aussi autorisé l’usage du plasma récolté auprès de patients ayant développé des anticorps contre le Covid-19, mais cette décision a été critiquée, en l’absence d’étude avec un groupe placebo.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  A la recherche du vaccin contre le Covid-19 : la course acharnée entre les laboratoires et les Etats

Arnaud Leparmentier(New York, correspondant)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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