6 novembre 2026 https://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2026-11-06-Les-democrates-maitres-du-Capitole

La vague est plus forte que prévu. Tous les États indécis (les swing states) ont basculé il y a deux ans dans le camp de M. Donald Trump. Cette fois, c’est l’inverse. Et les démocrates y ont ajouté des victoires dans des États aussi solidement républicains que le Texas, la Caroline du Sud ou le Kansas. Résultat, avec le contrôle des deux chambres (54 sièges au moins au Sénat sur 100, 250 sièges au moins à la Chambre des représentants sur 435), le Capitole leur appartient. Le travail de démolition des programmes sociaux et des agences de réglementation fédérales devrait s’interrompre.
L’autre surprise est la réaction du vice-président James David (« J.D. ») Vance à la déroute de son parti, y compris dans l’Ohio qui l’avait élu sénateur en 2022. Il s’agit en effet d’une charge à peine déguisée contre M. Trump. Lequel est son supérieur hiérarchique mais ne peut pas le renvoyer comme n’importe quel membre dissident de son cabinet. M. Vance, loin de se plaindre d’une mobilisation insuffisante de l’électorat républicain, a affirmé que cet électorat s’était déplacé, mais pour voter… contre la Maison Blanche. Et plutôt que de prétendre que ces électeurs républicains avaient été dupés par une campagne malhonnête de l’adversaire, il a rapporté leur défection à quatre enjeux : « Mettre fin à la guerre » d’Iran, s’occuper de l’inflation, placer « l’Amérique d’abord », « changer notre relation avec Israël ». En un sens, tout cela renvoie à l’une des principales décisions prises par l’administration Trump, la guerre d’Iran : « La raison de notre défaite est la guerre », a d’ailleurs écrit le vice-président américain. À supposer que les hostilités avec Téhéran reprennent à l’instigation de Washington et de Tel-Aviv, on voit mal comment M. Vance pourrait à nouveau se solidariser de son président. Et moins encore se présenter comme son héritier et successeur. Dans le camp républicain, la débâcle électorale a fait éclater la coalition MAGA (« Make America Great Again »).
Côté démocrate, chacun a des raisons de se réjouir puisque toutes les fractions du parti — la modérée, la progressiste, la socialiste — peuvent afficher un joli tableau de chasse. Les couteaux devraient néanmoins bientôt sortir des vestiaires. Quand il s’agira de proposer des lois sur la question de la santé, les modérés, souvent financés par le lobby des hôpitaux ou celui des assurances, s’opposeront à un système public proche des sécurités sociales française ou canadienne que réclament les élus de gauche.
La divergence est encore plus grande dans le domaine de la politique étrangère. Plusieurs candidats de gauche victorieux, dont le futur sénateur du Michigan Abdul El-Sayed, ont fait de la cessation de l’aide à Israël et du soutien à la Palestine des éléments-clés de leur programme. Ce qui leur a valu d’être qualifiés de « communiste » ou de « djihadiste » par le président des États-Unis, et de faire face à des dizaines de millions de dollars de spots publicitaires hostiles. Or les deux démocrates qui vont probablement présider l’un le Sénat, Chuck Schumer, l’autre la Chambre des Représentants, Hakeem Jeffries, sont à la fois membres de l’aile modérée du Parti démocrate et les chouchous du lobby pro-israélien…
D’autant plus affaibli politiquement par le résultat qu’il s’est engagé à fond dans la campagne et qu’à l’exception de la Floride presque tous les candidats qu’il a soutenus ont perdu, M. Trump dispose encore d’un droit de veto qui lui permettra de s’opposer à toutes les législations qu’il combat (impôts, environnement, immigration, réglementation des oligopoles de la tech). Et de l’arme de la guerre, puisqu’il n’est plus nécessaire de la déclarer après un vote du Congrès pour la faire.